SUR
La révolution d'Angleterre a réussi. Elle a réussi deux fois. Ses auteurs ont fondé en Angleterre la monarchie constitutionnelle; ses descendants ont fondé, en Amérique , la république des ^Étals- Unis. Ces grands événements n'ont maintenant plus d'obscurités; avec la sanction du temps , ils ont reçu ses lumières. La France est entrée, il y a soixante ans, et l'Europe se précipitait hier dans les voies que l'Angleterre a ouvertes. Je voudrais dire quelles causes ont donné, en Angleterre à la monarchie constitutionnelle, et dans l'Ame* rique anglaise h la république, le solide succès
que la France et TEurope poursuivent jusqu'ici I. 1*
vainement^ à Jravers ces mystérieuses épreuves des révolutions qui/bien ou mal subies ^ grandissent ou égarent pour des siècles les nations.
C'est «ui nom de la A)i:et de la liberté i^figieuse qu'a commencé^ au xvp siècle, le mouvement qui, depuis cette é{}o<{u^, qu6lquafois suspendu mais toujours renaissant, agite et emporte le monde. La tempête s'est élevée d'abord dans l'âme humaine ; elle a atteint l'Église avant l'État.
On a dit qua le proteatantiaine avait été une révolution plus politique , au fond, que retigieuse; une insurrection, au JEuaa d'intérêts mondains, contre l'ordre établi dans TÉglise, plutôt que l'élan d'une croyance, au nom des intérêts éter^ nels de l'homme» C'est }uger légèrement et sur les apparences ; et cette erreur a entratné dans une conduite à eux-mêmes fatale les pouvoirs , $piri* tuels ou temporels , qui s'en sont laissé abuser. Préoccupés de réf>rimer Télément révolutionnaire du protestantisme, ils en ont méconnu l'élément religieux. L'esprit de révolte est certes bien puissant, pas assez cependant pour accomplir à lui
âeul de telles choses. Ce n'était pas uniquement peur secouer un £rein j c'était aussi pour professer et pra^quer une foi que la réforme du xvi^" siècle a éclaté et persévéré. Après trois siècles, un fait souveraiia^ incontestable , le démontre avec édat. ûeuii: pays protestants^ leç plus protestants de l'Europe^ rÂnglaterro et k Hollande ^ sont aujourd'hui les deux pays où la foi chrétienne conserve le plus de vie et d empire* Il fout ignorer étrangement la nature de l'homme pour croire que la ferveur religieuse se fût ainsi soutenue et perpétuée y après Le triomphe de l'insurrection , si le mouvement n'avait pas été^ dans son principe, essentiellement religieux .
En Allemagne, au xvi« siècle, la révolution a été religieuse et point politique* En France, au xviir, elle a été politique et point religieuse. Ce fut, au xvir siècle, la fortune de l'Angleterre que l'esprit de foi religieuse et l'ei^rit de liberté politique y régnaient ensemble , et qu'elle entre^ prit en môme temps les deux révolutions. Toutes les grandes passions de la nature humaine se déployèrent ainsi sans qu'elle brisât tous ses freins.
et les espérances comAie les ambitions de l'éter* nité restèrent aux hommes quand ils crurent que leurs ambitions et leurs espérances de la terre étaient déçues.
Les réformateurs anglais^ les politiques surtout, ne croyaient pas avoir besoin d'tine révolution. Les lois, les traditions, les exemples, tout le passé de leur pays leur étaient chers et sacrés ; et ils y trouvaient le point d'appui de leurs prétentions comme la sanction de leurs idées. C'était au nom de la grande charte, et de tant de statuts qui, depuis quatre siècles, l'avaient confirmée, qu'ils réclamaient leurs libertés. Depuis quatre siècles . pas une génération n'avait passé sur le sol anglais sans prononcer le nom et sans voir la figure du parlement. Les grands barons et le peuple , les gentilshommes des campagnes et les bourgeois des villes, venaient ensemble, en 1640, non se disputer des conquêtes nouvelles, mais rentrer dans leur héritage commun ; ils venaient ressaisir des droits anciens , positifs, et non poursuivre les combinaisons et les expériences infinies, mais inconnues, de la pensée humaine.
DE LA RÉYOLUTrON D'ANGLETERRE. 5
Les réformateurs religieux u'entraieat pas dans le long parlement de Charles I" avec des prétentions aussi légales^ L'Église épiscopale d'Angleterre y telle qu'elle avait été constituée , d'abord par le despotisme capricieux et cruel de Henri VIII, puis par le despotisme habile et persévérant d'Elisabeth, ne leur convenait point. C'était^ à leurs yeux, une réforme incomplète , inconséquente, incessamment compromise par le péril du retour vers l'Église catholique dont elle restait trop près; et ils méditaient, pour rËgUsc chrétienne de leur pays, une refonte nouvelle et une autre constitution. L'esprit révolutionnaire était là plus ardent et plus avoué que dans le parti qui se préoccupait surtout des réformes politiques. Cependant les novateurs religieux eux-mêmes n'étaient pas tout à fait en proie aux fantaisies de leur esprit. Ils avaient une ancre à laquelle ils tenaient, une boussole à laquelle ils croyaient. L'Ëvangile était leur grande char te ; livrée, il est vrai, à leurs interprétations et à leurs commentaires, mais antérieure et supérieure à leur volonté ; ils la respectaient sincèrement, et s'humiliaient, malgré leur
6 DISCOURS SUR LHISTOiRE
orgueil 9 devant celle loi qu'ils n avaient point faite.
A ces gages de tètnpérance que trouvaient ainslj dans les dispositions de leurs propres partisans , les deux révolutions qui commençaient, la Providence ajouta encore une faveur. Elles rie Curent point , dès leurs preifiiérs pas , condamnées à ce tort, qui devient bientôt un péril, d'attaqiier spontanément , sans nécessité claire et pressante , un pouvoir doux et inoffensif. Au xvn* siècle , en Angleterre, le pouvoir royal fut ragresseur. Charles I" , plein de prétentions hautaines sans grande ambition, et plutôt pour ne pas déchoir aux yeux des rois ses pareils que pour dominer fortement son peuple, tenta deux fois de foire prévaloir les maximes et les pratiques de la monarcbie absolue : d'abord en présence du parlement, et dominé lui-même par un favori frivole et vain (*), dont l'inhabileté présomptueuse clioquait le bon sens et blessait l'honneur des plus obscurs citoyens ; ensuite en repoussant tout par-
(^) Geon^ Viiliers, d«cil€ BuckiiiglMini. ^
Or
DE LA «ÉVOLUTION O'ANGLKTEnnE. 7
lemeot et en gouvernant seul , par les mains d'un mirdstre énerçiqne^ habile > ambitieax et impérieux avec grandeur, dévoué à son roi sans en être bien cbmpris ni bien soutenu , et qui apprit trop tard qu^il ne suffit pas, pour sauver les rois , de ^ perdre n^lement soi-même en les servant (M.
Ck>utre cedespéttsme agressif, plus entreprenant que fort , et qui attaquait également , dans T^tat et dans T Église, les drQtts apciens et les libertés nouvelles que réclamait le pays, la pensée du pays n'allait point au ctelà de la résistance légale, et se confiait dans le parlement. La résistance y fut unanime ailtant que légitime. Les hommes les plus divei^ d'origine et de ïeai^uotère , grands seigneurs, gentilshommes ou bourgeois, étrangers ou attachés à la cour, amis <m ennamis de TÉgUse étaUie ^ tous s'élevèrent d'un commun accord eontre tant de grtefe et d'abus; et les abus tom* bèrent, les griefs di^rurent, coanne les murs vieillis d'une place abandonnée s'écroulent aux premiers coups des assaillants.
{*) thomas Went-warth, œœie dfe ôtraiford.
8 DISCOURS SDR L'HISTOIRE
Dans cette explosicm des colères et des espé* raaces nationales , qibelques esprits plus prévoyants j quelques consciences plus scrupuleuses ressentaient déjà quelque inquiétude. La vea* geance non seulement défigure , mais altère , au fond, la justice ; et la passion j fière de son droite va plus loin qu'elle n'en a le droit, et même le dessein. Strafford était justem^t $u)cusé et injustement jugé. Les politiques qui nç voulaient pas la ruine de FËglise épiscopate laissaient outrager el humilier les évêques, comme dm vaincus qui ne se relèveront point. Les coups , mal mesurés , qui enlevaient à la couronne ses usurpations et ses prétentions illégitimes» la blessaient dans ses justes prérogatives. Des incidents graves révélaient, des voix courageuses signalaient l'esprit révolution^ naire caché sous les réformes. Les avertissements et les traits de lumière sur l'avenir n'ont jamais manqué aux révolutions naissantes. Mais la nécessite et l'éclat de la victoire refoulaient bien loin le sentiment de ces fautes et le pressentiment de leurs dangers.
Quand l'œuvre des réformes fut accomplie,
quand les ^riefe qui avaient sotilevé k réprobation unanime du pays furent redressés^ quand les pouvoirs , auteurs de ces giiefe y et les hommes y instruments de ces pouvoirs y tnvent abattus y la scène changea; une Question nouvelle s'éleva. Gomment conserver ces conquêtes ? Comment s'assurer que TÂngleterre serait désormais gouvernée selon les principes et par les lois qu'elle venait de rétablir?
Les réformateurs politiques commencèrent à se sentir perplexes. Àu*dessus d'eux était le roi qui cons{Ârait contre eux en leur cédant. Si le roi reprenait^ dans le gouvernement, le pouvoir que lui laissaient encore les réformes accomplies , il s'en servirait contre les réformés et les réformateurs. Autour d'eux étaient leurs alliés, les novateurs religieux y presbytériens et sectaires divers , à qui les réformes politiques ne suffisaient points et qui, dans leur haine de l'Église établie, aspiraient non seulement à secouer scm joug, mais à la détruire et à lui imposer le leur. Pour la sûreté de leur œuvre, pour leur propre sûreté, les chefs voûtaient rester en armes. S'ils avaient
*0 DISCOURS Sun L'HISTOIRE
voulu désars^r, leurs soMate i)e l'auiaiènt jpas peîrmis.
Un Mill moyen pravait , à leurs ydux , gara&Ur lé Sc'djBfc :^ueie pàrl6«ieQt retti^ le poniunr ma¥û* vmà q^Ml venait de j^iidre; que le roi fût mis iam VimpomiMiié pennaneote die ^uverBer eantre te vœu du pvlement, et de la diambre des eemmunee dads ie psirlefliént.
C'est le résultat auquel est parvenue j en Angleterre^ ta monarchie eonstitutionnellei c^eM le but que peursuivaient^ 3 y a deux siècles , see partie sans. Mkh ils n'avait ^ au x^ii^ siècle ^ ni les kHniàres nrlei vertus politiqiiesi qu'exige ce ^u* vemeanent.
Il y a dans le eœur de Thamnie tant d'arrogatice ^.de faiMe^e reunieis^ qu'il priétaid en même temps à tout l'édal et à tout le repos que peut lui faire esp^r le succès . C'est peu pour lui de suraKmter l^ obstacles <, il veut les sup-primer^ .1^^ n'avoir plus à s'en soucier; et le tnompbe même, ne le oontenie pas s'il n'en peut jouir insolemnient et dans une complète sécurité. lia monarchie oMsIitutionnelle ne donne point
DE LA RÉVOLirnON 1),ANGLETERHE. ti
gatisfecttoQ à ces tnawais penchante de la nature humaine* 4 aue«n de« poin>oirg qu'elW idet éi| préfiMce elle n'aêcbrdé lesïplaipiis'd'^ne domina^ tkm sanft partage et ëkm pérH« Elle leur impsûFie ^ teus'^ métee à celui qui j^^ut, lé traçait ^een* tinu des alliances obligées y des »éiiag€aient» mu^ tuelSy des transactions fréqut&ntes^ des iniluences indirectes > et d'une lutte sans ces$e renonVelée avec des chances sans cesse renaissantes .de succès et de revers. C^est à C6 prix que la monarchie constitutionneiie assure , ëu définitive , le triomphe des intérêts et des sentiments du pays obligé lui*^ même h la modération dai^ ses désirs^ à la vigilance et k la patience dans ses efforts.
Nî la royauté' ni le parlenaent d' Atigletôrre ne comprenaient y au xyh« siècle ^ oes conditions de leur gouvernement commuTi , ^ ils ne s'y résignaient point, La royauté prétendait rester , la chambre des communes voulait devenir directement et infeilliblement souveraine. Il fallait Cette satisfaction à leur orgueil et cette garaaitie à tours terreurs.
Pour atteindre à ce but, pour retenir et exereer
la DisGouas sur l'hjstoibe
Fempire souverain qu'elle avait saisi , €e n*é(ait plus de la réforoie des abus et du réUblissemeut dtô droits légaux que la chambre des cosuaunes pouvait se conteuter. Ple avait besoin d'altérer profondément les anciennes lois y d'attirer dans ses propres mains tous les pouvoirs.
Quand les choses en furent à ce point, un grand déchirement s'opéra parmi les réformateurs. Les uns, plus prévoyants ou plus timides, embrassé^rent la défende de l'ordre légal et de la monarchie menacée ; les autres , plus hardis ou moins scru** puleux, entrèrent dans les voies d'une révolution.
 ce moment prirent naissance les deux grands partis qui , se développant successivement sous des noms et des aspects divers, ont présidé depuis
deux siècles aux destinées de l'Angleterre : le parti dévoué au maintien de l'ordre établi, et le parti favorable au progrès des influences populaires , les torys et les whigs, les conservateurs et les novateurs.
La lutte fut vive, mais courte, dans le sein du parlement. Le parti monarchique tenta de s'organiser autour du roi , et de gouverner en son nom.
DK LA BÊVOLUTION D'ANGLETERRE. 13
A peine commencés , ces premiers essais de régime canstitutîonnel échouèrent : parles fentes durm^ inconséquent, frivolement obstiné, et aussi peu sincère avec ses conseillers qu'avec ses ennemis; par rinexpérience de ses conseillers eux-mêmes^ tojnr à tour trop etclusife et trop faibles , et sans cesse déjoués et trahis dans le palais comme dans le parlement; par les méfiances et les prétentions du parti révolutionnaire, décidé à ne se point contenter tant que le pouvoir absolu, qu'il voulait détruire, n'aurait pas passé dans ses mains.
Un jour, à propos d*une nouvelle remontrance à présenter au roi contre les anciens griefs , comme s'ils n'étaient pas déjà redressés, la question de majorité fut nettement posée entre les deux pai'tis. Le débat devint si violent que , dans la salle même des communes, on fut sur le point d'en venir aux mains. Onze voix donnèrent la victoire au parti de la révolution. Cinquante jours après ce vote, le roi sortait en fugitif dp son palais de Whitehall, où il ne devait plus rentrer que pour monter sur l'échafaud. La chambre des communes ordonna aussitôt que le royaume menacé serait mis sans
iii DiaCOURâ SUR L'HISTOiRI::
retâM eil état de dôfeme. La latte pwlem€4taire cessa ! la jguârre civile commençait:
À ce moment solennel, des tristesses patriotiques et des pressentiments sinistres éclatèrent ça et là dans V\m et l'autre parti, surtout dans le parti du roi, moins confiant dans sa force, et peut-être aussi dans sa causé. Mais tel n^élait point le senti-
ment général. La passion et Tespoir du succès dominaient dans la plupart dés cœurs. L'esprit de résistance à Tillégalité et à l'oppression a été l'une
des plus nobles et aussi des plus salutaires dispositions dû peuple anglais dans tout le cours de son histoire. Docile et mômè favorable à l'autorité quand elle agit en vertu de la loi, il maintient hardiment contre elle ce qu'il regarde comme la loi du pays et son propre droit. Au sein de leurs dissensions , ce môme sentiment animait l'un et l'autre parti. Le parti révolutionnaire luttait contre les illégalités et les oppressions que l'Angleterre avait subies dans le passé, de la part du roi, et qu'elle en redoutait dans l'avenir. Le parti nionarchique luttait contre les illégalités et les oppres-
mM que, dftns le^ présmi^ le parieâent Hiligcitit au pays. Le f eqpeqt du droit «t de là loi j fHoîqoe méconnus et Tioléà olnque jour, était ^pttrtoal M fend ()es âmes ^ et leur voâaH le» tort» et in buhcl que la guerre ciiâle leur prépefait.
Ni daM l'un ni dans raatre parti les mceuf s ne réfHignaient fortement à la guerre civile-LesCoi^â*tiers étaient bouillants et mdes, encoire livrés à ces habitudes de combat , à ce goût impétueux pour le recours à la force , qui caractérisaieni les temps féodaux. Les Puritains étaient ftpres et tenaces , ncmrris des passions comme des souvrairs du peuple hébreu ^ qui défendait et vengeait son Dieu en frappant ses enneoiis. Aux uns et aux autres le sacrifice de la vie était femilier^ et le sang versé ne foipait point horreur.
Une autre causoy pins cachée^ provoquait et aggravait T^xplosion. Le)s partis politiques et religieux n'étaient pas seuls aux prises. Leur lutte couvrait une question sociale ^ la lutte des classas diverses pour rinflijaence et le pouvoir. N<»^ que ces classes fussent , en Angleterre y profofndément séparées et hostiles entre e|les^ comme elles Tonl
16 DISCOURS SUR L'OISTOIRË
été SHltettrs. Les grands barons avaient soutenu les libertés populaires avec leurs prq^s libertés , et le peuf^ ne ToubUait prâit. Les g^itildiommes de campagne et les bourgeois des villes siégeaient ensemble depuis trois méeles , au nom des com* munes d'Angleterre^ dans le parlement. Mais, depuis un siècle y de grands changements étaient survenusdans la force relative des classes diverses au sein de la société y sans que des changements analogues se fossént opérés dans le gouverne^ ment. L'activité commerciale «t l'ardeur religieuse avaient imprimé , dans les classes moyennes , aux richesses et aux idées, un prodigieux élan. On r^darquait avec surprise y dans l'un des premiers parlements du règne de Charles I«% que la chambre des communes était trois ftûs plus riche que la chambre des lords. La haute aristocratie ne possédait plus y et n'apportait plus, à la royauté qu'elle continuait d'entourer, la même prépondérance dans la nation. I^es bourgeois, les gentilshommes de comté, les fénniers et les petits propriétaires de campagne , alors fort nombreux , n'exerçaient pas, sur les affoires publiques, une influence pro*
DE Là RÉVOLUTION, DANGLETERRE, 17
portîaimée à.Ieur importanee daos le pays. Us ays^ent grandi plus qu'ils ne s'étaient éjLavés. De là ^. parmi eux et dans les rafigs au-dessous d'eux, un fier etpuiss£a[U esprit d'ambitien , prêt à saisir toutes les occasions d'éclater*. La guerre civile ouvrait un vaste clmnp à leur énergie et à leurs espér^ces. ËUe n'offtait point à son début l'aspect d'une classification sociale exclusive ot haineuse : beaucoup do gentilshommes de campagne j et parmi les grands seigneurs eux-mêmes^ plusieurs des plus considérables, marchaient à la tête du parti populaire. Cependant la noblesse d'une part , la bourgeoisie et le peuple de.l'autre, se rangeaient % mafôe,. les uns autour de la couroime^ les autres autour du parlement ; et des symptômes certains révélaient dé}à un grand mouvement social au sein d'une grande lutte politiqi^ , ot l'ej^rveseence d'une démocratie ascendante se ftayant un chemin à travers les rangs d'une aristocratie affaiblie et divisée*
L'un et l'autre parti trouvaient dans l'état de la société j je dirai pfiéme dans^ les lois du pays , des moyens naturels et [^esque réguliers de sou-
f 8 DISCOURS SÛR LHISTOiAe
tenir pLt lés ftl^mes )mti droits m Imn ^rét^fi-
tiûns. DeipMh le fègne d'Êlicabelà, la diambre
des communes s'était appliquée aVêC ardeur à
aboMf les de^aières institutions, déjà chancelantes,
du régime féodal. Mais il en testait eneore 4e pro*>
fondes tracés ; et tels habitudes, les sentiments,
quelquefois les règles de ce régime présidaient
encore aut relations des possesseurs de fiefs, soit
avec le roi , leur suzerain , soit avec une paftie^ de
la population groupée autour d'eux , dans leurs
efaâteaux ou sur leurs terres. Elle se levait à leur
voix, pour des fôt6Soupoùrdesc(»nbàts, comme
ils t>bétssaîeiit eux4némés à l'appel du roi quand
il réclamait leurs s^^ices. C'était l'une de ces
époques de trssisfenmitieii où les anoîennes lois ,
honorées quoiique ^ vieillies , décideot ^ficore des
actimis des hemmes^qu'elles n'enchaînent plus. Le
dévou^[ûetit avait remplacé la servitude ; iaJRdôlilé
du vtssal devenait la loyauté du sujet; et les€ava-
liers, riches ou pauvres , accouraient auprès du
roi^ prêts à 4îombiUtra et à mourir pour lui, et
suivis d'une troupeoud'un^ poignée de serviteurs
prêts à combattre et à mourir pour eux.
DE LA M:VOI*TiOM D'AI»LËf ËRRE. 1^
De kut c6«é^ 1m boorgeoid^ les artfeaiis^ le péuf>I« déâ villes^ avàii^nt aMfti; tous d'aiitndâ fom^^ \éûn fàoyetiB d'fielion indépendante^ et wêmé dé guerre^ Organisât en corporations municipaloft on cM)iiimerçanted> ite se rénnissMenl librement peni* tfaiter de lenrs affeires ; ils percevaient dei^ taxes^ levaient des milicèâ , rendaient la jud'* tice, exerçaient la pdiee, délibéraient et agiraient enfin ^ danf Teneeinte de lents murs ou dans les limiter, souvent obscures, de leurs chartes, en petits souverains. Et l'extension du commerce et de ^industrie, leurs richesses, leurs relations, leur erMit donnaient à ces corporations une puissance dont elles usaient, pour le service de leur eause, avee la hardiesse d'un org^il nouveau et inexpêrîmenté.
Ni dans les campagnes ni dans tes villes, la royauté ne possédait Tempire d'une administration eentrate et unique. Les adirés ftiancières, milttairés^ judiciaires même , étaient plus ou moins complétèihent entre les mains d'autorités loeales et à peu près indépendantes : ici des propriétaires dv comtés là des corps municipaux ou dcscorpo-
2<| IH300UHS SUR L'HISTOiBE
rations diverses , qui $'iqf>pr(^riajeat de plus en plus les fiorces administratives da^s l'intérêt de leur cauae politique^ tantôt pour servir le pouvoir central^ roi ou parleittent, tantôt pour lui résister «
Et là oii c«s moyens ne suffisaient pas y quand l'action devait s'étcindte au delà de la spbère des pouvoirs .locaux anciens et reconnus , resprit d'association ; traditionnel et puissant dans le pays 9 établissait prQmptement entre les comtés, les villes, les parties diverses du territoire ou les classes diverses de la société , des liens pratiques^, efficaces , en vertu desquels des associations nouvelles , libres et mmnentanées y levaient des taxes, des, troupes, formaient des comités, choîsiss^ient des chefs chargés de fbumii: et de diriger leur part d'action dans la cause générale qu'elles embrassaient*
Ce fut au sein d'une association de ce genre^ celle des cinq comtés de l'est unis pour soutenir le parlement, que Groniwell donna les premiers signes de sa force et jeta les premières racine de son pouvoir.
Dans une société ainsi organisée et disposée, la
guerre civile n'avait rien dMnou! ni d'imprati* cable. Elle couvrît bientôt le pays tout entier, tantôt commandée par les agents du roi ou du parlement, tantôt spontanément soulevée par les citoyens, et soutenue des deux parts avec une énergie triste^ souvent , mais sans hésitation , comme rexercice d'un droit et Taccomplissement d'un devoir. L^un et rautre parti avait xin senti* ment profond de la justice et de la grandeur de sa cause. L'un et Fautre faisait, pour la servir, ces efforts et ces^ sacrifices qui élèvent les âiûes au moment même où elles s'égarent, et qui donnent à la passion les apparences et quelquefois les mérites de la vertu. La vertu même ne maix-quait point à i'un ni à l'autre parti. Violents et ficencieux, les Cavaliers avaient pourtant dans leurs rangs les plus beaux modèles de ces moeurs
grandes et généreuses des anciennes familles, pleines de dévouement sans exigence et de dignité dans la soumission. Les Puritains , orgueilleux et durs, rendaient a leur patrie un service inappréciable ; ils y fondaient l'austérité de la vie privée et la sainteté des mœurs domestiques. Les deux
22 IMSœUH^ SUn |;UJ$T01HE
partis $e combattaient avec acharnoo^nt^ inai^ $a(ia ab()k|uer> au sdn de la lutte» tous le$ sentiments des temps d'ordre et de paix. Point d'émeutes sanguinaires, point de massacre judi-* ciairos. C'était la guerre civile ardeute, obstinée, pleine de yiolences et de maux » mais sans excès cyniques Qu barbares, et contenue^ par le^ mœurs générales de la population, dans certaines Umites de droit et d'buoianUé,
Je me hâte de rendre aux partis cette justice, car le» vertus des partis sont fragiles et courtes quand elles ont à subir le souffle et à lutter contrôles orages des révolutions^ Dejour enjour, à mesure que la guerre civile se prolongef^i^, le respect des droits , les sf ntimenl^ justes et généreux s'affaiblirent. Les conséquences naturelles de Vétat de révolution se développèrent^ altérât de plus enplus^ dans l'un et l'autre par li, les idées* et les habitudes légales et morales. Le roi manquait d'argent ; les Cavaliers se livrèrent à un pillage effréné. Les taxes que levaiit le parlement ne suffisaient point aux besoins de la |^uerpe : i\ établit, dans tous les comtés, un aystè^^e de con-
DE LA IlÉVOl,U TION, D'^lLfiGHiTKKRE. 23
fi$%catioa, p)i;s Qii moim 4éguisé^, qui, soys le nom à^'4cHmimnts^ hû livjra les rev^^iis, souvent même les tarr^ de &es eni^mis^ source quotidienne d^ ]:ieh6$ae pour ses j>arti$an&. Dans ce désordre géiftéral et QQnlinti> au milieu des abus de la force et des excès du malheur , les mauvai^eà passions étai^Bt iiiM^^essaipjnent provoquées ; des chances s'c^aient à t,ous les mauves désirs. La haine et la vengeance s'emparaient des àc^es énergiques. Les âmes f^]?l^ tombaient dans la peur et la bassesse* Le parlemj^nt, qui prétendait sigir au mm des lois et servir le roî en le coodlui^^tant , était condamné^dans ses actes les plus w>l^nts, à un IsingagQ hn% eX hypocrito. Parmi les royalistes, beaucoup^ se défiant des arrière -pensées du roi, appelés ^ d^^ sacrifices qui dépasfsaient leurs forces, et p^ue jonr plus inquiçts pour le succès de leur cause, sentaient le dévouement s'éteimlre dans leur cceurji. et se so^metl»ie^t par découra-
gement, ou se dédomïi^gea^ei^t à force do licence, Le mensonge, la violence , l'avidité , la pusillanimité^ Vfgoïsme sous toutes ses formes, croissaient rapidement parmi les Jhomines eftgag^^ dans la
24 DÎSCÔURS SUR L^ffiSTOrmî
lutte; ella population, qui n'y prenait part on n'y assistait que de loin , subissant elle-même la détestable influence du spectacle révolutioiifiaire, perdait peu à peu^ ou ne conservait qu'ôbécures et chancelantes^ ses notiom^ de droit et de devoir, de justice et de vertu.
Elle était frappée en même temps et soaffrait cruellement dans ses intérêts matériels. Laguerre, partout présente et panrtout désordonnée, ravageait les villes et les campagnes, détruisait la snhsistance, ou Tespérance, ou l'industrie du peuple. Les mesures financières du parlement, exploitées parles inimitiés ou les intrigues locales, jetaient dans la propriété territoriale le trouble et là dépréciation. Plus de sécurité pour les af foires du présent ni pour les travaux de l'avenir. La vie civile était atteinte et bouleversée, même au sein des familles les plus étrangères à la lutte politique. Et comme les alarmes vont toujours plus vite et plus loin que leÈ souffrances, lé pays, tombé dans une détresse douloureuse , était en proie a une anxiété plus générale et plus douloureuse encore que sa détresse:
DE LA RÊVOTXTTîON DAKGI.ETRBRE. 25
L^èxplosioii de ses plaintes et de ses vœux ne se iit pas longtemps atlendré. La guerre était encore dans toute sa ferveur qné défà lecrilapaix! ht paix! retentissait anx portes du parlement. Des pétitions firéquëntés la demandaient. Des rassemMements nombreux lès apportaient y si n<Hnbrenx et si animée qu'il fallut employer la force pour les dissiper. Au sein de la cliami>re des communes, et malgré la retraite presque générale du premier parti royaliste, un nouveau parti royaliste se formait au nom de la paix, em** pressé à saisir toutes les occasions d'eii proclamer la nécessité, et d'ouvrir avec le roi des négociatiens. Tentées plusieurs fois, elles édiouèrent par les menées de ceux qui, dans l'un et l'autre camp, ne voulai^t pas de la paix, ne voulant pas faire les coacessionâ qu'olle exigeait ; par l'impéritie ou la feftlessede ceux qui, voulant la paix, nV saient pa» ^i vouloir les ccmditions. La guerre civile ccmtinua ; mais le parti qui l'avait engagée s'éteit démembré ; la lutte avait recommencé, dan^ le parlement, pour et contre la révolution.
Au dehors, dans les campagnes surtout^ le