D18CX>13US 8I1M L'I1I3T019K
peuple Qe se (xmtepta pas de demioider la paix au pademeut { il Xejkt^ de Timposef lui^^wén^y loca- \emmi du moiitSjf aux deux partis. Dçb as^cî«* tiou^ g^formèreuti d«s corps w»é» se mirent en mouvel^Q^t, d^djar^^t qu'ils ne voulaient plu^ souffrir quQ l^urs: terres fusseiftt ravagées, ui par, les parlesneutiifes» ai par le» royalistes ^ Qt les ooBsbaMs^nV égdlenieQt qqa^d ils les reii<}outrai^t» Sorte de peuti^lité ^{mée a^u ^in de la guerre civiles tentative bien vaine^ mm qui révéla oom^, biea les deux partis ai^arnés 4 se combattrez blessaient déjà les seatimeuts et les intérêts du pays.
Tant que k guerre fut forte et d'une issue, d^ur* teuse, ces souffrances et oes iinpressions du peur ple^ en le jetant dans une réaotioi^ paoifiquey ne le ramaaaieni cepen<]bnt vers le roi que faible^ ment et ar^^ bémtation* On Faeeusiùt d'exAâleœent et de feussetè. On aa plaignait amèrement de ses menées secrètes avec la reine et les eatbûliques, passionnément bais et redoutés. On s'en prenait à lui des maux et do la durée de la. guerre civile^ au moins autant qu'au parlem^t.
DE LA UÉVOUUTJOIS DANGLETISIIHK, 27
Quand (a guerre fut à $on tei^ma, quaxKi Ib roi fut prisonuier antre Iôs Qiama du.parl^ont, U réacliaa pafifiqua demi {dus déoldémoat Qt flv» généralemwt roy^^e. Lq m ne pouvait plu^ rii^ii et porfait digiuBo^ni &on ms^Uictur, I^ parler ment pouvait tout et ae faisait point cesser k» maux du pays. Sur le parlement pesait maifiteaa»t la responsabilité. A lui s'adressaient les xm-* coutenteioenUi les espérances déçues, les soupçons, le$ colères^ les malédictiens du présenti les terreurs de Tav^nir*
Poussés par ce sentiment national^ éclairés par le péril imminent, les réformateurs politiques, les premiers chefs de la révolution dans le parle« n^ent^ et à leur suite une partie dw novateurs religieux, les presbytériens, ennemisr ^^ Yt^li^ épiscopale^ mais^ non de la motarehiei t^ixtèrent un effort suptéme pour faire enfin la paix avec le roi, et terminer 4^ même coup la guerre, et la^révolution. '
Us étaient sincères^, pas^^ionnésr môme dans leur désira mais pleins encore de^ préjugés et des pré^ tentions révolutioi^qAire^ qui, plusieurs fois déjà»
avaient rendu la paix impossible. Par le& conditions qu'ils imposaient au roi^ ils lui demandaient de sanctionner leur destruction de la monarchie et de l'Église, c'est-ViBrc d'achever de ses propres maîns^ eii y rentrant^ la ruine de rédifice qui £fiisait sa sûreté et qui avait sa foi«
Ils avaient proclamé en principe et mis en pratique la souveraineté directe de la chambre des communes; et, contraints à leur tour de résister au flot populaire, ils s'étonnaient de ne pliis retrouver la force et Tappui, de renconti^er même la méfiance et l^hostilité de cette haute ^aristocratie et dé cette Église qu'ils avaient décriées et démolies!
Quand ils auraient réussi à conclure la paix avec le roi, la paix aurait été vaine. Il était trop tard pour arrêter là révolution, et trop tôt pour la ramener à son but vrai et national. Dieu commençait seulement à exercer ses justices, et à donner ses leçons. Dès que les premiers chefs du mouvement essayèrent de relever les ruines qu^ils avaient faites, le parti vraiment révolutionnaire se leva^, et traitant ^vec un mépris briital leur sa-
DK I.A BF.V.QLUTION D'ANG].ËTËRHK 29
gesse nouvelle^ les çbasga du parlement^ candanma le roi à mort, et proclama la république»
Deux siècles se soot écoulés depuis que la ré* publique d'Angleterre a fait tomber la tête du roi Charles I" pour tomber presque aussit6t elle-* même sur le sol arrosé de ce sang. La république française a naguère redonné au inonde le même spectacle. Et Ton entend dire encore ^ue ces grands crimes ont été des actes de grande politique, commandés par la nécessité de fonder ces républiques qui leur ont à peine survécu quelques jours !
C'est la prétention de la folie et de la perversité humaine de se couvrir du voile de la, grandeur. Ni la vérité dç l'histoire, ni l'intérêt des peuples ne peuvent souffrir ce mensonge.
L'esprit de foi et de liberté religieuse avait dégénéré; dans quelques sectes, en un fenattsme arr(^smt, querelleur, intraitable à tobte autorité, et qui ne trouvait ^ satisfaction que dans les déchaînements de l'ind^ndance et de l'orgueil d'esprit; Par la guerre civile, ces sectaires étaient devenus des soldats, à la fois raisonneurs et dé*
30 tWSdÔtJBS Srft LUfitOîttE
Wùi^y lônthôuiiidâteê et disctpHné^. Sbtlii; pour 1^ plupart, dês .da^a» et Aùi pt^tè^^tin* pbpiilaire?^ ilsjouissaient avidement du plaisir de commander, de domîïiér, de se crolfe et de se dit'e les instruments cboisis et puissants des volontés Hàeà pxé* tieés dé Dietl. A la fevçrur tantôt de r^nthousTasme relîgiëtix^ tantôt de la disciplitte tnililàit^y tantôt de l'esprit démôcratiq»^^ Ci*omwell avait ^gné la confiance de ces hommes et s^était feit leur chef: Après avoir dépensé sa jeunesse dans les écarts d'nn tempérament feruguéux^ dans les éleAis d'nne piété ardente ei remuante, et an iervice des inté^ réls ou des désirs de la population qui Tôfatourait, dès que la haute politique et la guerre s'ouvrirent devant lui, il «*y pré<iipitâ avec passién comme dans les l^eules voies où il pût se déployer et sé sa tisfair<e tout entier ^ le pliis fou^eux des sectaires, le pins actif deê révolutionnaires, te plus habile des ^ldat« ; égâlomant prêt et ardent à parler, à prier, à conspirer^ à <^ombattre ; expaÀsif avec utï abandon plein de puissance, et menteur^ au besoin j avec une hardiesse intarissable, qui frappait ses ennemis même de surprisse et d'<?m-
DE LÀ ttÉVOLÛtïOS ï>*ASfcLfitERRE. M
barfâs ; passionné et gpossiôfy hasktdeu^ et âenSé^ mys^tiquû et pratique^ iskM limités daità les per^ spectives de Fâî^agiiiatioii, nmi scrupule dun« leà fiéeessitéB* de raetidti; véultnt, à teut prît^ iè sQceèi^ ; plâs prompt (^ per96nûe à éft discerner Mil en Saisir laâ moyeât, ^t d^tinAtit à tous, amis m ennemis, là conVitîtion que nul ne réussirait sî bieti et n'irait si lôib qne loi.
A nn tel partie coïkduit par un tel hoittiae, la république convenait. Elle donnait saiisfe»ctioû à leurs pussions, dàtensre à toirtes leurs espérances^ séettrttâ mx intérêts ^jue leur avait créés lagâerte civile. ËHe livr^ât le pays à Faraiée pat le génie de son xbef^ et r^mj^re k GramwôU par la compiieité disofpKaéede ^les soldats /
Par respect (mur leur sino^ifeé, pour leur génie, pour leurs malheurs , je ne veux pan exprimer toute ma pensée sut quelques l^^nmes d'uh n^m célèbre, répubKcains aussi, par systèine pôlitiqtie et selon les moâèlea die Fântiquitè plutôt que {^r fendti»iiB i^ligieux) Sidnèy, Vane^ Ludlo^^ Hàr-^ rington, Hulebinfion, Milton; esprits élevés, cœurs tiers, noblement «mtbitîeux pour leur patrie et
aa DISCOURS sm LinsToniE
pour rhumanité ; inais si peu judicieux et si Miement orgueilleux que m le pouvoir, ni les. revers ne leur apprirent rien; crédutes cçmae des eç- %ntSj^ entêtés ccnnine des vieillards^ sans cesêe aveuglési. par leurs espérances sur leurs périls jet sur leurs foutes, et qui, au moment où^ par leur prq>re et anarchique tyrannie , ils prép^uraient l'avéncment d'une tyrannie plus sensée et plus f<)Tlej croyaientionder le plus li)>re et le pios glorieux des gouvernements.
Hors de ces sectes organisées ea jrégiments et de ces coteries érigées en parl^onent^ personne en Angleterre ne voulait de la république. Elle o£r fénsait les traditionsu) lesii(iceûrs, les lois, les vieilles affections^ les anciens respects , les intérêts réguliers^ le bon ordre^ le bon sens et le sens moral du pays.
Irrités et inquiets de cette aversion manifeste du public pour leurs desseins, les sectaires et Cromwell pensèrent que, pour fonder un régime à ce point repoussé , il fallait , dès la première heure, par un coup terrible et sans recours, prou-ver sa force et affîrmer son droit. Ils se promirent
de sacrer la république sur Téchafeud de Charles !•'.
Mais la vue de$ révohitionnaireiS; même des plus habiles, est cc)urte. Enivrés par la passion ou dominés par te besoin du moment , ils ne pré • voient pas que ce qui feit aujourd'hui leur triomphe fera demain leur arrêt. Le supplice de Charles !•' livra aux républicains et à Cromwell TAngleterre firappée de stupeur. Mais la république et Cromveell, blessés à mort de ce même coup, ne furent plus, de ce jour, que des régimes violents et éphémères, marqués de ce sceau d'iniquité suprême qui voue à une ruine certaine les pouvoirs les plus forts et les plus éclatants.
Les juges de Charles I" mirent tout en oeuvre pour enlever à leur actece fetal caractère, et pour le présenter comme une justice de Dieu, qu^ils avaient mission d'accomplir. Charles avait tenté le pouvoir absolu et soutenu là guerre civile. Beaucoup de droits avaient été violés Bt beaucoup de sang répandu d'après ses ordres ou de son aveu. On rejeta sur lui toute la responsabilité de la ty*rannie et de la guerre ; on lut demanda compte de
^ mspoT^a sua l'hi^tchiie .
taute«^ l@s Ult^tés opprimas (^t de tou( le saqg versé : crime sans nom^ que sa mort seute pouvait expieir. H^iis an ne 4wae p»8 à ce pc^iiit Ip cbiiQge à la con^GÎeiioa d'uu peuple, iq^p^ quanfl elle ej^ saî&ie de troub^ ^\ d'effroi. P'aulpes^ que le î^ oyaient oppri{Qa et eiisanglant^ le pay$. Si le rç>i avait violé les droits de ses sujets^ lesc^oito d# ^ Fçy^uté, ançieos 9ius$i, écrits %\issi dfins les lois^ nécesisaires a^issi au maintien dea Hbei^tés publiques^ ay^eat été égalemeiit violés, ^|taqués, envahis. H ayait ^it la guerre, ïïiais pour se défendre. Qui donc igi¥>ra.it qu'au mooi(^pt ^i| il s'était décidé à 1^ guerre, <m la préparait contre lui j pour le contraindre , après tant de concessions, à livre? <îe qui lui restait encore de droit» et de pouvoir, les derpiers débris du gouvernement l^al du pays? El. maintenant que le roi était vaincu, m le jugeait,, on le eondamnait sans loi , contre toutes les lois, pour des aetes qu'au-^ oune loi n-avait jamais prévus ni qualifiés de crimes, que jamais la conscience ni du roi ni du peuple n'avait songé à considérer comme tombant sous la j^uridîctton des hommes, et punissables par
DE LA ilÊ4^mYm^ P*4|il»L^I«BE. M
Ioar«i|id^&« Quelle iii4îe»aUaB^ quaUe révolte dû tootdft )w ime& auraient éelaté ai le plus obsoar 49» citofaisc^t ^lé traité dd la sorie^.et mis à mort ppufde^i^mef défois après eoi^p/par d«a JQges prétejidusy bier ses amieiiik^ aujourd'hui se^ rivaux, demarnse^^érUters! Et ce qu'oia n'eiùlosé imUr contre le moindre des Anglais, on le faisait ocNatre le roi d'Angleterre, eonU^ le chef suprên^ d^ TËgUsQ <MN|ime de l'État^ e<mtre le représentant et le symbole de Tautorité, de Tordre, de la loi^ de la justice, de tout ee qui, dans la i^oeiété des hommes^ touche à la limite et ré-^ veille ridée des attributs de Dieu !
Il n'y a point dé fenatisme si aveugle ni de politique si.perverse qui, ^u m(»nent mémo de leur triomphe, n'aient vu apparaître, tout près d'eux et dana leurs prepres langs, quelque éclatante lumière, quelque protestation ^lennelle etinattendue de la conscience humaine Beux républicains, dont yan était inscrit pal^mi les juges du roi, les noms les plus glorieux du parti, Vane et Sidney, soit scrupule, soit prudence, ne voulurent point siéger au procès, et quittèrent Londres pour n'en
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être pas même les téinoiûs. Et lorsque^ maltresse souiréraine» la chambre des communes nomma le conseil d*Ëtal républicain , sur quarante et un membre^ appelés à le former^ vingt*deux refuser rent absolument de prêter le serment qui contenait une approbî^ticn du jugement du roi; et les républicains régicides^ CromwoU à leur tête, du-rent se résigner à accepter pour collègues ceux qui ne voulaient Y à aucun prix, passer pour leurs complices.
Le nouveau régime ne rencontra d^abord que la résistance passive ; mais il la rencontra partout.
Six des grands juges sur douze refusèrent absolument de continuer leurs fonctions , et les six autres n'y consentirent qu'à la condition qu'ils continueraient de rendre la justice selon les anciennes lois du pays. Le parlement républicain accepta leur condition.
Il avait ordonné que la république fut proclamée dans la cilé de Londres : le lord maire s'y refusa. Il fut remplacé et mis en prison. Malgré la présence d'un lord maire nouveau y trois mois s'écoulèrent avant qu'on (entât celte proclama-
tion ; et larsqu'eiifin 6lle eut lieu, plusi^rs des aldermen n'y assistèrent point. On fit appuyer la cérémonie par ide& troupes, ce qui ne suffit pas à réprimer entièrement le& insultes populaires. On réorganisa le conseil commun de la cité ; plusieurs des membres désignés n!y voulurent pas entrer. Il £allut âiftoriser le conseil à siéger en petit nombre. On fut sur le point de se croire obligé à abolir las franchises delà cité;
Quand on voulut frappet la monnaie républicaine, le directeur de la monnaie déclara quHl ne s'y prêterait point, et se fît destituer.
Un serment de fidélité à la république > aussi simple et inoffensif qu^on put le rédiger^ fut demandé aux %nctionn;iire$ civils et aux ecclésiastiques investis de quelque bénéfice. Des milliers abandonnèrent leurs places, ou leurs cures, plutôt que de le prêter. Plus d'un an après rétablisser ment de la république, Tasi^emblée du clergé presbytérien, réunie à, Londres, déclara formellement que le serment ne devait pas être prêté. On l'imposa dans les universités d'Oxford et det Cambridge ; les membres les plus émînents de ces
58 DtSGOURS SUK LIIISTOIKE
eorpofattonsy professeurs et adminislratetirs, se démirent de leurs emplois.
L'ordre fut donné, daiî» toute l'AugFetferre, de détruire, rar les^iâdtftees et mohulnente publics , les insignes de k royauté. Presque nu! te part il lie reçut son ejtécutlon • Oïl le renouvela plusieurs fois^ sans plus de succès; et la république, déjà ^ndée depuis plus de deux ans, se tit encore contrainte de répéter partout la inéme înjonctîoô, éti eii mettant àia charge dés paroisses la respon-sébilité et les frais.
Enfin, ce fut seulement etiViron deiix ans après la condamnation du roî que le parlement républicain osa toter fordiellement que lès auteurs, les juges et les exécuteurs de cet acte avaient fiiit leur devoif, approuver tôti te la procédure, et en ordonner rinsèrtioh dans les registres du
parlement.
Jamais peuple iaincu par une faction réVolù-
lîonnaîre , et subissatit sa déÎPaitê satis àe soulever,
iie refusa plus clairement à ses vainqueurs son
adhésion et son concours.
- .A la résistance passive du pays se joignirent
DE LA HfeYOLÎJTIDlS DAlSCLtTEKRE. 39
bientôt j cohtrè lé gouvernement dé là république, les attaques de ses ennemis.
Les ptemières riiirent defe répûMicaîns culmôm^. Au iTîî* siêde comme au xix% ce nom tbavrâît des idées, des desseins, des partie pté* fendêihënt ditets. Dèrrîèfe les réformateurs de Tordre polHîqiie marchaient les réformateurs dé l'ordre aoteial, puis lés destructeurs de tout ordre et de tOTitè société. Aux passions et aux prétentions dû tiQâ^tisme religieux ei de Tesprit démocratique, d(5pltfô en plus aveugles et effi^énées à mesure qù'eti dèiceti^it plus bas dans tes rangs du partie là république de Sidtief et de Milton né sufiSsàit pbint. Les Nîveleùf s éclatèrent. Les Communiâtes apparurent. La république durait à peine depuis six mois, et défà, autour de Londres et du parlement ^ quatre itisarreetioiis de soldats siectairc^s, provoquées èl soutenues par uliè explosiou sans eesse rénai$saiite dé pamphlets, dé prédications ^t de promenades populaires, avaient révélé ion anarchie intérieure et mis son gouvernement en péril.
Le parti rdyaliste tarda plus longtemps à se
60 DISCOtJRS SUR L'HISTOIRE
soulever. Ses longues défeites^ rexéeutîon du roi, la compression yioleate qui pesait 9ur lui, le frappaient de stupeur, l^es dissensions de ses vainqueurs et le mauvais vouloir évident du peuple pour le régime nouveau le rendirent J>ient6t à la vie et à l'espérance. En d^xannèds^ scqplcQUspli*ations et insuirections, ourdies mi par de& royalistes purs, soit par des royalistes presbytériensi ennemis également ardents de la répulxlique , prouvèrent à ses che& qu'ils n'avaient pas tué du même Qoup le roi et l'empire de la royauté.
Bientôt, entre les a)nspira:teur& royalistes et 4e$ conspirateurs républicains, entre les CavaUers et les JNi voleurs, de^ secrètes intelligences s'établirent. Us x^onspirèreiit de concert: Une haine commune surmonte toutes les autres inimitiés.
Et pendant que l'Angleterre se débattait dans cette anarchie passionnée, TÉecsse et Tlrlande^ toutes deux royalistes, quoique par des motifs et avec des sentiments très divers, repoussaient hautement la république^ proclamaient Charles Stuart roi, appelaient et recevaient, sur leur sol eH à leur tète, Tune Charles lui-même • l'autre ses repré-
DE LA BÉVOLUTION D'ANGiETERRE. Ai
sentante, ^t foisaient la guerre pour le rétablir.
Dans t^tte disloeation des trois royaumes, au
ndlieu de ces comtois à là lois contraires ^
unis, aussitôt renaissants que déjoués, et qui tour à tour relevaient ou d>attaient, sur tous les points du territoire ^ les espéi^noes et les craintes^ les andiitions et les me&ôes <k tous les partis, les lieps sociaux se relâchèrent, les ressorts du pouvoir se détendirent rapidement^ Dans les administrations de comté qu de paroisse , dans les finances générales ou locales , dsms les emplois publics, dans les fortunes privées^ pour tous les intérêts de la vie civile, pluade rè|^e lû.de sécu* rite. Sur les routes, autour des villes, les bri^nds et les voleurs se multipliaient, inarchAnt pa^ bandes, mêlant les ^passions politiques à leurs crimes ^ demandant à ceux qu'ils arrêtaient s'ils avaient, ou non, prêté serment. de. fidéUté à la république, et les maltraitant ou les relâchant selon leur réponse. 11 fellut , pour les réprimer, placer sur divers j^ûnts des corps de troupes, tenir plusieurs régiments de cavalerie sans cesse en mauv^QQient; et Ja répression, bien qu^énergiquement
appliquée^ ne réussissait que très impàrfoiteiiiëfit, éar ià désorganisation <fe la société «nfeiitail plus àé désofàiPes que le gouvernement réj^ublieàili n-èn savait étouffeK
AssaiUis par tant et de si pressants dangeM^ les chefe du parieitient r^nbli^ii ne &iUif ent point : ils avaient Tênergie et l'obstinatidn^ les nns de h foi, les autres de l'égoîsnie ; leîirs plus nobles espérances et leurs pluâ vulgaires intérêts, leur honneur et leur vie étaient engagés dans leur entreprise. Ils s^y dévouèrent avec eonragè, mai^ 6n prodiguant aveuglément, pour la feire iric^^er^ ces moyens de nature vicieuse qui ne sauvent qilelques jours une caùié que pour la perdire Un peu plus tard.
Dès leurs premier^ pas, ils portèrent pihesque à ses dernières limites la tyranilîe politique ; car ils décrétèrefit que quiddnque^ dans le èours de là guerre dvîle, àVaîl adhéré au rôi, ou s'était montré contraire au parlement, ne poufriiît ni être élu membre du parlement , ni occuper aucune charge de quelque imrportance dans TÉlat. Et peu après, la tnôine incapacité fut étendue à toute
DK LA flÉyOLOtlON lyANOLICTfeRRE. j$
fonction municipale^ et jusqu'au sinopte dreit de Voter dans \ei élections : plaçant ainsi d*oli seul coup tou^ les adfèrsaires de Hi république dsM la côridUioii d'Iloteâ excltis de toUt drait et de toUta .vife |k)litiquë dah* leur pays- ^
Le serm^t de ftdélité tf avait été exigé 4'abotil que des fonctionnaires civils ou ecclésiastique^; et leui* refus n'avait d'autre conséquence que la. perle de leurs fenctioùs. Le grand nombre de6 refus irrita et inquiéta les Taïûquen«. Potir àssouvlÉ' leur colère, et dans le vaîri espoir de se délivrer de leur îiicjùîétiidfe , ils imposèrent le serment à tout Aurais au-dessus de dix-huit ans; etquîi* conque le refosa ne fiit pltis fiôéme admis à pa* raître devant une cour de justice potfi* y Mutenir èes intérêts; en sorte que la dissidence polîliqtte entraîna rmcapàcité civile. -
Le séquestre et la confiscation deâ Webs étaient pratiqués contre les vaincus de la façon là plas iùtolérable et la plus choquante ; sans principe fixe ni général, par dès mesures: parlîelles> mobiles^ tour à tour aggravées ou atténuées selon les besoins du moment, Tàvidité d'un ennemi puissaht,
M DISOOURS SUR L HISTOTRE
telle ou teUe circonstance imi^réviiet et 8or des lisjtes nomiaatives tantôt très étendues, tantôt fort limitées et dressées presque arbitrais em^t ; de teHe sorte que nul de ceux qui se ^sentaient me^^ nacés ne pouvait savoir d'avance^ ni avec certi*, tude, quelle était sa situation et quel serait son sort.
Depuis que la guerre civile avait cessé, une seule arme restait aux vaincus, royalistes ou ni velours, la publicité, la presse. Us en usaient bardiment^ comme avait &it, dans tout le c^urs de sa lutte avec le roi, le parti maintens^nt vainqueur. Ils. pouvaient s^en croire le droit, car le dernier censeur de la monarcbie, M. Mabbott, avait donné sist démission, ne voulant plus servir d -instrument à Un tel abus, et le premier secrétaire du conseil d'État républicain, Mîlton, avait éloquemment réclamé la Kberté de la presse comme droit essentiel d'un peuple libre. Le gouvernement républicain ne nomma point de censeur nouveau; mais il rendit, sur Tusage de la pressç, une Id dont la plus inquiète vigilance pouvait se contenter. Quatre villes seulement en Angleterre,
m LA RÊV0I.UTION D*Aîi^.ETERRE. 4$
Londres, York, Oxford et Cambridge, eurent le privilège d'imprimer. Aucun journal wi écrit périodique ne put parattTO sans rautorisation du gouvernement ; les imprimeurs furent assujettis à un cautionnemeAt» Et n<m seulement quiconque avait pris part à une publication séditieuse fut in-' criminé et puni ; mais tout acheteur d'un écrit séditieux encourait une ammide s'il ne venait pas, dans le délai de vingt-^juatre heures, remettre l'ouvrage au magistrat le {dus voisin,, et lui en signaler le dangc»*.
Une liberté du moins , la liberté religieuse , semblait pouvoir, sous la république, espérer un meilleur sort. Les sectaires républicains l'iavaient, dès l'origine, inscrite sur leur drapeau. Non seulement ils avaient eu besoin de la réclamer pour eux-mêmes , mais leurs principes la commandaient impérieusement, car ils repoussaient tout gouvernement général et obligatoire de TËglise, et reconnaissaient à chaque congrégation isolée lé droit de se gouverner elle-tnéme. Mais par un de nos plus tristes égarements, cest précisément là où elle est le plus inique et choquante, en matière
46 nsaQUIlS SUR LwsroiitE
dé omaeiepee et. de fei> que ri|KD6lisâ|ilji9ee[ hoiDàme se d^oi^ tout enlière» La Itt^e parti> les^iAèmes homaies qiii> d^nisun ^mr siéde^ se dèv^aîent ^areo une. adttîraUû oc»stanoe pqur la OMue de h liberté idiîgieiise, et qui feisakni de eette fibettâ 1^ bâte de J^ œr ciété ebrëtiemie^ oeux^là laéciay devenua ê^a-^ verains V exclurent abselumefit de teete liberté trois grandes classes defisrsonaes, lea catheliqiie»^ les éj^iscopaox et les libres p€diseara4 Cotise les catholiques, la persécution n'eut pc^t de limites: proscription absolue de leur &>l et de leiur culte ; peur leurs laïques > des incapacités et des confis* cations privilégiées ; pour leurs prêtres, la: prison, le bannissen^ent en ma^s^^ la mort même. L'£^lise prote&tmita épi^gopale, renversée et dispersée ^t le parl^meut presbytérien, vit, sous le pariem^t répitblicaîn, sc»i sort encore aggravé; les sectaires avaient à satisfaire, sur elle, leurs vengeances et leurs méfiances ; on alla .jusqu'à interdire, dws rintériew même des &milles, la présence de ses ministi^eset l!usage desa liturgie ^t de ses prières. Quant aux libres, penseurs , moins rares à cette
DE LA B^FQUJTIQSi D ANGL6Tf3lBE. 47
époque; qu'an ne |^ orûltcoDornupém^iàti ^'\\ $'ei| rencûptraU lin qui, m^r iq^pnid^fic» ou parayer;
pedsée, il était poupsuivi ^ emprisp«ii)Q| ei^alu d^ partei»6AtK i^PQuiUé deç f\w ^\m\xn jwploéSf Les p]^ahyt(iri6ivs y ç^mm^ ei^Qe^U 4^ épUco«pau}(, |o^i$saieftt ^wm certaine icdérauGe^ mais limitée, toujours prôça|m^0t^uy^t troublée pa^ les s(mpçons qu ^s viç^oDc^ d^ sectaires à qui leur orgamssitipi^ ecclésiastique et leurs «entiiK^ts monarcliiqtte^ déplaisaieut égaleifieat. Eu yaio^ dans le parleioeut rôpubliçaii^, quelques b,oxniQeH d'un esprit généreux essayaient de tempérer ces rigueur ; ils épr^^vaiçnt et acceptaient bientôt eu^-mên^es leur iu\puissance. La liberté religieuse n'existait réellement, ^pus la république, que pour les sectes victorieuses et républicaines^ à qui leur union dans une pièw^ cau^e politique, toq* jours en péril, feisait <iuhtter ou tolérei^ leu?s dsssenliments en giatière dd Coi.
Pour défendre et maintenir une tyr^auniç politique si étendue et si dure, la tyrannie judiciaire était iodi^pensa^* Le paiiqment républicain
ta DISCOURS SÛR L'HISTOIRE
l'exerça sans scrupule. Le procès du roi, cette monstrueuse dérogation à tous les principes et à toutes les formes de la justice, devînt le modèle des procédures p(^tiques; Contre les sédîti^is des soldats niveleurs, la loi martiale sufiisait; mais Iorsc[u'une insurrection ou une conspiration royaliste venait à éclater, une haute cour de justice, dont le parlement nommait luinnème les mem-< bres, était aussitôt instituée; vraie commission spéciale, placée en dehors, pour elle-même , des règles, et pour les accusés, des garanties de la loi. Craignait-on que la connaissance de ses débats n'èxcitàt la colère ou la pitié du pays? on en interdisait absolument la publication. On se servait de ces cours, non seulement contre les hommes importants qu'on livrait à leur juridiction, mais aussi contre" la multitude obscure qu*on n'eût pu traduire devant elles. Avant que la république lût proclamée, des marihim^s de la Tamise avaient demandé qu'on fît la paix avec te roi. Après Texécution du roi, le parlement envoya leur pétition, avec leurs noms, à la nouvelle haute cour qu'il venait d'instituer pour juger cinq des principaux
chefe royaKstes ; frappant ainsi les petits de terreur en même temps qu'il faisait tomber la tête des grands. Quelquefois les hautes cours ne pouvaient être employées ; elles auraient entraîné trop d'émotion publique, ou trop d'apparat^ ou trop de lenteur. Le parlement républicain jugeait alors lui-même^ infligeant, par un simple vote, d'énormes amendes^ le pilori^ le bannissement, tantôt pour abattre un ennetni obstiné, tantôt pour servir les passions ou pour couvrir les fautes de queU qu'un de ses propres chefs. N'y avait-il aucun moyen de poursuivre et de condamner des hommes qu'on redoutait, quelques uns de ces premiers réformateurs politiques que les républicains n'avaient pu vaincre qu'en les chassant du parlement? on les détenait arbitrairement, on les dispersait dans des prisons éloignées. On bannissait en masse de Londres les cavaliers, les catholiques, les officiers de fortune, tous les suspects. Et si quelque écrivain royaliste, au lieu de conspirer en secret, dénonçait bruyamment au pays, par la voie de la presse, les méfaits, réels ou supposés, des meneurs républicains, il était arrêlé et mis à la
Tp^r, OÙ il restait et lûCHirait, atten4dnt ^on jugement.
Tant d'oppression aq sein de tant d'anarobio semblait d'autant plus odieuse et intolérable qu'elle
provenait d'hommes qui naguère avaient tant e^igé 4u roi, qt tant promis ^ux-mêmes en feit de liberté I et d'hommes p^rmi lesquels un grand nopabre étaient naguèrcr inoonnus, obscurs, sortis de conditions dans lesquelles le peuple n'c|ait paç accoutumé à reconnaître et à respecter le pouvoir suprême , n'ayant , à rpmpire qu'ils exerçaient si vioïemipent , point d'autre titre que leur mérite personnel, titre contesté tant qu'il ne s'est pas élevé au-dessus de toute comparaison, et la force matérielle dont ils disposaient^ titre qui offense et aliène ceux-là même qui s'y soumettent, tant que leur vainqueur ne les a pas complètement abattus et avilis.
Malgré le double enivrement du pouvoir et du danger, plusieurs , parmi lies chefs républicains, avaient l'instinct de cette situation et du sçntimpnt public à leur égard. Puissants, ils se sentaient isolés, et souvent dédaignés. Il n'y a point de
DE LA, RÉVOi.UTfPN D AISP^ETERRR. H
pouvoir qui rassure contre Tisoleoient^ ni qui ronde insensible au déd^iq. Ils ^uhaitaient lardammçnt de se ^lir^ ^ à |^ domination, d'autres litre$ quQ la guerre civil§ et le régieîde, 9t de ^'^evf^r, par qnelque apte grand et nat}onal> ai) aiveau de leur ^rtun^. Ils ni^itaient et préparaient au dedans, sur les lois civiles, l'administration de la justice, les impôts, beaucoup do, réfimofies ; mais les plus importantes , d-up mérite fiirt contes^ table en soi, étaient énergiquement repoossées par la plupart des hommes considérables liu parti lui-même; et, loin de relever la république, elles n'auraient fait que la plonger plus avant dans les rangs des scctaîpes et des niveleurs. Ëvi*demment, aucpne mesure de régime intérieur ne pouvait donner aux chefs républicains ee qui leur manquait. Leurs pensées «e portèrent au dehors. Ils avaient peu d'effort à fei^re et point dé risque à courir pour msiintânir, dans leurs retotions avec les puissances étrangères, la dignité et les intérêts de leur patrie. lie temps des guerres de croyances religieuses finissait ; celui des guerres d'idées politiques no venait. pas encore. Aucun
des grands gouvernements européens^ bien que détestant la nouvelle république, ne songeait à l'attaquer ; tous au contraire recherchaient son amitié, pour l'enlever à leurs rivaux, oti pour s'en servit contre eux. La simple neutralité assurait à FAngletèrre la paix , une entière ind^endance pour ses affaires intérieures et un gtand poirfs dans les affairés du continent. Les chefe du parlement républicain voulurent davantage* Ils étaient en présence de trois puissants États, la France, TËspagne et la Hollande : les deux premiers, ca* thoBqués et monarchiques, adversaires naturels, plus ou moins contenus ou déguisés , de la ik)Uvelle république ; le dernier, protestant et républicain, attiré vers l'Angleterre par toutes les sympathies de la foi et de la liberté. Une idée s'éleva et bouillonna rapidement dans ces esprits hardis et agités. Pourquoi F Angleterre et la Hollande ne s'uniraient^elles pas en une seule et grande république qui ferait bientôt dominer en Europe leur politique et leur foi commune? Il y avait là de quoi charmer les plus pieux, de quoi occuper les plus ambitieux. Quelle reconnaissance
DE I^ RÉVOLUTION D'ANGLETEURE. 53
ne porterait pas le peuple anglais aux hommes qui auraient (îçnné cet accroissement à sa grandeur, cette satisfaction à sa conscience et à son orgueil? À ce prixy la monarchie était oubliée, la république était fondée , le parlement républicain devenait un sénat de rois.
L'œuvre fut, tentée. Les chefs répuMicains s'y employèrent passionnément : les uns, par des influences indirectes , et en propageant ^a tous sens leur idée ; les autres, dans des ambassades solennelles, et en essayant de poser les bases de l'union future des deux nations. Mais les rêves des révolutions sont encore plus vains dans les rapports extérieurs que dans le gouvernement intérieur de l'Ëlat. Il plaisait aux républicains aur glais de ne pas songer que, dans celte fusion y la république de Hollande serait absorbée par la ré^ publique d'Angleterre , et {ju'elle pourrait bien n'y pas consentir. Elle n'en accepta seulement pas l'insinuation. Les républicains hollandais, éprouvés par un siècle de laborieux isucc^, étaient trop fiers pour sacrifier leur patrie, et trop sages pour lier ses destinées à cette utopie d'une
bh DISCOURS sctt L'HiSToint:
république DAfdsahte et ^chancelante* La cause des royalistes anglais aYàit d'ailleurs en Ëollande la feveur ) non sôulei&ent de te maison d^Orangé , mais d'une grande partie du peuple dtont le meurtre de Chartes !" et les folies des sectaires révoltaient l'équité et le bon Sens. Le juste orgueil de la Hollande dissipa en un instant la chimère que l'orgueil ambitieux du parlement dnglaià avait enfantée* Mais de semblables tentatives ne sont pas feitès et n^avortent pas impunément. Il resta de eelle-ci, entre les deux peuples, déjà nalurèlr lement rivaux, des méfiances et des jalousies profondes ; entre leurs chefe , des amours-propres froissés et des rahcunes ardentes. La guerre sortit bientôt de éës Sources : en sorte qiie les grandes Conceptions diplomàtiquiEHà du parlement protestant et républicain de l'Angleletre aboutirent à Une rupture et à tiiie lutte passioniiéé avec le seul État républicain et protestant entre ses voisins du cenlinent.
Ainsi, au dehors comme àii dedans, 1^ républicains anglais recevaient des événements, ou donnaient eux-mêmes, à leufô idées et à leurs: éspé-
DE LA RÉVOLUTIOIS D'AMiLfcTKUUE. 56
rances^ de tristes et éclatants démentis. Ils avaient promis la liberté ; ils pratiquaient la tyrannie. Ils avaient proiiiis Tunion et le triomphé du prdtes^ tantisme en Europe ; ils portaient la giiérre dans son sidîn.
En vain ce gouvernement durait ^ gagnait des batailles y écrasait ses enhemis : il ne s'affermissait point. Km milieu de leurs succès et de la soumission générale y la république et ses cbels se décriaient et s'abaissàieht de jour en jouir.
Un homme ^ le principal auteur du supplice de Charles V^ et de rétablissement de la république, Cromv^ell, avait pressenti ce i'ésiiltàt, et se dispo^ sait à en profiter. Le t*oi tiiort et la république proclatnée, une inétamorpfaose prodigieuse, mais naturelle, s'accomplit dans Cromwell. Poussé jusque-là , par ses passions de sectaire et d'ambitieux^ contre le^ ennemis de sa foi et les obsta-^ clés à sa fortune, il s'était appliqué tout entier à les détruire. Dès que l'œuvre de destructicm fut consommée, une autre nécessité lui apparul. La révolution était faite ; il fallait refaire un gouvernement. La Providenoe, qui donne rarement à un
56 niSCOURS SUR LHISTOIRE
même homme une double puissance, avait marqué Cromwell pour l'un et l'autre rôle. Le révolutionnaire disparut) le dictateur se prépara.
En même temps que cette nécessité doqoinante de la situation nouvelle frappait son esprit grand et sain, Gromwell entrevit que le gouvernement qu'on tentait d'établir n'y réussirait point : ni les institutions^ m les hommes^ Dans les institutions, point d'unité, ni de stabilité, ni d'avenir; la guerre intestine et l'incertitude permanente au sein du pouvoir. Dans les hommes, des vues étroites ou chimériques, des passions petites ou aveugles ; la lutte révolutionnaire perpétuée entre le pouvoir et le pays. Érigés en souverains, le parlement repu* blicain et ses chefs furent bientôt mesurés et condamnés par le bon sens de Gromwell. Un gouvernement fort et régulier ne pouvait sortir delà.
Une pensée préoccupa dès lors Gromwell : ne point s'associer à la politique ni à la destinée de ces institutions et de ces hommes ; se tenir en dehors de leurs fautes et de leurs revers ; se séparçr du parlement en le servant.
DE ÏA RÉVOLUTION D'ANGLETERnE. 57
C'était peu de se séparer ; il fallait grandir pendant que d'autres s'usaient, Cromwell prévoyait la ruine du parlement et de ses chefs ; décidé à ne pas tomber avec eux^ il voulait s'élever à côté d'eux, .
Les grands h(»nmes d'action ne construisent poiat d'avance^ et de toutes pièces^ leur plan de conduite. Leur génie est dans leur instinct et dans leur ambition. Chaque jour, dans chaque circonstance, ils voient les faits tels qu'ils sont réellement. Ils entrevoient le chemin que ces faits leur indiquent et les chances que ce chemin leur ouvre. Ils y entrent vivement, et y marchent, toujours à la même lumière et aussi loin que l'espace s'ouvre devant eux. Cromwell marchait à la dictature sans bien savoir où il arriverait, ni à quel prix ; mais il marchait toujours.
Cette situation qu'il cherchait, isolée et en dehors du pouvoir régnant, le parlement vint luimême la lui offrir. Cromwell à Londres incommodait et inquiétait les meneurs. Us lui demandèrent d'aller prendre le comimandement de l'armée qui devait soumettre l'Irlande , partout insurgée
58 DISCOURS SUR L'rilSTOIRÉ
pour Charles Stuart, ou plutôt contre le parlemeat. Cromwell se fît prier. Il fallut liii accorder bésiUcoup : d'abord pour ses amis, son patronage était Vaste et «éïé ; puis pioar lui-mêtoe \ il Voulait de grands et sûrs moyens de succès, des iroupéë bien pourrues^ des benneurs éiglàtabts, un pbu- Yoir ihcantesté. On lui doitna tout, Bn était pressé qu'il par^ttt. Sim départ ^t st)le»tiel et ib^tiifique. Plusieurs sermons furent prêches , pour prédire et demander à Dieu son succès. Cromwell parla et pria lui-même en public y cherchant et troa^ vant dans la Bible des allusions pleihes d'etieoû* ragement à la guerre qu'il àllstit «ôttteuirl II i^rtit de Londres entout'é d'utie garde nombreuse^ fermée d'officiers brillamment équipés* A Bri^t^l^ où il s'arrêta aviant de s'embarquer, le peuple des campagnes eiiTir^nnàntes accourut pour le Voir. Il ne négligea riehj, et rien ne lui manqua pour exciter l'attenté et rebplir le6 esprits au moment où il s'éloignait des regards.
C'était l'Âiigle terre qu'il voiilait gagner en lui soumetiapt l'Irlande. Il était là Bn présence d'une race et d'une religion ennemies, l'une méprisée,
DE Là Rfc:V0LUT10S D ANGLETERKE. 59
l'attire détestée du peuple anglais. Il leur fit la guerre à outrance, massacrant, dépouillant, expulsant les Irlandais , n'hésitant pas plus devant là cruauté dans les teamps que devatit le mensonge dans le parletïlettt,tîbuvfânt tout pair la nécessité, et prompt à ycWiré pt>ur arriver plUë vite au succès. L'éclat de ses victoires et de son notn ihquiéta bientôt le parleuient. C'était de Cromwell que s'occupaient partout, dans leurs entretiens, Ib peuple pour Tadmirer, les habiles pour pénétrer sa conduite et son àvenif. En Ecosse, au moment où il était parti pour l'armée d'Irlande , le brUit s'était répandu que ce n'était pas à Dublin, mais à Edimbourg qu'il voulait la conduire, et toute la population s'en était émue. D'autres disaient qu'à son retour d'Irlande, il lîiéditait dé Sortir d'Angleterre et d'aller en France , on fie savait pas à quel litre, ni dahs quel dessein. Des pamphlets furent saisis, intitulés : Le caractère du roi
Cromwell. Il arrivait à ce point où les plus frivoles circonstances, les moindres démarches d'un hothme qui devient grand excitent passionnément la curicMsité populaire et là sollicitude de ses rîvaux.
60 DISCOURS SUR L'WSTOIRE
Les meneurs du parlement crurent pouvoir profiter des quartiers d'hiver qu'il venait de prendre à Dublin pour le rappeler ^ Londres. Cromvvell n'obéit point, ne répondit même pas, rentra brus-quement en campagne, poursuivit en Irlande son œuvre de destruction, et ne consentit enfin à retourner en Angleterre que lorsque de nouveaux et plus graves périls pour la républiqjiie lui ou* vrirent à lui-même de nouvelles perspectives d'indépendance et de grandeur.
. L'Ecosse avait rappelé Charles Stuart. La république et la monarchie allaient se retrouver en présence. Il Mlait à la république un champion éprouvé contre le roi : le parlement essaya d'en avoir deux, Fairfax et CromwelL Fairfax refusa. Le parlement nomma Gromwell seul , désolé mais contraint de lui donner encore , pour sauver la république, un royaume à conquérir.
Cromwell fit la guerre et se conduisit en Ecosse tout autrement qu'il n'avait foit en Irlande. Autant envers les catholiques irlandais il avait été violent, dur, impitoyable , autant envers les pro* testants écossais il se montra modéré, patient,
caressant* Il y avait là, aatouf du parti royaliste et jusque dans ses rangs y des dissensions profondes : des presbytériens plus fenatiques que royalistes, et qui ne servaient le roi qu'avec des méfiances et des restrictions infinies; des sectaires aussi ardents, aussi démocratiques que les sectaires anglais, pleins de sympathie pour Croiiiwell, pour ses soldats, et plus disposés à les seconder qu'à les combattre, Gromwelî ménageait et exploitait ces dispositions, cherchant la bataille contre l'armée du roi, mais plein d'égards pour le pays, négociant séparément avec les chefs qu'il savait incertains ou enclins vers lui, entrant en
correspondance, en conférence, en controverse religieuse avec les théologiens écossais, habile à plaire et laissant de lui-même une impression grande et favorable quand il ne parvenait pas à convaincre ou à séduire. Il s'avançait ainsi en Ecosse , gagnant chaque jour du terrain par les armes et dans les esprits, détachant du roi des comtés, des villes, des chefs. Charles se sentait pressé, cerné, bientôt atteint. Il prit soudain, avec l'entraînement de la jeunesse, une résolu-
62 DISCOURS S(m L'ttfSTOf RE
tiQH écl;^t;ki|te ot iléseiipérée; il w mit, Wfii toute sqn armée , en marc^he rapide verg VAnglelerre, livrant TEf^osse à Çromwell > et décidé à aller tester 9^1) cœ^r 4e la république^ L» fortune de la royauté. ^
Un moi& ne s'était pas encore ^eouié depuis que Charles et Farniée écossaise avaient pf>$é le pied sur le sol ^pglajs ; Çrqmwell les %vai| atteints, vaincus et disper^éiî h Worce^ter ou Charjes venait de se foire procl^mpx roi. Charles errait d'asile en asile et de déguisejnenl en déguisement, eberchant une barque qui le transportât hors d'Angeterre ; et Croniwell rentrait en triomphe à Lon-^ dres, entQurf3 des paeoubr^s du parlejçaoQt, du consml d'ÉUat, du conseil copimun de la cité» et d'une foule immense qui le proclamait son libérateur.
La joie qui succède à v^e, grafidp crainte surmonte un moment toute jalousie ej twle bainc. Le parleinent combl^f Cromwell de fay^urs : y ne riche dotation en terres fut votée pour lui ; le palais de Hampton -Court lui fut assigné pour résidence; ;les plus n^éfiants lui prodiguèrent
DK h\ Bl^VQI^UTIPW P'A}i€fI.6TEBRE. 63
les marques de reccmBaissao^e et de déférenee, L'enthousiasme du . pepf^lç r^^nblicthi était p\\|s ^iocèr^ e^ valait davwtag^, Les févolutions. qui ont i^eiiv^fsé d'anoieiwes grandeurs sont pressées ^t ftères d'eii élever 4^ nouvelles; C'est leur sûret^, c'est leur ergudl de se voir consqorées dans ^e glorieuses images , et il leur semble qu'elles font ai^si réparation à la société qu'elles en avaient dépouillée. Pe là cet instinct qui , en dépit des passions démocratiques , pousse les partis populaires à ces manifestations pompeuses 9 à ces flatterjes démesurées , à cette idolâtrie de langage dont ils se plaisent à enivrer les grands boipmes qu'ils voient monter sur les ruipes qu'ils ont fwte§, l^ecJtaires et philosophes, citoyens et soldats^ parlement et peuple, tous, de gré ou de force ^ concouraient à grandir Çromwell, comme pour grandir avec lui ; et les républicains de la cité de Lopdres, v^f^^s au-devant de lui pour le hafanguer qqand il rentrait dans leurs murs , se charmaient eux-mêmes ei^ lui disant : « Vous étiez destiné à charger les rois de chaînes et à mettre leurs nobles dans les fers. » Aveugles
6& DISCOtJBS SUR LHISTOIRË
qui ne se doutaient pas que bientôt ces fers pèseraient sur leurs propres mains.
Cromwell recevait ces hommages et ces grandeurs avec une humilité calculée ^ qui pourtant n'était pas dénuée de toute sincérité. <c'Â Dieu seul, disait-il sans cesse, appartient la gloire; je ne suis que son fsuble et indigne instrument. » Il savait combien ce langage convenait à son pays, à son parti. Il Texagérait et le répétait sans mesure,, pour complaire aux hommes dont il exaltait ainsi la confiance et le dévouement. Mais c'était aussi Texpression de sa propre et intime pensée. Dieu, sa puissance, sa providence, son action continue dans les affaires du monde et sur les âmes , ce n'étaient point là, pour Cromwell, de froides abstractions ou des traditions usées : c'était vraiment sa foi. Foi peu conséquente et peu exigeante, qui ne gouvernait et ne gênait guère ses actions dans les tentations de la vie et les nécessités du succès, mais qui subsistait au fond de son âme, et inspirait ses paroles lorsque la grandeur de la circonstance ou de sa propre situation venait l'émouvoir fortement. Il en wûte peu d'ailleurs de parler
DE LA ftÉVOLUïION D'ANGLETERRE. 65
humblement Qt de se dire l'iDslrument de Dieu quand Dieu faU de son instrument le mattre des nations. Ni la puissance ni l'orgueil de Cromweli n'avaient à souffrir de son bumilitét
Aussi plus sa situation devenait grandie, pliis son ambition grandissait et le portail au-dessus de sa situation. Â travers son langage si humble, perçaient quelquefois, dans ses démarches, des éclairs de souveraineté. Sur le champ de bataille de Worcester, le désir lui vint d'armer, de sa main^ chevaliers deux de ses plus braves génc^^ raux, Lambert et Fleetwood, et il y renonça avec humeur, sur Tobservation que c'était là un droit royal. Le jour où il rentra en triomphe à I^ondres, sur la route, au milieu des acclamations publiques, telle était sa contenance qu'un homme qui le connaissait bien, le prédicateur sectaire Hugh Peters, dit en le voyant passer : « Cromweli se fera notre roi. » Il venait de sauver la république et de lui souinettre deux royaumes. Il n'avait, au loin et par les armes,, plus rien de grand à faire. 11 restait à Londres, puissant et oisif, sans cosse visité par ses officiers et ses soldats, centre do
66^ DISGOUKS S13R L'HISTOIRE
tou les méconteniements el de toutes tes espérances ; en fece du parlement républicain, assemblée mutilée où siégeaient à peine chaque jour soixante ou quatre-vingts membres, quelques uns sérieusement et honnêtement oèicupés des affehres publiques, de la marine, dé la guerre avec )a Hollande, des réformes projetées dans les lois, mais la plupart restés petits dans leur grandeur, adonnés à de mesquines passions , à de honteux intérêts, accaparant les emplois pour eux ou pour leurs proches, feisant servir leur pouvoir à leur fortune j à des haines et à des querelles subalternes ; coterie de plus en plus égoïste, isolée, décriée, qui ne donnait au pays ni repos, ni liberté, ni avenir, et qui pourtant se montrait résolue à retenir le pouvoir souverain, comme si le salut de rAngtcterré eût pu exiger la perpétuité d'un si misérable gouvernement,
Cromwell hésita et attendit longtemps. Au moment de son triomphe, en reprenant son siège dans le parlement, il avait engagé la lutte. Deux questions, grandes et populaires, étaient ses armes: une amnistie générale qui proclamât que la guerre
DE LA RÉVOLtmdK D'ANGLCTIîRnE. 67
ctviîe était finie, etwie loi électorale qui réglât le mode et ré|K)que de la convocation -d*un nouveau pariemènt. Ces dmix mesurer étaient depuis long* temps proposées ; mais elles demeuraient enfouies dans les comités, sauf a apparaître quelquefois^ dans les jours critiques^ comme des leurres. Par Tinfluence deCromwell, elles ftirent sérieusement refirises et discutées. L'amnistie fut totée, péniblement , au Ixmt de cinq mods , après de nom* breuses tentatives de restrictions , pécuniaires surtout, toujours repoussées, et avec succès, par Cromwell lui-même, trop sensé pour se livrer à aucune animosité inutile, et attentif à se créer dans tous lès partis des clients et des amis per« sonnels. Mais la mesure décisive, la loi électorale, restait en suspens. Cromwell la pressait, sans ardeur pourtant, plutôt pour faire ressortir Tégoïsme obstiné des meneurs dû parlement que pour afrriver à une prompte issue. Il élait luî^même très perplexe. Par quels moyens plausibles contraindre le parlement à se dissoudre? Quel serait
le résultat d^élections nouvelles ? Et môme des
élections nouvelles suffiraient-elles à relever et k
68 DlSCOUftS SUR J/lilSTOlRK
fonder lo gouvernemenl? L'épreuve do la république était-elle heureuse? La monarchie n'élaitellè pas toujours plus conforme aux lois, aux habitudes, aux sentiments ^ aux intérêts permanents du pays? S'il la voulait, s'il on avait besoin, comment la lui rendre? et dans quelle mesure? et quelle monarchie? Cromwell posait ces questions, non seulement dans des conversations în^ ti mes avec quelques hommes importants, mais
dans dos conférences où il réunissait des officiers de l'armée et des membres du parlement. Il li'cn sortait point satisfait : les officiers persistaient h rester républicains; les politiques enclins à la monarchie n'en admettaient point d'autre que l'apcienne, et conseillaient à Cromwell de traiter avec elle pour la rétablir. Il rompait alors la conversation, pour revenir plus tard à la charge, souple en apparence, mais au fond indomptable dans son ambition, tantôt franc jusqu'à l'audace pour entraîner les hommes dans ses desseins, tantôt fourbe jusqu'à l'effronterie pour les leur cacher. II. retirait toujours de ces menées Tavantago de compromettre de plus on plus l'armée
DE I^ lŒVOLUTlOlN D'ANGLIiTEKllE. 69
dans sa lutte avec le partemeht. L'esprit soclaire élait encore puissant dans l'armée, et l'esprit ini^ litaire s'y était fortement développé. Les passions ilu fenalique et les intérêts du soldat s'y eombi« naient et ^'y soutenaient mutuellement. Gromweil les exploitait et les excitait sans relâché contre le parlement. Quelle iniquité que la solde des vainqueurs fut si mal payée, et que des hommes qui n'avaient ni conibattu, ni souffert, recueillissent seuls les fruits^e la victoire 1 Quel affront à Dieu que lés conseils dé ses saints fussent si peu écoutés ! Des pétitions , présentées par le cofiseil général des officiers, au nom de Tarmée entière , réclamaiéat avec hauteur le paLiement des arrérages, la réforme des abus du gouvernement , la satisfeelion des espérances du peuple de Dieu. Le parlement menacé se défendait, s'irritait, ot attaquait à son tour* U pressait le lioenciement d'ime partie considérable de l'armée ; il mettait en vente ce même palais de Hampton - Court qu'il avait donné à Cromwcll pour résidence. Cette situation si tendue durait déjà depuis dix-huit mois. De part ot d'autre, on sentait approcher la crise. Qui
70 DJiiCOCliS SUU L'HISÏOIRK
Cil serait 1q mattre? Le parlement prit soudain la résolution de presser Im-^môme cette dissolution qu'on liii demandait. Il entra viven^ent dans la ditouBsion et le vote de la loi électorale. Mais sa loi eut précisément pour but de maintenir le pouvoir dans lès mêmes mains auxquelles elle devait le retirer* Les membres actuels du parlement républicain restaient de droit^ sans aucune réélection, membres du parlement nouveau. Les élections ne devaient que combler les vides de l'As^ semblée, selon le nombre total fixé par la loi. Et pour que rien ne manquât à la sûreté de la combi^^ naisop, les anciens membres devaient former seuls le comité chargé d'examiner les élections nouvelles et d'admettre ou de rejeter les élus.
Ce n'était point là une dissolution du parlement; c'était pour lui un bail nouveau. Cromwell n'hésita plus ; rompant brusquement une conférence d'officiers réunis chez lui, à Whitehall , il «e rendit à la chambre des communes, prit silencieusement sa place au milieu de la délibération , et au moment où la loi Rectorale allait être mise aux voix, il se leva soudainement, et, avec une brutalité
DE LA HÉVOLLTIO^ D ANaLETEimE. 71
pnofonde^ profitant du décri où les meneurs du parlement étaient tombés pour les accabler d' insultes grossières ; et les insultant grossièrement pour les avilir encore davantage y il leur signifia qu'ils n'éiaient plus ri^ii^^ les fit chasser de leur sallo; par uo^ compagnie do soldats , comnae dos intf us trop longtemps tolérés ^ et mit ainsi tout à coup fin au Long Parlement,
Personne ne résista ^ personne n'éleva la voix; non que le parlement expulsé n'eut des amis, ardents et fidèles, quoique peu nombreux ; mais ils avaient con^e eux la force et Topinion:. Tous les auti^e» partis , qu'ils approuvassent ou non l'acte de Cromwell y s'en ^ réjouissaient comine d'une justice et d'une délivrance. Intimidés ou impuissants, les vaincus se soumirent sans bruit; et ces moeurs révolutionnaires qui avaient fait neuf ans la guerre, civile, chassé du parlement les trois quarts de leurs collègues^ condamné à mort leur roi, et dbiangé tyranniquement la constitution de leur pays , purent reconnaître que le gouvernement des peuples est une œuvre infiniment plus grande et plus difficile qu'ils ne
7i DIS(X)URS SUR LUIS1X)1IIË
s'en doulaiont avant d'y avoir oux-^mèmes succombé.
La république s'était établie au nom do la liberté ; et, sous la docûioation du parlement r^ublicain , la liberté n'avait été (|u'u& vain mot , couvrant la tyrannie d'une faction. Après l'expulsion du parlement, la république à son tour devint un vain mol, conservé • comme un de ces mensonges qui servent encore quoiqu'ils ne trempent plus, et le despotisme d'un seul fai pendant cinq ans le gouvernement de l'Angleterre.
Le despotisme, chez une natiçn fortequis'y réfugie dans un accès de perplexité ou de lassi* tude, ne peut subsister qu'à deux conditions, l'ordre et la grandeur. Cromwell, devenu le mâîlre, déploya toutes les ressources de son génie pour imprimer à son gouvernement ces caractères. Étranger aux passions haineuses, aux préventions étroites et intraitables que les factions portent dans leur empire, il voulait que tous, sans distinction d'origine et de parti , cavaliers et presbytériens aussi bien que républicains, pourvu
DK LA «ÉVOLUTION D'ANGLETKUUE. 73
qu'ils so^ti&sâent en dehors des menées politiques^ trouvassent y pour les intérêts de la vie civile, protection et sécurité. L'acte qui imposait à tout Anglais le serment de fidélité y sous peine d'incapacité devant les tribonaux, fut abrogé. L'administration de la justice redevint régulière et habituellement impartiale. Cromwelt , général de la révolution, s'était toujours ménagé dans tous les partis des intelligences et des créatures . Cromwell, protecteur de la république, s'efforça de rallier à soa gouvernement les forces hautes de la société. Trop sen^é pour se détacher de ses racines et se livrer à ses ennemis, un instinct supérieur l'avertissaitiBn même temps que , tant que le pouvdr n'est pas accepté et soutenu par les hommes que leur position, leurs intérêts , leurs habitudes rendent ses alliés naturels, rien n'est complètement ordonné ni solidement fondé. Ce chef fougueux des novateurs populaires se montrait plein de respect pour les institutions cotisacréôs par le temps. Dans leur aversion des sciences humaines et des fondations aristocratiques ou royales J leè sectaires voulaient détruire les universités d'Ox-
7k DISCOURS SUR r/HISTCMRE
ford et de Cambridge. Cromwell les sauva. Grand par aatore, et maintenant placé haul, il prenait le goût de tofut ce qui était élevé et grand par les sottv^irs^ par l'esprit, par le savoir, par la renommée. Il se sentait intéressé à l'attirer vers lui, et se plaisait à le protéger contre des haines gros*sières et subalternes; Et il employait à soutenir cette politique, à maintenir au profit de tous Tordre et les lois ^ à rétablir partout le pouvoir et le respect, cette même armée avec laquelle il avait renversé tantxl'anciennes j^andeurs, et dont la forte discipline et le dévouemetot qu'elle lui portait ne comprimaient qu^imparfaitement et à grand' peine les passions mal éteintes'.
Au dehors , dans les relations œtérieures ^e r Angle terre, Cromwell, plue libre du joug des partis, porta un 'sentiment encore plus juste des intérêts de: son pays comme de sa propre situa* tion , et obtint un succès bien plus complet*
La paix fut la base de sa politique. Dès son avènement^ il se mit à l'œuvre pour la rétablir ou l'assurer partout, avec la Hollande, le Pottugal, le Dan^aaarck; mettant de coté tantôt
DE LA KKVOLUnON DAKGLKTERRE. 75
ces rêves de fusion répuj>licaine et proies laole que naguère 11 avait conçus ou fomeolés Luixaéme, taulôt les rancttues de religion ou de parti; pressé de ré^er les différends, de clore les questions; quelquefois âosceptible et hautain pour him établir la dignité d'un gouvernemeat nouveau y mais toujours sensé , ne se livrant à aucune exigence démesurée, à aucune ambition chimérique, ne recherchant au dehors que ce qui convenait à son intérêt essentiel , la sécurité et la force de son pouvoir au dedans^
Aussi 9 la paix une fois assurée, la seconde base de sa politique fut la neutraliléi. C'était alors , en Ëucope, la crise de la lutte entre la maison d'Autriche et la mais<m de Bourbon , entre )'£$pagne qui déclinait et la Francos qui montait rapidement. Toutes deux faisaient d'ardents, et quelquefois de honteux efforts jpour attirer l'Angleterre dans leur alliajiiee. Gromwell hs écoutait toutes deux, donnant à l'une et à l'autre assez d'espérances pour en obtenir cequi importait à son gouvernemeni, mais ne s'engageant ni dans l'une ni dan& l'autre cause* Tout bien considéré^ il jugea
76 UISCOUaS SU« i;tllSTOIHE
que, (lu côté de l'Espagne , il y avait pour lui moins à espérer^ moins à craindre, et bien plus à prendre, il méditait de donner, à la puissance et au commerce de TAngleterre, une lai^e base dans le nouveau monde. Il sortit de la neutralité^ mais avec tant d'à-propos et de mesure que, pendant que sa guerre avec FEspagne lui donnait au delà des mers la conquête doia Jamaïque, son alliance avec la France lui valut, aux portes duconliogent oui*opéen, la possession de Dunkerque, sans que pourtant il s'engageât, dans la lutte des deux puissances , assez avant pour compromettre Tindépendance de la politique extérieure de son pays. Ce fut, sous son gouvernement, le constant caractère de cette politique de n'avoir rien de systématique ni d'emporté, et de ne se mêler des affaires d'autrui qu'autant que ses propres affoires l'exigeaient réellement. Les Stuart étaient réfeigiés en France. La cour les traitait avec faveur, quoique timidement. Les essais de guerre ci\1le de la Fronde troublaient le royaume. Les prolestants y étaient , sinon persécutés, du moins inquiétés et mécontents. L'occasion semblait belle
DE LA nKVOLU'nOî>i D'ANGUETERHE. 77
et la tentatioa était forte., pour Cromwell, d'intervenir là contre ses ennemis^ et pour la cause religieuse et politique qui avait feit sa grandeur. Lo prince de Condé^ chef des insurgés^ la ville do Bordeaux^ leur boulevard, Vm sollicitaient ardem* ment, entretenant auprès de lui des envoyés, mulr* tipliant les instances et les offres pour obtenir son appui. Gromwell les accueillait, leur donnait lieu d'espérer, envoyait à son tour en France des agents chargés de sonder les dispositions et do mesurer les forces des protestants et des Frondeurs , inquiétait ainsi gravement Mazarin; puis , ne trouvant, du côté des mécontents français, ni forces réelles, ni conduite habile, ni chance de succès , il écartait toute velléité d'ambition ou do passion, laissait tomber les offres qu'il avait reçues , les espérances qu'il avait laissé naître, et traitait avec Mazarin , mettant à profit les inquiétudes qu'il lui avait fait concevoir.
Qu'une occasion imoins tentante , mais moins compromettante, s'offrît ailleurs de soutenir le protestantisme opprimé , Cromwell la saisissait avidement. Pour proléger, contre lo duc de Savoie,
78 WSCODRS SUH I.'HISTOIHK
de pflUivres paysans expulsés de \ew^ Yalléè^ , il multipliait les déclarations, les ambassades, les secours d'argeiit, les menace», sommait la cour de France d'intervenir si elle ne voulait qu'il intervint lui-même, entraînait dans ses démarches les Provinces-Unies, les cantons suissesf, atteignait son but par le seul mouvement qu'il imprimait, et donnait ainsi aux sentiments religieux de l'Angleterre une éclatante satisfection, sans rengager dans aucune lutte grave et incertaine. Quand des intérêts anglais, importants quoique secondaires, étaient en jeu, réclamant protection ou réparation, Cromwell les soutenait énergîquement, en les tenant avec soin séparés des questions générales et passionnées. Il envoyait dans la
Méditerranée l'amiral Blake avec une forte escadre, chargé de se porter partout où FAngletcrre avait des réclamations à former-, et Blake se présentait successivement dçvant Livourhc, Alg(^r, Tunis, Tripoli, vidant avec éclat, quoique stms les grossir, ces démêlés divers, et ne se retirant que lorsqu'il avait obtenu dé gré ou de ' force le redressement des griefs de son pays.
DE LA RÉV0t.UT10N ITANOLETERRE. »
Tant d'effortô et de $accès ne demeufaicnt point vains^ mats n^atleignaient point au téritable et dernier bot du vainqueur. Ce gouvernement si actif sans tétnéritér^ $i babile à flatter les passions nationales sans s'y asservir, qui au dehors faisait grandir son pays sans te compromettre , et maintenait l'ordre au dédans avec les soldats de la révolu lion, Gromwell était obéi , craint, admiré^ mais ne s'enracinait point. L'Angleterre se soumettait à s(m génie et à sa force; elle n'acceptait pas sa domination. Consommé dans Fart d'attirer à lui les hommes, tous les jours il en détachait quelques uns des anciens partis, les décidant tantôt à le servir activement, tantôt à cesser d'agir comme ses ennemis. Il obtint, autant que Tait jamais obtenu aucun autre parmi les maîtres des peuples, tout ce que le bon sens, la fatigue ^ l'intérêt persomiel, la faiblesse, la lâcheté, la bassesse, la trahison peuvent donner à la puissance. Mais les partis subsistaient toujours, cavaliers^ presbytériens, républicains, comprimés mais vivaces, et ne renonçant ni à l'espérance ni à l'action. Dans le cours des cinq années de l'empire de Cromwell , et sans
80 DISCOURS son L'UlSTOiRE
parler d'une foule de tentelrves obscurcsi quinze conspirations et insurrections > royalistes ou republicainesy on ooalisées, mirent son gouvernement en alarme ou sa vie en danger. Il les réprimait énergiq-uement, sans cruauté et sans pitié, rigea^ reux ou clément selon le besoin, employant tour à tour les lois et l'arbitraire, le jury et les cours d'exception, une police in^Ugable ^t une armée dévouée, les arrestations silencieuses et les exécutions éclatantes , le bannissement, l'emprisonner^ ment , la vente de» insurgés vaincus comme esclaves dans les colonies, tout ce qui se peut inventer pour frapper des ennemis d'impuissance ou de peur. Rien ne réussit contre lui; tous les complots furent, déjoués et toutes les prises d'armes étouffées. Le pays ne s'y associait pdint et gardait son repos. Mais il ne croyait ni au droit ni à la durée de ce pouvoir tous les jours vainqueur. Cromwell ne régnait point dans les esprits comme un souverain reconnu et définitif. Au faîte de sa grandeur, il n'était, dans la pensée publique, qu'un maître irrésistible mais provisoire, sans rival mais sans avenir.
H le sentait Uii-fflèin.e mieux que personne. C'était le caractère de son esprit de voir toutes choses, snème sa propre situation , comme elles étaient réellement. Jamais grand hommen'aété plus ardent à l'espéraoce et plus étranger à Tillusion.
Il avait appris , en renversant la monarchie constitutionnellej^ que c'était le seul gouvernement qui convînt et qui pût durer en Angleterre. Maître des ruines de l'édifice, une pensée constante s'empara de lui, le relever pour s'y établir.
Ce fut son désir et son travail continu de parvenir à avoir un parlement avec lequel il pût vivre et gouverner. Il en réunit quatre en cinq ans; tantôt choisissant lui-même, de concert avec ses officiers, rassemblée qu'il décorait hypocritement de ce nom ; tantôt la faisant élire selon le nouveau mode que le Long-Parlement républicain était sur le point d'adopter quand ill'avait chassé; traitant toujours ces assemblées, à leur début, avec beaucoup de solennité et de déférence ; usant, pour s'y créer une majorité , des artifices les plus éhontés , des violences les plus inouïes ; et soigneux^ au moment même où il rompait avec elles.
82 DISCOtJhS SUR L'HISTOlKE
diè rie paint donner à croire qu'il renonçât à leur concours.
L'entreprise, de sa part, était chimérique. Les royalistes n'entraient point dans ses parleineitts. Les presbytériens n'y arrivaient qu'eii fort jiétit nombre. Les diveinses fractit^ns du parti républicain y siégeaient presque seules^ profondément divisées et irritées. Les partisans tie CrùmWell étaient peu propres à triompher par la tactique parlementaire et la discussion. Ses ennemis, bien plus èiercés datis ce genre de combat, en déployaient, {)our lui nuire, tentes les ressources. îl se retrouvait là en présence des hommes qu*il avait détrônés, sincèrement passionnés contre sa tyrannie, obstinés dans leurs idées et leurs habitudes anarchiques, et aussi ingouvernable^ qu'incapables de gouverner. Lui-même, îl leur fournissait, à chaque instaat, des griefs et des armes, car il n'avait pas appris , en devenant le maître absolu, à respecter le droit, ni à endurer la résistance et la contradiction. Averti , par son grand instinct, que, dans son isolement despotique, il ne fondait rien, pas même son propre pouvoir, il
DK LA: IIÉVOLUTICWN D'ARGLETEURK. 83
appelait «n parléoient potir s'en aider dans la création d'un gouvernement durable ; mais quand le parlement était là, dépourvu de^ forces naturelles du parti conservateur, et dominé par des hommes qui ne savaient que ^ détruire , bienl6t GrolnvireU ne pouvait supporter ni leur liberté, ni leur fol aveuglement, et il brisait cet instrumeill qu'il sentait nécessaire, iriais qu'il s'irritait de trouver toujours fatal.
Un Jour,, il crut avoir enfin réussi à réunir un parlement qui comprit et secondât ses desseins. Il se hâta d'y faire éclater l'idée qui le possédait , le rétablissement complot de la monarchie anglaise , un roi et 4eux chambres. La proposition en fut faite et. débattue dans le parlement, et publiquement négociée pendant plus de deux mois entre le parlement et le protecteur. Cromwell déploya dans la négociation cet étrange amalgame d'ardeur et de retenue ,. d'habileté profonde et d'hypocrisie grossière 9 qui était à la fois son art et sa nature. La prudence égalait presque en lui l'ambition. Il ne voulait pas que son avènement à la royauté fût au prix d'une scission dans spn parti , base déjà
86 rnscocRs suk l'hjstoiiœ
si élroiic et si chancelante de son gouvernement. 11 prétendait devenir roi sans que le protecteur fût en péril. 11 fallait y non seulement que la cou- TJOïïue lui fût offerte, mais que tous les hommes importants dont il était entouré ^ sectaires ou politiques > officiers ou magistrats, se fussent décidés et copapromis à la lui offrir. Depuis longtemps, avant Tinslitulion du protectorat, avant rexpulsion du Long-Parlement, il les sondait et les préparait à cette fin. Engagé celte fois dans lai tentative suprême, son travail, pour agir sur eux, fut infini et infatigable, tantôt direct, tantôt détourné ; il s'adressait tour à tour à leur intérêt, à leur amitié , à leur raison ; il essayait de leur foire comprendre que la révolution qu'ils avaient faite, et leur propre situation à eux-mêmes comme la sienne, demeureraient feible» et précaires tant qu'ils ne se seraient pas établis ensemble dans l'institution sur laquelle se fondaient toutes les lois , à laquelle se rattachaient toutes les habitudes d'obéissance et de respefct de l'Angleterre, 11 persuada, ou entraîna , ou séduisit tant de gens , même parmi les officiers longtemps rebelles , qu'il put se croire
DE LA «ÉVOLUTION D'AlNGLETEHUb!. S5
et se crut vraiment assuré du succès. La proposition fut votée dans le parlement. La couronne lui fut officiellement offerte. Il ajourna sa réponse. Il voulait vaincre les dernières résistances. C'éfait auprès de lui , parmi les généraux les plus intimement unis à sa personne, quMl les rencontrait. PUes furent insurmontables , par sincère passion républicaine, par pudeur de démentir à ce point leur vie, par vengeance de rivaux humiliés. Cromwell se flatta qu'après tout ce n'était que Tliumeur de quelques hommes. lise décidait à passer outre, et à poser enfin sur sa tête cette couronne mise sous sa main, lorsqu'il apprit qu'à cette heure même une pétition , rédigée par l'un de ses chapelains et signée par un grand nombre d'officiers, était, au nom de l'armée , Solennellement présentée au parlement, réclamant la fidélité à la bonne vieille cause et repoussant le rétablissement de la royauté. Cromwell manda aussitôt le parlement à Whitehall , et , s'étonnant qu'on eût ainsi Fair de protester contre sa réponse avant qu'elle fût faîte, il refusa formellement le titre dé roi. C'était en vain qu'éclairé par son génie sur le
^ Diseou«3 Sun limstoirk
vice de sa grandeur, il sefforçait de la transporter sur dos bases consacrées par le droit et le temps. Dieu ne voulut pas que le même homme qui avait fait tomber la t^te du roi, et foulé aux pieds les libertés du pays 9 recuerlltt l'honneur et le fruit du rétablissement do la royauté et du parlement. Puissant contre l'anarchie , Cromwell, en luttant contre les difficultés de sa situation , retôAibait sans cesse dans le despotisme. Il avait fait rentrer r impartialité dans Tordre civil ; et, poussé par la nécessité de suffire aux dépenses de son gouvernement, il soumit tous les royalistei; aux exactions les plus iniques, et tout le pays au régime de la tyrannie militaire, seul moyen d'accomplir les exactions • Il se faisait gloire d'avoir rendv à l'administration de la Justice sa régularité et^on éclat; et quand des avocats illustres défendirent contre ses poursuites dos accusés , quand des magistrats intègres se refusèrent à les condamner contre les lois y il maltraita , destitua, emprisonna los avocats et les magistrats avec un emportement sans exen»» pic dans les plu,s mauvais temps. C^était trop d'arrogance que de prétendre rétablir la monarchie
légale sans renoncer aux violences révolu tionnaires. Cromwell jouissait déjà d'un privilège rare ; il avait pa^éde la révolution à la dictature ; il ne lui fut point donné de transformer la dictature en un régime de droit et de liberté.
Mais sa prudence, dans cette périlleuse épreuve, ne fut point pejrdye. Il nes'était arrêté qu'au dernier moment , mai^ il s'était arrêté. L'Angleterre qui avait vu sa retraite , les républicains qui l'y avaient réduit , avaient toujours. besoin et peur de lui. Sa situation demeura entière, et le p^'otectçur ne fut pas mpinjs puissant pour avoir échoué à se faire roi. Il n'abandonnait point son dessein. U prenait même des mesures pour préparer la réunion d'un parlement nouveau , se proipettant sans doute , comme il avait jadis dompté le parlement par l'armée, de dompter un jgur l'armée par le parlement. Mais déjà s'appesantissait sqr lui la ^aip qui devait le dompter lui-même. Sa santé était depuis quelque ten)ps altérée^ Des douleurs de famillq , la perte d'une fille chérie aggravèrent ^on mal. Il dépéf it rapidement. Il ne voulait pas mourir. Tant d'épreuvi^ traversées avec bonheur, les grandes
88 DISCOURS SUU IVlllSTOlRK
choses qu'il gvait faites et qtiMl avait encore à faire, la nécessité de sa présence , la puissance de sa volonté, tout le portait à se persuader qu'il n'avait pas atteint le terme de sa vie. Il disait, dans sa plus confiante intimité : «le suis sûr que je ne mourrai pas aujourd'hui ; je sais que Dieu ne veut pas encore que je meure. » Dieu avait marque Cromwell pour être un exemple éclàfant de ce que peut et de ce que ne petit pas un grand homme. Sa destinée était accomplie. Il s'était fait, par soii seul génie, le maître de son pays et de la révolution qu'il avait foitedans son pays; il resta, jusqu'à sa dernière heure, en pleine possession de sa grandeur; et il mourut, consumant sans succès son génie et sa puissance à tenter de refeire ce qu*il avait détruit , un parlement et un roi.
Dans l'anarchie oèl la jeta celte mort , FAngleterre eut l'une de ces bonnes fortunes rares dont on ne saurait dire si elles viennent de Dieu seul, ou si la sagesse des hommes peut y réclamer quelqac part. L'anarchie n'eût pointde dénoûment factice, ni incomplet, ni précipité. Toutes les ambitions.
UK LA RÊVOf.O riON U'ANrrLK'rKintE. 89
loutesi les prétentions , tons les éléments de chaos et delulte politique que Gromwell avait comprimes reparurent et rentrèrent en tumulte sur cette scène que naguère i! remplissait seul. Son fils Richard fut proclamé protecteur sans obstacle , et reconnu sans hésitation par les puissances étrangères. Mais à peine il essaya de gouverner qu'autour de lui s'étevèrent une foule de conseillers , bientôt ses ennemis et ses rivaux : le conseil général des officiers ; un nouveau conseil de l'armée, plus populaire; un parleiaaent nouveau, que Richard se hâta de eonvoqueri l'ancien Long-Parlement , on plutôt , comme rappela le peuple , la queue du Long-Parlement mutilé, soutenant qu'à lui seul appartenait le pouvoir légitime , puisqu'il avait reçu de Charles I", du roi qu'il avait mis à mort, le droit de n'être dissous que de son propre aveu; enfin ce même Long-Parlement, recruté des membres qu'avant Id mort du roi il avait chassés de son sein, et qui maintenant y rentraient do force, comme ils en avaient été chassés. Tous ces fantômes prétendirent à remplacer le maître qui jadis lès avait tous domptés^; et rAngletorro les
vit, pendant plus de vingt mois , paraître, disparaître j reparaître confusément , a'^oquant ou s'oxpulsant , se coalisant ou se combattant tour à tour 7 sanç qu'aucun d'^ux prît un seul jour la consistance et la force d'un gouvemem^t.
Et dans cet interr^ne de vingt mois ^ 9u milieu de cette explosion ridicule de tan$ de prétendants chimériques , celui-là seul ne parut point qui était ^ dans la pensée de toute TÀn^terre, soit espérance y soit crainte , le seul prétendit sérieux « A peine un ou deux mouveo^ents insignifiants , qui se bornaient à demander la convocation d'un parlement libre , et où le nom de Charles Stuart n'était pas même prononcé, furent-ils tentés en sa feveur, et aussitôt réprimés sans effort.
C'était le souvenir d^ Crpmwell qui retenait encore le parti royaliste dans )a crainte et l'inaction. Il avai); tant de fois abattu Iciurs espérances , et si rudement frappé leurs soulèvements ou leurs complots , qu'ils n'osaient plus se promettre U succès. Le bon sens d'aiUeijirs leur était venu avqc les longs revers, jils avaient appris à ne pas prejidre
DE LA RÉVOJJJÏIQN D'ANGLETERRE. »l
' leurs désirs pour la mesure de leurs forces , et à comprendre que 9 si Chartes Stuart devait retrouver la couronue, c'était l'intérêt ^t le mouvement général de l'Angleterre qui pouvaient seuls la lui yendrejflon pas une insurrection de Ca-. valiers- - ^
Bichaid Gromv^r^U eut la pensée et le désir de mettre lui-mémo un terme à l'agonie générale 'et à la sienne propre, en traitant avec le roi. Il ne manquait ni d'esprit ni d'hionnéteté. Il n'avait ni ambition ni graiideur. Il avait assisté, avec un sentiment de %tigue plutôt que de confiance /à la destinéfâ de son père. Il ne croyait point , pour lui-même , au retour d'un tel sficcès , et ue se sentait pas capable 4^. porter un tel fardeau- Mais il n'était pas capable non plus de prendre, sur do tels intérêts, une résolutipu souveraine. 11 était indécis et faible y criblé de dettes et cherchant de tous côtés ravqnir^ Il dçmeura le jouet d'une forhine dont il sentait la vanité > et Tinstrucâyent d'hommes moins sensés que lui .
Il fallait arriver nu dénoûment. Tous les pouvoirs, tous le3 nom^qul avaient fait la révolution,
92 DISCOURS StJK L'HISTOIRE
OU que la révolution avait faits , avaient été nus et reiïiis à répreuve. Aucun obstacle extérieur, aueune résistance nationale ne les avaient entravés dans leurs efforts pour gouverner. Aucun n'y avait réussi. Ils s'étaient tous eûtre-détniits. Ils avaient tous épuisé , danâ ces stériles combats , ce qu'ils avaient pU conserver de crédit et de force. LeurnuUité était à nu. Cependant l'Angleterre restait à leur merci. La nation avait perdu, dans ces longues et tristes alternatives d'anarchie et de despotisme, l'habkude et 4e courage de régler elle-même ses destinées. L'armée de Cromwell était toujours là , incapable de créer un gouvernement , mais renversant tous ceux qui ne lui plaisaient pas. Un homme de l'armée, placé très haut dans Festime et la confiance des soldats, étranger aux partis politiques , qui avait bien servi le parlement , et Cromwell , «t môme Richard Cromwellàson avènement, Monk pressentit quel serait le terme nécessaire de cette anarchie, et entreprit d'y conduire sans lutte et sans secousse son pays fatigué. H n'avait rien de grand, excepté le bon sens et le courage. Nul besoin de gloire,
DE LA RÉyOU3TION D*ANGLRTERRK. 93
nulle ambitioû de pouvoir. Point de principes, ni de desseins élevés, ni pour son pays, ni. pour lui-même. Une aversion profonde du désordre et de ces iniquités déréglées que leg partis populaires couvrent de belles promesses. Il était attaelle sans fast^ , mais avec fprce et modestie , à ses dtevoirs de soldat et d'Âpglais. Point charlatan , point décjlamateur , discret jusqu^à la taeiturnité, et absolument indifférent au mensonge. Il s'en servit avec une audace et une patience imperturbables pour amener ce qui lui paraissait le seul intérêt essentiel de l'Angleterre, le retour pacifique du seul gouvernement qui pût être stable et régulier. Tout le reste n'était à ses yeux quequestiens douteuses et disputes de partis. II y réussit. Toutes les fractions du grand parti monarchique suspendirent , pour le seconder , leurs anciennes animosités, leurs impatiences aveugles et leurs prétendions contraires, La restauration s'accomplit comme un fait naturel, seul possible, sans coûter um goutte de sang aux vainqueurs ni aux vaincus; et Charles II, rentrant daas Londres au milieu d'acclamations immenses, put 4ire avec
94 DISCOURH SUR L*HlSlX)ÎR£
vérité : «Cést cettainemeiit ma faute &i je ne suife paà. revenu piil^ tôt, car je n'ai vu anjtfurd'hiri j[)epsontte qui ne protestât qu^fl avait toujours souhaité mon l'etotrf . »
Jamais gouvernement , ancien ou nouveau , où relevé après être tombé, ne s'é^t trouvé dans <fe meilleures conditions de force régulière et de stabiKté.
Charles II remontait sur son trône sans appui étranger, sâftd liitte intérieure , sans elfôrl même de son propre parti , par le seul élan de la nation anglaise enfin délivrée de l'oppression , et de Fanarchîe, et des fluctuations févoiulioAnaires, et qui n'espérait plus que de lui seul l'ordre légal et un avenir.
La monarchie se rétablissait après l'épuisement complet et la ruine définitive de ses ennemis et de ses ri\^ux. La république et le protectorat avaient paru et Tepâru sous toutes les formes , dans toutes les combinaisons qu'ils pouvaient af^ fecter. Tous les pouvoirs , tous 1^ nomsjssusde la révolution étaient usés et décriés* Le champ de
bataille restait vidé. Les fatitômes mêmes des combattants et deé pl^éteridantg révolutionnaires s'étaient évanouis.
La royauté n'était pas s6ule rétablie. En même temps que le fm remoiitait ëur son tr6ne/les grands propriétaires y les gentHshomtnes de campagne y totis Ces citoyeft coiisiâérables qui avaient soutenu la cauBé royaliste y reprenaient leur place dans le gouvernement du pays. La république et Cromwell les avaient exclus des aifeires publiques^ n'y pouvant supporter leur présence. En y rentrant^ ils comblaient un grand vid^ dans l'organisation sociale. Cest l'erreur commune des révolutionnaires de croire qu'ils remplaceront tout ce qu'ils détruisent , et qu'ils suffircmt à toufe les besoins de l'Ëtat. Le^ républicains anglais avaient pu abolir la chambre des lords et chasser le parti royaliste de la scène politique; ils ne parvinrent point à tenir eux-mêmes sa place, ni pour soutenir le pouvoir contre l'esprit d'anarchie , ni pour maintenir contre le despotisme les libertés de la nation. En même temps qu'elle releva la monarchie héréditaire, la restauration ren-
9Ç . DISCOURS SUR L'HISTOIBE
dit à la propriété fpncière, aux campagnçRy aux tr^^itipAs de famille ^ à la portiojSL la plasancieime et la plus élevée de raristocratie territoriale du pays , leur raug et leur influeucev Le pouvoir, retrouvait ainçi à la fois son principe de stabilité et ses ciliés naturels:; et la -société politique ^ depuis owte ans. inutilée et fl^Uante^ rentrait en possession d<^ toutes ses forces et se replaçait, sur toutes ses bases. . ^
Le gouvmiement de la société religieuse , l'É^ glise épiscopale y. se relevait en même temps que la royauté. Certes, Forigine de TÉglise anglicane, néeàla voix et élevée à Tombreidu pouvoir temporel^ a été pour elle une grande infirmité, comparée à r origine purement spirituelle et à la forte indépendance de TÉgli^^ catholique. Mais l'Angleterre, en a retiré, cet. avantage ;qiîe toute lutte a cessé entre le go«yernement de TllglisQ et celui de FÉtat : l'Églis^ anglicane , intimement unie, au trône pttena/)t de lui sa force première, lui a été constamment et loyalement dévouée; et malgré les taches de son origine et les feit)lesses de sa conduite, elle n'a pianqqé ni do ferveur dans sa
foi , m do verlu dans sa vre^ ni de courage et d'éclat dans l'accomplissement de sa mission. Elle a eu ses héros et ses martyrs, indomptables sur Técfaafettd et le bûcher, quoique souvent complaisants et foibles envers les rois. Quand elle fut rétablie, en 1660, avec Charles II, elle venait de subir pendant quinze ans toutes les persécutions révolutionnaires, la spoliation, Foppression de son culte, Tinsulte, la prison, la pauvreté. Elle avait tout supporté avec dignité et constance; elle se relevait entourée du dévouement passionné du parti royaliste et du respect général de la population. Elle mit au service de la royauté une fidélité éprouvée et une autorité grandie par le malheur.
Les dispositions du peuple anglais répondaient à celles de l'Église : non que les sectes qu'elle avait longtemps opprimées , et qui venaient de l'opprimer à leur tour, cessassent de lui être ardemment ennemies; non que les excès , odieux ou ridicules, du fanatisme et de l'hypocrisie fissent partout place à une piété sage et vraie. Une réaction d'impiété, de frivolilc, de licence et de cynisme', ne I. 7*
9a DISCOURS. SUR L'HISTOIIIB
tarda pas à éclater. Mais elle ne pénétra guère au delà des régions hautes et superficielles de la société : au milieu des scandales de la cour et des classes qu'atteignait de près la cofut^gion
d^ ses exemptes, l'Angleterre restait pleine de chrétiens sincères et fervents ; le$ . uns attac))és ou ramenés à TÊglise anglicane par le squt venir des maux et raversion des désordres qu'avait entraînés sa chute ; les autres engagés dans les sectes dissidentes que l'flglise recommença à persécuter assez cruellement pour exalter leur zèle, pas assez pour les frapper de mort. Au sein de leurs luttes et de leurs haines mutuelles, l'Église et les sectes exerçaient les unes sur les autres une influence salutaire ; elles se maintenaient ou se rappelaient réciproquement dans le respect de Dieu et de ses lois, dans la constante préoccupation des intérêts éternels de l'homme , dans la ferveur et l'activité de la foi.
Ainsi , dans la masse de la population, les bases morales ne manquaient point à la monarchie rétablie, et elle retrouvait autour du trône, dans les
DE LA nÉvoLirnaR i^aiigletebre. 99
chisses que les habitudes de leur vie rapprochent du pouvoir, les appuis politiques dont elle avait besoin.
Deux ennemis redoutables, Pesprit de révolution et l'esprit de réaction , pouvaient seuls rendre vaines tant de circonstances propices , et compromettre de nouveau la monarchie.
L'esprit de révolution survit longtemps à sa défaite y et même à son impuissance démontrée. Des deux partis révolutionnaires qui avaient dominé TÂngleterre , la république et Cromwell y le dernier disparut complètement, si complètement que les fils du protecteur purent mourir en paix et oubliés dans leur patrie. Le parti républicain subsista , sans rien tenter, presque sans rien espérer pour sa propre cause , mais ardemment mêlé à toutes les haines, à tous les complots contre le gouvernement établi , cherchant et trouvant incessamment dans les sectes persécutées , surtout en Ecosse, des insurgés et des martyrs. Même dans les partis d'opposition légale, étrangers à toutre^ gret et à tout désir républicain , les idées et les habitudes révolutionnaires demeuraieni puissan-
100 DISCOURS SUR L*lilS^rO]RE
tes : les plus éclairés avaient l'esprit imbu de théories et le cœur prêt à «'émouvoir do fsusr-
sions incompatibles avec les luttes patientes et les transactions obligées de la monarchie constitu* tionnoUe ; les plus modérés considéraient la chance et glissaient sur la pente de révoluticms nouvelles avec une facilité que repousse tout ordre stable et légal. Le venin révolutionnaire y amorti msûs non expulsé, circulait encore dans les veines d'une grande partie de la nation anglaise, et l'entretenait dans un état d'intempérance politique plein d'obstacles et de périls pour le pouvoir.
L'esprit de réaction, cette maladie des partis vainqueurs, fomentait incessamm^t l'esprit de révolution : non que l'on doive accueillir tous les reproches dont l'histoire poursuit , à ce titre , les cavaliers et TËglise d'Angleterre ; les révolutions longtemps souveraines , et enfin arrêtées dans leur cours , ont celte arrogante prétention que les ini' quités qu'elles ont commises demeurent intactes ; il £oiut qu'on se contente de réprimer désormais leur pouvoir malhisant; elles qualifient de réaction toute réparation des maux qu'elles ont
Êiits. Parmi les mesures prises sous te règne de Charles II pour redresser les torts que les roya* listes^ laïques ou etidésias tiques^ avaient soufferts pendant la révolution, plusieurs n'étaient qu'un retour naturel et nécessaire au droit violé. Mais ces retours ont des limites que le bon sens indique à la politique des gouvernements et à l'intérêt des partis eux-mêmes. On ne répare pas l'injustice par l'injustice ; on ne met pas un terme aux révolutions par les provocations et les vengeances. Toute réparation qui prend de tels caractères perd son droit, et devient, pour la cause qu'elle prétond servir, un grav^ péril. La réaction religieuse surtout tomba , sous Charles II , dans ces excès déplorables : ce ne fut point la pure réparation des griefe et des maux de l'Église anglicane ; ce fut une vindicative persécution des sectes dissidentes, un manque de foi envers les plus modérées de ces sectes à qui le roi , au moment de son retour, avait solennellement promis la liberté. Charles tenta à plusieurs reprises de tenir sa parole et d'assurer aux dissidents quelque tolérance ; la persécution répugnait à son bon sens, à la douceur do ses
i02 DISCOURS SUR L'HISTOIRt
mœurs j à .son indi^rence en matière religieuse , à son secret penchant en fttveur des catholiques. Mais ses faibles et froides velléités de justice cé- .daient bientôt à l'obstination des haines ecclésiastiques et à l'emportement des pansions populaires. Aveuglé ou entraîné, le parti royaliste, dans le parlement et hors du parlemeirt, s'^ associait presque tout entier. Après 1660, la réaction laïque fut limitée et courte; la réaction religieuse, un moment contenue , éclata bientôt avec violence, se perpétua en s'aggravant, et créa la plupart des périls et des foutes , je pourrais dire des crimes, où tombèrent Charles II et son gouvernement.
Mais ces foutes et ces périls , Uen que graves et tristes , n'avaient an fond,, pour la monarchie et la société anglaise, rien de Vital m de n^naçant. ^ Considéi^er les choses dans leur ens^oiible , l'esprit de révolution ne possédait plus y et l'esprit .de réaction ne doinina point F Angleterre. Depuis sa grande crise révolutionnaire d6 1640 à 1660, le peuple anglais a eu: ce bonheur, et ce mérite^ :qu'il a compris l'expérience et qu'il ne s'est jamais iivréjiiux partis extrêmes é Au milieu des plus arr
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dentés luttes politîcjues , et même des violences où tfa tantôt suivi, tantôt poussé ses chefe , il s*est toujours , dans les circonstances suprêmes et décisives , contenu bu replié dans ce ferme bon sens qui consiste à recotinaître les biens essentiels qu'oii veut conserver, et à s^y attacher invariablement , en supportant les inconvénients qui les accompagnent , ou en renonçant aux désirs qui pourraient les compromettre. C'est à partîi' du règne de Charles II que ce bon setis , qui est Tintelligencô politique des peuples libres , a présidé aux destinées dé r Angle terre. Trois grands résultats , encore confus et incomplets , mais irrévocables, et seuls essentiels aux vœux comme aux intérêts généraux de là nation anglaise, survivaient à la révolution qu'elle venait de traverser.
La ipoyauté ne pouvait plus se séparet du parlement. La cause de la monarchie était gagnée : celle de la monarchie absolue était perdue. Des théologiens et des philosophes , Filmer et Hobbes, pouvaient ériger en dogme ou soutenir en principe le pouvoir absolu; leurs idées pouvaient exciter, dans les écrits et dans les entretiens^ la
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fovcur ou la colcre des hommes de scieacc ou de parli. Daos la pensée pratique de la niatioB, la question était vidée : royalistes ou révolutionnaires 9 tous regardaient l'iqtime union et le contrôle mutuel de la couronne et du parlement comme le droit et la nécessité du pays*
La chambre des communes était, on £siit, prépondérante dans le parlement. Il ne s^agissait plus de sa souyeraineté directe; ce principe révo* lutionnaire était décrié et inaudit; la couronne et la chanobre des lords avaient repris posse^on de leurs droite et de leur rang; mais elles avaient été trop rudement vaincues et abattues pour retrouver leur ancienne supériorité^ même par la chute
de leurs ennemis ; et ni les fautes ni les revers de
la chambre des communes n'abolirent entièrement ses terribles victoires. Devenu le maître , le parti royaliste , dans ses rapports avec la couronne et Tadministration de TÉtat, hérita des conquêtes essentielles du Long-Parlement, La confusion dcr vait être longue, et souvent violente, avant que les partis divers, torys ou whigs, gouvernants ou opposants, eussent appris à bien user de ces con-
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quêtes^ à en bien comprendre le sens et la mesure, et à maintenir, entre les grands pouvoirs public^,, cette barmonie laborieuse qui fait le mérite comme la difficulté du gouvernement constitutionnel. Hais à travers les tâtonnements de cet apprentissage, et malgré des apparences ou des formes souvent contraires^ Finfliience prépondérante do la chambre des communes dans les affeires publiques fut, à partir du règne de Charles II, un feit de plus en plus évident et assuré.
 côté, ou plutôt au-dessus de ces deux faits politiques , se plaçait le fait religieux également consommé par la révolution , la domination com • plèteet définitive du protestantisme en Angleterre. Jamais , certes ,4es protestants anglais n^avaient été plus ardemment désunis; et Bossuet pouvait, à bon droit, se donner le superbe plaisir de contempler et de peindre leurs divisions et leurs luttes. Mais Tunité d'une foi et d'une passion commune persistait dans ces sectes qui s'échap* paient en tous sens ; au milieu de leurs propres combats, elles professaient FÉvaDgile et combat* taient toutes le catholicisme avec la même ardeur.
im DISCOURS SUR L'HISTOIRE
et la liberté de conscience , isans cesse méconnue et opprimée |î(aif elles et entre elles /leur était à toQtes , contre FÉglise romaine, également chère et ii^revocablement accjuise.
C'était là,, dans sa pensée générale et intime , loat ce que demandait la nàtioii anglaisé à cette foyatité ancientie dont elle accaeillait atee transport le reùmfj décidée à stipporter longtemps les Êiuted.ilu gouvernement qui la préserverait de toute révolution nouvelle en lui assurant ces trois résultats de la révolution qu'elle venait de subir. . Mais ce fut précisément Ik ce que ni Charles II ni Jacques If ne stfrent ou ne voulurent pas accoiiiplir.
. En politique , Charles II était trop sensé et trop indifférellt pour affecter ou pratiquer le pouvoir absolu; I| tië se souciait que de son plaisir, n'aimait le pouvdir qtie pour jouir de la Vie , et admettait toloiïtiers les ïnétiagements et les transactions pO0r éloigner les périls deis luttes éx-^ trêmes , o» pour s'en- épargne^ les ennuis. Mais dans sa pensée, la monarchie absolue avait seule son estime et son goûti II avait subi les coups et
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assisté aux égarem^ats et aux mécomptes des institations de son pays; il avait ccmtemplé de près L'éolat dé la cour de Louis XIY et la force de son gouvernement. Là se portaient son admiration et sa confiance. Db là sa pente à tomber, envers Louis XIYy dans une servilité vénale; il le regardait comme le ekef du parti des rois, et ne ressentait pas toute la honte qui eût dû l'accabler quand il lui vendait la politique et les libertés de son pays.
En religion, Charles était à la fois sceptique et catholique , ne croyant à rien , et aussi corrompu d'esprit que de mœurs; mais pensant qu'après tout^ s'il y avait quelque vérité dans la religion, elle était dans la religion catholique, abri plus sûr pour les rois contre les périlsdii pouvoir, pour Jes hommea contre ceux de l'éternité.
Ainsi , quoique , dans sa vie , il ne se corïduisit pas en souverain absolu et catholique, Charles était , dans son âme, catholique et absolutiste , en sympathie avec les rois du continent, point avec la foi et la politique de sa nation.
Jacques II était eatholkiue et absolutiste avec
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foi y ot; dans sa conduite^ conséquenl avec sa foi; de plus, aveuglément eatreprenant, avee TobslinatioB d'^ia esprit étroit et stérile et la dureté d'un cœur froi4 et sec.
Tels étaient les deux princes que la restauration mit en présence de la nali(m anglaise , rentrant avec joie isous la monarchie et maudissant la révolution y mais instinctivement résolue à en conser* ver les grand$ résultats.
L'histoire d'Angleterre ^ dans tout le cours de la restauratioj^ , n'est que l'histoire de ce profond désaccord, lentement révélé mais enfin éclatant , entre deux rois et leur peuple , et des efforts persévérants du peuple anglais pour échapper aux conséquences de ce foit, c'est-à-dire à une nou<^ velle révolution.
Car l'Angleterre, durant cette époque, fut essentiellement conservatrice. Des feetions arr dentés, des ambitions égoïstes l'agitèrent de leurs intrigues , de leurs complots ^ de leurs insurrections. Elle fut plus d'une fois entraînée par leurs efforts, ou par ses propres pissions, dans des mouvements en apparence révolutionnaires, ftfais
loin do socondor les hommes qui cherchaient le renversement de la monarchie des Stuart j elle s'arrêtait et se rejetait en arrière dès qu'elle entrevoyait cette pente. Les conspirateurs et les in* surgés ne furent , sous le règne de Charles II, que des minorités en désaccord avec le pays, même au moment jOù il leur montrait de la feveur. A mesure que la royauté restaurée faisait plus de foutes et laissait plus clairement percer ses tendances ou ses desseins^ le mécontentement public
s'aggravait , les chances de rupture entre le prince
Y* et le pays devenaient plus fortes; mais le pays
luttait contre ces chsmces au lieu de les chercher. La nation anglaise a fait pendant vingt-six ans , pour maintenir la maison de Stuart sur le trône sans lui livrer ses lois et sa foi, tous les sacrifices, tous les efforts que pouvait commander l'esprit conservateur le plus patient et le plus soutenu.
Toutes les phases du gouvernement anglais durant cette époque , la conduite et la destinée de tons les partis et de tous les cabinets qui ont exercé le pouvoir, n'ont été que des formes diverses ot des preuves éclatantes dô ce grand fait.
*ilO. OlâCOOBS SUB L'HiSTOlBE
Par 1^ pente naliirelle des ehôses* Tahcien parti royaliste j les conseillers fidèles de Charles I*' dans le malheqr et de Charles II dans V^iï y furent les premiers en possession du pouvoir. Clarendon était leur phef; Esprit ferme , droit et pénétrant , ami sincère de l'ordre légal et moral ^ attaché avec courage à la constitution et avec passion à TËglise de son pays , plein de respect pour les droits , écrits ou traditionnels, du peuple comme du prince^ il détestait la révolution à ce point que toute nouveauté luî était indistinctement suspecte et antipathique. Premier ministre ^ il fut plus hautain que âer, manqua de largeur dans lesidéeset de générosité sympathique dans le caractère, et jouit de sa grandeur avec faste en exerçant le pouvoir avec roideur. Auprès du roi > qui lui portait une estime pleine de confiance et ,mélée de quelque attachement, il était tour à tour sévère et humble, passant des remontrances aux complaisances y disant et soutenant la vérité en honnête homme , mais inquiet de l'avoir dite, et cherchant des appuis contre la cour ^ns vouloir puiser sa force dans le parlement. Il prétendait maintenir à
DE LA RÉVOLUTION D'ANGLETERRE. Ul
la fois la CQuronae dans le; respect des aiicrennes lois dup^ys y ^t ta cti^mbre das commuoeâ dans l^ n^odestie de son ancieaû^ situation , at se flattait qu'oi^ pourrait astreindre h prérogative royale à la légalité sans iw imposer, envers le p^rlemeoty aucune responsabilité nécessaire. Il édioua dan^ cette chimérique tentative de foncier, au sortir d'une révolution populaire , un gouvernement qui ne fut ni arbitraire ni limité; et il succomba luimême après sept ans de prépondérance , odieux aux communes par son arrogance n^onarcfaique , aux sectes dissidentes par son intolérance épiscopale y à la cour par sa sévérité dédaigneuse, poursuivi par l'aveugle colère du peuple qui s'en prenait à lui de tous les malheurs publics commode tous les tor^s du pouvoir, et indignement abandonné du roi pour qui il n'était plus qu'un censeur incommode et un ministre compromettant.
On a attribué la chute de Clarendon aux défauts de son caractère , et à quelques fautes ou à quel-* ques écl^ecs de sa politique , au dedaiis et au dehors. C'est méconnaître la grandeur des causes qui décident du sort des hommes éminents. La
providence , qui leur impose une tâche si rude y
ne les traite pas avec tant de rigueur qu'elle ne leur passe p(Hlit de faiblesses y et qu'elle les renverse légèrement y pour quelques torts ou quelques échecs particuliers D'autres grands ministres, Richelieu y Mazarin , Walpole, ont eu des défauts y et commis des feutes ; et essuyé des échecs aussi graves que ceux de Clarendon. Mais ils comprenaient leur temps ; les vues et les efforts de leur politique étaient en harmonie avec ses besoins , avec l'état et le mouvement général des esprits. Clarendon se trompa sur son époque ; il méconnut le sens des grands événements auxquels il avait assisté ; il considéra et traita ce qui s'était passé de 1640 à 1660 comme une révolte après laquelle il n'y avait qu'à rétablir l'ordre et les lois y non comme une révolution qui y en précipitant la société anglaise dans de funestes égarements, l'avait lancée dans des voies nouvelles, et qui imposait à l'ancienne royauté rétablie de nouvelles règles de conduite. Parmi les grands résultats que cette révolution , même vaincue , léguait h l'Angleterre, Clarendon accepta avec sincérité le concours né-
DE LA UtVOLUTION D'ANC J.E'li'lRRK. M3
cessaire du parlement , et avec joie le Iriomphe du protestanlisou^. Il repoussa et combattît obsliném&àt rinfluence Cfoissanto de la chambre des commune» dans le gouvfjrnement du pays, et ne sut ni reeonnailre ni pratiquer les moyens par lesquels ce fait nouveau pouvait tourner à la sûreté, et mém&à la force de la monarchie. C'était là une de ces erreurs que ne rachètent point des talents ni des vertus rares, et qui rendent mortels, dans ^impitoyable destinée des hommes publics , d^s torts ou des échecs d'ailleurs légers et de peu d'effet.
Après les honnêtes conseillers de raneienne royauté vinrent les roués de la nouvelle cOur, Buckingham et Shaftesbury à leur tête: Tun licencieux , spirituel , léger et présomptueux ; Tautré ambitieux , profond et hardi ; tous deux également corrompus et versés dans Fart de corrompre ; tous deux prêts à passer sans cesse ^ pour le besoin de leur fortune ou le plaisir de leur vanité , de la cour à la multitude et du gouvernement à la fection. Ils entreprirent de donner satisfaction au parlement, aux dissidents, a tous Tes sentiments publics
au DISCOURS SUR L'HISTOIRE
que la politique roide et isolée de Qareodôn avait irrités. Mais il ne suffît pas de vouloir plaire et céder pour gouverner. Lçs tém^aires et immoraux successeurs de Clarendon ne soupçonnais^ pas quels embarras et quels périls ils étaient près d'attirer sur le pouvoii^ et sur eu!(-mèmes en prenant dans la chambre des communes )eur point d'appui. Pour qu'une asseinblée populaire puisse être un moyen habituel de gouvernem^t fort et régulier, il faut qu'elle soit ^Ue-toéma fortement organisée et gouyernéa, ce qui ne se peut qu'autant qu'elle contient de grands partis unis par des principes communs ^ et marchant avec $uite et disciplina y sous des chefs reconnus , vers un but déterminé. Or de tels partis ne se forment et ne subsistent que lorsque des intérêts puissaints et des convictions formes et longues rallient et retiennent ensemble les hommes. Une certaine giesure de foi aux idées et de fidélité aux personnes est h condition vitale des grands partis politiques ^ Qomme les grands partis politiques sont la ccmdition du gouvernement libre. Rien de semblable n'existait et n était près de se former
SOUS Charles II y lorsque le ministère , dit la cabale, essaya de gouverner de concert avec la chambre des coiQiDQQes ot selon son vœu. Après tant de secousses et de mécomptes ;. et surtout dans les régions voisines du pouvoir, les hommes étaient en proie au dout^, à la méfianf:^^, à une mobilité continuelle , à un esprit de personnalité tantôt impatie&te jusqu'à Timpudeur, tantôt prud^te jusqu'à la pusillanimité. La chambre des communes était pleine des débris des partis révolutionnaires ; il n'y avait point de partis politiques capables et dignes de soutenir un gouvernement. Et des hammes tels que Shaftesbury et Buckingham étaient incapables et indignes de former de tels partis ; ils ne savaient que chercher et gagner pour ett:(mêmes des jpartisans daps tous leia camps , par tous les moyens. Leur politique ét$iit effronté* ment incohérente et contradictoire : tantôt ils unissaient intimement l'Angleterre à la Hollande, tantôt ils livraient la Hollande à Louis XIY, selon qu'ils avaiont momentanénient besoin de la foveur des zélés protestants anglais ou de celle du grand roi étranger. Ils accordaient la tolérance aux dis-
lie DiSCOUKS SUR L'HISTOIRE
sidonts par respect apparent pour les droits de la conscience , tnais en réalité par complaisance pour le roi, qui voulait protéger les catholiques ; puis, sous la pression de la chambre des communes irritée, ils sollicitaient le roi de sanctionner, contre les catholiques et les dissidents ^ les mesures les plus rigoureuses. Leur politique , intérieure et extérieure, n^offrait qu^une série de tâtonnements et de démentis; leurs plus équitables mesures n'étaient que des moyens de corruption -ot de tromperie insolemment adoptés ou abandonnés tour à tour, et manquaient également de solidité et de sincérité.
Le public , au dedans comme au dehors du parlement , se laissait quelquefois prendre à ces {Méges. Rien n'égale l'empressement des passions populaires à croire ce qui leur platt et à tout excuser de qui les sert. Les roués de la cabale obtenaient par moments quelque foveur; mais elle se retirait d'eux aussi vite qu elle leur était venue. Leur vie licencieuse , la perversité affichée de leurs mœurs , la versatilité de leur conduite, la vanité de leurs promesses , choquaient le sens
moral du pays, qui conBervait y au milieu de tant de scandales et de mécomptes , un fonds solide de foi et de vertu. Il eût fait plus, à coup sûr, que de s'indigner, s'il eût su que son roi , avec la connivence de ses principaux conseillers , concluait avec Louis XIV des traités secrets par lesquels il s'engageait à se déclarer catholique dès qu'il pourrait le faire avec quelque sûreté, et vendait en attendant, pour quelques millions, l'indépendance de la politique et des institutions de son royaume. L'Angleterre ignora longtemps ces actes honteux ; mais quand la méfiance est profonde , l'ignorance publique a des pressentiments qui souvent égarent et quelquefois éclairent merveilleusement les peuples. Sans savoir à quel point les ministres de la cabale abaissaient et trahissaient leur pays, non seulement la chambre des communes ne se livra point à eux , mais elle finit par les attaquer violemment; et ils tombèrent sous les coups d'un pouvoir qu'ils avaient grandi en le flattant pour s'en servir, mais sans avoir fait faire aucun progrès à l'organisation des partis poliliquesdansleparkment et à leur action régulière dans le gouvernemont.
Leur successeur, sir Thomds Osborne , comte de Danby, eut bien plus de sens politique et plus d'influence sur le développement du régime parlementaire dans son pays. Entré aux affeires sous les auspices des ministres de la cabale y et associé de bonne heure à quelques unes de leurs mauvaises pratiques, il différait d'eux essentiellement, car il provenait du pays, non de la cour. Simple gentilh(Hnme du comté d'York , les gentilshommes de province étaient vraiment son parti, et la chambre des communes sa patrie politique. Il soutint ardemment la cause de la couronne et de son pouvoir, mais en l'unissant au parlement au lieu de Ten isoler. Il s'appliqua , par toutes sortes de moyens , bons et mauvais , en persuadant les esprits et en achetant les suffrages , à former dans là chambre des communes un parti compacte, permanent ^ et à établir entre l'administration et son parti cette intimité, cette solidarité qui peuvent seules rendre le pouvoir efficace et fort en ramenant à une môme pensée et à une même action politique ses éléments divers. Danby comprenait et parlarjeait d'ailleurs, en matière de religion et
de relations extérieure^ , le sentiment national de l'Angleterre ; il voulait la sûreté du protestantisme et la bonne intelligence du gouvernement anglais avec les. États dévoués à cette cause. H détermina Charles II à conclure d'abord la paix , puis une alliance av^c la Hollande , et à donner sa nièce Marie en mariage au prince Guillaume d'Orange. Danby préparait ainsi au dehors un sauveur à la foi et aux libertés de son pays , en même temps qu'au dedans il commençait à former solidement ce grand parti dà la prérogative royale et de l'Église qui y depuis cette époque y a donné tant de force à la monarchie anglaise y et si puissamment concouru à sa stabilité.
Et par une heureuse combinaison de conséquences opposées^ pendant que le bon jugement et l'habileté de Danby organisaient le parti tory, ses fiantes feisaient prendre au parti whîg un énergique et salutaire développement. C'est l'honneur des whigs qu'ils ont puisé leur origine et les premiers élans de leur grandeur dans la défense des libertés et de la moralité poK tique du pays. Leur parti est né sous l'invocation de principes et
120 DISCOURS SUR LHISTOfRË
de sentiments généreux. Ce fut dans les luttes contre Danby et son armée de cavaliers transformés en torys qu'il commença à prendre sa physionomie propre et son éclat. Luttes encore très dés* ordonnées et confuses, mais où se manifestèrent clairement deux grands partis parlementaires aspirant l'un et l'autre au gouvernement du pays, pour y pratiquer des politiques réellement diverses, en vertu de principes non pas essentiellement contraires, mais profondément différents.
Soutenue pendant quatre ans, cette lutte aboutit à la chute de Danby^ à la dissolution de ce I^ng- Parlement royaliste qui , depuis dix-huit aiis, avec un bizarre mélange de dévouement, de servilité et d'indépendance , faisait la force de la royauté, et à la formation d'un grand ministère whig où les chefs du parti, Temple, Russell, Essèx, HoUis, Gavendish, Powle, avoc l'aide du chef des modérés flottants, Halifax, et du hardi renégat de la cour, Shaflesbury, devenu le favori populaire, entreprirent de réformer et de conduire le gouvernement,
La circonstance élalt grande. Pour la première
DE LA RÉVOLUTlOiS D'ANGLKTKnRE. 121
fois , el malgré la longue résistance de la couronne, Topposilion parlementaire conquérait le pouvoir au nom du sentiment pubUc et de la majorité. Sauraîl-elle l'exercer et s'y maintenir ? Donneraitelle satisfection aux vœux réels du pays sans ébranler les bases de la monarchie qu'inquiétait son avènement?
Les whigs ne réussirent pas à résoudre ce problème.
Soit défaut d'expérience , soit influence des fausses théories politiques dont le Long-Parlement révolutionnaire avait été imbu y leurs idées sur l'organisation et les conditions du gouvernement constitutionnel étaient confuses , peu pratiques, pleines d'hésitation et de contradiction. Ils avaient à la fois des préjugés monarchiques et des préjugés républicains. Ils essayèrent de consiituer le cabinet sur de larges bases, comme pour en faire une sorte de corps intermédiaire , capable de contenir la couronne par le parlement et le parlement par la couronne : essai mal conçu et qui avorta eii naissant. Ils portaient l'esprit d'opposition dans l'exercice du pouvoir, et en servant la royauté ils
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étaient plus préoccupés de s'en défendre que de la soutenir.
. Ils vivaient mêlés aux débris des factions anarchiques qui avaient survécu à la révolution, et qui ne cessaient d'attaquer sourdement la monarchie. A peu près nul dans les classes élevées^ le parti républicain était feible et impuissant pour son propre succès y même dans la multitude ; mais il avait des agitateurs et des conspirateurs acharnés^ prêts à mettre leur savoir-faire et leur vie au service de quiconque leur feisait ou leur laissait espérer quelque satisfection à leur turbulence et à leurs haines. Les whigs étaient constamment , sinon en connivence^ du moins en contact avec ces révolu^ tionnaires de profession dont ils voulaient feire leurs soldats, mais qui à leur tour espéraient faire de leurs chefs leurs instruments , et les compromettaient sans cesse d'abord auprès du roi, puis auprès du pays , monarchique quoique mécontent, et décidément contraire à de nouvelles révolutions*
Contre ces fautes de leur conduite ou ces vices de leur situation , les whigs avaient une ressource
DE Là RÉVOLUTION D ANGLETERRE. 123
dont ils tirent un ample et triste usage, la complaisance pour les passions populaires. L'Angleterre, à cette époque, en avait une générale, souveraine , la terreur et laversion du papisme. Avertie par un instinct légitime qu'elle était , sur ce point y trahie par son roi, la nation anglaise s'emporta hors de toute raison , de toute justice , de toute humanité. La persécution politique et judiciaire des catholiques fut , pendant trois ans , le crime d'un peuple furieux dans sa foi et d'un roi lâche dans son incrédulité. Les whigs s'unirent ou cédèrent, comme les torys, à cet emportement. Ils eurent, en outre, le mauvais sort d'arriver au pouvoir lorsque les premiers accès de la fureur nationale contre les catholiques commençaient à tomber, et faisaient place à un mouvement de réaction en faveur du bon sens et de Téquité. Ils portèrent ainsi , plus que leurs rivaux , la peine de cette réaction et le poids de la colère cachée du roi, qui prit plaisir à se venger sur ^ux des iniquités auxquelles il n'avait pas eu le courage de résister. Leur situation, quant aux affaires étrangères du pays , n'était ni plus simple ni plus sûre. Pen-
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dant qu'ils s'élevaient contre la servile intimité du roi avec la cour de France, plusieurs de leurs chef^ recevaient eux-mêmes , de Louis XIY, des faveurs et des pensions ; quelques-uns par corruption, car le parti populaire avait ses roués comme celui de la cour ; d'autres , pleins de patrie* tisme et d'honneur^ dans le chimérique espoir d'employer les moyens d'influence qui leur venaient d'un souverain étranger, au triomphe des libertés de leur patrie. C'est une dangereuse tentative de chercher au dehors des forces secrètes pour agir sur les affaires intérieures de son pays ; les plus habiles courent grand risque de servir ainsi les desseins de Télranger plutôt que leurs propres desseins ; et Louis XIY tira bien plus de
fruit, pour sa politique, de ses relations avec quelques chefs whigs , qu'ils ne trouvèrent euxmêmes d'avantages dans l'appui caché qu'il leur prêta pour renverser Danby et pour feire dissoudre le Long-Parlement des cavaliers.
Au milieu de cette situation chargée pour eux de tant d'embarras et de périls , les whigs entreprirent de changer Tordre de succession au trône,
DE LA nÉVOLUTIOiS IVANGLETEIIWE, 125
et d'en exclure , par acte du parlement , le légitime successeur. C'était feîre une révolution par avance, en vertu de conjectures fondées, mais lointaines / et sans que des faits actuels , évidents, en démontrassent Tabsolue nécessité. Les whigs pensaient sans doute qu'en pareille affaire il était plus sage de prévoir que d'attendre , et qu'il valait mieux accomplir sur-le-champ , par voie de délibération légale, ce qu'il faudrait faire plus lard par la force , et peut-être au prix de la guerre civile r vue très superficielle , et qui décèle de leur part peu de connaissance des hommes et des grandes conditions de Tordre social. Il est plus grave de discuter une révolution que de la faire , et l'Ëtat est bien plus ébranlé quand on porte atteinte à ses lois fondamentales, au nom de la raison humaine , que lorsqu'on les enfreint sous le coup de la nécessité. Ce que les whîgs demandaient au parlement, c'était d'abolir, par sa seule volonté , et avant que Jacques II eût régné , son droit héréditaire à la couronne; c'est-àdire de subordonner, en principe , la base de la monarchie à la délibération du parlement. L'in-
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stinct public avertit l'Angleterre que c'était ruiner la monarchie même; l'esprit monarchique se réveilla rapidement; la dissidence éclata dans le sein même du cabii^t. Parmi les torys les plus modérés y les whigs perdirent tout alliéiétse virent réduits aux forces propres de leur parti. Ils se trouvèrent aussi en pa^ésence d'un obstacle qu'ils avaient peu prévu , la conscience de Charles II. Ce prince égoïste ne se crut pas en droit de disposer du droit de son frère y et le défendit à tout risque. A Thonneur de la nation anglaise, la passion populaire s'arrêta devant le respect des pouvoirs légaux ; le bili d'exclusion y adopté par ta chambre des communes, fut repoussé par la chambre des lords, et rien ne fut tenté pour passer outre et triompher par d'autres moyens.
Mais la question demeura haute sur l'horizon. La chambre des communes, qui avait voté l'exclusion de Jacques II , fut dissoute. Dans celle qui lui succéda, le bill fut proposé et voté de nouveau . Les deux grands partis qui s'étaient progressivement formés dans le cours du règne étaient résolus , les whigs à écarter le monarque futur,
DE LA RÉVOLUTION D'ANOLETERRIi:. 127
les lorys à maintenir intacte la monarchie. Charles II prit aussi ;sa r^olution ; il prononça la dissolutioiii de la chambre, des communes , renvoya les whigs, forma son conseil de torys seuls ^ el gouverna quatre ans sans parlement. Années lugubres, que r Angle terre passa à entendre gronder les prochains orages, Rentrés dans l'opposition, les whigs conspirèrent à des degrés et dans dds desseins divers : les uns pour ressaisir légalement le pouvoir; les autres pour contraindre le roi, fût-ce par l'insurjection et la guerre civile, à subir ce qu'ils regardaient comme le droit et le vœu du pays ; quelques uns , soldats inférieurs et désespérés du parti, voulaient se défaire à tout prix, même par l'assassinat, du roi et de son frère, seuls obstacles au succès de la cause. Ces complots , tantôt exagérés, tantôt confondus par une publicité incotnplète et dans des pro^cès conduits avec une subtile iniquité , jetaient le pays dans des troubles contraires; le parti conservateur s'indignait et s'alari)[iait pour la sûreté du trône et de l'ordre établi ; le parti populaire s'irritait de plus en plus en voyant toutes ses tentatives vaines et
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ses plus nobles chefs livrés à Téchafaud* La réaction monarchique et rhostilité deslruclive grandissaient parallèlement. Les chartes des villes et des principales corporations, dernier rempart du parti populaire 9 étaient judiciairement attaquées et abolies. Les conspii*ateurs , dans leur impuissance et leur péril , quittaient le pays , et allaient en Hollande conjurer le prince d'Orange de sauver la foi protestante et les libertés de l'Angleterre. Évidemment, entre les trois grands résultats de la révolution que TAngleterre avait à cœur de conserver, les deux résultats politiques, Tinfluence du parlement dans le gouvernement et la prépondérance de la chambre des communes dans le parlement, étaient suspendus et gravement compromis; le résultat religieux, la domination du protestantisme, demeurait encore intact : c'était l'Église anglicane elle-même qui soutenait invariablement la couronne et frappait d'anathème toute tentative de résistance. Forts de cet appui, les torys ardents , dirigés par Rochester, se groupaient de jour en jour plus étroitement autour de Jacques, onblîant son dévouement à TÉglisc ca-
Iholique pour .ne voir en lui que le représentant et Thérilier de la monarchie. Mais un tiers parti se formait autour d'Halifox, combattant les mesures violentes, demandant la convocation d'un parlement 9 et prédisant les périls extrêmes si Ton ne rentrait dans cette voie. Charles hésitait et ajournait , promettant aux tory s ardents une inébranlable persévérance à soutenir le droit de son frère , aux modérés le respect de la constitution du pays, à TÉglise le ferme maintien de rétablissement protestant; perplexe et fatigué, employant tout ce qui lui restait d adresse et de prudence à éluder la nécessité de choisir entre ses promesses. II mourut avant que les événements vinssent lui imposer cette nécessité ; mais arrivé au terme de sa vie mondaine, et sur le seuil de la vie éternelle, leà inquiétudes du mourant remportèrent sur les précautions du roi ; il se refusa aux instances des évoques anglicans , fit appeler un moine bénédictin caché dans son palais, et mourut dans le sein de TÉglise catholique ,- confirmant à sa dernière heure son pays dans les soupçons dont il s'était conslamment défendu, et
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son itère dans la résolution de vivre dévoué à cette Église hors de laquelle^ malgré sa sceptique indifférence y Charles lui-même n'osait pas mourir.
Pendant son règne de quatre ans j Jacques II n'eut pas une autre pensée. Ce n'était point par r^ntratnement d'une nature forte et dominante , ai pour satisfaire à une ambition passionnée^ c'était par un fanatisme inintelligent et intraitable qu'il prétendait au pouvoir absolu. Le principe qui fait la base de la constitution de l'Église romaine, l'infeillibilité et l'indépendance du pouvoir sapréme^ était pour lui une maxime de gouvernement aussi bien qu'un article de foi. Dans son esprit étroit et roide, l'ordre spirituel et Tordre temporel étaient aveuglément confdndus; et il se croyait , comme roi , en droit d^exiger de ses sujets^ dans l'État^ cette môme soumission absolue que, comme catholique ^ il était lui-même^ dans l'Ëglise, tenu de pratiquer.
- Il avait vu , depuis son enfance , ceux qui partageaient sa foi, et lui-même à cause de sa foi, cruellement opprimés. Devenu roi, il regarda la
délivrance de l'Église catholique en Angleterre comme son devoir et sa mission ; et il ne comprenait nulle autre manière d'accomplir sa délivrance que de lui rendre la domination.
Triste encbainement des erreurs et des iniquités humaines 1 Elles s'appellent et s'engendrent l'une l'autre : au lieu de^ reconnaître et de respecter à la fois leur droit mutuel ^ protestants et catholiques ne savaient que se persécuter et s'asservir tour à tour.
Soit dans l'espoir sincère de réussir^ soit pour se mettre plus tard à l'abri de tout reproche , Jacques essaya d'abord de gouv^ner légalement. Le jour qième oh il monta sur le trône, il promit de maintenir les lois établies dans l'Église comme dans l'État. Il convoqua peu après un parlement , et y renouvela solennellement ses promesses.
Quelques actes importants , bien qu'isolés , ne tardèrent pas à les démentir. Il continua de feire percevoir des taxes que le parlement n'avait pas votées. En même temps que, pour plaire à l'Église anglicane, il redoublait de rigueur contre les dissidents, il commença à suspendre l'exécution des
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lois contre les catholiques , et à porter, au régime politique et religieux deTËtat, de graves atteintes.
Son langage était encore plus inquiétant que ses actes. Tout en protestant de la légalité de ses intentions j il faisait toujours entrevoir son droit au pouvoir absolu « et sa résolution d'ea &ire usage si Ton ne savait pas lui tenir compte de sa modération et s'en contenter.
C'est la prétention tantôt des rois, tantôt des peuples , les uns au nom du droit divin, les autres au nom de la souveraineté populaire , de s'intimider mutuellement en se montrant par avance les coups mortels qu'ils pourraient se porter. Prétention insensée autant qu'insolente, qui énerve et ébranle tantôt le gouvernement , tantôt les li^ bertés du pays. Aux rois et aux peuples il convient également , dans leurs rapports , de ne mettre en lumière que leurs droits légaux , et d'ensevelir dans un profond silence les mystères et les me-, naces des coups d'État et des révolutions.
Les promesses de Jacques et ses essais de gouvernement légal furent reçus par le pays avec faveur , presque avec enthousiasme. Plus les
craiotes sont vives , plus les espérances sont em • pressées. Les torys dominaient dans le parlement. L'Église anglicane s'efforçait de lier le roi aux engagements qu'il prenait envers eUe en se montrant de plus en plus monarchique et dévouée. Les dissidents entrevoyaient des chances de tolérance et de liberté. Les bons et les mauvais penchants , les motifs honnêtes et les motifs honteux concou* raient pour assurer au roi la soumission patiente et presque servile du pays. A la cour et dans le parlement , la plupart des hommes importants y sceptiques et corrompus , étaient prêts à faire à leur fortune j dans une mesure inconnue^ le sacrifice de leurs opinions et de leur honneur. Dans la nation ^ un sentiment encore profond de lassitude se joignait à l'esprit monarchique et à la discipline religieuse pour réprimer 1* explosion des mécontentements et des alarmes. Jacques n'était plus jeune; ses filles y seules héritières du trône ^ étaient dévouées à la foi protestante : il valait mieux subir quelque temps des maux dont le terme était certain que risquer de nouvelles révolutions. Les factions ardentes^ les conspirateurs de
iZfi mscouKs suu liiistoire
profession, les ambitieiix désespérés , les proscrits réfugiés en Hollande, ti'étaieht pas si résignés tti si patients. Malgré les conseils du prince d'Orangé qui les protégeait et les contenait à la fois , ils tentèrent en Ecosse et en AngletertNB', sous la coriduite du comte d'Argyle et du dub de Monmôutfc, deux insurrections simultanées. Le peuple enfiîl ému ; une sympathie ttiar(|iiêe potrr les insurgés se répandît rapidement dans les classes populaires ^ mais elle n'éclata point. Le parti whîg ne soutint point la rébellion ; le parti tory aida fortement le roi à les réprimer. Les deux tentatives échouèrent : les deux chefs portèreritleur tôle sur Téchafaud : leiir sort excita la compassion publique ; ni leurs personnes tïi leUfs Vues ne répondaient au sentiment national.
Mais l'apparence du succès est fatale atix pritices faibles engagés dans une lutte contre leur peuple. Jacques, vainqueur de ses ennemis et obéi de ses sujets, s'abandonna aux vices de sa nature. Il prenait plaisif à l'exercice dur et même crilel du pouvoir ; il trouva dans Jeffreys un ministre hardi et cynique de ses vengeances. Les rigueurs judi-
DE LA HÉVOLUTIOJN D'ANGLKTEIIRK. |35
ciaires exercées contre les partisans d'Ârgyle ei de Monmouth ^ avec un mépris grossier des garanties légales et des sentiments humains ^ excitèrent dans le public ^ élevé ou humble ^ et soîl qu'il eût ou non approuvé la révolte^ une indigna* ti^n et un dégoût prdfondsi. Jacques donna en même temps un libre cours à ses desseins ; il attaqua à la fois rÉglise anglicane dans ses droits vitaux et les plus fidèles parmi ses propres serviteurs protestants dans les derniers replis de leur conscience. Les universités d'Oxford et de Cam*^ bridge eurent ordre de nommer des catholiques pour chefe à des établissements protestants. Rochester reçut de la bouche du roi la déclaration que 7 s'il ne se feisait catholique^ il perdrait tous ses emplois. Dans le sein même du parti catholique y des menaces si évidemment illégales et extrêmes étaient combattues; deux coteries , Tune honnête et prudente, Tautre intrigante et emportée y se disputaient auprès du roi l'influence ^ et lui montraient chaque jour , pour le retenir ou pour Texciter, Tune le péril où -il se précipitait , Tautre le but auquel il aspirait.
136 DISCOCRS SCR L'HISTOIRE
Rien ne manqua pour éclairer Jacques ^ ni la loyauté et la longue patience des pro lestants, ni la modération et les sages conseils des catholiques eux-mêmes. Tout échoua contre son aveugle et sincère entêtement. Il appela officiellement un jésuite, le père Petre, dans son conseil , et ordonna au clergé anglican de lire dans toutes les chaires du royaume la déclaration par laquelle^ en vertu de son seul pouvoir, il abolissait définitivement les statuts rendus on parlement contre les dissidents' et les catholiques. L'archevêque de Cantorbéry et six évêques se refusèrent à l'exécution de cet ordre, et présentèrent au roi une pétition. Il les fit arrêter, conduire à la Tour, et poursuivre devant la cour du banc du roi, comme auteurs d'un libelle séditieux.
Au même moment, contre l'attente et au milieu des soupçons, mal fondés mais naturels, de toute l'Angleterre , un fils naquit au roi Jacques : la coterie dominante fit éclater sa joie, se promettant d'élever et de dominer le fils comme le père ; et ce régime, jusque-là toléré à raison de son terme prochain, devint la perspective indéfinie de l'avenir.
DE LA r.KVOLUTfON D'ANGLETKIVRE. 137
Aucun désordre n'éclata ; le pays demeura immobile ; mais lea chefs du pays changèrent leurs résolutions. Poussée à bout^ l'église anglicane entrait dans la résistance passive ; les partis politiques firent un pas plus décisif. Whigs et torys le firent également. L'expérience avait appris aux vvhigs que seuls ils ne pouvaient ni rallier la nation , ni fonder le gouvernement ; leurs conspirations avaient échoué comme leurs cabinets. Ils eurent la rare sagesse de reconnaître qu'ils ne suffisaient pas eux-mêmes à leurs desseins, et que leur intime union avec leurs anciens adversaires pouvait seule assurer leur succès. Les' torys y à leur tour, com^ prirent que tout principe a sa limite, tout engagement ses conditions, tout devoir sa réciprocité, lis avaient, depuis quarante ans, soutenu les maximes de non*résistance à la couronne , et gardé à leurs rois une scrupuleuse fidélité. Appelés à une épreuve nouvelle , ils sentirent que leur patrie aussi avait droit à les trouver fidèles, et qu'ils n'étaient pas tenus, pour demeurer conséquents dans leur langage , de livrer servilement à un prince insensé leurs libertés et
iaS niSCOURS SUK LHlSltMflK
lour foi. Des noms glorieux ^ des hommes considérables dans les deux partis , Russelt^ Sidney et Caveodish^ Danby^ Shrewsbury et Lu&ileyy se coticerlèrent et s'unirent. Sondé par eux , le chef du tiers j[>artiy Halifox^ déclina toute part active dans leur dessein ^ mais ne les en détourna point. Et le 90 juin 168B^ au moment même où l'acquittement 8(4ennel des sept évéques ftemplissait Londres d'acclamations pas* sionnées y l'amiral Herbert , déguisé en matelot ,
partit pour la Hollande, portant au prince d'Orange, de la part et sous la signature de ces six chefs des deux partis et de l'évêque de Londres, Gompton , l'invitation formelle de venir au secours de la foi et des lois de l'Angleterre, et leur engagement de le soutenir, à tout risque ^ de tout leur pouvoir. Guillaume n'attendait que cette démarche. <x Ou maintenant, ou jamais, >» avait-il dit à son confident Dykevelt, en apprenant le procès intenté aux éyêques et leur résistance. Dèsqu*il eut reçu le message, avec un habile et hardi mélange de franchise et de réticence^ il annonça et prépara publiquement son dessein. Il n'allait point, ditril^ foire une cou-
DE La RÉVOLUTION DAlNGLETEliRE. 139
quête et usurper une couronne; il allait, à la denmide des Anglais eux-mêmes ', interveiiir ent^e eux et leur roi poui* protéger les lois de l'Angle*terre et la foi protestante menacées. Ildiscuta^atec les ËtBts Généraux de Hollande, la contenance de l'entreprise ^ detnandaat leur aveu et leur appui. H en informa non seulement les princes protestants, mais l'empereur d'Allemagne et le rei d'Es' pagne, défenseur, auprès des uns^ du protestiamtisme, auprès des autres, de Téquilibre européen. Jamais entreprise semblable ne fut , à ce point «t par avance, avouée, débattue, expliquée, justiftéo. L'Europe entière «ut et comprit. La cwispîTation et l'ambition personnelle disparurent dans la grandeur de la cause et de Tévénement. Et moins d^ quatre mois après l'arrivée du message whig et tory, Gtiillanme partit pour l'Angleterrej à la tête d'une escadre et d'une atmée, emportant ladhésion secrète et les vœux de. la plupart des rois, protestants ou catholiques, et du pape Innocent XI lui-même à qui les procédés hautains de Louis XIV avaient inspiré un vif ressentiment, et la folle immérité de JsK^q«ies II un profond mépris.
m DISCOURS SUR I7HISTOIRE
Jacques seul ne comprit et ne crut point. £q vain il recevait de Louis XIV des infimnaticms précises et Toffire de secours efficaces ; en vain ses propres agents^ à la Haye et à Paris, lui rendaient compte de tous les préparatife et de tous les progrès de l'entreprise. Il se refusa à toutes les propositiens, à toutes les lumières. Par un reste d'orgueil anglais et royal , il ne voulait pas ôtre publiquement soutenu parles soldats du roi étranger dont il avait, sans rougir, accepté en secret les dons : par une crainte cachée au fond de son âme ; c'était dansée pressentiment de son impuissance qu'il écartait ridée de son danger. Ce pressentiment ne le trompaitpoint. Plus de six semaines s'écoulèrent entre le débarquement de Guillaume en Angleterre et son triomphe à Londres ; il avançait lentement à tra* vers le pays , attendant également la résistance et l'adhésion. La résistance ne se montra nulle part ; pas un effort ne fut tenté, pas une goutte de sang ne coula pour la défense de Jacques. Aussi abattu dans le péril qu'obstiné naguère à ne p as le prévoir, il essaya de regagner par ses faiblesses ce qu'il avait perdu par ses témérités : il rétracta
tout ce quHI avait fait, accorda tout ce qu'il avait refusé , rendit aux villes leurs chartes y aux universités leurs privilèges, aux évoques sa foveur, renvop le père Petre de son conseil , tenta de négocier avec Guillaume. Les faiblesses furent aussi vaines que Tes témérités avaient été impuissantes. Jacques, enfermé dans son palais, apprenait chaque jour quelque nouvelle défection de ses généraux, de ses conseillers. Sa fille, la princesse Anne , s'évada et alla rejoindre les quartiers du prince. Whitehall devenait une solitude et risquait de devenir bientôt une prison. Jacques s'enfuit à son tour. Reconnu dans sa fuite et ramené à Londres par une multitude inintelligente , après quelques jours encore de perplexités inutiles , il s'enfuit de nouveau, et pour toujours. Le 18 décembre 1688, il avait à peine quitté Londres depuis trois heures ; six régiments anglais et écossais y entrèrent, bannières déployées, au nom du prince d'Orange. Guillaume lui-même, évitant , par goût
antant que parcàlcul, toute apparence de triomphe,
' arriva le soir au palais de Saint-James ; et cinq semaines après , le 22 janvier 1689, un parlement ,
ilt2 DISCOUBS SUR L'HISTOIRE
extraordinairèment convoqué sous le nom de Convention y se réunit à Westminster pour consacrer et régler la révolution.
Là éclatèrent y entre les partis et dans le sein 4e tous les partis , les dissidences que le danger Qoiaiimun avait jusque-là contenues. Parmi les torys , tous les scrupules monarchiques se réveillèrent. Parmi les whjgg , toutes les tentations révolutionnaires reparurent. Les plus Umides des torys disaient qu'il serait sage de rappeler le roi Jacques, en obtenant de lui quelques garanties. Les plus fougueux des whigs parlaient de fonder une république gouvernée par un conseil d'Ëtat dont le prince d'Orange serait président. Çntre . ces opinions extréjifies flottaient les opinions modérées , diverses aussi et troublées. Beaucoup de wbigSy monarchiques d'jntenlioi) , mais encore iipbus des maximes du Long-Parlement républicain, voulaient qu'on déposât formellenient le roi Jacques, et qu'on n'offrît la couronne à Guillaume qu'après avoir , par des lois souveraines > organisé la république dans la monarchie. De leur côté, les torys dévoués à l'Église demandaient
DE LA ftéVOLUTlOM DAMGLBTERRE. ik$
qu'en déclarant le roi laeqiieç ineaji^ble de gra^ veroer, on respectî4t les bas68 de ]a Buanarchie, et qu'on s0 bernât à ip^iiluer nm fé^mce. D'autres, plus hardis, majs subtileùooe&t scruj^uleyx dans leurs jurincipes moparobiques , reconnaissaient, avec les wbig^, que Jacques , par sa conduite et par sa f iiiie, ayait ab4iqiié le gouvernement ; mats ils soutenaient que par ce seul fait, le trône, qui m pouvait être un seul jour vacant , appartenait de droit à sa fille atnée , la princesse Marie ^ et qu'il n y avait qu'à la proclamer reine. A mesure qqe ces divers plans se produisaient , ils étaient expliqués, commentés, discutés avec ardeur dans le public comme dans les deux chambres ; )es e^ prits s'écbau fiaient ; les partis sa dessinaient ; les ambitieux prenaient eu main le drapeau dont ils espéraient leur fortune ; la division naissait entre les lords et les communes « L^ révolution ;i à peine accomplie, était déjà en péril.
Mais le même grand sens politique qui av^it uni les chefis des partis dans la résistance les dirigea dans les premiers pas du gouvernement. Ils épartèrent les théories ^absolues, les questions prati-
iUh DISœUBS SUR L*BISTOIIlE
quement inutiles ^ réduisirent les actes et les termes^ par lesquels le pouvoir nouveau devait être fondée à ce qui était strictement nécessaire pour lui donner une forte base, et ne s'inquiétèrent que de conclure premptement et de rallier à leur oonclusion les grands intérêts du pays. Guillaume vint en aide , d'abord par sa réserve , puis par sa fermeté, à la sagesse des chefs de partis. Il laissa h tous les systèmes, à tous les projets, un libre cours, né témoignant ni déplaisir, ni désir, et se tenant en dehors de tous les débats. Mais quand il sentit que la crise approchait , il réunit les hommes considérables des deux chambres , et leur déclara, en termes simples , brefe et sans réplique, qu'il était plein de respect pour le droit et la liberté du parlement , mais que lui aussi il avait sa liberté et son droit , et qu'il n'accepterait jamais ni un pouvoir mutilé , ni un trône sur lequel sa femme siégerait au-dessus de lui, La démarche fut décisive : les deux chambres se mirent d'accord ; une déclaration fut adoptée qui proclamait à la fois le fait de la vacance du trône, les droits essentiels du peuple anglais, l'élévation de
DE LA BÉVOL17TION DMNGT.ETERRE. Iâ5
Guillaume et Marie, prince et princesse d'Oratige, au trône d'Angleterre ; et le 13 février 1689^ dans les principaux quartiers de Londres, les acclamations publiques accueillirent la proclamation officielle de Tacte du parlement.
C'est le salut des peuples, aux jours de crise de leur destinée, de comprendre et de mettre en pratique , tour à tour par la soumission et par Tac-
tion , les conseils que Dieu leur a donnés dans les érénements de leur vie, L'Angleterre avait appris, par ses premières épreuves, qu'une révolution est, en soi , un désordre immense et inconnu , qui inflige à la société de grands maux, de grands périls^ de grands crimes, et qu'un peuple sensé peut être un jour contraint d'accepter, mais qu'il doit redouter et repousser jusqu'à Theure de l'absolue nécessité. L'Angleterre s'en souvint dans ses épreuves nouvelles. Elle supporta beaucoup, elle résista longtemps pour échapper à une nouvelle révolution, et ne s*y résigna qu'à la dernière extrémité , quand elle ne vit plus nul autre moyen de sauver sa foi, ses droits et son honneur. C'est la gloire
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4e la révolution de 1688 d'avoir été un acte de pur^ défense, et de défense nécessaire : là est k première cause de son succès.
Défensive dans son principe^ cette révolution fut en même temps précise et limitée dans son objet. Dans les grandes secousses des sociétés^une fièvre 4'dmbition miiverselle, souveraine, impie ^ saisit quelquefois les hommes; ils se croient endroit et en pouvoir de porter la main sur toutes choses et 4^ réformer à leur gré le monde* Hien n'est plus insensé ni plu$ vain que ces vagues emport^n^ent^ de la créature humaine qui , traitant de chaos Je grand système au sein duquel sa place est marqué^, tente de s'ériger en cré^tçur , et ne réussit quli pQf ter, partout où elle touche , le 4^w4pe de sep propres réveg. ij'Àngleterre , en 1688 ^ ne tomba point 4ws cqt purement; elle n'aspira pointa changer le$ bases 4o la société et les destinées dû l'humanitç ; elle revendiqua et maintint une foi , deç lois, 4e^ droits positifs, 4an^ lesquels ^& renfermaient ses prétentions et ses pensées. Elle accomplit une révolution fière à l^foiset modeste qui donna au pays de nouveaux chefe et de nou-
DE LA RÉVOLUTfOS D'ARGLETERRE. iA7
velles g^lranties^ maifl qui^ ce but une fois atteint^ jQ tînt pour tatîsfeitd et s'arrêta , ne voulant rien 4e moins mais ne prétendant rien de plus.
Cette révolution fut accomplie^ non par des sonlôvemant^ populaires , mais par des partis po- HtiquoB organisés i organisés longtemps avant la Tév(dution, dans des vues de gouvernement régulier, non dans un esprit révolutionnaire. Ni le parti tory ^ ni le parti whig lui-même , malgré les élé^ menti révolutionnaires qui s'y mêlaient, ne s'étaient formés pour renverser Tordre établi. C'étaient des partis do politique légale, non de conspiration et d'insurrection. Ils furent conduits à changer le gouvernement du pays; ils n'étaient pas nés pour C6 dessein, et ils rentrèrent dans l'ordre sans effort , après en être sortis un moment, non par habitude, ni par goût, mais par nécessité. . Et ce ne fat point l'un de ces grands partis longtemps opposés qui eut seul le mérite et le fardeau de la révolution ; ils se rapprochèrent et se concertèrent poyr l'accomplir. Ce fut, entre eux, une œuvre de tr^nsaetioa et de nécessité commune , non une victoire où une défaite. Whigs ettorys la
1ÛS DISCOURS SITR L'HISTOIRE
virent approcher et raccueillirent avec des sentiments divers ; tous Facceptèrent et y prirent part.
On a dit souvent en France , et même en Angleterre, que la révolution dé 1688 avait été une œuvre essentiellement aristocratique, point populaire y accomplie par les combinaisons et au profit des classes supérieures , non par Timpulsion ni pour le bien du peuple entier.
Remarquable exemple, parmi tant d'autres, de la confusion dans les idées et de l'oubli des &its qui président si souvent à rappréciàtion des grands événements.
La révolution de 1688 afeit, dans Tordre politique , les deux choses les plus populaires que connaisse l'histoire : elle a proclamé et garanti , d'un côté les droits personnels et universels des simples citoyens, de l'autre la participation active et décisive du pays dans son gouvernement. Toute démocratie qui ne sait pas que c'est là tout ce qu'elle a besoin et droit de réclamer , méconnaît ses plus grands intérêts, et ne saura ni fonder un gouvernement , ni garder ses propres libertés.
Dans l'ordi^e moral, h révolutiondf^ 1688 eut
DE LA RÉVOLUTlOiN D'ASGLETEKKE. l/jg
un caractère plus populaire encore ; elle fut faite au nom et par la force des croyances religieuses du peuple^ pour leur sécurité et leur domination. Dans aucun pays et à aucune époque , la foi des masses n'a exercé plus d'empire sur le sort de leur gouvernement.
Populaire dans ses principes et dans ses résultats,^ la révolutîim de 1688 fut aristocratique dans l'exécution ; elle fut conçue, préparée et menée à fin par des hommes considérables, représentants Mêles des intérêts et des sentiments de la nation. L'Angleterre a eu ce rare bonheur que des liens puissants et intimes s'y sont établis et perpétués entre les classes diverses de la société. X' aristocratie et la démocratie y ont su vivre et prospérer ensemble , se soutenant et se réprimant mutuellement. Les chefs ne se sont point isolés du peuple, et le peuple n'a point manqué de chefs. C'est surtout en 1688 que la nation anglarse a recueilli le fruit de cet heureux mélange de hiérarchie et d'harmonie dans l'ordre social. Pour sauver sa foi , ses lois , ses libertés , elle fut réduite à la redoutable nécessité d'une révolution ;
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elle l'accomplit par des hommes d'ordre et do gouvernemeat ^ &on par des révolutionnairoi. Lei mêmes influencés qui tentèreat l'œuvre fitte&t aussi celles qui la continrent dans de justet limites et qui se chargèrent de la fonder* La cause du peuple anglais triomphant par les mains de l'ans^ tocratie aaglsûie^ ce fut là le grand caraciôre de la révolution de 1688 ^ et ^ dès ses premiem pas ^ le gage tde ^on avenir.
Ce n'était pas trop de tant d'ui^onet de puis^ sance; car tel est le viœ naturel de toute révolu^ tion que la plus nécessaire j la plus légitime ^ la plus forte |ette dans de grands troubles la société qu elle sauve^ et reste longtemps elle-méiâe menacée et précaire* Deui ou trots ans s'étaient à peine écoulés; déjà le sauveur de l'Angleterre) le roi OuiUaume,^ y était profondément impopulaire^ Ses manières à la fois simples ni hautaines j son froid silence, son peu de goût^ qu'il cachait peu^ pour les mœurs de raristocratie anglaisé^ son intimité réservée et fies Saveurs prodiguées à quelques anciens amift Hollandais^ timt^ en luî^ l&ren^
DE LK RÈYOLXJTKm D'AJUGh^tERRE. â5i
dait étraBgeret peu a^éable au milieu dô son nouveau, peuple. IL était, eu matière de Ubefté ci-» vile et reUgieuse, bien plus éclairé que les Anglais^ et peu enclin à devenir FiDstrume&l des rigueurs de rintelérance épkicopale et des animosités de Te^prit de parti aristocratique. Il avait peu d'é^ gard. pcfur les eKigeQcesdu ré^me otmstitutionnel^ comprenait iml It: jeu dçs partis parlementaires enc(M*e confus et à peine formés^ se montrait choqué de leur égoîsme ^ jalous de leur empire, et défen^ dait contre eux son prûpre pouvoir , quelquefoiifc avec {dus de vigueur que de dis|[)ernement. Dans son gouvernement comme dans sa pensée ^ la politique générale de l'Europe était sa grande , presque sa seule affaire i c'était surtout pour disposer^ dans sa lutte contre la^minatkin européenne de Loufê XIY , de toutes les forces de l'Angle^ terre, qu'il avait aspiré à son trône; les pissions protestantes du peuple anglais s'accordaient avec ses desseins. Cependant Guillaume compromettait l'Angleterre dans les combinaisons et les guerres du continent plus qu'il ne convenait aux habitudes^ aux goûts #t aux intérêts de 1» nation. ëUo
152 DISGOUHS 8Un i;ill8"f OIHK
se ialiguait de ^e voir de plus en plus engagée dans des efforts et des périls lointains y par ce même prince qu'elle avait appelé pour la délivrer des périls intérieurs ; et Guillaume s'indignait à son tour de trouver^ dans ce même peuple ^ dans ces mêmes partis qu'il avait délivrés sur leur propre sol^ M peu de dévouement et d'ardeur pour la grande cause à laquelle se rattachaient si évidemment y à ses yeux, leur sûreté et leurs libertés. De là naissaient y entre le roi et le parlement, des mésintelligences, des amertumes, des conflits qui troublaient et ébranlaient le gouvernement nouveau. Guillaume savait sa force et en usait fièrement : il alla jusqu'à dire qu'il pourrait bien abdiquer et se retirer en Hollande s'il n'était pas mieux compris et mieux soutenu . Quand le péril devenait pressant, le parlement, les partis, l'Église, le peuple sentaient à quel point Guillaume leur était nécessaire, et l'entouraient des plus vives démonstrations. Mais les aigreurs mutuelles renaissaient bientêt; les partis retournaient à leurs rivalités, le peuple à ses préjugés et à son ignorance^ le roi à sa< politique ouropéenne, à ses exi-
DE LÀ UÈVOLUTiO^ DANGLETEUUt. 153
gences de guerre^ à ses susceptibilités de pouvoir* Les jacobites avaient Topris Tespérance : battus en Irlande et en Ecosse, découverts et condamnés en Angleterre ils n'en renouvelaient pas moins leurs tentatives de guerre civile et de complot. Dans le conseil mémedeGuitlaume, le roi Jacques avait des correspoi^dants qui ménageaient cette chance de l'avenir. Durant tout le cours de ce règne, malgré le facile succès de la révolution, le ferme génie du roi et l'adhésion sincère du pays, l'établissement de 1688 fut sans cesse attaqué et chancelant*
Le même mal subsista sous la reine Anne. Les whigs et les lorys, de plus en plus désunis , se disputèrent le pouvoir avec acharnement. Dans la lutte européenne pour la succession d'Espagne, les deux partis poursuivirent d'abord également la politique d'intervention et de guerre continentale du roi Guillaume. Entraînés par la routine et par le succès, les whigs voulurent pousser la guerre sans mesure et au delà de la nécessité. Les torys prirent eu main la cause de la paix. C était le vœu de l'Angleterre ; la reine leur était favo-
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rable. Ils mirent fin, par le traité d'UtreQht y à la situatioa tendue et précaire de VËurope, Mai& le$ torys tenaient de près aux jacolHtes ; malgré m fidélité protestante y les sentiments de £amiUe S9 réveillèrent dans le cœur de la reine Anne ) les intrigues intérieures se mêlèrent au3i cûmplications extérieures : les Stuart bannis purent da nouveau se croire des chances; rétablissement de 1688 parut remis eaquestipaé La mort 4e la reine Anne et l'avènement paisible de la maison de Hanovre le raffermirent. Sous les règnes de George I" et de George II , les esprits prirent un autre cours : la politique étrangère cessa d'être l^ur principale affaire; l'administration intérieure , le maintien de la paix ^ les questions 4^ finances , de colonies, de commerce , le développement et les luttes du régime parlementaire devinrent la préoccupation dominante du gouvernement et du public. Cependant la question de révolution et de dynastie n'était pas éteinte ; la nation anglaise ne se sentait aucune affection pour des rois allemands . qui ne parjaiept point sa langue, se déplaisaient au milieu d'elle, saisissaient avec empressement tous les pré-
DE LA RÉVOLUtlON D'ANGLÉTrERRE. 155
textes de s'en éloigner pour aller vivre dans leur abcien petit Ëtat^ et la compromettaient sans cestq dans leilrs affeires continentales, pour elle sans iih. pprtanee et^atis attrait. Les querelles domestiques de la famille royale , les mœurs grossièrement licencieuses de la cour offensaient le paySé La domination mobile^ les rivalité» égoïstes^ les passions f$ii}tices I les exagérations et les intHguefc des partis parlementaires choquaient son honnêteté et son bon $ens« En Ecosse ^ en Irlande ^ en Angleterre même , les conspirations et les insur^^ rections jacobites se reproduisaient obstinément y toujours réprimées , mais trouvant toujours de» adhérents passionnés, et n' excitant plus dans le pays aucune ferveur de crainte ni d'antipathie. Au milieu de ces attaques continuelles contre l'ordre établi, l'indifférence, l'inertie, l'humeur critique , la désaffection devenaient des dispasi* tions générales; le public semblait se séparer d'un pouvoir dont il ne se souciait plus. Cinquantesept ans après l'élan national qui avait porté GmU laumc III sur le trône, le petit-fils de JacqUçs II , àla tôte des montagnards éeo^saisi put pénétrer
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presque sans résistance jusqu'au centre de TÂngleterre; et déjà <m se demandait partout s'il n'entrerait pas, sous peu de jours, dans Londres même, aussi faciien^ent que Guillaume y était entré en en chassant son aïeul.
Mais l'Angleterre et son gouvernement n'étaient pas à la merci d'un accès d'humeur populaire, ou de la dé&ite de quelques régiments, ou d'un coup de main de quelques factieux. Les mêmes forces sociales qui, en 1688, avaient fait la révolution , défendirent ^t sauvèrent en 1745 l'établissement qu'elle avait fondé. Quand le péril devirtt évident, les ennemis de cet établissement rencontrèrent devant eux la forte organisation des partis aristocratiques, le bon sens d'une démocratie disciplinée et la foi d'un peuple chrétien. Les chefe v^higs et beaucoup de chefs torys regardaient leur honneur et leur fortune politique comme ' liés à cette cause. Les partis furent fidèles h leurs chefs. Les classes moyennes oublièrent leurs mécontentements ,- leurs déplaisirs et le peu de sympathie personnelle que leur inspirait le gouverneitaent, pour ne plus se préoc-
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cuper que des intérêts essentiels du pays et de leurs propres intérêts. L'Église et lés dissidents se montrèrent animés du même dévouement. Devant cette intelligente union de Tarîstocratîe et du peuple, de Tesprit politique et de l'esprit religieux , le succès des jacobites s'évanouit aussi rapidement qu^îl avait éclaté. Le plus grand péril qu'ait couru la nouvelle monarchie anglaise fut en même temps le dernier. À peine, depuis cette époque, quelques desseins secrets, quelques tentatives aussitôt avortées que conçues , révélèrent encore Texistencè de ses ennemis. Il fallut, à rétablissement de 1688 , soixante-dix ans de laborieuses et douloureuses épreuves pour surmonter les vices naturels de toute révolution , ramener dans la société la paix, et devenir un régime ihconlesté. En 1760, quand George III monta sur le trône, l'œuvre était accompliCr J'ai dit par quels Tnoyens et à quel prix.
George III régnait depuis seize ans lorsque , à quatorze cents lieues de sa capitale , plus de deux millions de ses sujets rompirent lelien qui les unis-
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iiQit à son trôoe, proclamèrent kur indépendance^ et entreprirent de fonder la république des États* Unis d'Amérique. Sept ans de lutte sulIRrent pour aTnener l'Angleterre à reconnaître cette îndépen^ ditnce, et k traiter d égal à égal avec l'État non* veau. Soixante-sept ans se sont écouléa depuis pet te époque; et sans effort, %m^ événements extraordinaires , par le seul développement de leurs institutions et d'une prospérité pacifique y Içs États-Unis ont pris glorieusement leur plai^ parmi les grandes nations. Jamais grandeur si rapide n'a été si peu chèrement achetée ^ son ori{^ine et si peu troublée dans son progrès.
Ce n'est pas seulement à l'éloignement de tout rival puissant et aux espaces immenses ouverts ' devant eux que les États-Unis d'Amérique ont dft cette fortune rare. Des causes moins fortuites tt plus morales ont fait aussi la rapidité et la s^énité de leur grandeur.
Us sont entrés dans la vie sous la bannière de la justice et du droit. Pour eux aussi , la révdution qui a commencé leur histoire a été d'abord un acte de défense. Us réclamaient des garanties
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et des princif)e8 écrils dans leuri chartes et que le parlement d'Angleterre, qui les leur refusait , avait jadis réclamés lui-même et &it triompher dans la mère patrie, avec bien plus de violences et de désordres que n'en entraînait leur résistance. n& ne tentaient point, à vrai dire, une révolution. Leur entreprise était sans doute grande et périllei}se.; ils se donnaient, pour conquérir leur indépendance , la guerre k soutenir contre un entiemi puissant , et un gouvernement central à fonder popr remplacer le pouvoir éloigné dont ils seoouaiefit le Joug. Mais ils n'avaient , dansleurct institutions locales et quotidiennes, point de révolution à foire ; cjiapune d^ colonies était déjà , pour ses afftiires intérieures, librement gouvernée, et ne trouvait , en deyenant un État „ que peu dq changements à apporter dans les maximes et ror-* ganisation des pouvoirs publics* Point de vieil ordre social à craindre, k détester et à détruire \ }'atta^ çhement aux lois et aux coutumes anciennes , le respect a^ectueux du passé étaient an contraire le sentiment général ; le. régime colonial , ^ods le patronage d'une monarchie lointaine, se trans^
formait sans effort en régime républicain , sous lé lien d'un gouvernement fédéral.
De tous les systèmes de gouvernement, le républicain est, à coup sûr, celui auquel l'assentiment général et spontané du pays est le plus nécessaire. On peut concevoir , et l'on a vu des États monarchiques fondés par la force; mais la république imposée à une nation , le gouvernement populaire établi contre l'instinct et le vœu du peuple , cela choque le bon sens et le droit. Les colonies anglaises d'Amérique n'eurent point, pour devenir la république des États-Unis , une telle difficulté à surmonter ; elles étaient bien volontairement républicaines ; en adoptant le gouvernement républicain, elles né firent qu'accomplir le vœu national, et développer, au lieu de l'abolir, leur régime antérieur.
L'ordre social ne fut pas plus troublé que Tordre politique. Point de lutte entre les classes diverses; point de déplacement violent des influences. Quoique la couronne d'Angleterre conservât, dans les colonies, des partisans , le même esprit , le même dessein dominaient à tous les de-
grés de l'échelle sociale; les femiiies riches et considérables étaient même, en général, les plus fermement résolues pour la conquête de l'indépendance et la fondation du régime nouveau. Le peuple marchait et l'événement s'accomplit sous leur direction.
Il n'y avait pas plus de révolution dans les âmes que dans la société. Les idées philosophiques du xviii® siècle , son scepticisme moral , son incrédulité religieuse pàaétraient et circulaient sans doute dans les Ëtats-Unis d'Amérique ; mais elles n'envahissaient pas complètement . les esprits mêmes qu'elles atteignaient; elles ne s'y implantaient pas avec leurs principes fondamentaux et leurs dernières conséquences; la gravité morale et le bon sens pratique des vieux puritains persistaient chez la plupart des Américains admirateurs des philosophes français ; et la masse de la population américaine demeurait profondément chrétienne , aussi attachée à ses dogmes qu'à ses libertés, soumise à Dieu et à l'Évangile en même temps qu'elle se soulevait contre le roi et le parlement d'Angleterre , et gouvernée , en luttant I. 11*
pour son indépendance y par cette tnéme foi qui ayait amené ses ancêtres sur cette tetre pour y poser les fondements sur lesquels s'élevait le nouvel État.
Les idées et les passions qui, au nom de la démocratie, emportent et désorganisent aujourd'hui les sobiétés, sont répandues et puissantes dans les États-Unis d'Amérique \ elles y fermentent avec tout ce qu'elles contiennent d'erreurs contagieuses et de vices destructeurs. Mais elles ont été Jusqu'ici efficacement contenues et épurées par la foi chrétienne, par les excellentes traditions politiques et les fortes habitudes de légalité qui gouvernent la population. En même temps que les principes d'anarchie se déploient audacieusement sur ce vaste théâtre, les principes d'ordre et de conservation y subsistent, solides et énergiques, dans la société et dans Tbomme luimême ; on reconnaît partout leur présence et leur influence, au sein même du parti qui se qualifie du nom de parti démocratique par excellence ; ils le tempèrent et le règlent, et souvent le sauvent, à son insu, de ses fougueux entraînements. Ce sont ces
principes tutélaires qui ont présidé aux origines de la révolution américaine, et lui ont donné le succès. Fasse le ciel que, dans la lutte redoutable qu'ils ont aujourd'hui à soutenir partout, ils continuent de prévaloir au milieu de ce puissant peuple, et qu'ils le détournent toujours à temps des abîmes qui sont si près de ses pas I
Trois grands hommes, Cromwell, Guillaume lil et Washington , restent dans l'histoire comme les chefe et les représentants de ces crises souveraines qui ont fait le sort de deux grandes nations. Par rétendue et l'énergie des talents naturels , Cromwell est peut-être, entre les trois, le plus éminent : il avait l'esprit merveilleusement prompt , ferme , juste , souple , inventif , et une vigueur de caractère qu'aucun obstacle ne rebutait, qu'aucune lutte ne lassait, qui poursuivait ses desseins avec une ardeur et une patience également inépui* sables, tour à tour par les voies les plus détournées et les plus lentes , ou par les plus brusques et les plus hardies. Il excellait pareillement à gagner ou à dominer les hommes dans les relations personnelles et intimes , à organiser et à conduire
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une armée ou un parti. II avait l'instinct de la popularité et le don de Fautorité y et il sut , avec la même audace y déchatner et dompter les actions. Mais, né dans le sein d'une révolution , et porté de secousse en secousse au pouvoir suprême, son génie était et demeura toujours essentielle* ment révolutionnaire; il avait appris à connaître les nécessités de Tordre et du gouvernement ; il n'en savait ni respecter ni pratiquer les lois morales et permanentes. Que ce fût le tort de sa nature ou le vice de sa situation , il manquait de règle et de sérénité dans l'exercice du pouvoir, recourait sur-le-champ aux moyens extrêmes comme un homme toujours assailli par des périls mortels, et perpétuait ou aggravait, par la violence des remèdes , les maux violents qu'il voulait guérir. La fondation d'un gouvernement est une œuvre qui exige des procédés plus réguliers et plus conformes aux lois éternelles de l'ordre moral. Cromwell put asservir la révolution qu'il avait faite, et ne parvint point à la fonder. Moins puissants peut être par les dons naturels , Guillaume III et Washington ont réussi dans l'entreprise ou Cromwell a échoué :
ils ont fixé le ^ort et fondé le gouvernement de leur patrie. C'estque, même au milieu d'une révolution, ils n'ont jamais accepté ni pratiqué la politique révolutionnaire ; ils n'ont jamais recherché ni subi cette situation fatale d'avoir d'abord les violences anarchiques pour marche-pied , puis les violences despotiques pour nécessité de leur pouvoir. Il se sont trouvés , ou se sont placés eux-mêmes , dès leurs premiers pas , dans les voies régulières et dans les conditions permanentes du gouvernement. Guillaume était un prince ambitieux; il est puéril de croire que, jusqu'à l'appel qui lui fut adressé de Londres en 1688^ il fût resté étranger au désir de monter sur le trône d'Angleterre, et au travail depuis longtemps entrepris pour Ty porter. Guillaume suivait pas à pas les progrès de ce travail , sans en accepter la complicité , mais sans en repousser le but , sans y encourager, mais en en protégeant les auteurs. Son ambition avait en même temps ce caractère qu'elle s'attachait au triomphe d'une cause grande et juste, la cause de la liberté religieuse et de l'équilibre européen. Jamais homme n'a fait, plus que Guillaume,
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d'un grand dessein politique, la pensée el le but unique de sa vie. 11 avait ta passion de l'œuvre qu'il accomplissait, et sa propre grandeur n'était pour lui qu'un moyen. Dans ses perspectives de la couronne d'Ai^leterre, il ne tenta point de réussir par la violence et le désordre ; il avait l'esprit trop haut et trop bien réglé pour ne pas coanattre le vice incurable de tels succès , et pour an accepter le joug. Mais quand la carrière lui fut ouverte par l'Angleterre elle-même , il ne s'arrêta point devant les scrupules de l'homme privé ; il voulait que sa cause triomphât et recueillir l'honneur de son triomphe. Glorieux mélange d'habileté et de foi, d'ambition eide dévouement, Washington n'avait point d'ambition -, sa patrie eut besoin de lui : il devint grand pour la servir, par devoir plutôt que par goût, et quelquefois même avec un pénible effort. Les épreuves de la vie publique lui I préférait l'indépendance de la vie i de l'âme à l'exercice du pouvoir, sans hésiter la tâche que lui im- ; et en l'accomplissant, il ne se ion pays ni envers lui-même, au-
cune complaiflance pour en alléger le fardeau. Né pour gouverner, quoiqu'il y prît peu de plaisir, il disait au peuple américain ce qu'il croyait vrai , et maintenait, en le gouvernant , ce qu'il croyait sage avec une fermeté aussi inébranlable que simple , et un sacrifice de la popularité d'autant plus méritoire qu'il n'en était point dédommagé par les joies de la domination. Serviteur d'une république naissante, où l'esprit démocratique prévalait, il obtint sa confiance et assura son triomphe en soutenant ses intérêts contre ses penchants , et en pratiquant cette politique à la fois modeste et sévère , réservée et indépendante , qui ne semble appartenir qu'au chef d'un sénat aristocratique placé à la tête d'un État ancien. Succès rare , et qui fait un égal honneur à Washington et à son pays.
Soit qu'on regarde à la destinée des nations , ou à celle des grands hommes , qu'il s'agisse d'une monarchie ou d'une république, d'une société aristocratique ou démocratique, la même lumière brille dans les faits ; le succès définitif ne s'ob-
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tient qu'au nom des mêmes principes et par les mêmes voies. L'esprit révolutionnaire est fatal aux grandeurs qu'il élève comme à celles qu'il renverse. La politique qui conserve les États est aussi la seule qui termine et fonde les révolutions.