LIVRE TROISIÈME
» sente, dit sir Henri Killigrew, je me procurerai » un bon cheval, une bonne cotte de buffle, une «bonne paire de pistolets, et je ne serai pas em- » barrasse pour trouver une bonne cause- » Mais il partit aussitôt pour son comté, car après de telles paroles il n'eût pu passer dans les rues de Londres sans insulte et sans péril (*). L'ardeur du peuple était au comble; dans la cité comme à Westminster, Téloignement des membres royalistes avait abîittu leurs partisans. Le parlement fit un appel au patriotisme des citoyens ; argent, vaisselle, bijoux, tout fut requis pour équiper quelques escadrons de cavalerie, sous la promesse d'un intérêt de liuit pour cent. Les chaires retentirent des exhortations des prédicateurs ; l'effet surpassa les conseils des plus passionnés et Tattente des plus confiants ; pendant dix jours, une immense quantité de vaisselle fut apportée à Guildhall ; on manqua d'hommes pour la recevoir, de place pour la déposer; de pauvres femmes venaient apporter leur anneau de mariage, les épingles d'or ou d'argent qui retenaient leurs cheveux, et plusieurs attendaient fort longtemps avant d'ob-
(») Glarendoii, Hist. of the rebell., t. IV, [). I3G; t. Vlïf ,
tenir qu'on les déchargeât de leurs of^^andes {*). Informé de ce succès des communes^ Charles voulut tenter le même moyen; mais l'enthousiasme ne s'imite points et le dévouement populaire peut seul suffire aux besoins d'une cause. L'université d'Oxford envoya au roi sa vaisselle ; sur son exemple, celle de Cambridge fit emballer la sienne; déjà même une portion était partie quand Crom^ welly toujours vigilant ^ survint tout à coup et empêcha tout nouvel envoi P). Les commissaires du roi eurent grand" peine à recueillir, de ch&teau en château, quelques faibles contributions; et la moquerie , vain et dangereux plaisir d'une cour vaincue, fut la seule consolation qui demeurât aux cavaliers (^).
Les propositions d'accommodement étaient ar^ rivées à York (*) ; elles dépassaient les prédictions des plus emportés royalistes, et ravirent aux plus
(<) M«jr, Hisi. du l/mg-Parl., 1. 1, p. 876 «t Miiv., éûns «a Càh lection — Clarendon, Hist. ofthe rebell., t. IV, p. 136, -^ WJliitçlocke, p. 58.
(2) May, Hiu. du Long-pmi., t. U,p. 196, dans mtCottectio». -^ Pari. Hist.f t. II, col. 1453. — Querçla CantabrigiensiSy p. 182 (iii-8, Londres, 1685). BarwicWs Life , p. 24 (io-8, Londres, 1724). — Clarendon, Hist. ofthe rebell. , t. V, p. 53.
(3) Clarendon , Hist. ofthe rebell., t. V, p. 55-57. — May, Hist. du Long-Pari., t. I, p. 401.
(4) Elles furent présentées au roi le 17 juin.
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modérés toute espéranee. Les chambres demandaient la complète destruction de la prérogative et que le pouvoir leur appartint tout entier. Création de nouveaux pairs, nomination et révocation des grands fonctionnaires de tout genre, éducation et mariage des enfants du roi, af foires militaires, civiles, religieuses, rien ne devait plus se décider sans l'aveu formel du parlement. Tel était au fond le but véritable, et devait être un jour rinestimafole résultat <ie la révolution ; mais le temps n'était pas venu oii cette action décisive du parlement dans le gouvernement devait s'ac-complir par le jeu naturel des institutions et l'influence dominante, quoique indirecte, des communes sur l'exercice journalier du pouvoir. Hors d'^at d'imposer ses cfaefo à la couronne comme conseillers nécessaires , le parti national se sentait contraint d'asservir officiellement la couronne à leur empire, ne pouvant vivre en sûreté qu'à ce prix; moyen trompeur et impossible, propre seul^nent à jeter l'État dans l'anarchie, mais le seul alors que les plus habiles sussent imaginer. A la lecture de ces propositions, la co* 1ère éclata dans les yeux du roi, une vive rougeur lui monta au visage : « Si j'accordais ce que vous » demandez, répondit-il, on pourrait encore ne se
296 RÉVOI.UTU>N D'ANGLETERRE.
présenter devant moi que la tête nue ; on pourrait encore me baiser la main et m'appeler toujours du nom de Majesté; ces mots, la volonté du roi signifiée par les deux chambres, pourraient être encore la formule de vos commandements; je pourrais même faire porter devant moi la masse ou Tépée, et m'amuser de la vue d'un sceptre ou d'une couronne , rameaux stériles qui ne fleuriraient pas longtemps , car le tronc serait mort; mais quant au pouvoir réel et vrai, je ne serais plus qu'une image, un signe, un vain fantôme de roi (*). » Et il rompît la négociation .
Le parlement n'attendait pas une autre réponse : dès qu'il l'eut reçue , toute hésitation, même de pure forme, disparut; la guerre civile fut mise en délibération (^). Une voix, la même qui, à l'ouverture de la session , avait dénoncé la première tous les griefs publics, s'éleva presque seule pour la repousser : « Monsieur l'orateur, dit sir Benjamin » Rudyard, je suis pénétré, saisi jusqu'au fond de » l'âme du sentiment de ce qui importe à l'honneur » de la chambre et au succès de ce parlement ; » mais pour bien juger de la situation où nous
(») Rushworth , part. 3, t. 1, p. 728. (2; Le 9 juillet 16*2.