LIVRE TROISIÈME. (i6/i0-16/i
du parlement. C'était déjà beaucoup, pensaientils, d'avoir donné au prince, .en venant le rejoindre, un périlleux témoignage de leur zèle; ils ne voulaient pas se compromettre davantage, et, une fois à York, ils se montraient tièdes et craintife (*). Charles leur demanda une déclaration des mtotifi^ qui les avaient contraints de quitter Londres ; il en avait besoin pour établir qu'après tant d'émeutes et de violences , le parlement , n'étant plus libre , avait cessé d'être légal. Ils la signèrent; mais le lendemain plusieurs d'entre eux vinrent dire au roi que, s'il la publiait, ils ne pourraient se dispenser de la démentir, ce Que voulez- vous donc » que j'en fasse? » leur dit Charles avec humeur; ils persistèrent, et la déclaration ne parut point (*). Malgré l'affluence et les bravades des cavaliers, rien ne se faisait : argent, armes, munitions, vivres même , tout manquait à York ; à peine le roi avait-il de quoi entretenir une table et suffire aux dépenses ordinaires de sa maison (^) . La reine avait vendu en Hollande quelques uns des joyaux de la couronne; mais tel était le pouvoir des menaces du parlement qu'un long temps s'écoula
{*) Clar^ndoa , Ilist. cf the rebell,, t. IV, p. 4 39.
(2) /6id.,p. 140-Ul.
(3) Ihid., p. 4 72, 228.
m^ RÉVOLUTION D'A^GLËTIKIRË.
avant qu'elle trouvât le moyen d'en foire passer au roi le prix (*;. Jl défendit à tous ses sujets d'obéir à l'ordonnance sur la milice {*) j et donna lui- môme ; aux chefs royalistes de clique comté; comoûssion de la lever et de l'organiser en son nom (^). Mais aus^tôl, pour atténuer l'effet de la mesure^ il protesta qu'il be songeait point à la guerre; et les lords présents a York déclarèrent ^ par un .acte officiel soigneusement répandu ^ qu'à leur connaissance aucun préparatifs aucune démarche n'annonçaient une telle . intention (^)« Tant d'in^ certitude et de mensonge n'avait pas la faiblesse pour unique cause ; depuis l'arrivée des déserteurs du parlen^ent, Charles était en proie aux conseils les plus contraires : convaincus que dans le res-* pect du peuple pour l'ordre légal résidait sa force la plus sûre ; les jurisconsultes ^ les magistrats ^ les hommes sages voulaient que désormais ^ strict doservateur des lois , il laissât au parlement seul le tort de les violer ;^ les cavaliers s'écriaient que
{}) Glareodoo, Hi^t, of the rebell., t. IV, p. 118.
(^) Le 27 m» 1642. Roshivorth, p«rt. 3, 1. 1, p. 5M).
(^} La première commission de ce genre , donnée à lord Hastings pour le comté de Leicester, est du 11 juin 1642. (Hushwortb, part. 3, t. I, p. 655 et suiv.)
{*) Cette déclaration, en date du 15 juin 1642> fut ^née de qua> rante-cinq lords ou membres du conseil. {ParL Hisi.^ t. II, ooL 1373- 1375. — Glarendon, HisL of the rebell., t. IV, p. 142-144.)
L1VBE TBOISIÈME. (i6àO 1662.) 291
la Jentefur perdait lout^ qu'il fallait en tonte ôceasîoû prendre les devants sur ses ennemis; et Charles^ hors d'état de renoncer à l'appui de Tune ou de Tautre opinioù, s'efforçait tour à tour de les contenter toutes deux,
La situation du parlement était au contraire de* venue plus simple ; tant de membres^ en se retirant, avaient laissé les chefe de la révolution en possession assurée du pouvoir ; quelques voix s'é^ levaient encore^ mais réduites à la triste tâche de déplorer et d'avertir; à peine prenaiiron le soin de leur répondre. Une majorité décidée ; jugeant la guerre inévitable y l'acceptait hardiment^ bien qu'avec des vues et des sentiments fort divers. Par égard pour les apparences , un comité reçut ordre de chercher les moyens de la prévenir (^) ; des propositions d'accommodement, en dix-neuf articles, furent même rédigées et solennellement envoyées au roi (*). Mais en attendant sa réponse, on continua d'étouffer toute pétition favorable au maintien de la paix (^) ; on poussa les préparatifs
(«) Le 27 mai 1642. Pari, HisL, t. II, col. 1319.
(2) Le 2 jaiD 1642. Jbid., col. 1324-1327. — • May, Hist. du Long- Pari, f 1. 1, p. 363-371, daDS ma Collection.
{^) Entre autre» une pétitiou préparée an commencement de juin dans le comté de Somerset. {Pari. Hist., t. II, col. 1366. )
292 HÉVOLUnON D AINGLKIEIIRE.
militxiires ouvertement et avec vigueur. Charles avait offert d'aller en personne réprimer la rébellion dlrlande, chaque jour plus violente; son offre fut rejetée (*). Il refusa de nommer lord Warwick, que désignaient les chambres^ au com* mandement de la flotte f ); Warwick en prit possession malgré son refus (^). Le lord maire Gourney ne craignit pas de publier dans Londres la commission du roi qui ordonnait de lever la milice pour son service et en son nom ; il fut accusé, mis à la Tour, révoqué, et Talderman Pennington, puritain ardent , le remplaça dans ses fonctions {*). La cité prêta 100,000 livres sterling (^); on en prit 100,000 sur les fonds destinés à secourir l'Irlande {^)\ une souscription s'ouvrit dans les chambres Ç') ; chaque membre, appelé à son tour, fut tenu d'exprimer sur-le-champ son intention : quelques-uns refusèrent : « Si l'occasion s'en pré-
(») Le 15ûvrîl 1642. Purl. Hist., t. II, col. M69-li72 etsaiv.
(2) Le 31 mars 1642.
(3) Pari. Hist., t. II, col. 1164-1165. - May, IHst. du Long- Pari. y i. I, p. 395 et suiv.,dans ma Collection.
(4) Le 18 août 1642. Pari, f/tst., t. H, coL 1203, 1403, 1452. - State-Trials y t. IV, coL 159.
(5) Le 4 juin 1642. Pari. Hist., t. II, col. 1328.
(6) Le 30 juillet 1642. May, fUst. du Long-Pari., t. H, p. 33-40, dans ma CollecUon. — Pari. Ilist., t. II, col. 1443-1448.
C) Le 10 juin 1642.