LIVRE PREMIER
isauver La Rochelle assiégée^ et prévenir la ruiné des réformés français. On espérait que^ pour cette cause, le peuple s'armerait avec passion, que du moins il se laisserait opprimer.
Un emprunt général fut ordonné , de la même valeur que les subsides qu'avait promis, mais non votés , le parlement. On enjoignit aux commissaires d'interroger les récalcitrants sur les motife de leur refus, de savoir qui les y avait engagés, par quels discours , dans quels desseins. C'était à la fois une atteinte aux fortunes et une enquête sur les opinions; Quelques régiments parcoururent les comtés ou s'y cantonnèrent , à la charge des habitants. Les ports et les districts maritimes eurent ordre de fournir des bâtiments armés et équipés, premier essai de la taxe des vaisseaux. On en demanda vingt a la cité de Londres; elle fit observer que, pour repousser la flotte invincible de Philippe II, la reine Elisabeth avait exigé moins ; on lui répondit que « les précédents » des temps passés étaient l'obéissance et non des » objections (*). » Pour justifier ce langage, on fit prêcher partout l'obéissance passive. L'archevêque de Cantorbéry, George Abbott, prélat populaire,
{*) Whilelocke» Memorials oftheEnglish affairs^ etc., p. 7, édit. in-fol. de 1682.
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refusa d'autoriser dans son diocèse la vente de ces sermons; il kit suspendu et exilé (*).
On avait trop présumé des passions du peuple ; il ne se laissa point persuader d'oublier sa liberté pour le service de sa foi. D'ailleurs il se méfiait de la sincérité de ce nouveau zèle; qu'on le laissât libre, qu'on appelât le parlement^ il prêterait aux réformés du continent un bien plus ferme appui. Beaucoup de citoyens refusèrent de concourir à l'emprunt : les uns y obscurs et faibles', furent enrôlés de force pour la flotte ou l'armée; les autres se virent jetés dans les prisons ou chargés de missions lointaines qu'il n'était pas permis de repousser. Le mécontentement, sans éclater en séditions, ne se borna point à des murmures. Cinq gentilshommes, détenus sur un ordre du conseil, réclamèrent de la cour du banc du roi, et comme le droit de tout Ao^lais , leur mise en liberté sous caution f ). Un roi impérieux et une nation irritée pressaient le jugement du procès. Le roi exigeait des juges qu'ils déclarassent, en principe, que nul homme arrêté par son ordre ne
(*) Whitel6cke, p. 7.
(2) Us s'appelaient m Hmmbiis Daroei, âk Jobii Gorèet, str Walier Earl, sir John Heveningham et sir Edmond Hampden. Il ne faut pas cooCondre ce dernier avec son cousin Jofan Hampden , plus tard si célèbre