LIVRE PREMIER. (1625-1629.) d
devait être admis à fournir caution; le peuple voulait savoir si toute garantie était perdue pour les défenseurs de ses libertés. La cour rejeta leur demande et les renvoya en prison, mais sans po* ser le principe général que souhaitait le roi (^)« Déjà les magistrats , frappés d'une double peur , n'osaient se montrer ni Berviles ni justes, et pour sortir de peine ils refusaient au despotisme leur aveu, à la liberté leur appui.
Dans son ardeur jalouse pour le maintien de tous les droits, le peuple prit sous sa' protection même les soldats qui servaient d'instruments k la tyraimie. De toutes parts on s'était élevé contre leurs excès ; pour les réprimer, la loi martiale fut mise en v^ueur. On trouva mauvais qu'un pouvoir si arbitraire fût exercé sans l'adhésion du parlement, et que des Anglais,, soldats ou autres, employés à vexer ou à protéger leurs concitoyens, fussent privés des garanties de la loi.
Au milieu de cette irritation toujours impuissante, mais de plus en plus agressive , on apprit que l'expédition envoyée au secours de La Rochelle, et que Buckingham commandait en personne , venait d'échouer (^). L'impéritie du géné-
{*) 28 Boveinbre 1627. Cobbett, Stale Trials, t. lU, eot. 1-59. (2) 28 octobre 1627.
36 RÉVOLUTION D'ANGLE TEIUIE.
rai avait causé ce revers ; il n'avait su ni s'emparer de l'île de Ré, ni se rembarquer sans perdre l'élite de ses troupes , officiers et soldats. Depuis longtemps, TAngleterre n'avait payé si cher tant de honte (*). Dans les campagnes, dans les villes, une multitude de familles, aimées et considérées du peuple, étaient en deuil. L'indignation fut populaire. Le fermier quitta ses champs et l'apprenti son atelier pour aller savoir si son patron, gentilhomme ou bourgeois , n'avait pas perdu un frère, un fils ; et il revenait racontant à ses voisins les désastres qu'il avait appris , les douleurs qu'il avait vues , maudissant Buckingham et accusant le roi. Des pertes d'une autre nature aigrirent encore les esprits : la marine ennemie inquiéta et ralentit le commerce anglais; les bâtiments demeuraient dans les ports; les matelots oisifs s'entretenaient des revers de la iBotte royale et des causes de leur propre inaction. De jour en jour, la petite noblesse, la bourgeoisie, le peuple s'unissaient plus étroitement dans un môme courroux. Buckingham de retour, et malgré son arrogance, sentit le poids de la haine publique et le besoin d'y
(*) Ce désastre est peint avec beaucoup d'énergie dans une lettre de HollisàsirThomas Wcntworth, du 19 novembre 1627. Strafford'sletters and dispatches, t. I, p. 41.