LIVRE TROISIÈME. (16/|0-16à
unis ; des craintes opposées les divisaient ; chacun prévoyait avec sagesse l'avenir réservé au triomphe de ses adversaire^, et méconnaissait celui que sa propre victoire eût enfanté. Ils se combattirent avec un àcharniement jusque là sans exemple , d'autant plus obstinés qu'ils se ménageaient encore et n'osaient s'accuser hautement, au gré de leurs soupçons. Les heures s'écoulaient; la fatigué chassait les hommes faibles , les indifférents , le^ vieillards ; un ministre même du roi , le secrétaire d'État Nicholas , quitta la chambre avant la fin du débat. «Ceci, dit sir Benjamin Rudyard, sera le » verdict d'un jury affamé. » Vers minuit enfin, on se décida à voter : cent cinquante-neuf voix adoptent la remontrance, cent quarante-huit la rejettent. Aussitôt Hampden se lève et en demande l'impression : a Nous le savions bien , lui crie-t-on *, » vous voulez soulever le peuple et vous affranchir » du concours des lords. — La chambre, ditM. Hyde^ » n'est point dans l'usage de publier ainsi ses actes; » illégale à mon avis, cette résolution deviendra » funeste $ si elle est adoptée, qu'il me soit permis » de protester. — Je proteste, s'écrie M. Palmer. » —Je proteste, je proteste, » répètent leurs amis. D'autre part on s'étonne, on s'indigne; ce procédé, usité chez les lords, était étranger aux communes :
224 UÊVOLUTION DAKGLETEHRE.
Pym prend la parole pour en démontrer l'illégalité et le danger 9 des invectives l'interrompent; il persiste , des menaces lui répondent. La chambre entière est debout^ et plusieurs membres, la main sur leur épée, semblent près de commencer la guerre civile au sein du parlement. Deux heures se passent 9 le tumulte renaissant à chaque tentative pour faire adopter tine résolution. Enfin Hampden, déplorant avec douceur et gravité cet humiliant désordre, propose que la séance soit levée, et la décision remise à l'après-midi. On se sépare, k Eh » bien, dit en sortant lord Falkland à Cromwell, y » a-t-il eu un débat? — Je vous en croirai une autre » fois , » reprit Cromwell; et se penchant vers son oreille : « Si la remontrance avait été rejetée, je » vendais demain tout ce que je possède, et quit- » tais l'Angleterre pour toujours ; et je connais » beaucoup d'honnêtes gens qui -en auraient fait » autant (*). »
La séance du soir fut peu agitée ; les royalistes désespéraient de la victoire, et leurs adversaires s'étaient vus si près de la perdre qu'ils se sou-
(*) Clarendon, Hist. of ihe rébell., t. Il, p. 246-250. — Ménoires i de Warwick , p. 1 68 , dans ma Collection. — May, Hist. du Long- Pari., t. I, p. 255-259, ihid. — Rushworth , part. 3, t. Il, p. 12:^- 428. — Whitelorke. p. 49.