CROMWELL OUVRE LA SECONDE SESSION
Chambres du Parlement se réunirent^ Tune dans la salle ordinaire de la Chambre des Communes, l'autre dans la salle de Tancienne Chambre des Lords ^
La session s'ouvrit avec des formes significatives; rhuissier à la verge noire vint avertir les Communes que Son Altesse le lord Protecteur était dans la Chambre des Lords et les y attendait. Elles s'y rendirent et Cromwell prit la parole en ces termes : « Milords et Mesa sieurs de la Chambre des Communes, » comme l'eût fait le roi sous l'ancienne monarchie. Son discours fut bref et peu remarquable; il se borna à insister sur le bon état du pays qui devait être satisfait, car il jouissait enfin des libertés religieuses et civiles pour lesquelles, pendant dix ans, il avait combattu : a Je ne vous parc lerai pas longtemps, je suis atteint de quelque soufa france; » il répéta cela deux fois, et donna la parole à Nathaniel Fiennes, premier lord commissaire du grand sceau, qui débuta en disant : « C'est une marque si- « gnalée de la providence de Dieu que nous voyions, a dans ce jour, en ce lieu, un chef de l'État et deux « Chambres du Parlement. Jacob disait à son fils a Joseph : — Je ne croyais plus voir ton visage, et voici, a Dieu m'a fait voir et toi, et ta famille aussi, — c'est-àa dire les deux fils de Joseph, Éphraïm et Manassé. a Combien d'entre nous pourraient dire :— -Nous ne a croyions plus voir parmi nous un chef de l'État, et
1 ParUam, Hist, t. XXI, p. 165-169;— Thurloe, State-Papers, t. VI, p. 647-648 ;—Ludlow, Mémoires, t. II, p. 37^-374, dans ma Collection.
DU PARLEMENT RECONSTITUÉ (20 janvier 1658). 341
« voici. Dieu nous fait voir un chef de FÉtat avec ses « deux Chambres du Parlement.... Dieu veuille les « traiter comme il fit Éphraïm et Manassé, et faire de « ces deux Chambres du Parlement comme de Lia et « de Rachel qui fondèrent la maison d'Israël ! » Fiennes disserta pendant plus d'une heure , dans un commentaire diffus, subtil et lourd, quoiqu'au fond judicieux et opportun, sur les mérites de la nouvelle constitution monarchique et parlementaire du Protectorat, sur les dangers qui la menaçaient, sur la conduite qu'il fallait tenir, dans les Chambres et dans le pays, pour les éviter; puis, s'adressant au Protecteur lui-même : « Quoi que vous soyez maintenant ou que vous deviez c( être un jour, » lui dit-il, a quoi que vous ayez fait ou « que vous puissiez faire, quelques talents que vous « ayez reçus ou que vous puissiez recevoir encore en « don, tout cela ne vient pas de vous et n'est pas pour « vous; tout cela vient de Dieu et est pour le service de « Dieu et le bien des hommes, spécialement du peuple « de Dieu parmi les hommes.... Marchons donc tous « la face tournée et les yeux fixés vers ce but; que « chacun de nous s'acquitte fidèlement, et à sa place, de a son propre devoir; et accomplissons l'œuvre que a Dieu nous a assignée dans cette vie, afin que dans « la vie à venir nous puissions entendre ces douces et « bienheureuses paroles : « Venez, bons et fidèles servi- « teurs ; entrez dans la joie de votre maître ^ »
* Cailyle, CromwelVs Letters and SpeecheSf t. II, p. 608-619;— »