AVEC LA NOUVELLE CHAMBRE DES LORDS
du Parlement pour recevoir le serment des membres qui arrivaient^ et presque tous ceux qui avaient été exclus en septembre 1656 le prêtèrent sans balancer. On attendait avec curiosité ce que ferait sir Arthur Haslerig que le Protecteur avait nommé membre de Tautre Chambre ; il n'y parut points se tint quelques jours caché, et, le 25 décembre, il se présenta inopinément à la Chambre des Communes, demandant à prêter serment. On hésitait à l'admettre; il appartenait à Fautre Chambre, disaitK)n ; sir Arthur insista péremptoirement : « J'ai été élu par le peuple pour siéger ici ; je « prêterai volontiers le serment ; je serai fidèle à la per- « sonne de milord Protecteur; je ne veux tuer per- <i sonne. » Il ftit admis et prit sur-*le-champ sa place à la iéte de l'opposition ^
Elle avait déjà engagé la lutte. Dès le surlendemain de l'ouverture de la session •, deux messagers vinrent de la part de la Chambre des Lords inviter la Chambre des Communes a se joindre à eux dws une humble Adresse à Son Altesse pour faire fixer un jour de prières publiques dans tout le pays. Une vive rumeur s'éleva soudain : « Vous n'avee point de message à recevoir d'eux, « à titre de Lords, » s'écrièrent plusieurs membres;
1 Jowmak ofthe House of cominon$, t. VU, p. 576; — Burion,
Diary, t. II, p. 316 et suiv., 346 ; — Ludlow, Mémoires, t. II, p.374- 378, dans ma Collection ; — Carlyle, CromwelVs Letters and Speeches, t. II» p. 609^11, 621.
* Le 22 janvier 1658.
a ils ne sont qu'un essaim sorti de chez vous ; vous avez a décidé qu'il y aurait une autre Chambre^ mais non a pas des Lords; on vous traite comme des enfants; a parce que vous avez dit A^ il faut que vous disiez B. » Personne n'osa réclamer contre cette colère ; pourtant on voulut se donner le temps de réfléchir; on se contenta de répondre que la Chambre enverrait une réponse par ses propres messagers *.
Cromwell sentit sur-le-champ la portée du coup : les Communes républicaines et seules souveraines se soulevaient contre le rétablissement des trois pouvoirs de l'ancienne monarchie ; la nouvelle constitution du Protectorat était attaquée dans ses retours ver^ le passé et dans ses tendances pour l'avenir. Le 25 janvier 1658^ le Protecteur convoqua les deux Chambres à Whitehall^ dans la salle des Banquets ; et là^ pendant plus d'une heure, il les entretint des dangers extérieurs et intérieurs dont l'Angleterre était menacée. Au dehors, dans toute l'Europe, le Protestantisme était violemment attaqué et compromis ; en Allemagne, en Italie, en Suisse, la maison d'Autriche et le Pape conservaient ou reprenaient l'ascendant; le plus fidèle allié protestant de l'Angleterre, le roi de Suède, était battu en Pologne et en guerre avec son voisin, le roi de Danemark : « Vous « dites peut-être que tout cela est bien loin et ne vous a importe en rien. A la bonne heure. Moi, je vous dis
* Joumals of the Home of commonSy t. VII, p. 581; — Burton, Dia/ry, t. II, p. 339-344.
AUX DEUX CHAMBRES (25 janvier 1658). 345
0 que cela vous importe^ que votre religion et la bonne c( cause en Europe y sont engagées. Je dis qu'il s'agit a aussi de votre commerce et de votre sûreté. Vous vous a êtes toujours tenus heureux d'être entourés d'un a grand fossé qui vous sépare du monde. Vous ne poura rez pas maintenir votre fossé ni votre navigation^ à a moins que vous ne changiez vos vaisseaux en esca- <c drons et en bataillons^ et que vous n'alliez vous dé- « fendre sur la terre ferme.... Vos alliés^ lesHoUana dais^ professent un principe que^ grâce à Dieu^ nous a n'avons jamais connu; ils vendront des armes et 0 loueront leurs vaisseaux à vos ennemis.... Adresseza vous i la Bourse; vous apprendrez là qu'on a engagé (( des bâtiments pour transporter chez vous quatre mille a hommes de pied et mille chevaux, au service de ce « jeune homme^ le fils du feu roi.... Et au dedans^ je a vous le demande^ quelle est votre situation?.... « N'êtes-vous pas misérablement divisés en toutes sortes a de sectes^ sectes religieuses et sectes civiles? Et que « veulent toutes ces sectes ? prendre le pouvoir, être (c les maîtresses du pays.... Depuis six ans enfin^ après « dix ans de guerre^ nous avons la paix^ la paix et « l'Évangile. N'ayons qu'un cœur et qu'une âme pour a maintenir cette paix et les justes droits de cette nac tion.... Pour moi^ j'ai acquitté ma conscience; vous a jugerez s'il n'y a pas danger.... Tant que je vivrai, (c je serai prêt à lutter et à tomber avec vous dans cette cf cause.... Milords et Messieurs des deux Chambres du « Parlement, car c'est ainsi que je dois vous appeler.
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DANS SON OPPOSITION (jAMViBR-FBVRiift 1658). 347
« joindre à nous pour le procès du roi ; nous nous a YÎnies obligés de prendre à notre compte tout le sang a versé pendant dix ans, ou d'en reporter ailleurs la a responsabilité. Nous appelâmes le roi d'Angleterre à a notre barre et nous le jugeâmes. U fut condamné et « exécuté pour son obstination et son crime. Qu'ainsi « périssent tous les ennemis de Dieu ! La Chambre des a Lords s'ajourna alors et ne se réunit plus; un franc «c adieu fut dit à tous ces pairs ; on espérait bien que « le peuple d'Angleterre ne verrait plus au-dessus de a lui un pouvoir qui eût droit de dire non à ses volona tés. » Sir Arthur Haslerig ne fut pas moins violent que Scott : a Heureux sont Pyra, et Strode^ et Hamp* a den, s'écria-t»ilS mes compagnons quand le feu roi « nous poursuivait comme traîtres I Ils sont morts 1 a Pourtant je suis bien aise d'être encore vivant pour a parler aujourd'hui. Ces Lords d'autrefois^ si inutiles, a si pernicieux, ils renoncèrent volontairement à la vie, a et l'armée, notre armée de saints, leur accorda des (( funérailles décentes. Irons-nous les déterrer aujour- « d'hui, après tant d'années qu'ils ont passées dans le a tombeau? Ne sera-ce pas une honte sur toute la naof tioh ? Y a-t*il un homme dans cette Chambre qui n'ait « prêté serment de ne pas le souffrir ? Pourquoi alors a repoussons-nous d'ici les Cavaliers? » Ces emportements révolutionnaires et républicains provoquaient de vives représailles : a Les Lords sont une Chambre du Par-
1 Le 2 février 1658*