‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 133 sur 150 · DOCUMENTS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

DOCUMENTS HISTORIQUES

T. II. 2n

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vPage 37.)

M. de Bardeaux à Jf. deBrienne.

Londr<i«, 29 décembre 1653.

Monsieur,

Vous aurez pu reconnaître dans mes dernières lettres une grande disposition à rétablissement d'un nouveau régime dans l'Angleterre. La résolution en étant prise par les officiers de Farmée^ ils s'asâemblèrent vendredi au matin dans le logis ordinaire du roi où se tient le conseil d'État, et y mandèrent le maire de Londres, les conseillers de la ville, les juges et les chanceliers si peu informés qu'ils rendaient chacun la justice dans leurs tribunaux. Après que la lecture leur eut été faite de la résolution de l'armée, qu'ils se levèrent sans résistance et qu'ils eurent pris leur robe de cérémonie, toute la compagnie monta en caresse et en forme de cortège, marchant devant celui de M. le général, l'infanterie en haie dans

les rues, et même les colonels à pied à la lète de son carosse, se rendit au palais où siège le Parlement et dans une tribune élevée. Lecture fut faite de la déclaration de larmée. Elle expose dès le commencement la nécessité qu'il y a d'établir uii Protecteur pour conserver la République, nomme M. le général à celte charge^ lui ordonne un conseil de vingt-quatre personnes par l'avis desquelles il gouvernera, lui donne pouvoir de faire la paix et la guerre, et dans la nécessité pressante, de lever jusqu'à deux millions si le Parlement n'est point établi^ l'oblige de maintenir la religion réformée, et de réformer les abus qui se commettent par les hérétiques^ lui permet d'avoir des officiers pour la conservation de son bîen^ et lui assigne pour son entretien les domaines du roi non aliénés, ordonne en outre qu'il y aura toujours vingt mille hommes sur pied et dix mille chevaux, et qu'un Parlement libre sera convoqué pour le 3 de septembre prochain, et qu'advenant la mort du Protecteur, il en sera choisi un autre par le conseil, donnant l'exclusion aux enfants du défunt et à ceux qui seront du sang royal. La lecture faite et le serment prêté entre les mains du chancelier, le sieur Protecteur s'assit dans une chaise préparée, se couvrit, et les autres demourant debout et tête nue, les chanceliers lui présentèrent inngnia maje»tatis, et le maire l'épée. Il les prit et leur rendit, et s'en retourna dans le même ordre, sinon que ledit maire portait devant lui l'épée comme autrefois devant leroi, et même dans son carosse , où tout le monde, jusques à ses gardes, était tête nue. La cérémonie s'acheva dans le palais royal d'où il était parti, par un sermon sur le sujet.

La déclaration contient bien d'autres particularités, tant pour l'élection du Parlement que touchant son pouvoir plus grand que ne fut jamais celui du roi, quoiqu'il semble un peu assujetti à son conseil et au Parlement. Depuis^ tous les officiers ont eu les mains liées , les conseillers

d'État ont été nommés; ce sont la p1u{)art les mêmes qui servaient dans le précédent^ et la publication a été faite par la ville cette après-dînée, avec grande assemblée tant de troupes, noblesse à cheval que de caresses. Le peuple n'a donné aucune déi^onstration de joie; mais les i>oldats par des salves et le canon de la Tour Tout solemnisée^ et devant les maisons publiques il s'est fait des feux. On lui donne le nom d'Altesse, et il doit loger dans la maison du roi, dont quelques officiers de Tarmée voulaient qu'il prît le titre. Les anabaptistes paraissent abattus de ce coup. Leur chef, général major de l'armée, s'est retiré, et les autres officiers et soldats de ce parti sont menacés* d'être licenciés. Néanmoins un de leurs ministres , hier , ne laissa pas de le comparer à Richard III, mais c'est un deniier effort de leur emportement. Le maître des cérémonies n'a point encore fait part aux ministres étrangers de cet établissement, et sans doute, jusqu'à ce que les affaires du dedans soient réglées, l'on ne leur donnera pas lieu de traiter de celles du dehors.

(Page 61,)

io M. de Bordeaux à M. deBrienm.

iondrM, 25 juia 1654.

Monsieur^

J'ai laissé passer deux ordinaires sans me donner Fhonneiu* de vous écrire^ le premier, pour n'avoir rien eu à mander que des remises^ et le second^ p^ur avoir voulu attendre le retour de M. de Baas de chez M. le Protecteur qui Tavait envoyé chercher^ prévoyant que c'était pour quelque chose d'extraordinaire. Il ne m'eut pas silôt fait le rapport de sa conférence que trois ministres du conseil me vinrent trouver, et me tinrent jusques après Theure du départ de la poste. J'ai depuis vu M. le Protecteur^ et quoique je pusse remettre au sieur de Baas la relation de tout ce qui s'est passée néanmoins^ crainte qu'il n'arrive pas assez tôt à la cour, je tâcherai de satisfaire l'impatience que Sa Majesté pourrait avoir d'être informée des sujets de sa retraite. Il sera sans doute^ Monsieur^ venu à votre connaissance que depuis deux mois un nommé Naudin, médecin français, avait été trouver M. de Baas, et s'était offert de gagner quelques officiers de l'armée, même quelque place, et fomenter une division dans cet État, si la France voulait appuyer ce dessein, présupposant que nous ne devions pas rejeter des propositions si avantageuses, puisque ce régime était entièrement porté à préférer l'amitié de l'Espagne à celle de France. Quoique cette ouverture iùi faite dans un temps auquel toutes nos instances pour l'accommodement ne produisaient aucun effet, néanmoins ledit sieur de Baas ne se voulut point engager, sur ce qu'il ne croyait

pas que la cour eût intention d'entrer dans de semblables enirepriseSy tant qu'elle verrait jour à l'accommodement. Lcidit Naudin ne laissa pas de temps en temps de le revenir voir, croyant sans doute que Sa Majesté lui enverrait de nouveaux ordres. Ce commerce a continué sans ma participation , jusqu'au jour que ledit. Naudin a été fait prisonnier. 11 ne fut pas sitôt interrogé que de plusieurs endroits l'on m'avertit que nous étions soupçonnés d'avoir part à la conjuration. Même un de nos commissaires me le fit savoir, et désigna ledit sieur de Baas, en me déchargeant de ce soupçon, que je considérai comme un prétexte dont l'on se voulait servir pour retarder notre négociation. Je ne laissai pas néanmoins de faire tontes diligences pour effacer cette défiance, principalement après avoir appris dudit sieur de Baas tout ce qui s'était passé, et le peu de fondement qu'elle avait. Elles n'empêchèrent pas que M. le Protecteur ne le mandât, il y a quinze jours, pour l'interroger, dont quelques-uns de son Conseil le détournèrent^ et quoique depuis ce soupçon parût être dissipé, néanmoins, soit que, comme l'on m'assure, il ait été renouvelé par des lettres de France, ou que l'on fasse présentement moins de difficulté d'éclater; mondit sieur le Protecteur le renvoya chercher lundi après dîner, et en présence de sept de son Conseil, lui fit des reproches de ce qu'il avait trempé dans une conjuration contre sa personne et cet État, lui lut la déposition de Naudin et le pressa d'y répondre. Ce coup n'ayant point été imprévu, nous avions jugé à propos de ne lui point refuser en particulier quelque éclaircissement, mais qu'il ne fallait se laisser traiter en criminel ou témoin. Ledit sieur de Baas ne croyant pas de pouvoir repondre sans jouer l'on ou l'autre personnage, se défendit sur ce qu'il ne devait rendre compte de ses actions qu'au roi, et néanmoins lui offiit ponr sa satisfaction tout l'éclaircissement que la bienséance pourrait permettre. M. le Protecteur ne laissa pas de

le presser, et le trouTant ferme dans la négative^ se retira pour délibérer aTec son Conseil^ et aussitôt lui vint déclarer que^ puisqu'il ne voulait point répondre , il eût à se retirer aujouitl'hui. Ledit sieur de Baas sortait de me rapporter ce procédé lorsque deux de nos commissaires et le sieur Pickering, à dix heures du soir, me vinrent trouver de la part de Son Altesse ; ils me dirent qu'elle les avait envoyés devers moi, et que, crainte de ne se pas bien expliquer^ ils avaient mis par écrit leur ordre, dont la substance était qu'il y a six semaines qu'un gentilhomme d'honneur fut recherché d'entrer dans une entreprise contre la vie de Son Altesse et la paix de cette République par un nommé Naudin, Français, qui promettait que le sieur de Baas, fort accrédité auprès de Son Éminence, fournirait argent et toutes choses nécessaires pour l'exécution de ce dessein; que, depuis, il lui avait souvent renouvelé les mêmes assurances, dont étant demeuré d'accord dans son audition, et ledit sieur de Baas n'ayant voulu donner aucune satisfaction sur ce sujet à Son Altesse, elle ne le croyait plus capable de traiter, et qu'afin de me faire connaître que sa retraite ne porterait point de préjudice aux affaires, elle avait ordonné à mes commissaires de s'assembler et dresser un traité à des conditions raisonnables et égales. Ils m'ajoutèrent ensuite qu^elle ne croyait point que le roi ni Son Éminence eussent aucune part à cette entreprise, et qu'elle écrirait à l'un et à l'autre. Je n'oubliai rien de ce qui la pouvait désabuser que ledit sieur de Baas eût rien fait contre leurs ii\tentions, et pour l'obliger à ne pas faire injure, sur un soupçon si léger, à une personne qui avait l'honneur d'être ministre de Sa Majesté, et les pressai de me faire savoir quelle satisfaction Son Altesse désirerait, afin que je lui donnasse. Mais je ne pus tirer d'eux aucune réponse, sinon que M. le Protecteur ne pouvait témoigner son ressentiment avec plus de douceur, qu'il était persuadé de la volonté dudit

uisTOHiyuES. mu

sieur de Baas, et ne demandait point de satisfaction; que, sans celte conjoncture, le traité aurait été conclu, qu'ils avaient diai^e d'en examiner les conditions, et feraient leur rapport de ce que je leur venais de dire. Je ne laissai pas de demander audience dés le lendemain, dans laquelle je témoignai àH. le Protecteur que lu roi ayant procédé en son endroil avec tant de sincérité, et les actions noires étant en si grande horreur i ceux auxquels il confie le soin de ses afTaii«s, il y avait de quj)i s'étonner que ses ministres pussent £lre soupçonnés d'avoir eu part dans une telle entreprise', et que si ledit sieur de Baas se trouvait avoir passé par dessus ses ordres, sit conduite serait désapprouvée, et Son vitesse en recevrait la même justice que Sa Majesté pourrait désirer dans une semblable rencontre; mais qu'il ne fallait point si légèrement entrer en détiance d'une personne dont les intérSts n'étaient point séparés de ceux de son maître ; que, quand le- ' dit Naudin aurait employé son nom, ou même avouerait avoir reçu quelques prapositions, ce n'était pas une preuve suffisante, étant assez ordinaire A ceux qui veulent engager quelqu'un dans leurs desseins, de se faire forts de personnes puissantes, et aux accusés de rejeter leur crime sur autrui ; outre que, ne paiaissant par. sa déposition, si ce n'est que ledit sieur de Baas lui a fait force questions sur l'état des affaires de ce pays et la disposition des esprits, il ne s'en peut pas inférer que c'ait été avec dessein de brouiller ce gouvernement, et que si Son Altesse voulait suspendre son Jugement jusques à ce qu'elle filt plus ëdaircie, je m'assurais qu'il ne lui resterait aucun scrupule j que, quand même sa défiance aurait plus de fondement, elle devait au moins en user avec cette déférence , devant que de chasser ledit sieur de Baas, d'en faire ses plaintes an roi et demander sa i-évocation, qui ne serait pas refusée. Je lui représentai aussi que le retour dudit sieur de Baas, sur le point de la conclusion d'un traité,

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api*ëi» tant de ramises, pouvant être imputé à d autres causes qu^au défaut de sa conduite^ et coulirmer les avis qui nous venaient de tous côtés que Sa Majesté ne devait s'attendre à aucun accommodement avec TAngleterre nonobstant toutes les paroles qui nous avaient été données , il était nécessaire, pour prévenir les mauvais effets que cela poun*ait produire, de me mettre en état que les mêmes dépêches qui porteraient les nouvelles de cette retraite portassent aussi celles de la conclusion du traité, qui se pouvait achever en peu d'heures, puisque déjà les propositions générales étaient réglées^ et que^ touchant le commerce, nous étions convenus de le régler sui-vant les anciens traités et à des conditions égales. La réponse de M. le Protecteur fut qu'il n'avait jamais entré en soupçon que Sa Majesté eût part à la conjuration qui avait été découverte, mais que ledit sieur de Baas lui paraissant plus coupable que je ne présupposais, il ne le pouvait souffrir plus longtemps en Angleterre ; qu'il ne doutait point que Sa Majesté, auquel il en écrirait, ne lui fit justice, et qu'il était bien aise de voir que je correspondais au dessein qu'il avait de continuer incessamment le traité ; que jeudi dernier les commissaires me fussent venus trouver sans cette i;^ncontre, et que, dans deux jours, ils m'apporteraient la réponse à mesaiticles et ses propositions. Ce fut le résultat d'une audience de deux heurçs, dans laquelle je n'oubliai pas de témoigner que Sa Majesté aurait sujet de se plaindre du traitement que recevait son ministre, insistant sur les défiances que lui donnaient tant de remises et la liaison avec cet État dont nos ennemis se vantaient, ni aussi de lui toucher les considérations qui le devaient obliger à changer de procédé, s'il souhaitait l'amitié de la France, sans en retirer aucune autre satisfaction pour ce qui était du sieui* de Baas; et^ à T égard de l'accommodement, il me dit qu'il ne doutait pas que nous ne reçussions, aussi bien que lui, beaucoup d'avis qui nous donnaient de la jalousie, mais que nous

recounaitriuns que les Anglais sont francs et sincères^ et me Goofirma que^ dans cette semaine, j'aurais un entier éclaircissement de ses prétentions. Encore que j'eusse été averti dès la veille que la résolution avait été prise de ne pas révoquer Tordre donné audit sieur de Baas , je crus néanmoins qu'il était à propos d'en témoigner du ressentiment, mais non pas, suivant son opinion , de me retirer d'Angleterre ou de Londres devant que d'en avoir reçu un commandement exprès, pour ne pas engager le roi dans une rupture» encore qu'il paraisse ici beaucoup de mauvaise volonté; et quand même, devant que d'aller à l'audience, j'aurais été d'un autre sentiment, la parole précise que me donna M. le Protecteur de se déclai^r dans trois jours me l'aurait fait changer. Que si cette retraite est jugée si injurieuse que je ne puisse plus demeurer avec honneur en Angleterre, Sa Majesté sera en état de me retirer sans scrupule que ma révocation ait em« péché l'accommodement, si par le prochain ordinaire elle n'en apprend la conclusion. Je n'ai pas. Monsieur, sujet de m'attendre à cet ordre après avoir vu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire.La dernière du i8, suivant laquelle je réglerai ma conduite à lavenir, semble approuver celle que j'ai tenue dans cette rencontre, et mes discours se sont trouvés entièrement conformes à la manière de parler au Protecteur qui m'est prescrite, m'étant tenu dans des termes généraux. Aussi n'avais-je pas encore reçu lesdites lettres dont les avis se rapportent au procédé de ce gouveraement et aux bruits qui courent aujourd'hui. Beaucoup de petites circonstances me les persuadent être véritables. L'ambassadeur d'Espagne a encore vu ce matin le Protecteur. Barrière assurait, il n'y a pas longtemps, à un marchand de Bordeaux qui est en cette ville, qu'il serait bientôt en état de le servir dans son pays. Maaerolles et lui ont eu tous ces jours de gi'andes conférences avec ledit ambassadeur, qui affecte publiquement

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d'apprébender que les vaisseaux que Toii double ne soient pour les Indes ; et néanmoins il ne laisse pas de lui échapper que je ne demeurerai pas encore longtemps en ce pays. Je vois aussi une opinion générale que cet État ne se peut assurer que^ si la France a jamais le pouvoir^ elle ne fera éclater sa mauvaise volonté. La conjuration nouvellement découveile ne guérit pas cette défiance. Il se trouve que les principaux accusés étaient venus de France ; il a été pris encore un gentilhomme de la chambre du roi d^ Angleterre^ il y a deux jours^ que l'on disait être arrivé depuis peu^ et même les avis que l'on en écrit ne nous sont pas favorables. Cette déposition de Naudin leur donne créance^ et je ne puis pas garantir que mes négatives en puissent empêcher les effets; Ton m'assure que le fils d'un nommé Scott, membre et secrétaire d'État du vieil Parlement, a été envoyé par le Protecteur en France pour apprendre les particularités de cette entreprise de quelqu'un qui n'a pas voulu les fier au papier. Je vois aussi que de différents endroits, depuis cinq jours, il est arrivé à Londres des Bordelais; deux entre autres, dont j'attends les noms, viennent de Bordeaux. Le député avec lequel j'avais quelque relation ne me visite plus, quoique je l'eusse assuré que, continuant de servir, j'obtiendrais sa grâce. Et ils témoignent tous d'être dans l'espérance de leur rétablissement. Néanmoins il me semble que l'on doit plus appréhender des religionnaires de France. Un nommé Hollis, grand Presbytérien, qui fut chassé du Parlement par l'armée, et depuis a demeuré en France. chez un gentilhomme de la religion^ proche Saint- Lô, nommé Cambernon, a eu force conférences particulières avec le Protecteur, qui lui a donné la Hberté de retourner ; et ceux qui m'en avertissent croient que, comme il est homme fort zélé dans sa religion, remuant et habile, il pourrait bien avoir pris des mesures en France avec ceux de sa secte, devant son départ; et l'un de mes commissaires dit, il n'y a

que deux jours, à un de mes gens de cette même profession, qu'il me serait fait quelque proposition en leur faveur^ peutêtre pour avoir un prétexte de rompre agréable à beaucoup de ce pays; et il l'assura aussi qu'il n'y avait point encore de mesures prises avec l'Espagne, mais qu'elle faisait de grandes offres que quelques-uns du Conseil écoutaient volontiei*s , et même qu'il me conseillait de presser la conclusion de mon traité. Présentement l'on m^a donné avis qu'il est arrivé des vaisseaux d'Espagne à l'île de Wight avec de l'argent, que trente-cinq vaisseaux anglais devaient faire voile au premier jour, se joindre avec eux, et qu'ils pourraient faire descente ou à Bayoune, ou devers le Havre. Quoique cette nouvelle ne me vienne pas d'une voie bien sûre, néanmoins Taudience de l'ambassadeur d'Espagne de ce matin et la grande satisfaction qu'il a témoignée à la sortie, distribuant de l'argent aux soldats du corps-dc-garde, marquent quelque chose d'extraordinaire. On me fera envoyer cette dépêche par un courrier exprès, si je puis avoir un passe-port, ne doutant point que mes lettres ne fussent retenues, s'il y a quelque dessein prêt à exécuter. J'entre encore dans quelque défiance de ce que l'on n'a pas encore envoyé celui que j'avais demandé pour M. de Baas, ce retardement, après avoir témoigné tant de chaleur pour son départ, n'étant point sans cause; je souhaite d'être trompé dans tous mes soupçons, et j'avoue que, jusqu'à ce que le traité soit signé avec l'Espagne, je ne désespérerai pas de notre accommodement; non que je doute des mauvaises intentions du Protecteur, mais parce qu'il ne lui peut rien arriver de plus désavantageux que de nous avoir pour ennemis déclarés. Je ne mets pas en compte l'intérêt du peuple, comme ne croyant pas qu'il lui soit de grande recommandation. NéaumT)ins je répandrai parmi les marchands les bruits qui s'ont nécessaires pour les ovcitcr

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2" Le Pmieelmir de la République d'Angkltire

au roi Lonin XIV,

Whilehall, 29 juin 1654.

Sérénissime Roi^ Lorsque Votre Majesté nous eut envoyé M. de Bordeaux à titre d'ambassadeur, et M> de Baas à titre de commissaire, munis de pouvoirs pour rétablir Tancienne amitié de TAngleterre et de la France, et pour conclure une paix forte et durable* non-seulement nous leur avons fait une réception amicale et nous nous sommes acquittés envers eux de tous les devoirs de la politesse; mais encore, voyant que leurs propositions et nos propres vœux, nos propres efforts visaient à un but commun, nous avons souvent, et de bonne volonté, donné audience nous-mème aux susdits envoyés ; souvent aussi nous avons conféré avec eux, par intermédiaires, sur ce qui avait trait à leur négociation, dans le but de la mener à bonne fin ; et, après beaucoup d'ouvertures mutuelles, nous avons conçu un ferme espoir de voir toute cette affaire se terminer à souhait. Cependant, tandis que les négociations avançaient ainsi, il est venu à notre connaissance que Tun des susdits envoyés, M. de Baas, contre notre attente et contre les devoirs de sa charge, s'était non-seulement jeté avec ardeur dans la société d'hommes turbulents et peiTers, que la paix de cette République irrite, mais encore qu'il agitait avec eux de mauvais desseins, et qu'il s'était mêlé à leurs machinations criminelles pour mettre le trouble dans la République, pour renverser la présente constitution, et pour tout souiller de meurtre et de sang; atroce complot, auquel il a voulu donner un patron et ajouter des forces en abusant du nom de l'homme qui occupe le premier rang à la cour et

dans les conseils de Votre Majesté, et en promettaVit d'obtenir de lui des envois d'argent pour Texëcution de leui's projets.

Tous ces faits ont été mis en pleine lumière par plusieurs preuves et par les aveux de ceux qui avaient connaissance et faisaient partie du complot. Lors donc que M. de Baas a été accusé de ce crime devant nous, et qu'on lui a eu déclaré comment^ de quelles bouches, et par quel enchaînement de circonstances diverses nous avions appris son secret, nous avons jugé que le salut public nous ordonnait de ne pas permettre un plus long séjour en Angleten*e à un homme d'un esprit si turbulent et si dangereux pour la tranquillité. En conséquence, nous lui avons fixé un jour après lequel il devait être sorti de cette République, et nous lui avons assigné un de nos navires de guerre pour la traversée; et nous avons voulu que la présente lettre le suivit de près, pour apprendre à Votre Majesté la vérité sur la marche de cette affaire. Enfin, comme nous avons la conviction et la certitude que Votre Majesté déteste ce crime dans son cœur, et que ledit de Baas ne Ta entrepris que de son propre mouvement, sans avoir reçu de Votre Majesté aucune instruction dans ce sens, il nous a semblé utile d'assurer Votre Majesté qu'en renvoyant ledit de Baas nous n'avons point eu la pensée de vouloir interrompre en aucune manière les négociations actuelles, désirant, au contraire^ en toute candeur et simplicité d'âme, que les interprétations fausses et les sujets de mauvais soupçons soient rejetés bien loin, et que la paix se fasse, solide et sincère. Dans ce but, nous avons député des commissaires qui sont entrés en pourparlers avec M. de Bordeaux sur des articles conçus de manière à servir comme de terrain et de base à la paix, selon les intérêts et avec l'agrément des deux parties ; et rien ne sera épargné de notre côté pour l'heureuse conclusion de cette affaire. Du reste, nous

recommandons Votre Majesté et ses États à la protection de Dieu.

Donné à Whitehall, le 29 juin i654.

> Le Protecteur de la République d'Angletetre

au cardinal Mazarin.

Whit«h«lU 29 jnia 1654.

Très-Éminent Cardinal^

Dans la lettre que nous avons adressée au Roi, nous avons exposé les faits et les raisons qui nous ont forcés à renvoyer de cette République M. de Raas^ et nous avons assuré S. M. que, malgré cette conspiration du sieur de Raas^ dont nous n'imputons le cnme qu'à lui-même et à lui seul^ nous persistons encore dans la même pensée de rechercher et de conclure avec la France une paix solide et une étroite amitié ; et nous saisissons avec joie cette occasion de renouveler le témoignage et l'assurance que nous vous avions déjà donnés de notre intérêt pour vous et pour ce qui vous regarde; et nous sommes prêts à le déclarer tout haut et à le prouver abondamment dès qu'une occasion nous en sera oiferte. En attendant, nous recommandons Votie Éminence à la protection de la bonté divine.

Donné à Whitehall, le 29 juin i6U.

HISTORIQUES. Il

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!• M. de Bot'deaux à Jf. de Brietme.

LoDdrM, 1er janvier 1654.

Monsieur le Protecteur se idet en possession de toutes les prérogatives que sa nouvelle charge lui peut donner^ ayant pris aujourdliui possession de la Tour^ et reçu dans la maison <le ville les compliments et la reconnaissance de tous les corps de métier. Son Conseil^ qui n'est encore que de quatorze^ nous envoya le maître des cérémonies^ il y a deux jours^ pour nous faire part de ce changement, et que désormais nous devions faire nos adresses : A son Altesse Monseigneur le Protecteur de la République d'Angleterre, Ecosse et Irlande; et ensuite me laissa aller qu'il prétendait en user envers les ministres étrangers de la môme façon que les roisy puisque son pouvoir n'était pas moindre que le leur, et que tous les ministres qui n'avaient point qualité d'ambassadeur parleraient à lui debout et tête nue ; sur quoi je crus devoir faire quelque difficulté, et lui témoigner que, par la même raison, les ministres qui avaient aussi grand pouvoir que les ambassadeurs devaient prétendre d'être traités avec autant de civilité. Il n'eut d'autre répartie sinon que Ton chercherait quelque voie d'accommodement, qui sera sans doute de demeurer de part et d'autre debout et découvert^ puisqu'il en a usé de même façon, recevant visite des seigneurs anglais. Ledit sieur maître des cérémonies me témoigna que Ton ferait plaisir à Monsieur le Protecteur de surseoir les compliments pour quelques jours^ pendant les- T. II. 27

4l^< l)OClMEM>

quels il se changeait àVVbitehall. MM. les députés de Hollande ^ ayant reçu cette même visite et compliment^ me vinrent aussitôt trouver pour savoir mon sentiment ^ et me témoignèrent être résolus de ne le point voir s'il exigeait d'eux ce grand respect ; et comme leur affaire les engage aux premières démarches^ ils feront la planche des autres. Pour moi, je m'accommoderai à tous lés expédients que la bienséance permettra^ principalement si je trouve de la disposition à l'accommodement, dont je ne puis encore rien vous dire avec certitude, la politique voulant que Monsieur le Protecteur^ pour rendre son administration agréable et soulager les peuples, rétablisse commerce avec h France, que tout le peuple désire, et d^ailleurs m'étant donné avis qu'assurément il nous fera de grandes demandes de dédommagement, et même le sieur Beverning m'ayant dit, dans cette dernière visite, qu'il n'avait point de réponse à faire sur cette proposition. Quelques raisons d'intérêt politique et de bienséance dont j'aie pu me servir pour leur persuader d^aidêr à nos affaires avec plus de chaleur, ils ne m'ont donné aucune bonne parole. Ainsi, Monsieur, il est encore bien difficile de garantir l'événement de ma négociation, toute l'autorité se trouvant entre les iliains de celui qui depuis mon arrivée a témoigné beaucoup de froideur pour la France, nonobstant les assurances que j'aie taché de donner des bons sentiments de Sa Majesté envers cet État

^î*" Le ménie au même*

Londres, 5 janvier 1654.

« • . . . Celle (la difficulté) qui se présente dans la visite de Monsieur le Protecteur m'a jusqu'à présent empêche de Itti faire compliment sur son élévation. J'avais espéré qu'il

HlIsrOHlgL'ES. ily

prendrait le parti d'en ti9er atec nous connue avec les seigneurs anglais. Mais le maltfe des cérémonies m'a dit depuis depuis deux jours que quati'e du Couseil devaient réglef ces cérémonies^ et que cependant je pouirais ^'adresser au secrétaire pour avoir audience^ ce que je fis samedi • La réponse me devait être rendue aujourd'hui. Il m'a sembl^^ Monsieur, à propos d'en user de la façon, principaleinent après que les députés de Hollande ont refiiêë de trftit«r niou^ dit sieur le Protecteur en roi, jusques à ce que Sft M^)0Mé m'ait ordonné le contraire ; et cependant Je ne laisserai pâs de lui faire savoir la part qti^elle prend à sa nouvelle dignité^ afin que ce retardemetit ne s'attribue point au défaut dé bonne volonté; et si même la déférence qu'il déëlr^ est capable d'avancer nos affaires^ je passerai par dessus toutes ces considérations ; mais il serait rude de s'exposer à une • bassesse sans profit, et la lettre que j'ai écrite au secrétaii'e parlant de lui avec les termes qu'il désire, doit produire le même clFet qu'une visite, pour peu qu'il soit bien intentionné envers la France

.> Le même au même»

Luii(lr«f, 7 avril lëbi.

11 ne me reste de temps que pour accuser la r4C6pliou de la lettre qu'il vous a plu m'écrire le ^S'^^ du passé, et vous faire savoir ma réception dans Londres. Le maître des cérémonies m'est venu prendre à Greenwieb^ où je m'étais rendu câ matin^ et m'a mené dans les berges de l'État jusques à la Tour^ où deux ministres du GonseH > le grand écuyeri gendre de son Alt^sse^ et beaucoup d'officiers m'ont reçu* M« de Boas et un dd mes beaux^frèras se sont mis dans son carrosse^ et lo reite at«c tme infinité d'autres personnes qui s'étaient aussi

rendues à Greenwich dans les carrosses de toute la noblesse qui est dans Londres. J^ai été conduit en cet ordre dans la maison des amt>assadeurs^ où je dois être traité trois jours , quoique cela soit seulement dû aux extraordinaires ; au moins le maître des cérémonies s'en est ainsi expliqué à moi^ pour me faire voir que Son Altesse considère particulièrement le ministre de Sa Majesté; je. devais avoir demain audience, mais l'avis m'étant venu qu'une partie de mon équipage arrivera^ elle s'est remise au lendemain pour la rendre plus solennelle. S'il est permis de juger du succès de ma négociation par les souhaits publics et l'affluence de peuple qui s'est trouvée dans les lieux par où j'ai passée elle sera sans doute conforme aux intentions de Sa Majesté

io M. de Jiaas au cardwal Mazarin.

Loiiilroî', 7 avril ItiSi.

M. l'ambassadeur a fait aujourd'hui son entrée. INous avons été ce matin à Greenv^ich^ où le maître des cérémonies est venu. Le diner^ la compagnie et le cortège ont été fort beaux. Nous avons été conduits dans des berges de l'État sur la Tamise, et avons mis pied à terre à la Tour de Londres^ où le carrosse de Monsieur le Protecteur nous attendait. Le chevalier Cooiier, M. Strickland^ M. Claypole, gendre de Son Altesse et le capitaine de ses gardes, avec les deux commissaires généraux de l'armée et quantité d'oflQciers^ nous ont reçus; le chevalier Cooper a porté la parole à M. l'ambassadeur^ et, après que tout le monde lui a eu fait la révérence, ils m'ont aussi salué. Puis M. Strickland a dit que Son Altesse ne pouvait me recevoir comme un ambassadeur^ mais que le caractère que je portais du Roi et l'honneur que j'avais d'être à votre Éminence obligeaient Monsieur le Pro-

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tecteiir de me traiter avec toutes les civilités qui lui étaient possibles. J'ai répondu que je connaissais la différence des caractères entre M. Tambassadeur et moi y qu'il était Timage du Roi, pour lequel tout Français devait avoir du respect, et que je m'étais assez expliqué à M. Fleming sur cette affaire. Après ces compliments, nous sommes montés en carrosse ; M. le chevalier Cooper a fait monter M. l'ambassadeur et est monté après lui; M. Strickland m*a traité de même : ainsi ^ au passage des portes et dans le souper, cette cérémonie a été observée.

rio Le même an même.

Londres, le 10 avril lf)5i.

.... M. le chevalier Cooper prit la gauche de M. l'ambassadeur, depuis la sortie du carrosse jusques auprès de Son Altesse, de laquelle il fut reçu avec un visage civil, mais sérieux et conforme à l'action. M. Strickland et moi les suivions dans le même ordre, avec une petite différence, de sa part fort exacte. L'accueil de Son Altesse pour moi fut plus ouvert et riant, pareil à celui d'un supérieur qui reçoit un particulier dont la venue ne lui est pas désagréable ; et il semblait, p^r cet air adouci dont il me salua trois fois, qu'il voulût confirmer les paroles de civilité qu'on m'avait données de sa part, et me témoigner quelque gré de ce que je faisais.

r' inu9 i$^i,

rendues à Greenwich dans les carrosF •. qui est dans Londres. J'ai été con'* maison des ambassadeurs^ oii je quoique cela soit seulement dû le mdtre des cérémonies sV .me faire voir que Son A'' .

ministre de Sa Majest^'. « in»

mais Tavis m'étant v vera,'elle s'est rc solennelle. S'il ^ -^y should take notice

tion par les s' -* myself , living (as it were)

trouvée dar *^* 'l'bis hopour has donc (as it ought) a

confotm'^ ^^ession upon me, and does oblige me to serve

nencj upon ail occasions, so as I shall be happy lo ,i'^'' f^ So I trust; tbat very honourable person Monsieur ^i^'vfill tberein be belpfull to

Your Emin^ncies thrice humble servant

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