‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 134 sur 150 · Cromwkll · texte numérisé non relu

Cromwkll

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^^ordeauor à M» de Brienne-

Jfliivi«r 16!iS.

lU a été demandé s*il y jurait sûreté . un ambassadeur en France^ sur le discours que avais tenu^ j*ai assuré que Ton n'y avait jaipais violé le droit des gens, et que le droit d'hospitalité dont S. M. usait n'empêcherait point qu'elle ne reçût ceux qui seraient envoyés en France. Si cette proposition m'est faite à dessein, je ne le puis pas assurer; j'en entends tous les jours de si différentes qu'il n'est pas à propos de prendre beaucoup de mesures sm' ce qu'on dit bien souvent pour connaître avec quel esprit j'agis. II est b ien difficile d'établir l'opinion de sincérité; l'on y prend des oinbrages sur des sujets qui ne peuvent s'imaginer.

2° Le même au mém^.

Londres, 10 avril 1653.

Monsieur,

Je rendis vendredi dernier réponse aux commissaires du conseil d'État sur les propositions qu'ils m'avaient faites dans la dernière conférence, et leur parlai de la prolongation du délai de trois mois dm» des termes qui n'engagent point l'honneur de Sa Majesté à recevoir un refus. Après quelques discours sur ce sujet dont la résolution fut remise au conseil d'État, ils me témoignèrent que ce n'était^ pas la principale

4ii DOCUMENTS

question qui se devait traiter^ et que si Sa Majesté avait dessein de faire quelque liaison avec leur État^ l'intérêt des marchands ne les tiendrait point, me disant par une espèce de mépris : a Quoi ! nous nous amusons ici à des marchands ; (c ce n'est pas là le nœud de Taffiiire !» Ils me laissèrent ensuite aller qu'il y avait d'autres mesures à prendre^ et que nous devions considérer l'Angleterre comme l'État qui est capable de faire pencher la balance. Je ne [^s pas m'empêcher de les assurer qu'ils trouveraient toujours autant de disposition en nous de bien vivre avec eux qu'ils en auraient de bien vivre avec nous. Us me parlèrent aussi de la retraite que nous avions donnée au prince Robert^ avec des prises, au préjudice des arrêts et règlements du conseil du roi, et qu'ils en pourraient user de même qu'avec le Portugal. Je leur témoignai qu'ils avaient tort de se plaindre après avoir reçu les députés de M. le prince et du comte Du Dognon; à quoi ils me répondirent qu'il y avait grande différence^ n'ayant point été reçus avec des prises contre la France, et leur négociation n'ayant produit aucun effet. De là ils vinrent à parler du roi d'Angleterre qui leur donnait avec raison sujet de douter de notre bonne volonté. Mais je leur dis que les raisons de sang et le droit de l'hospitalité ne permettaient pas que Sa Majesté en usât autrement, et qu'ils n'en devaient concevoir aucun ombrage, s'ils voulaient juger de l'avenir par le procédé du passé. Cette conversation, en termes d'amitié plutôt que de reproche, finit par des assurances d'une entière disposition à s'accommoder

3» M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.

Londres, 3 mai 1653.

Monseigneur, Rien n'était capable de relarder le traité de paix qui m'a-

HTSÏORIQUKS. 4-^5

vait été proposé, et dont j'étais demeuré d'accord devant même que les ordres et pouvoirs m'en fussent venus, sinon le changement arrivé en cet État mercredi dernier. Votre Émi« nence apprendra^ par les lettres que j'écris à M. le comte de Brienne^ la disposition des affaires, et l'autorité du général plus grande que n'a été celle des rois d'Angleterre ; ce qui me confirme dans la pensée qu'une lettre de civilité, sans autre proposition, sur cette conjoncture présente, pourrait produire Teffet dont l'on m'avait donné des assurances si la rupture du Parlement ne fût survenue contre l'attente des I plus éclairés^ et même de ceux qui en sont les auteurs. Jus-

ques à présent il ne m'a pas été possible de faire les compliments qui me semblent nécessaires dans cette occasion. Mon dessein est de témoigner que Sa Majesté^ et principalement Votre Éminence, apprendront avec joie la nouvelle de l'heureux succès dont Dieu favorise son entreprise. Il m'a été confirmé que M. le Prince le traite d'Excellence. L*on pourrait avec raison lui donner aujourd'hui des titres plus élevés, s'il fallait se régler sur son pouvoir et l'estime que l'on a de sa conduite, ne paraissant dans ce changement pas' un gouverneur ni officier de terre ou mer contraire à ses intérêts, quoique le Pailement fût rempli de personnes d'esprit opposées à sa grandeur.

4'2t^ nOCUMEXTS

(Page 76.;

Avis à Mgr. le Cardiiial sur U dessein du Proi^cteur d'Angleterre de réunir en une toutes les c<mmuni(ms Prolestantes, avec le moyen de le prévenir et de Ven empêcher.

3i jailleki654.

Monseigneur^

Si Votre Ëminence a fait quelque considération 4u moyen que je lui ^i proposé^ et si elle le juge solide et utile pour ramener à l'Ëglise nos compatriotes qui Tout délaissée^ je crois qu'elle en reconnaîtra maintenant l'importaoce plus spéciale sur les avis^ qui viennent d'Angleterre, du dessein qu'a le Protecteur de faire assembler un concile de toutes les communions protestantes^ et d'en promouvoir la convocation, pour les réunir en un corps par la confession commune d'une même foi. Comme toutes les raisons de sa conduite et de ses intérêts autorisent grandement la vraisemblance de cet avis, je ne doute point aussi que Votre Ëminence ne juge que, pour prévenir les maux qu'il machine à- l'Église, et en particulier à la France, par ce dessein, il est à propos de le prévenir et de couper chemin à tout ce qu'il projette, auparavant qu'il fasse éclore tout à coup ce qu'il dispose maintenant sourdement, selon l'ordinaire de ses procédures. Car il a besoin, pour préparer la tenue de ce concile, et pour disposer ce qu'il y veut faire résoudre d'une commune voix, d'envoyer

HISTOKIQUES. 427

par avance donner connaissance de ses intentions, et de consulter 1^8 avis des plus habiles ministres et professeui's qui soient en France^ à Genève, en Suisse, en Allemagnei en Po«<logae, en Suèdei en Danemarck et en Hollande, outre ce qu'il a dans l'Angleterre et dans l'Ecosse, pour requérir ensuite les autre» républiques et les princes de ces coromunions-^là d'y envoyer leurs députés. Mais il y a apparence qu'il ne le fera, ni ne D'en déclarera ouvertement que par l'autorité du Parlement qu'il doit assembler dans le mois de septembre^ oîi c'est qu'il fera résoudre publiquement la convocation d'un concile de» trois nationSf et l'envoi vers les autres Ëtats séparés de la communion catholique^ pour les convier d'y faire aller leurs députés.

Je sais que Votre Ëmincnce a eu connaissance que divers ministres ont passé de France vers lui^ et qu'elle est infor* mée qu'il y a environ six mois un des ministres français de Londres a passé ici allant à Genève et en Suisse, l'un des missionnaires, sans doute, de cette négociation. En la personne duquel il est particulièrement k remarquer, pour le choix que le Protecteur a fait de luiy qu'étant homme de sens et d'érudition^ Suisse de nation, nourri à Genève, il a demeuré longtemps en Dauphiné, précepteur des enfants du marquis de Montbrun» d'auprès duquel il a été appelé à Londres pour y être ministre ; ce qui s'est fait par l'entremise du marquis de Cugnac, beaii-frère du marquis de Montbruni et par le crédit du sieur de Hayerne, son beau-père^ qui sont là les plus considérables des Français de leur communient Tou" tes ces circonstances rendent sa négociation plus digne d'être observée, en laquelle il n'aura pas omis, sans doute i de voir tput ce qu'il y a de plus habiles ministres sur son chemin.

Or, comme la convocation de ce concile ne peut avoir A'w* tre fin que le dessein de former une ligue de toutes les corn-*

42« DOCrMKNTS

munions protestanles, il est aisé de voir que Tintention particulière de celui qui en est le promoteur ne tend auss ailleurs qu'à se faire chef de cette ligue, pour les engager en une guerre de religion^ laquelle il ne peut faire qu'il ne l'entreprenne contre la France. Cependant qu'il en ourdit la trame, il endort FEspagnc (malheureusement opiniàtrée en la guerre avec nous) par un traité de ligue offensive et défensive avec elle, afin de Téloigner toujours davantage des pensées et des inclinations à la paix. Mais il cherche avec nous^ par les artifices qui lui sont familiers , des prétextes de mésintelligence et de querelle, pour en faire naître^ quand il

voudra, des causes d'une rupture entière et ouverte

Comme il est en effet très-habile politique, il coimait

très-bien qu'il n'a point de moyen plus puissant pour affermir en sa main la puissance qu'il a usurpée^ et pour se concilier, à cette fin, la bienveillance de ses peuples, que de les flatter et de leur complaire sur le sujet de la religion qui domine dans ses États. 11 s'est déclaré pour cet efiel calviniste, incontinent après qu'il s'est porté pour souverain au gouvernement, sous le titre de Protecteur. Mais pour faire voir sou zèle envers une religion qu'il professe, il faut qu'il emploie son autorité par quelque action solennelle capable de toucher le cœur et de frapper les yeux du peuple, pour leur faire croire qu'il en désire et qu'il en procure, à bon.escient, l'établissement et la propagation. 11 ne le peut mieux faire que par la tenue de ce concile, où il ne manquera pas de leur faire entendre, par un discours plausible au sentiment de ceux qui composeront l'assemblée, «qu'en toutes les choses qu'il a a faites il ne s'est proposé que ce qui concerne la gloire de « Dieu, pour l'avancement de la religion qu'ils ont repurgée a de toutes les erreurs de la papauté, et réformée selon Ja (( vérité de l'Évangile^ que pour ôter lobstacle qui était fait a à l'entier accomplissement de la réformation, par l'auto-

« rite des évêques et par l'établissement des cérémonies pâte pistiques qui étaient demeurées dans l'Angleterre, il a été « nécessaire d'abolir la domination précédente qui les avait (( voulu rétablir pareillement dans l'Ecosse, faisant par ce « moyen tous ses efforts de les assujétir de rechef sous le joug ce du pape et de l'Église romaine ; qu'après la bénédiction « que Dieu a donnée à ses conseils et à ses armes pour les en « délivrer et pour les remettre en leur entière liberté, ayant « détruit la tyrannie qui les opprimait, il n'y a rien à quoi « il se sente tant obligé, ni qu'il souhaite davantage, que « de procurer la réunion de tous ceux qui sont sortis de « rÉglise romaine pour embrasser la pureté de l'Évangile, à « quoi tend la fin de la convocation de leur assemblée. » Suivant cette protestation et pour en accomplir la proposition, il y fera résoudre deux choses. La première sera l'union des calvinistes et des luthériens ; ce que les calvinistes désirent de toute leur affection , comme ils en ont toujours recherché les occasions et les moyens, ainsi que ceux de France l'ont témoigné au synode de Charenton, en l'an 1631, où ils admirent les luthériens à leur communion, désirant pareillement recevoir la leur. La seconde chose et la principale que Cromwell fera résoudre en ce concile, sera de déclarer par un article de foi exprès et formel que le pape est l'Antéchrist, et que l'Église catholique, qui le reconnaît pour son chef, est la Babylone prédite dans l'Apocalypse ; que c'est le faux prophète et la femme paillarde, qui a enivré les rois de la terre de

la coupe de ses abominations et de ses paillardises

Il ne faut point douter que ce ne soit là le fondement

principal qu'il veut faire établir dans ce concile, pour une conjuration universelle de tous les protestants à la nécessité de la guerre contre le pape. Car jusqu'à présent ils n'en ont point déterminé d'article de foi ; ils en ont bien soutenu l'opinion dans leurs écrits et composé plusieurs volumes pour le

faire croire ; ils on ont piis lo prétexte le plus spécieux pour autoriser lanécefiilé de leur séparation d'avec dou8| fondée on c^tte parole : a Sortes de Babyloile, mon peuple ; » de quoi Luther fit aussi le titre du premier ouvrage de sa révolte; mais d'avoir obligé les consciences à cette haine irréconciliable contre le pape et ceux qui lui adhèrent, quelque intention que les ministres eu aient eu jusqu'à présent^ iU ne Tont pu faire* Ceux de France Tataient entrepris^ et en ataient dressé l'article au synode de la Rochelle; mais Henri lY^ qui connaissait l'esprit de la faction qui leur donnait lors cette inspiration noutelle^ empêcha qu'ils ne le publiassent et fit supprimer les exemplaires de leur confession de foi^ ûù ils l'avaient déjà inséré^ plusieurs desquels sont néanmoins demeurés qui se conservent dans leurs cabinets. Les Puritains d'Angleterre et d'Ecosse^ qui ont tous les mêmes sentiments que les Calvinistes de France^ n'auraient pas été moins zélés a faire la même déclaration si le roi Jacques^ qui craignait la conséquence de ce zMe, n'en eût arrêté Timpétuosité; d'où provenait aussi la principale cause de la haine qu'ils lui por^ taient^ et à tout le parti épiscopal^ qu'ils tenaient pour demi" papiste^ et ne le haïssaient pas moins. Mais Cromwell, qui sait mieux que personne que ce zèle a été le principal moyen du* qtiel il s'est servi lai-mêtne pour faire péfdrô la couronne et la vie au fils et au successeur de ce roi et son héritier en la haine des Puritains, connaît aussi qu'il ne peut attirer ïeur atnour par aucun autre moyen plus puissant que de se servir de l'autorité de ce Concile, qu'il veut assembler, pour donner ce plein contentement au zèle passionné qu'ils ont contre le Pape. Il sait fort bien qu'il ne peut attirer les Écossais par un appât plus friand que de leur servir ce ragoût de la châsse de la Bête Romaine (qui est le titre sous lequel un de leurs ministres a Combattu l'autorité du Pape), capable de faire accourir du haut de leurs montagnes tous les plus fiers et les plus

HISTOKigilKS. 431

iimlius^ pour venir s'enrôler dans les bandes qui passeront la mer pour une si sainte et si agréable expédition^ qui leur promet raccomplissement des ouvertures que leur Napier leur a faites de TApocalypse. 11 sait encore qu'il ne peut mieuï apaiser les Anabaptistes (s'ils sont en effet aussi animéii contre lui comnie ils en font semblant) que de réchauffer en leurs esprits cette même fantaisie, par laquelle on vit, dans leur naissance, quarante mille hommes prendre les armes et faire d^horribles ravages dans TAllemagne^ sous la trompette de Muncer, qui leur inspira de sMlever contre les magistrais souverains en leur disant qtié ce sont eux qui ont donne leur puissance à ta Bête, et qu'il faut les abattre par conséquent pour la détruire 5 ce qui fut encore suivi des tragédies sanglantes excitées à Munster par la fureur de Jean de Léyden et de ses complices , pour accomplir de la sorte leurs prophéties.

Toute la politique de Oromwell n'a donc point d^expédient plus propre d'unir ensemble les Anglais et les Écossais, pour servir à ses intentions, que de les etciler par ce ièle de la religion calviniste, en leur promettant que, par le moyen de ses armes et des succès que doit leur faire espérer l'exemple de ce qu^il a fait jusqu'à présent, Ils obtiendront bientôt ce qu'ils appellent la délivrance et le triomphe de PËglise. Car il les trouvera tous trèâ-ardents et très-obéissants à tout ce qu'il voudra, toutes fois et quantes qu'il s'agira d'accomplir de la sorte une prophétie célèbre que tout leur peuple a dans la bouche, comme un des principaux oracles de la réformation. C'est une parole qu'ils attribuent à Robert, évéque de Lincoln, qui vivait il y a environ ^00 ans, sous les papes Gré^ goire IX et Célestin t V^ par laquelle iU disent qu'en mourant et appelant le Pape l'Antéchrist, il fit cette déclaration prophétique : Non liber ahîtur Eccksid obÈffyptiaed servitute, nisi in ore gladii cruentàndié

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HIStORIQUËS. 4^

« roi de ne souffrir pas qu'un autre lui ravisse la couronne « ou la palme de ce bel exploit^ qui lui devait être plus cher a que son sang ni sa vie. Il invoque Dieu et lui demande c qu'il se réveille et qu'il se lève, qu'il appelle son serviteur^ M qu'il prenne son oing par la main , qu'il marche devant a lui pour combler les vallées^ aplanir les montagnes^ assé- «cher les fleuves de frayeur^ ouvrir les portes, briser les « barres et faire tomber Jéricho^ pai* l'esprit de sa bouche, « en la présence de ce conquérant. » En cet enthousiasme, ce bon vieillard dit à ce roi que lui-même, « quoique âgé de plus tf de soixante ans, il marcherait à ses côtés^ et qu'il se trouvett rait à la mêlée dans les premiers rangs, pour chanter après a la voix de l'ange : EUe est chûU la grande Babylone , et au (c milieu de la joie du triomphe, se sentant prochain de tt l'étemelle, mourir pour être ravi dans le ciel. »

11 est bien certain que ce discours, enflé de termes et de figures poétiques, ne fut en effet autre chose pour lors que le songe d'un vieillard qui rêve, enivré de la vapeur de son hérésie. Mais néanmoins c'est véritablement la corruption et le désir qui leur donnent cette opinion échauffée par leur zèle. Le roi auquel il s'adressait, peu touché de ce zèle des Puritains, non plus que de l'envie de passer les Alpes, ne put sans doute lire ce discours sans se rire de son auteur, duquel il se moqua depuis plus ouvertement, et de tous ses semblables, lorsque, quelques années après, le sieur Du Plessis abandonna luimême la place qu'il tenait pour son parti, et vit tomber par terre les meilleures villes qui en soutenaient la faction^ sans que ce roi, qu'ils réclamèrent, se souciât non plus de secourir leur Jérusalem que d'aller attaquer leur Babylone. Mais cette même exhortation, adressée aujourd'hui à Cromwell par l'esprit secret de tous les Calvinistes de France qui (hsent, dans leur cœur et d'une affection commune, la même chose quo ce qu'ils lisent dans ce livre avec foi et admiration, T. II. 28

434 DQGlIIll^XÇ

doit faire indubitablement ep sa y^i^ mi ^vt «ulre nB^ qu'en l'esprit du roi Jacques. C'est \m n^roir f<^UF lus ^Ù il voit le succès qu'il doit attendre de sps d<^ssei|iS) toutes foi^ at quantes qu'il voudra les appeler, pour joindre l«ur main^ivac la sienne, afin d*en faire l'exécution • . -

Pour cet effet, venant armé çt muni da forces trè^puiasantes, il publiera partout où il aura pris pied qU9 ^oq ini^n-*' tion n'est point de nuire aM% peuplesj 91 d'^v^t^ir U^ bien ; qu'il ne vient quç pour )?s convier à l^ar liberté; tftUt pour la condition de Içur vie que dç la religion » §Q taquelk il n'entend néanmoius contraindra par^ui^e ; qu^ 8op ^inr cipal but est de les (^r^pçbir d^ tputçs tes Taxation» qu^ils souffrent de 1^ 4omination sou^ ({^quelle ils viveu|. C^r il ^t que les peuples qui §e trouveu( |a^ et l^ar^as^s des gr^nd^ charges que la pesanteur d'une lopgue gue^re^i pleiue 4$ 4ésordres et d'excès, leur fait supporter, qui sont d'aill^Ul^ accoutumés, par l'artifice des ç^prit^ séditieux qui les ont quasi tous corrompus, s^ porter bien peu 4§ r^spept et d'aq^Qur à ceux qui les gouvernent , quand ils concevront l'espérance d'être soulagés et 4e jouir de plu$ de repus ç>\ ie liberté, ik s# rendront facilement susceptibles 4e ces impressions. Il sait encore ce que fait l'h^ibit^de 4es vius et 4es déhliuches ordi'< naires 4&ns les esprits 4es bûmmes^ puMr les porter au changement 4e religion ;; que le gran4 u^iubre 4e profanes et d'athées, qui se trouvent pçirtout, s^us seuUwept ui affection pour les vérités e\ les exercice^ de la fui et de la religion catholique, mère de l'austérité, de la pénitence et 4e lasain-r teté de vie, n'auront pas grand'peine à (a quitter; qu'il trouvera parmi ceux qui sQut de cette treu^pe, et 4§PS une infinité 4'ignorants, toutes les dispositions qu'il désire pour leur faire goûter ss^ religion, pleine d'une pi^rt de rel&çber ment et de libertinage, et d'autre part spécieuse au raisonne-

HISTQHIQUES. 430

me^it hvmi^m ot coipaio^e à rinqvîétude que le remords du péché donne à la conscience. Pour raison de quoi rhomme vicieux se plaît naturellement à Thérésie comme à la superstition^ qui sont les deux extrêmes de la vraie religion catholique.

Msii« le ^duciion la plus dangereuse par laquelle il espère de corrompre les esprits et de faire la plus douloureuse et la plus mortelle plaie à l'Église, est celle qui a été partout la plus puissante pour en démolir les fondements^ aux lieux où rhérésie s^est une fois plantée. Car il sait que la grande ^ahtité de biens d'Église, très-mal employés entre les mains de la plupart de ceux qui les possèdent, par où ils paraissent fort peu utiles au service de Dieu^ étant présentés aux gens de cette humeur, à qui la religion touche d'ailleurs fort peu au cœur, elle leur deviendra une amorce très-puissante pour les porter à la révolte contre l'Église et à l'abandon de la religion catholique. Il considère qu'il adviendra, comme en Angleterre, et partout ailleurs on l'hérésie a ruiné l'Église, que le voisin d'un bénéfice à sa bienséance, voyant qu'il se le peut approprier impunément, entrant dans le parti qui a la puissance, et qui lui promet de lui en conserver la possession, se laissera facilement surmonter à cette tentation, qui produirait en peu de temps une grande suite d'exemples. En effet, c'est chose certaine que. les biens de l'Église , que le Saint-Esprit a conservés par la charité des fidèles pour être l'appui de sa foi, en la bouche et dans les mains de ceux qui s'en rendent dignes ministres, se voient devenus tout au contraire^ par l'usage sacrilège de ceux qui en possèdent la plus grande abondance, le sujet pour lequel elle a le plus à craindre sa ruine de la main de ses ennemis. C^ar il est nécessaire qu'elle tombe quand on lui ôtera ses biens, comme il est advenu partout où elle est tombée ; mais qui pis est, sa ruine en est d'autant plus facile à faire à ceux qui la machinent,

que , pour les lui ravir^ ses propres enfants même se fei*ont exprès ses ennemis

Signé Lamillstière.

(La dernière partie du Mémoire ne contient que l'exposiiion de& moyens proposés par l*auleur pour ramener les Pi ote>taDts dans le sein de FÉglise, tels qu*un Concile, des débats ihéologiques, et ses propres ouvrages. — Elle n'a nul intérêt hinorique ni politique.)

VI bis.

(Page 79.)

i* Don Ahmzo de Cardenas au roi Philippe I \\

Londre», 15 mars 1654.

Sire,

Dans ma lettre du 6 de ce mois^ j'ai informé Votre Majesté que j'avais entamé la négociation dont V. M. m'avait chargé dans sa dépêche du i 8 novembre de Tannée passée, et que j'avais ouveile dans une audience secrète, chez le Protecteur, le 4 de ce mois ; j'ai rendu compte de Taccueil favorable fait à ma proposition et combien le Protecteur s'était montré satisfait des arguments dont je m'étais servi pour l'engager à conclure une alliance et une ligue d'intérêts avec Votre Majesté. Il fut conveuu qu'il m'enverrait la réponse par le secrétaire d'État. Celui-ci vint, en effet, me l'apporter le 10 de ce mois, et, dans une discussion qui a duré trois heures^ il me dit que ce que le Protecteur cherchait avant tout, c'était de se raffermir au poste oii la République l'avait placé ; que les avantages que je lui faisais entrevoir, quoique grands, étaient éloignés, vu surtout que la France lui proposait une paix avantageuse à l'Angleterre; que malgré cela, te Protecteur ayant reconnu qu'il devait préférer notre amitié à celle de la France, et se sentant porté plutôt de notre côté, il lui avait donné l'ordre de me dire que, par ces considérations et par d'autres encore, il désirait s'unir à Votre Majesté plutôt qu'aju Roi Très-Chrétien. Cependant, me dit-il, on devait considérer que, si l'Angleterre se décidait à une guerre ouverte avec la France, le peuple anglais serait fort mécontent d'être grevé

de taxes et d'impôts; qu'il Tétait déjà^ même en cas d'une guerre nécessaire^ comme celle qui a eu lieu jusqu'ici, et que si Ton continuait ces charges pour une guerre entreprise volontairement^ qui ne serait d'aucune utilité^ mais qui, au contraire, serait préjudiciable à cause de l'interruption des relations commerciales, il serait indispensable que Votre Majesté YÎnt à en fournir les frais en envoyant des sommes d'argent convenables. Si Y. M. y consentait, le Protecteur était décidé à déclarer la guerre à la France et à aider puissanobment le prince de Condé. Il (le secrétaire d'État) me demanda ensuite quelles sommes, h ce que je croyais, V. M. sef ait disposée à mettre à la disposition du Protecteur. J'ai l'épondu que ma proposition était seulement celle-ci, que V. U, èX la République s'unissent potir faire la guerre k lA France ; auquel cas les deux parties devraietit envoyer des sètoufs au priticô dé Cohdé, car il était Juste et t^isonhable qlié, Ifes avantages devant être cbknmuns, les dépetisei fussetit stippoitéès en cokhmun, et que si toutes les chargés dé laguèrt^ devaient tomber sur V. M., il serait impossible d'y suffire, V. M. ayant déjà à pourvt)ir à tant d'autres aflfâires. Toutefois , j*ai dît qu'avant de leur donner là-dessus une réponse définitive, je désirais qu'ils tné dissent quelle somme le Protecteur s'attendait à Recevoir de nous. Le secrétaire d'État persista toujours à àiè dire que c'était moi qui devais déterminer pour cottibiôii V. M. contribuerait. Je me suis refusa à le dire, dans le but dé gagner du temps et de pouvoir consulter l'ârcihiduc el âttéhdrc ses ordres en réponse à ma demandé. J^ai fait t^ssôrlir le grand avantage qui résulterait poulr la ftèpublîque d*Angléterre si Y. M. s'engageait à ne pas conclure la paix avec là France sans le consentement et contré lé gré dé la Républiqtie, car il pourrait arriver que nbUs fussions fortes dé faire là guerre uniquement pour les intérêts dé ia llépublique, alors même queV. M. aurait déjà atteint ses propres buts;

HiSTOftIQtJES. 4â9

il tYi féMWkïi par ton^Ueàt dés ff ais tk-èS-cotisidérables^ et ce iefàit biéti alo^ le cas que la Rét^ubliqUè d^Ângletcrrè fll Ift gîtètrè pour des propres intérêts à ses prt)pre8 frais. Yèflft éè qtte je lui ai fait observer; làais éôrniUë leur but est d'éviter les dépenses et dé faire leui's Maires aU'x Min d'autrui , ils ne témôigneut aucUU ôtUpiesseiùèUt à ce que cette hëgotiation ait pout* résultat que le iProtecteur déclat'è seul k guerre à la PràUce et assiste le prince de Coàdé; évideniinent leur dessein est de faire fournir par Votre Majesté au Prolecteur des sommes coUVeuables et proportionnées aut dépetises tant de cëltô aun^e que des autres années pendant toute la durée de la guerre.

Le secrétaire d'État rti'â dit ericorô que le prince de Côndé rt'ëtàflt pas un prince souverain, il y aurait quelque difficulté à fkire avec lui un traité et à acquérir la certitude quMl lie s'arrangerait pas avec son roi. J'ai répondu à cela que, dans ces sortes de Uiatiëres, il ne fallait pas prendre la chose trop rig^ureu^ëtnent; le prince de Condé est Un homme d^un grand courage et d'utie grande réputatioU, et cémme un parti éh Fràtice eu a grand besoin, parce qu'il est Uh prinôé du sang et qu'il possède ditférentâ droits dans ùe royaume^ il n'y a aucuue raison pour réfuser de traiter aveC lui. touléfôié, pour satisfaire sur ce point le Protecteur, il suffirait de faire un traité avec V. M. et d*y Compreridre le prince dé Goudé comme l'allié de V. M. Le secrétaire d'État parut coùsekltir à cela. Si le prince parvenait à rétablir soU parti dans laQuiènue ou ailleurs, avec les secours de V. M. et de l*Angletérrta, et à s'y raffermir, il pourrait de Uouveau causer bien dés embarras à la Fratice et fournir à V. M. Toccasion de recouvrer le^ jvlaces que Tehnemi occupe en Espagne et en Flandre. Si, pour faire cet effort, On pouvait se procurer de l'argent, on aurait l'occasion la plus favorable qui puisse se présenter pour atteindre le but ; car V. M. étant alliée à l'An-

2» L'archiduc Léopold au roi Philippe IV.

Brnxelles, 21 mars 1654.

S. R. M. (Sacra Regia Majestas),

Don AloDso de Cardeilas vient de me rendre compte de la situation des affaires en Angleterre^ et il me prie de lui fixer la 9omme dont Y. M. assisterait les Anglais dans le cas oii ils déclareraient la guerre à la France; comme sa lettre part aujourd'hui^ V. M. y trouvera les détails de l'affaire qu'il expose ; quant à moi, je lui ai fait dire ce que V; M. trouvera dans la copie de la lettre ci-jointe. Les Anglais ne déclarent pas^ il est vrai^ la guerre dans l'intérêt exclusif de V. M.; mais comme il en résulterait de très-grands avantages pour la couronne de Y. M.^ je crois qu'il est impossible de ne pas les assister dans cette occasion. Je n'ai pas pu éviter de fixer la limite des secours en argent, par les motifs consignés dans la lettre qui est adressée à Y. M.; elle voudra bien l'attnhuer au zèle pour son service qui est Pobjet unique de mes soins.

3® Aug. Navarro à don Alonzo de Cardenos.

Bruiellet, 21 mars 1654.

J'ai rendn compte à Son Altesse de ce que Y. Ëxc. m'a écrite et l'affaire est d'une telle nature que S. A. aurait désiré avoir reçu des ordres de S. M. pour prendre une résolution^ ou au moins pour que Y. Ëxc.^ en faisant son rapport^ pût l'accompagner^ avec le développement et la clarté qui vous sont habituels^ de son avis formel; mais comme S. A. ne peut pas attendre ces ordres à cause de l'urgence des circonstances et de la situation où nous nous trouvons, elle m'ordonne de dire à Y. Ëxc. qu'elle reconnaît combien il serait important d'avoir le Protecteur de notre côté, tant pour

HlStÔlllQtJfeS. ità

mille ëcti$ psLT tnok, payables à Saint-Sébàstiën, à ta pètsoânè désignée à cet effet par le Protecteur ; le premier à-compte serait de trente à quarante mille écus; car quoique^ comme J6 viiBBS dô dire à Y» Ëx«s. i nouf n'ayons pas d'ordres ici pour le &ire > toutefois > comme il est à craindre que Id^ Français ne concluent leur traité d'une nuiniôre ou d'u» autnkj S. A. pense que^ si Y* £xc. va jusque-^là^ la bégotîàtion en sera plus facile et l'Anglus se montrera plus àecom»* modant^ préférant l'ailianee avec S. M. dont il peut atteildr(5 des subsides, à la foi trompeuse ^u'il a éprouvée de la part de la France. Y* Exc« usera de celte latitude avec sa prudente halrituelle de laquelle S« A. espèi^e le plus grand succès dans la négociation» Par le même courrier^ S. A. tend compté de tout à S. M., afin qu'EUe daigne dokiner les ordres nécessaires pour le payement de l'argent en question. Que Dieu gardeY»Exc.,eic.

i' Avis du Conseil d'État in pleno auquel (M pris part le marquis de Leganes, le duc de Médina de las Tarresy les marquis de Valparaiso et de Velada, le comte de Peharandan don Melchior de Borja et le comte d'Ohate, à Madrid^ le 12 avril 1654!, au sujet du contenu de trois lettres traitant des pourparlers qui ont eu lieu avec CromwelL

[fin itialrgie oti lit ces tnots écirits de là màîb du 1*01 : « Qu'on « ligisse confbrtnément à TAVis du consdll d^Ëiat, et qaant à la quo- A tité des secours qui doivent être envoyés à Gromwell et à Tépoa que de leur envoi, j'ai ordonné à don Louis de Haro d'écrire à « don Alonzo de Cardeiias pour lui faire connaître dans quelle me- « sure ils pouirront être donnés; du reste, je sens tout ce que le

« G>Dseil me dit au sujet des avantages et de riniporiance de cette « affaire. ) >

Sire,

Le Conseil s'est réuni au complet, aujourd'hui, ainsi que Votre Majesté l'avait ordonné ; étaient présents le marquis de Leganes, le duc de Médina de las Torres,, les marquis de Valparaiso etdeVelada, le comte de Peâaranda, don Melchior de Borja et le comte d'Oâate. Le Conseil a pris connaissance de deux lettres de don Alonzo de Cardefias, datées du 6 et du 13 mars, ainsi que d'une lettre du seigneur Archiduc du 2i mars. Dans toutes ces lettres il est rendu compte des pourparlers que don Alonzo a eus avec Cromwell au sujet de l'alliance entre V. M. et la République d'Angleterre, ainsi qu'avec Cromwell lui-même; de la manière dont D. Alonzo lui a fait cette proposition ; comment Cromwell l'a accueillie avec empressement ; comment il a été convenu qu'il enverrait à don Alonzo une réponse par le secrétaire d'État, ce qu'il a fait en effet depuis, et comment il a consenti à conclure une alliance avec V. M. dans la forme proposée par don Alonzo, sans vouloir lui-même déterminer les sommes qu'il désirait obtenir de V. M. à titre de secours. Son Altesse l'archiduc, de son côté, dans la lettre que le secrétaire Augustin Navarro a écrite par son ordre à don Alonzo, a dit que, si Cromwell déclarait la guerre à la France, l'Espagne lui donnerait cinquante mille écus par mois, payables à Saint-Sébastien, et que le premier à-compte serait de trente ou quarante mille écus. Son Altesse fait observer dans sa lettre à V. M. que les avantages qui résulteraient de la conclusion d'une telle alliance sont si grands qu'elle trouve impossible de ne pas accorder ces secours à Cromwell.

Le Conseil a longuement discute cette question, la regar- ([{int comme la plus importante qui ait pu se présenter, en

HtSTORÎQU£S. 445

tout temps et surtout dans les circonstances actuelles, car dans la situation des affaires de V. M. dans toute la monarchie espagnole et au milieu des dangers qui la menacent^ ce ssrait une planche de salut que cette alliance de V. M. avec les Anglais ; et une déclaration de guerre de leur part à la France^ faite dans les conditions dont on conviendrait, serait très-avantageuse aux Anglais eux-mêmes^ tant à cause de leurs intérêts opposés à ceux des Français^ qu'à cause du séjour du roi Charles en France, lequel roi Charles cherchera toujours à recouvrer le trône d'Angleterre, en quoi les Français ne manqueront pas de l'aider dès que les circonstances le permettront. On doit également considérer que, quelque chère que soit cette alliance, elle ne sera pas plus chère que les efforts que devra faire V. M. pour défendre ses royaumes et ses États. La plus grande difficulté que le Conseil voie à cette négociation, c'est le manque de ressources; car il sera absolument indispensable de remplir scrupuleusement en^ ers Cromwell toutes les stipulations dont on sera convenu ; si on ne le faisait pas et si on paraissait se méfier de lui, on lui fournirait un motif de rupture, chose à laquelle il importe beaucoup de ne pas donner occasion, ce qui aurait certainement lieu si on manquait à des engagements pris envers lui, car les Anglais sont très-exacts et très-avides. Tout cela bien considtjré, le Conseil est d'avis d'accuser aussitôt à don Alonzo réception de ses lettres, de le remercier d'une manière toute particulière d'avoir fait cette proposition à Cromwell , ainsi que du discernement et de la prudence avec lesquels il Ta faite, et de lui recommander de continuer la négociation sans la lâcher un seul instant. On répondra dans le même sens à l'archiduc et à don Alonzo, en disant qu'on a beaucoup réfléchi sur cette circonstance que Cromwell s'attend a recevoir des sommes considéràbl(?s pour faire la guerre à la France. Lorsque deux États concluent une ligue et une

alliancex cb^cim d'e^^ devrait y c^i)tnbu$r y^W \^ P^t q^i le conçeqiej ^lon )e$ iptër^ts qui 9m\ eu je^ d^na |e iiay» oy la guerre deyra se Diirej or VAQgl^t^fe ep fi de ^ès^gF^ndj çp France^ tant à cause des préteptiç^s qui datteat d^l tMop^ anciens qu'à cause du séjour en France d^ roi Charles prêttégé par ce pays et par le roi de Frai^ce, à qui les Anglais ne doivent se fier ni dipas ce moment ni dans aucun teiupf; uéanmoins Y. M. permet (à l'archiduc) de se montrer larg^ et d'offrir jusqu'à ces cinquante mille écus par luois d^t l'archiduc a parlé dans sa lettre; d'ailleurf l'aflaife ^taut si importante et pouvant^ si elle réussissait^ conduira à dos ré* sultatç si heureux et si considérables taut pour les Anglais (]ue pour la mouarchie espagnole, il ne faudi^it pais qM'^tt^ manquai pour une somu^e 4^ dix mille éçus par ipois d(i pif^ ou de moius^ dès que les galions seront arriy^s^ ce qui> s'il plait à Pieui doit avoir Heu dans (e ooura?)t de juiu, Qurem^Vtra à Cadix, au couçulf ou à la persoune ou av^x pgrUQPOQs munies à cet effet de§ pouvoirs nécessaires de la part du f^^ lepient et du Protecteur^ deux pu trois cent n^iile ^cus en barres d'argent* i^fi faisant cette coiumuniç{itiou à l'av^dv^; V. M. daignera faire part à Sou Altesse de l'ordre qui w% envoyé à don AIou^io et des pffres qu'il doit faire^ a^u queSoB Altesse les resireigue ou le^ étende selop qu'BUle jugera convenal^e, an ajoutant qu'il faut toujours (percher à serrer les cordons de la bourse et à ofifiir le moins possible, aQu que les conditipus puissent être plus faciieiuent remplie^ d^ la part de V, ^,

Le Coqseil est ^galeipeQt d'avis qu'il faut surrle-cbanip envoyer à dq^ Alonzp ti'eute mille épu^ji afip qup> ayaut à s» disposition une telle somme^ il puisse traiter et se rendra fa^ vorables ses amis^ ainsi que les autres personnes quil jugera à propos de se concilier pour mener abonne fin cette altianç^ et Taccélérer autant que possible, employait à cet effet tout son

^isçernei^ept^ s^ p^deaçç et soj;i a^re^. Oa M rçcommaû- 4era d'ipformçr 4e tout Tsu'chiduç et d'agir conforoiéiiiept à son fiYiç. Dans tous les cas^ le GoQseii désirer^U prendre con« naissance de« ordres envoyés à don Aton^O) fifin de pouvoÎTi s'il y a lieu^ faire ses ohaervations.

l^ dnc de Medini^ de las Torres^ en i^dbériM^t h tant ce qui vient d'ê(fe décidé « ^st d'avis qu'il ne faut p<^ laisser échapper une occasion telle que la préfentç^ de s'unir avec la Hépublique d'Angleterre et le Protecteur de la manière proposée par don Alonzo, et que dans ce but il faut faire tous les efTorts imaginables pour remplir les engagements qu'on aura contractés, quand même il faudrait tenter les choses les plus irapossibles^ car il n'y va de rien moins^ dans la conclusion de cette afiEûre^ que de la sécurité des Royaumes et États de Y. M. y ainsi que des biens que possèdent les grands vassaux de V. M. qui tous doivent, ainsi qu'il est juste, l'aider, autant qu'ils le pourront, à remplir ce devoir.

L'opinion du duc est que don Alonzo devrait, pour conclure au plus tôt cette afiaire, offrir jusqu'à cent mille écus par mois; car en considérant tous les dangers qui sont à craindre pour la monarchie, dans l'état où elle se trouve, cette somme ne lui paraît pas exorbitante.

Le marquis de Yelada, en adhérant également à ce qui a été décidé^ ajoute que la somme que l'archiduc a permis à don Alonzo d'offrir, et même deux fois autant, devrait être employée pour obtenir ce que l'on désire ; car une fois que Y. M. sera alliée à l'Angleterre, on n'aura plus à donner d'aussi grands secours dans les Flandres, en Italie, en Catalogne et en Portugal. On devrait aussi considérer l'état où nous serions si on laissait échapper une telle occasion. Pour atteindre ce but, le marquis offre tout le capital qu'il possède, et il assure qu'il désirerait qu'il fût plus considérable pour pouvoir le mettre aux pieds de Y. M., comme en effet il offre celui qu'il a.

Le comte d*Oûate a dil que, quand même on ne tiendrait pas plus tard tout ce qu'on aurait promis à Cromwell^ il n'en continuerait pas moins, de son côté, à remplir ce dont on serait convenu, tant à cause de son propre intérêt dans toute TafTaire, qu'à cause des mesures qui auront été prises contre les Français ; car une ibis la rupture entre eux consommée, ils ne s'arrangeront pas facilement. Du reste, V. M. ordonnera là- dessus ce qu'il lui plaira.

HISTOKlgl'KS. 4414

Pages 79 et HO.,

1*^ Louis XIV à Cromwell.

Paris, il fpviier !t)j4.

Monsieur le Protecteur, J^ai été informé par plusieura lettres du sieur de Bordeaux, et plus particulièrement assuré par le retour du sieur de Baas, des bonnes dispositions où tous vous trouvez afin que l'union (|ui a été au passé entre la France et TAngleterre se continue. J'ai été aussi aise que vous pouvez vous l'imaginer des diligences qui sont faites pour que les affaires fussent de sorte établies que la fortune des deux nations en fût accrue. Et comme je vois que la divine providence vous a élevé à la grandeur où vous êtes pour le bien de l'Angleterre, FÉcosse et l'Irlande, j'en ai toute la joie qu'on en peut avoir. Ce sera des mains du sieur de Bordeaux, accompagné du sieur de Baas, que vous recevrez cette lettre, avec les assurances de ma parfaite amitié et des ordres qu'ils ont de renouveler avec vous, en la qualité de Protecteur de l'Angleten'e, l'Ecosse et l'Irlande, les anciennes alliances qui ont été entre les mêmes pays et la France, d'y augmenter et d'y diminuer ce qui sera reconnu utile aux nations, de faire même un nouveau traité, s'il est jugé qu'il fût de l'avantage commun, et en cela, comme en toutes sortes de rencontres, de vous faire connaître ce que je défère à vos sentiments. Il ne me reste qu'à vous prier de prendre entière créance aux choses qui vous seront répétées de ma part par eux, et de croire que c'est du fond de mon cœur que je prie Dieu qu'il vous ait,

Monsieur le Protecteur en sa sainte et digne garde.

r. ji -yj

rw> i'«M rvifiNi.N

i' J/. fie HonienujT à J/. de Brieime.

Monsieur,

J'di reçu aujourd'hui les detiï lellres que \ous m'avez fait l^oDoeur de m'ëcrire les il et i5 du mois passé, avec celle du Roî^ dans laquelle je vois qu'il plait à Sa Majesté me confier la négociation du traité entre la France et TAngleterre, avec la qualité d'ambassadeur^ que je i^econnais au-dessus de mon mérite, mais non pas de mon sèle et de ma fidélité pour son service ; et aussi ses intentions tant sur les ouvertures qui me peuvent être faites de la part de M. le Protecteur, que sur les titres dont je dois remplir mes pouvoirs* Les avis qui m'avaient été donnés, par Tordre précédent, de cette résolution, me portèrent, pour ne point perdre un moment de temps qui maintenant semble assex favorable, à demander audience au secrétaire du Conseil, sous prétexte de lui en faire part, afin de découvrir avec quels termes M. le Protecteur désirait que Sa Majesté le traitât, et aussi pour le convier de vouloir entrer en traité, tandis que je me disposerais de prendre la qualité d'ambassadeur. Employant toutes les raisons qui le pouvaient persuader, sur le premier^ il ne voulut point s'ex* pliquer autrement sinon que Son Altesse avait l'autorité sou* veraine et aussi grande que les rois, et que c'était à nous d'en user comme nous le jugerions à propos. Néanmoins, après l'avoir bien pressé, il me promit un éclaircissement plus particulier dans peu de jours. Sur l'autre point de mon discours^ il me dit ne pouvoir rien ajouter à ce qu'il m'avait déjà fait savoir autrefois, et que huit jours de plus ou de moins n'étaient pas considérables. Depuis cette conversation, un homme qui se mêle d'intrigue m^est venu trouver et m'a voulu faire en-

HISTOHIgl'irs. -l.-iî

tendre que le terme de frère serait bieu agréable; el comme la lettre du Roi ne me permet pas d'aller si avant^ j^avais résolu de ne pas chercher la réponse dudit sieur secrétaire, crainte qu'elle ne fût conforme à ce discours. Mais il a rencontré irion interprète celte après-dinée, et Ta convié de l'aller \oii* ce soir^ désirant l'entretenir sur ce que je lui avais dit. Ainsi peut-être avant la clôture de la présente, je poui'rai être informé des prétentions de Son Altesse, et crainte qu'elles ne s'accordassent pas à mes ordres, j'ai donné charge à mon secrétaire, si on lui témoigne déâirer le litre de frtre, qu'il réponde de soi-même que les pouvoirs m'ont d^Jjà été envoyés, afin d'avoir un prétexte pour me dispenser de donner cette qualité. Quant à celle d'Altesse et de Seigneur, dès le commencement de sa proclamation, le maître des cérémonies et depuis le secrétaire du Conseil se sont expliqués assez précisément qu'elle ne devait point être mise en question ; et m'étant informé de la manière dont en a usé l'ambassadeur d'Espagne et les députés de Hollande, je n'ai pu en tirer aucun éclaircissement, parce que l'un a parlé en latin, et l'autre dans sa langue dont les termes n'ont pas la même force. Mais sans doute cette question se videra, parce qu'il sera difficile de se dispenser de la qualité de cousin. Je tâcherai de régler le tout à la satisfaction dudit sieur Protecteur, sans néanmoins outre-passer les bornes qui me sont prescrites. Je veux croire que ce n'est pas seulement pour m'engager d'user des termes les plus honorables, mais plutôt par un véritable dessein de bien vivre avec la France que depuis deux jours un des amis de M. le Protecteur m'a dit qu'il était entièrement disposé à l'accommodemlenl; que la seule difficulté qui s'y pourrait trouver serait sur le dédommagement, mais qu'elle se surmonterait avec peu de choses en efiet et beaucoup en appai'ence. Quelques ministres ont parlé dans le même esprit, et présenlenient la voix publique ne permet pas d'en douter.

ir.2 DOCUMENTS

Je crois que les intérêts particuliers de M. !e Protecleur en seront l'un des priuci|>aux motifs. Us n'iront pas néanmoinvS, si je ne me trompe, jusques à une liaison contre l'Espagne, hi chevalier Digby m'a fait part d'une conversation qu'il a eue depuis peu avec M. le Protecteur, dont les sentiments lui ont paru très-favorables pour la France. Il m'assure n'avoir oublié aucune considération qui le puisse confirmer en cette Bonne volonté^ et qu'il continuera d'en user de même quand les occasions s*en présenteront^ toute son ambition n'étant que de se rendre agréable en France par quelque sei*Yice. Je ne sais si cette grande disposition qui paraît à l'accommodement est la cause du voyage des sieurs Barrière et Cugnac. Ils sont partis ce matin sous prétexte d'aller à une foire pour Flandre, après avoir pris congé de M. le Protecteur, le premier faisant espérer son retour à ceux de son parti devant Pâques, et l'autre faisant état de servir dans l'armée de monsieur le Prince. Ce pourrait être aussi à cause de la maladie du sieur de MazeroUes qui n'a pu passer Douvres. Un de sa compagnie, nommé Laporelle, est ici resté fort malade. Au milieu de toutes ces belles apparences, quelques-uns ne laissent pas que de me vouloir persuader que les desseins d'ici sont doubles, que Ton espère toujours quelque chose de ceux de la religion, et que le médecin écossais nommé Maurus, qui était ici venu, il y a trois ou quatre mois, de la part de quelquesuns, s'en était retourné à Nismes et que l'on aurait de ses nouvelles chez le sieur deVignolles. On m'a même marqué quelques maisons où il a passé ; mais comme l'auteur de cet avis n'est pas bien certain, je remets d'en envoyer un mémoiie jusques à ce qu'il ait été trouvé à propos d'approfondir cette matière

HTSTORIOKKS. • 4r,:i

H" Le même au mfme.

Ledit sieur secrétaire, après en avoir communiqué à

Son Altesse^ m'écrivit hier au soir qu'Elle entrerait en conférence privée aussitôt que je lui aurais communiqué la lettre de créance ; à quoi j'ai satisfait cette après-dînée, lui en envoyant une copie dans laquelle je me suis servi du terme de cousin. C'est le moindre dont Ton peut se servir pour le satisfaire ; encore n'est-il pas sûr d'y réussir après ce qui m'a été déclaré sur ce sujet. Mais comme la lettre de S. M. me prescrit ces bornes, j'ai affecté de ne point les étendre, pour ne la pas engager contre son intention. Je dois savoir demain si cette suscription n'aura point refroidi le désir qu'il témoigne avoir de traiter promptement.

l® Le même an même.

Monsieur,

Je me donnai l'honneur de vous écrire, par le dernier ordinaire, que j'avais envoyé au secrétaire du Conseil copie de mes lettres de créance, sur ce qu'il m'assurait que M. le Protecteur, après eh avoir eu communication, entrerait en conférence. Mais, comme l'a suscription n'a pas répondu à son attente, ledit secrétaire me manda avant-hier que nous nous verrions aujourd'hui, et qu'il s'expliquerait plus particulièrement sur ce sujet; par son discours, je juge que Son Altesse, n'étant pas traitée du titre de frère, n'en voudra point d'au-

151 nocrMKXTs

très que celui de Seigneur Protecteur des trois Républiques; et il serait bien difficile de lui faire agréer celui de Monsieur y après qu'il a prétendu aller de pair avec les rois, et qu'il refuse celui de cottôtn, non par humilité, mais comme étant au-dessous de lui. Je n^insisterai pas beaucoup sur tes noms^ et si mes raisons ne Tont pu persuader de traiter auparavant que je prenne la qualité publiquement^ je ne crois pas qu'il s'y faille attacher davantage, ni différer de faire la démarche entière, puisque l'on est venu si avant^ pour ôter tous les prétextes capables de retarder le traité

r»" Le même au même.

Monsieur,

Devant que de recevoir celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le sept de ce mois, j'avais réglé avec le secrétaire du Conseil les suscriptions de la lettre du Roi. Il me proposa d'abord d'user des termes de Seigneur et Altesse ; je ne refusai ni l'un ni l'autre, et le fis condescendre à se contenter de Monsieur, témoignant que Sa Majesté avait traité M. le Protecteur de cousin, comme plus honorable, titre qu'il donne à tous les souverains qui ne prennent point le titre de Rois, quoiqu'ils soient revêtus d'une puissance aussi grande. Le sieur secrétaire du Conseil me fil ensuite une petite observation sur ce que Sa Majesté me qualifie ambassadeur, sans désigner ni le lieu ni la personne auprès de qui je dois servir; et même il me dit que ma première lettre de créance au Parlement me donnant qualité d'ambassadeur en Savoie, on pourrait prétendre que celle-ci lui serait relative, et ne me donnerail aucun titre en Angleterre, Je tâchai de lui lever tous ces

scrupules et défiances^ et après qu^il m'eut uté toute espérance que Son Altesse voulût entrer en traité devant que j'eusse pris publiquement qualité d'ambassadem', je demeu* rai d'accord de lui envoyer le lendemain copie de mes lettres et de demander audience : à quoi je satisfis dès hier ; et je viens de recevoir pour réponse qu il fallait passer par les formes^ afin que ma qualité fût publique. C'est-à«^ire que Ton m'enverra recevoir à Greenwich avec les barges de TËtat^ qui me conduiront jusques à la Tour, où les carrosses de. M. le Protecteur se trouveront; et^ coiAme les ambassadeurs de Hollande doivent passer devant et être traités quelques jours par l'État^ suivant les apparences, ma cérémonie ne se pourra faire de sept ou huit jours. J'aurais été bien aise de trouver quelque ajustement pour gagner du temps, et aussi pour donner loisir à mon équipage d'arriver, reconnaissant que l'on est bien aise de voir ici un peu d'éclat

6« Le cardinal Mazarin à M. le baron de tiaas.

Paria, 27 mars 16S4*

Comme nous avons eu avis de divers endroits, depuis douze heures, que les Espagnols offrent à M. le Protecteur une assis, tance en argent pour le faire déclarer contre nous, si M. l'ambassadeur et vous jugez que, pour disposer d'autant plus facilement S. A. à rompre avec les Espagnols, il fût nécessaire de lui faire une offre de cette nature, en ce cas le Roi trouve bon que vous lui offriez de sa part trois, voire quatre cent mille écus par an, c'est-à-dire jusques à douze cent mille livres, de notre monnaie, payables en deux termes, à Paris ou à Calais, au choix de Sadite Altesse et à telle personne et en telle manière qu'il désirera, soit en public ou en secret. Et

458 IXX'IÎMKNTS

même si vous reconnaissiez qu'avec cent mille écm de plus ou de moins, rafTaii'C se peut conclure, je vous dirai que Sa Majesté Tapprouvera aussi. Ce sera à M. l'ambassadeur et à vous d'aviser aux moyens de présenter cette proposition plus agréable et avec plus de succès. J'espère que peut-être cela ne sera pas nécessaire et que le Roi se pourra passer de faire cette dépense, dans le mauvais état où sont ses finances; mais si vous en venez jusques-là , vous pouvez dire hardiment à M. le Protecteur qu'à la véiité il y a eu des temps où l'abondance a été plus grande dans les coilTres du Roi, mais aussi qu'elle y a été moindre qu'elle n'est à présent , Dieu merci , et que je lui réponds que la somme qui lui sera promise lui sera payée ponctuellement dans les termes dont on sera convenu : qu'ainsi s'il prend la peine de considérer de quelle façon les Espagnols satisfont à leurs promesses, il reconnaîtra aisément qu'ils ont en perfection le talent de savoir embarquer les gens, mais qu'ils sont aussi en possession de savoir fort peu se soucier de leur tenir parole, après qu'ils les ont engagés en quelque mauvais pas, croyant qu'alors ils ne peuvent plus leur échapper j témoin le traitement qu'ils ont fait à la maison de Savoie, toutes les fois qu'elle s*est embarrassée avec eux , celui que le duc de Lorraine en a reçu en dernier lieu et celui qu'ils font depuis quelque temps au prince de Condé, à qui ils ont promis tant de millions pour lui faire prendre les armes ; et à mesure qu'ils l'ont vu en état de ne leur pouvoir plus être si utile, ils lui dis|)utent même ce qui lui est nécessaire pour subsister ; et enfin tant d'autres exemples dont les histoires sont remplies. Aussi leur méthode n'est jamais^de promettre rien par année, mais seulement par mois, dont le premier et quelquefois le second se payent assez bien , le troisième commence à diminuer, et puis le reste se réduit à rien. Et en effet, je suis bien trompé si l'offre qu'ils font à M. le Protecteur

kt

nVst Jp ct'tle fïorir, v'esi-ii-dirp par mois, au lieu qu'on trouvera qu'a*ec nous il y a toujours eu sûreté tout entière. S. A. n'a qu'à s'informe!', s'il lui plait, si avec cela que les finances ont été ci-devant épuisées, comme chacun sait, il est dû un sol des subsides que le Roi donnait à la couronne de Suède, à la landgrave de Hessc, à MM. des Étals, ni de ce qui avait été promis pour l'armée auxiliaire d'Allemagne.

Il est remis aussi à la prudence de M. l'ambassadeur cl k la vôtre de faire entendre doucement à M. le Protecteur qu'il n'est pas sûr que, venant à rompre avec la France, la couronne de Suède se joignit si volontiers à ses intérMs; mais au contraire, en rompant avec l'Espagne, outre l'infaillibilité des progrès dont je vous ai parlé par mon mémoire, il est très-certain que l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande en seront ravies, comme leur étant plus avantageux à cause du commerce et par une infinité d'autres raisons; au lieu qu'en rompant avec nous, il ne doit pas douter qu'il n'y ait beaucoup de gens, dans les l'oyaumes qui sont sous sa protection, qui en murmureront ; et ce sont des considérations assez essentielles pour y faire réflexion. Néanmoins il faut bien prendre garde à ne les pas alléguer par forme de menace, mais par forme de raisonnement, comme entrant dans ses intérêts, par une forte passion de les voir unis avec les nôtres, pour le bien commun des deux nations.

Je crois qu'on ne doit pas oublier de lépéter bien souvent à H. le Protecteur qu'une fois que cette couronne sera engagée, comme elle veut l'être, à contribuer tout ce qui dépendra d'elle pour l'arTermissement de sa dignité et de son pouvoir, elle ira sincèrement au-devant de toutes les choses qui seront propices pour cela, et il n'y aura rien qui puisse arriver qui soit capable de l'ébranler, ni de changci' ses sentiments à l'égard de S. A-, laquelle doit tenir pour infailhble qu'elle ne renrnnlrera pas dans les Espagnols cette manière

ifiH DOCUMENTS

d'agir^ qui est tout à fait contre leur style et leurs maximes; en sorte que nonobstant toutes les promesses quils lui auront faites, s'ils voient son autorité s'affaibliry ils tourneront aussitôt leurs négociations du côté de ceux qui travailleront à sa destruction, croyant qu'alors leur amitié leur sera plus utile que la sienne.

7° M. de Bordeaux à M» de lirienne,

LonAn», 23 avril 1654.

(Je dois vous éclaircir) du doute que je croyais avoir

levé par quelqu'une de mes précédentes touchant la suscription des lettres du Roi à M. le Protecteur. Il a refusé le titre de cousin^ et s'est contenté^ dans toutes les deux dépêches^ de celui de H. le Protecteur de la République d'Angleterre, Ecosse et Irlande. Celui de frère eût été bien plus agréable.

8« Mémoire pour lervtr d'instruction au mur de Bor* dmuûP, ambasêodeur du roi en Angleterre.

16 juillet 16H4.

Pour venir aux conditions, Sa Majesté voulant de plus on plus faire connaître qu'Elle est sincèrement disposée à la conclusion d'un bon accommodement avec M, le Protecteur, et s'intéresser en ce qui le regarde personnellement, et faisant fondement sur ce que ledit sieur de Bordeaux mande que lés affaires dudit Protecteur sont en si bon état que les cabales d'Angleterre ne servent qu'à l'affermir, et qu'il n'a rien à craindre des royalistes d'Ecosse (car autrement ce

serait une imprudence et un malheur pour nous de prendre ce parti-là^ puisque ledit Protecteur venant à tomber, noua nous attirerions toute TAngleterre pour nou9 âtre unis avieo lui , et ferions les affaires des Espagnols, que l'oD considérerait comme ayant été ses ennemis) Sa Majesté, dis^je^ en œ cas, non*seulement approuve Toffre que ledit sieur de Boi^ deaux a faite de 1500 mille livres, par an, qui seront payées dans les termes desquels on conviendrai et dont on commen* cera de fournir la moitié cette année ; mais elle lui donne encore pouvoir de promettre qu elle donnera, pour Tentre* prise de Dunkerque, outre les 4000 chevaux que le sieur de Baas a offerts, 4000 hommes de pied qui pourront faire une attaque à ladite place ^ et qu'elle en assiégera quelque autre en même temps, pour y attirer les forces des ennemis et faciliter par ce moyen la prise de Dunkerque; ou si M. le Prolecteur l'estime plus à propos, que Sa Majesté tiendra 1^ campagne avec ces deux armées, pour tenir les Espagnols en échec et les empêcher de faire la moindre tentative pour le secours de Dunkerque , lequel étant pris demeurera à M. le Prolecteur, sans que le Boi y prétende quoi que ce soit : et il semble que ce ne sera pas un mauvais commencement et peu avantageux à TAuglcterre et à M. le Protecteur en particulier de lui remettre une place de cette importance; oh dit lui remettre, parce qu'on ne prétoit aucune difficulté à en faire la conquête, quand même M. le Protecteur ne ferait débar-> quer pour cela que six mille hommes de pied, et n'yem** ployerait que quinze ou vingt frégates, et quelques petites barques pour s'approcher de la terre et empêcher que, la place étant une fois bloquée par mer, il ne pût plus y entrer personne.

Il semblerait fort juste que nous demandassions de l'argent pour faciliter aux Anglais une semblable conquête. Et cependant non-seulement nous leur en offrons, mais encore un

4fJ0 noriMKNTS

oorps lie Innipos p<>ur les aider ù la faire, et d'employer toute notre année, pour tenir cependant en échec celle des ennemis et l'empêcher de secourir la place.

Après cela, on laisse à penser ce qu'on pourra dire de M. le Protecteur s'il refuse de recevoir 750 mille livres cette année et d'avoir Duukerque, sans que cela l'empêche de faire en même temps tous les progrès qu'il voudra aux Indes, et de prendre, s'il veut, les deux flottes qui doivent arriver en Espagne dans le mois d'août ; à quoi le Roi prendra part, si ledit Protecteur le désire, et pour cet effet, Sa Majesté fera joindre une escadre de dix ou douze vaisseaux aux siens.

Et quand même il faudrait aller au delà desdits 1500 mille livres, et si le sieur de Bordeaux voit jour à pouvoir conclure en se relâchant jusqu'à six cent mille écus par an à l'avenir, lesquels seront payés ponctuellement de quatre en quatre mois, le Roi lui en donne le pouvoir, et même de promettre aussi trois cent mille écus pour cette année-ci ; dont les deux tiers seront payés comptant après la signature du traité, et l'autre au premier jour de décembre prochain. Sa Majesté s'assure cependant qu'il ménagera bien ce pouvoir et qu'il ne l'épuisera qu'en cas de nécessité et qu'il croie ne pas pouvoir faire mieux.

On se contentera, pour le reste de cette année, en exécutant dès à présent de notre part ce que nous promettons pour le dessein de Dunkerque, que les Anglais fassent la guerre par mer contre les Espagnols, et nous donnent quelque nombre de frégates pour aider, soit dans la mer Méditerranée soit ailleurs, à l'exécution de ce que nous pourrions entreprendre contre eux.

Pour les années futures, il faudra convenir du nombre de frégates avec lesquelles ils seront obligés de nous assister, et que, lorsqu'on voudra entreprendre quelque chose, conjointement par terre, en Espagne ou en Flandre, il sera exécuté

HlSTOKIQLJiS. 401

avec des forces é[^ales et à frais comiimus, et que les conquêtes seront aussi également partagées ; bien entendu qu'ils soient toujours obligés de nous assister tous les ans du nombre de frégates dont on demeurera d'accord, sans qu'ils puissent rien prétendre pour cela au delà de six cent mille écus, qu'on donne pouvoir au sieur de Bordeaux de leur offrir.

Au siurplus^ chacune des parties jouira de sou côté de ses conquêtes , soit aux Indes^ où les Anglais en pourront faire autant qu'ils voudront^ soit en tous les autres lieux de la domination de l'Espagne, où les forces d'un chacun pourront agir; et l'occupation que l'on donnera ainsi aux Espagnols, de tous côtés, sera un grand avantage pour faciliter le bon succès de ce que les uns et les autres entreprendront.

Si M. le Protecteur veut sans aucun délai conclure un bon accommodement, et se disposer à rompre conti^e les Espagnols, on eu sera bien aise ; puisque par ce moyen le Roi pourra espérer de contraindre ceux qui n'ont point d'autre but que d'entretenir le trouble dans la chrétienté, à changer de dessein; Sa Majesté ne prétendant pas néanmoins de traiter en aucune façon avec les Espagnols que conjointement et de concert avec M. le Protecteur^ et elle donne pouvoir audit sieur ambassadeur de l'engager à cela, par un des articles du traité qu'il fera.

Mais si M. le Protecteur ne juge pas à propos de se résoudre à rompre contre TEspagne, nonobstant les grands avantages qu'il peut voir évidemment qu'il retirera de cette capturc, le Roi se contentera que Ton fasse le traité qui avait été projeté, par lequel toutes les hostilités cessantes et le commerce entièrement rétabli entre les deux nations^ elles vivent à l'avenir dans la même intelligence qu'elles faisaient avant les derniers sujets de plainte que chacune a cru avoir de sou côté. En ce cas, si dans l'évaluation des prises qui ont été

*«* IMJUUMKNTS

TaileE de pari et d'autre, les commiïsaii-es trouvaient que nous fussions redevables de quelque chose, on consent de le payer; et si m^me pour conclure plus protaptement ce traita, le sieur de Bordeaux ju^ qu'il faille faire un présenl en Beorel audit Protecteur, directemenl ou par son ordre à quel- ^'un de ceui qui sont dans sa confidence, Sa Majesté lut donne pouvoir de promettre pour cela jusqu'à 30 à 60 mille pistolei, qui seront payées avec ponctualité après le traite signe; et comme, auquel de ces deux parlie que H. le IV»lectuur se détermine, s'il marche de bon pied et qu'il n'ait pal intention de nous amuser et de couler le temps pour venir cependant à bout des autres desseins qu'il pourrait kv*ir, il peut conclure avec lui en trois ou quatre jours, ce qui est d'autant plus nécessaire que la saison d'agir à la campagne s'avance fort , l'intention du Roi est que ledit sieur de Bordeaux le presse de lui donner une prompte réponse, lui faisant connaître civilement que, s'il se passe dix ou doute jours sans qu'il puisse recevoir une dernière déclaration de ses volontés. Sa Majesté aura sujet de croire qu'il n'en a aucune de se lier aveo cette couronne, et que ce n'est jjue le motif de son intérêt particulier qui l'obligea différer encore pour quelque temps la mpture contre nous, aux conditions dont il est comme tomlié d'accord avec les Espagnols, et qu'il nous entretient cependant de belles paroles et nous fait toujours des propositions plausibles, pour nom empêcher de prendre nos mesures d'ailleurs.

Et en effet, pour ne »'amuser davantage à un traité dont la négociation na pourrait avoir aucun etfet si elle n'était entretenue de M. le Protecteur, comme on en sera bientôt éclairci , que pour mettre avec facilité toutes les choseti ea Angleterre, en Ecosse et au dehors, au point qu'il désire., et rompre ensuite è l'improviite contre nous, comme tout le monde assure que c'est son dessein et son inclination.

Sadite Majesté est résolue, si elle voit par les lettres du sieur de Bordeaux qu'il n'ait pu rien conclure dans le temps marqué ci-dessus^ de lui envoyer ordre de s'en revenir, n'étant pas de sa dignité et de la bienséance de continuer les avances qu'elle a faites depuis si longtemps fort inutilement, pour une chose qui pouvait et devait être conclue en vingt-quatre heures.

Fait à Sedan, ce IG juillet 1054.

464 DUCUAIKMN

vPage84.)

I" M. de Bardeaux à M. de Brierme.

Londres, iO avril i6iJ4.

Monsieiu',

J'espérais par la présente vous faire savoir quelque progrès de ma négociation, après que le secrétaire du Conseil m'avait mandé que M. le Protecteur a nommé des commissaires pour y travailler^ et qu'ils me feraient savoir de leurs nouvelles aujourd'hui. Mais je les attends encore, et présentement je ne prévois point d'où peuvent procéder ces remises^ si ce n'est qu'ils se veulent instruire de nos affaires. L'on m'assure toujours de beaucoup d'endroits, et toutes les raisons semblent vouloir que M. le Protecteur fasse la paix avec tout le monde. Dans sa famille môme, il passe pour constant que c'est leur intérêt particulier, leur établissement ne se pouvant faire tant qu'il y aura des guerres au dehors. Néanmoins il passe pour certain que non-seulement l'inclination de M. le Protecteur^ mais aussi celle de plusieurs du Conseil, et principalement de Lambert, est tout à fait portée à entretenir une guerre, et que celle de la France étant la plus facile à entretenir qu'aucune autre, nous devons appréhender que toutes les forces de cet État qui peuvent être envoyées au dehors ne se tournent contre nous^ aussitôt que les Écossais auront été déti'uits; que l'on nous amusera et traînera en longueur notre accommodement, afin d'éviter que nous n'y puissions envoyer quelque secours, et d'être en état, si*les affaires de France vont bien, ou celles du présent régime de prendre un

parti assuré ; o.utre les raisons générales qui sont Ja défiance que l'on a toujours que Sa Majesté ne donne quelque assistance à la famille royale d'Angleterre^ et que les esprits de France sont encore disposés à un soulèvement s'ils pouvaient ôtre favoiisés par une armée étrangère, il semble que celte mauvaise volonté du sieur Lambert et quelques autres procède d'un intérêt particulier qu'ils ont de se rendre considérables par la guerre^ et etnpècher l'afTaiblissement de leur autorité, aussi bien que la succession dans le présent gouvernement, ce qui serait assez facile à M. le Protecteur s'il se dégageait de toutes autres affaires. Cette raison, étant plus capable d'obliger Son Altesse à rechercher notre amitié qu'à la refuser, ne peut être regardée comme le véritable motif du procédé de cet État. Mais on peut considérer pour certain, après l'avis que j'en ai reçu de plusieurs endroits et le ^-apport qu'en a fait à M. de Baas l'irlandais nouvellement arrivé à Londres, que ledit sieur Lambert est tout à fait porté contre notre accommodement; et, comme sa voix est d'un grand poids, il pourrait bien être que M. le Protecteur y déférât en quelque façon, usant de toutes ces remises pour cependant n'être point traversé dans son établissement par celui dont l'autorité est assez grande dans l'armée, et sans lequel difficilement fût-il parvenu à la place qu'il remplit. Ledit Irlandais assure qu'ayant entretenu Son Altesse de l'état de nos affaires et de la bonne disposition qu'il a reconnue dans la cour de France d'entretenir une correspondance avec TAngleterro, elle l'avait renvoyé audit sieur Lambert pour l'en informer....

2o M. de Baas au cardinal Mazarin.

Loodrei, 21 avril 1654.

.... J'ai appris par mon correspondant que Maseroîles et T. II. 30

Barrière ont eu une fort longue conférence avec M. le Protecteur le 16 du mois, et que S. Â. leur a donné toutes les paroles positives de secours qu'ils pouvaient demander, mais qu'assurément il n'y a point de traité signé.

L'ambassadeur d'Espagne eut aussi une audience secrète le 17 de ce mois.

Hier au soir j 'eus un entretien fort long avec Patt. Il a vu deux fois M. le Protecteur qui Ta fort curieusement interrogé sur les affaires de France, et si sa relation est fidèle, il me semble qu'il a répondu avec esprit et judicieusement. Cependant je ne crois pas qu'il ait trouvé en lui les mêmes dispositions qui m'ont paru d'autres fois. Non pas qu'il se soit expliqué en rien contre nous, mais Patt remarque que M. le Protecteur recevait avec quelque marque de chagrin et d'étonnement tout ce qu'il disait à l'avantage de la France et de nos affaires, il dit que, lui proposant l'amitié de V. E. comme une chose nécessaire à l'établissemenf* de sa maison, et qui sans doute se contracterait sincèrement de sa part, il en parut un peu touché et qu'il lui lit avouer qu'il savait ce secret de la bouche propre de Y. E. , et lui demanda ensuite si les ministres qui étaient ici confirmeraient cela, et s'il me connaissait et comment. A quoi ayant répondu qu'il n'avançait rien dont il ne fît voir les effets quand S. A. S"* voudrait, il lui commanda d'aller voir le général major Lambert , où milord Henri , son jeune fils, le doit mener aujourd'hui, et de lui dire exactement toutes les choses qu'il lui avait rapportées, ce qu'il fera, à la réserve de ce qui regarde rétablissement particulier de sa maison. Et sur ce qu'il était en peine de savoir pourquoi M. le Protecteur l'obligeait de lui faire ce rapport^ mon opinion fut qu'outre la confiance qu'il est obligé de garder trèsexactement avec lui, il voulait peut-être qu'il apprît par un gentilhomme de sa maison, instruit des affaires de France, combien l'entreprise de rompre avec cette couronne était

grande et périlleuse^ et qu'il pût être diverti d'une guerre qu'il souhaite^ soit par la présomption qu'il a d'être le plus grand capitaine de l'Europe, ou par quelque raison secrète et qui regarde son intérêt particulier, quantité de personnes croyant ici qu'en son âme il est mal satisfait de M. le Protecteur, et qu'il persuade de tout son pouvoir la rupture avec la France, comme le seul moyen par où les affaires de S. A. S"« peuvent être renversées, étant le seul de toute l'armée qui est le plus en état de faire un accommodement avec le roi d'Angleterre.

Ce que je puis juger de toutes les diverses choses qui viennent à ma connaissance, est que M Je Protecteur incline assez à la paix, mais que la plus grande partie des ministres y répugnent, les uns par la grande opinion qu'ils ont de leurs forces, les autres parce qu'ils sont gagnés de l'Espagne, et tous ensemble pour être assurément fort peu instruits du véritable état des afiaires de France.

3<> Extrait d'une lettre du sieur de Peut au cardinal

Mazarin.

Londres, 27 avril 1654.

Le fils de Cromwell donna à dîner samedi dernier aux officiers de l'armée que Cromwell voulut que je visse. Nous employâmes beaucoup de temps à discourir des affaires d'Espagne, de France et de Son Éminence. Je n'ai pas manqué à mon devoir en cette occasion. Il me serait difficile de'vous écrire leurs raisonnements et leurs discours sur ces choses-là. J'espère bientôt de vous les apprendre de bouche. Je trouve (au moins j'ai quelques raisons de croire) que le dessein de Cromwell que je les visse est afin de leur faire voir de quelle dangereuse conséquence il serait d'entreprendre une guerre

étrangère, car je vois qu'ils sont emportés d'une passion de la faire et d'une espérance d'en venir facilement à bout. Ils veulent secourir leurs frères qui sont tyrannisés en France, voulant dii'e les Huguenots, et ci'oient qu'il est impossible d'établir une paix durable avec la France, à cause de rinconstance des ministres, et tant qu'elle sera gouvernée par Son Éminence, ou un homme de sa profession, qui sont les piliers du Pape. Ce sont les mêmes termes dont ils se sont servis^ et ces messieurs sont ceui qui ont le gouvernement d'Angleterre entre les mains.

4° Loui^ XIV à MM. de Bordeaux et de Boas.

A Rh«imi, 17 juin 1654.

Messieurs de Bordeaux et de Baas, j'avais cru que les intentions de M. le Protecteur étaient sincères, sur les déclarations qu'il vous a faites plusieurs fois, et en dernier lieu plus précises, qu'il ne souhaitait pas seulement un accommodement avec cette couronne, mais même une étroite liaison. Néanmoins , voyant que ce ne sont que des paroles qui ne se réduisent à aucun effet, qu'il traite continuellement avec l'ambassadeur d'Espagne et qu'il ne tient qu'à celui-ci de conclure ; que de plus, s'il était aussi bien disposé qu'il dit l'être pour cet accommodement, rien ne l'empêcherait de le faire en vingt-quatre heures, puisque je ne prétends rien qui ne soit aussi avantageux à l'Angleterre qu'il peut être à ce royaume, j'ai sujet non-seulement de me méfier, mais d'être presque assuré que son but est de nous amuser pour faire venir les Espagnols à son point et avoir plus de facilité de perdre ceux qui s'élèvent contre lui en Angleterre, abattre ses ennemis en masse, s'autoriser de plus en plus en Irlande, affermir la paix avec les États de Hollande, s'assurer en quel-

HISTORIQL'ES. 4(19

que façon du côté de Suède, continuer à envoyer des émissaires en France pour y exciter secrètement les Huguenots, les assurant d'un puissant secours s'ils veulent prendre les avances, et par ce moyen s'établir puissamment en une suprême autorité dans les trois royaumes, pour se rendre plus que jamais redoutable à ses ennemis, et surtout avoir plus de facilité à exécuter le dessein, qu'il y a de l'apparence qu'il a pris de longue main, d'envahir cet État de concert avec les Espagnols et le prince de Condé, ou au moins (si ses affaires ne lui permettent pas de le faire présentement) continuer de faire la guerre sur mer à mes sujets, sous prétexte de représailles, et assister les Espagnols et le Prince de vaisseaux, |)our leur aider à faire quelque descente du côté de la Guienne.

Comme la prudence ne nous permet pas de douter des intentions dudit sieur Protecteur, après toutes les avances que vous avez faites de ma part pour établir une parfaite intelligence entre les deux nations, et pour lui faire connaître que vous traitiez sincèrement avec lui, comme on ne le peut mettre en doute, à cause de toutes les remises qu'il a faites depuis un an, évitant toujours, sous divers prétextes ou artifices, de venir à la réalisation, je croirais aussi que ma dignité et mon service seraient blessés et que je ferais grand tort aux intérêts de mes sujets, qui souffrent extraordinairement dans l'incertitude de l'événement de ce traité, si sans plus de délai le Protecteur ne prenait une bonne résolution. C'est pourquoi j'ai voulu vous ordonner que si, lorsque vous aurez reçu cette lettre, la négociation ne se trouvait avancée en sorte que vous n'eussiez plus à douter de son bon succès, vous fassiez entendre de ma part au sieur Protecteur, en la manière que vous jugerez le plus à propos, sans faire aucune menace, mais au contraire témoignant un sensible déplaisir de n'avoir pu réussir dans une affaire qui, au jugement de tous, était fort à la

470 DOCIMKNTS

bienséance des deux nations, et qu'après avoir facilité les choses au point qu'elles sont sues d'un chacun y déclaré un ambassadeur^ et s'être presque conformé à tout ce que ledit sieur Protecteur a fait connaître qu'il souhaitait^ il serait malséant à ma réputation et désavantageux au bien de mes affaires de continuer à traiter inutilement ; vous lui fassiez^ dis-je, entendre que je vous ai commandé de prendre congé de lui et de vous retirer y en cas que ^ dans le terme de huit jours après que vous vous serez expliqué, on ne conclue l'accommodement qui peut être arrêté en un, puisque je veux bien que cette affaire soit traitée sans prétendre aucune condition qui ne soit réciproque, et en un mot avec une égalité tout entière, soit pour la recherche et la restitution des prises qui ont été faites de part et d'autre, soit pour la manière dont il conviendra de vivre à la mer à l'avenir, soit enfin pour tout ce qui pourra être mis sur le tapis pour cette négociation. Et il ne sera pas hors de propos que vous fassiez connaître au Protecteur, par l'entremise de ceux qui vous parlent de sa part, que peut-être il ne retirera pas grand avantage de n'avoir pas voulu profiter de mes bonnes dispositions pour un accommodement et pour une étroite liaison qui auraient produit des avantages tout extraordinaires à l'Angleterre et à sa personne; et qije, bien que je prendrai toutes les précautions maginables pour ne recevoir aucun préjudice des entreprises qui pourraient. être faites sur mon État par les Anglais joints aux Espagnols, je conserverai toujours, autant que je le pourrai, l'inclination de rétablir une bonne intelligence avec l'Angleterre, lorsque le Protecteur, détrompé des propositions que les Espagnols peuvent lui avoir faites, se résoudra à vouloir vivre en bonne union avec la France.

Il sera bon, lorsque vous viendrez à prendre cette résolution, que vous informiez les ministres des sérénissimes États Généraux des Provinces-Unies de tout ce que vous aurez fait

pour faciliter cet accommodement et des ordres que vous aurez reçus de moi de vous retirer après que vous aurez reconnu que rintention du sieur Protecteur n'était autre que de vous amuser pour faire ses affaires à mes dépens^ et me mettre en état de pouvoir moins résister aux entreprises qu'il pourrait faire contre ce royaume. Il est mal aisé qu'il ne soit très-sensible auxdits ministres^ qui ont tant d'intérêt que la France soit en bonne intelligence avec l'Angleterre, que tout aille à être rompu par votre retraite, et qu'ensuite ils n'agissent de toute leur force pour obliger le Protecteur à nous donner satisfaction.

Voilà ce qui est de mon intention : mais parce que étant sur les lieux vous pouvez voir de plus près les inconvénients qui pourraient arriver, quelque jour plus tôt ou plus tard, de ce que je vous ordonne, si vous en prévoyez quelqu'un, je trouve bon que vous différiez de parler au Protecteur de la m£mière que je vous l'ai déclaré ci-dessus, et que vous dépêchiez vers moi pour m'informer des raisons qui vous auraient retenu de le faire. Ensuite de quoi vous attendrez le retour de votre courrier, qui vous portera mes dernières volontés. — Sur ce, je prie Dieu, etc.

Signé: Louis.

50 Projet é^a/rlicles de la paix et de l'amitié à rétablir entre le trés-sérénissime seigneur Prolecteur d'Anr gleterre, d'Ecosse et d'Irlande, etc., et le Roi trèschrétien des Français, etc.

5 août 1654.

La paix, l'amitié et le traité seront stables à l'avenir entre etc.

Les confédérés se soutiendront, eux et leurs amis cotnmiins, contre leurs ennemis communs.

Aucun des conrédérés ne gardera ni ne recevra ceux qui se geii)nt rendus coupables de rébellion ou de crime de lèsemajestë envers l'autre; il les remeltra dons l'espace de vingt jours après qu'ils lui auraient été réclamés.

Afin que justice soit faite quant aux navires enlevés et aux pillages commis de part et d'autre, les sujets de l'une ou de l'autre partie porteront leurs réclamations devant des arbitres qui auront reçu, du susdit Roi et du susdit Protecteur, mandat et pouvoir de connaître et Je statuer sur les délits de cette nature qui leur auront été déférés avant le 20 juillet prochain : ces arbitres devront rendre sentence dans le mois qui suivra la réclamation, et la somme d'at^nt adjugée à l'une ou à l'autre partie devra être payée dans tes trois mois. Dans le cas oii les susdits arbitres ne s'entendraient pas enti-e eux, ils s'adjoindraient un cinquième arbitre, et la majorité ferait loi.

Il sera mis lin ù tous actes d'hostilité : les letti'es de marque L't de représailles seiont révoquées, et il n'en sera plus dccoi'dé il l'avenir, à moins que justice n'ait été d'abord deinaniiêo et retardée au delà des délais prescrits^ ou xefusée ouvertement.

l.i'S conimandants de navires, avant de melti'e à la vuile, JiitiiiL'ionl caution jusqu'au double de la valeur estimée de

leurs navires et de leurs armements^ afin d^assurer quMls ne troubleront pas le commerce.

Ceux qui auront fait quelque prise iront devant les juges de Tamirauté^ et il sera dressé^ selon les formules prescrites^ un procès-verbal des marchandises et biens saisis.

Si quelques commandants de navires font du tort aux sujets de Tune ou de Tautre pai'tie^ contrairement au présent traité, ils dédommageront, s'ils le peuvent, ceux qui auront été lésés : sinon, celui des confédérés dont le délinquant sera sujet donnera satisfaction dans les trois mois à partir de la réclamation faite.

Ni Tune ni Tautre des parties ne recevra les pirates, ni ne leur donnera libre passage.

Ni le susdit Protecteur ni le susdit Roi ne permettront que les navires pris par les sujets rebelles de l'un ou de Tautre soient vendus, mais ils les feront rendre à leurs légitimes propriétaires, et le roi de France fera même rendre à leurs légitimes propriétaires les navires réfugiés dans ses ports qui prétexteraient d'un laissez-passer donné par quelque étranger, soit par Charles Stuart, fils aîné de Charles Stuart le dernier roi d'Angleterre, soit par la reine sa mère.

Toute permission de représailles par terre , et, nommément, celles qui ont été octroyées par M. de Launay, deviendront

vaines et sans force, et il n'en sera plus octroyé de semblables à Tavenir.

Justice égale sera donnée aux sujets de Tune et de Tautre partie, et les sentences ou conventions déjà faites seront tenues pour valables.

Vu que les commandants de Nantes, de Toulon, de Calais^ de Brest et d'autres places françaises, ont coutume de ne pas accorder, aux ordres de leur souverain, l'obéissance qu'ils leur doivent, si les sujets anglais en reçoivent quelque dommage, celui qui aura été lésé recevra immédiatement satisfaction du confédéré lui-même, sans être renvoyé une seconde fois devant les susdits commandants.

Entre ledit Roi et ledit Protecteur, et leurs sujets, le commerce sera libre sur tous les points 4e l'Europe où sont déjà établies des relations de commerce et d'affaires, et ils pourront tous acheter et vendre, à la seule condition de payer les redevances accoutumées et de se soumettre aux lois et règlements des lieux où ils traiter(mt.

Les péages des ports et les redevances seront écrits sur des tableaux affichés dans les lieux publics.

Dans les villes qui se réclameront de quelque droit particu-

lier ou privilège, les magistrats veilleront à ce que rien ne soit fait ou exigé au delà du droit.

Les sujets d^Angleterre, d'Ecosse, d'Irlande) etc., pourront transporter en France tous ouvrages de laine sans payer à l'avenir un tribut plus élevé qu'en Tannée 1652, ni plus qu'il n'est exigé pour les ouvrages de laine français.

Les ouvrages de laine importés par des Anglais ne pourront nulle part être confisqués ni vendus à l'encan, sous prétexte qu'ils seraient gâtés ou mal confectionnés, ou au-dessous du poids indiqué; si de tels faits se présentent et que cette question soit soulevée entre un négociant anglais et un négociant français, le prix sera abaissé au-dessous du prix ordinaire en raison du degré d'infériorité reconnue des marchandises.

Les navires qui seront entrés dans les ports de l'ope ou de l'autre nation, poussés par la tempête ou par les divers dangers de la mer, en ressortiront librement, et sans avoir à payer aucun droit de péage.

La loi ou le droit d'aubaine ne sera pas revendiqué contre les Anglais. De même, les Français auront pour successeurs leurs légitimes héritiers.

Les nationaux et les sujets de ladite République séjournant en France y jouiront du libre exercice de leur religion dans toutes les villes ou auprès des villes marchandes où ils se

rHi UOCIMEXTS

trouveront en un certain nombre, et ils célébreront librement les cérémonies de leur culte en assemblées publiques ; et les sécurités, libertés et privilèges qui sont accordés aux sujets français de la religion réformée seront aussi valables pour les sujets de ladite République qui en auront la jouissance et en feront usage, dans Texercice de leur religion, selon ce qui est dû et réglé par toute loi^ statut, édit ou charte établie à ce sujet.

Si la guerre éclate entre les confédérés^ un espace de six mois, à dater de la déclaration de guerre, sera accordé pour le transport ou la vente des marchandises ou des biens; et, comme les dissensions présentes de la France ont interrompu le commerce sur beaucoup de poiuts, les sujets anglais auront la liberté de faire des affaires même avec ceux qui font opposition au Rui ou qui occupent ou fortifient des places contre lui, et le loitl Protecteur pourra traiter avec eux pour régler cette liberté de commerce, à cette seule condition que les négociants anglais n'introduiront dans ces places aucune des marchandises dites de contrebande qui seront ci-après énoncées.

Chacun des susdits confédérés sera libre de commercer avec tous les royaumes ou États qui seront envers lui en état de paix ou de neutralité, lors même qu'il y aurait hostilité et inimitié entre Tautje des confédérés et lesdits royaumes ou États, à la condition de n'y introduire aucune des marchandises interdites.

Seront réputés marchandises de contrebande et interdits à ce titre tous les instrument^ de guerre, la poudre, k plomb, etc.

Ne seront réputés tels ni le blé^ ni le sel, ni le vin, ni les fruits, ni tous les produits nécessaires à Talimentation, ni les autres marchandises- de semblable nature.

Si quelques marchandises de contrebande sont trouvées sur les navires de Tune ou de Tautre nation^ elles seront seules sujettes à être saisies par le fisc, et les autres biens trouvés sur le même navire seront libres et respectés.

Tous les biens de Tun ou de Tautre des confédérés trouvés sur des navires ennemis, et pareillement tous les biens des ennemis trouvés sur les navires de Pun ou de l'autre des confédérés, et les navires eux-mêmes de Tun ou de l'autre des confédérés, sur lesquels seraient trouvés quelqu'un de ses ennemis, seront sujets à être saisis par le fisc.

Les navires qui se rendraient à Bordeaux, et pareillement les navires français, ne seront en aucun cas obligés à déposer leurs canons ni leurs armes.

Si ce traité est violé par quelques sujets de Tune ou de l'autre des parties, les coupables seuls en seront responsables, sans que le traité lui-même perde pour ce motif sa force et son autorité.

fy* yfoff annttsn à urne Uttrt dé M. de Boràun^ à M. et Bhmne, du 13 ooûi 1ô:>4. et comt^fmmi k» aoBU des perif/fm^$ dfml frrjinyctU demandait ft^ToigmemaÊÊ de Frantt.

CKat W, fi.-» do d<>mier roi •i*\ni:kterre : L« duc d'Y rk:

Le duc de Gi'icerater I

Touâ céoi du pri^é G>Dâeîl :

Lord Gérard;

Lord de Bnitijl ;

Lord Gilpeper ;

Itamiel Oneal ;

Lord lochiquîn;

M. d i^riDood :

Ch. Herbert;

Ou Hyde; Et telà autres que Son Altesse nommera devant b fin da traité, la Reine n'étant pas du nomlm.

— Par nne lettre du 15 août, il fut ordonné à M. de Bordeaux « qu'en cas qu'il soit insisté sur l'éloignemenl da rcH d'Angleterre et autres de sa soi te, je ne résolusse pas un article de cette conséquence sans en avoir reçu des ordres expies, » (De plus, à une lettre du 21 août est jointe une note en demande de ren\oi qui contient 24 noni5.)

7« M. de Bardeaux à M. de Brienne.

.... Il m'avait bien depuis, dans une conférence ^ été fait des propositions d'une ligue offensive, moyennant deux cent

mille livres sterling, qui reviennent à près de trois millions de France, sans que cet État s'obligeât à nous assister d'aucun vaisseau ; et, sur ce que je leur reprochais que , dans d'autres conférences, il m'avait été offert, moyennant la subvention de deux millions de livres, de tenir vingt vaisseaux dans la mer Méditerranée pour y favoriser nos desseins, ils me dirent que c'étaient seulement des discours qui n'obligeaient point. Ce procédé me confirma que M. le Protecteur n'avait pas si grande envie d'une liaison si étroite et que son principal dessein était de m'amuser. ...

8» Instructions secrètes pour itf . de Bordeaux.

Paris, le 24 août 1654.

11 est aisé à remarquer par les dépêches de M. de Bordeaux que les points les plus importants de sa négociation sont réduits à ce qui concerne la religion, le commerce, et les princes d'Angleterre et les autres Anglais réfugiés en France.

Pour ce qui est de la religion, le Roi ne pourrait ni en conscience, ni avec honneur accorder rien aux Anglais, dans les lieux conquis, en faveur de la protestante, qu'ils n'accordent au moins la même chose en faveur de la catholique; autrement nous fournirions nous-mêmes des armes pour exterminer notre religion, qui serait une prétention de leur part tout à fait contraire à la raison. Tout ce qu'on pourrait faire à la dernière extrémité pour ne rompre pas sur cet article auquel il y a sujet de croire que les Anglais seront fort obstinés, serait de consentir que, dans les lieux conquis de part et d'autre, il y ait liberté de conscience, et que pour l'exercice public de la religion nous accorderons, aux habitants des pays qui font pi'ofession de la protestante et aux étrangers de même religion qui s'y viendront habituer, les mêmes libertés et

privilèges que Sa Majesté accorde à ses sujets dans son royaume : mais^ il faut nécessairement ajouter à condition que ceux à qui cette liberté sera accordée seront obligés d'en user avec la discrétion et i-etenue telles que cette nouveauté ne soit point ca^mble d'exciter de sédition ni de trouble parmi les habitants desdits lieux y car il est certain qu'il y a des villes dans les Pays-Bas qui aimeraient mieux souffrir que Ton brûlât leurs maisons que d'y voir l'exercice public d'une autre religion que de la leur : et de cette sorte ce qu'on penserait d'un côté faire pour un bon effet en produirait de Tautre un très-mauvais. Â quoi il semble que les Anglais, s'ils ont bonne intention, doivent faire réflexion .et se contenter des mêmes conditions dont nous étions convenus avec les Hollandais^ lorsque nous avons commencé la guerre contre l'Espagne. 11 faudrait bien se souvenir en ce cas d'obliger les Anglais en termes exprès de ne point changer l'état de la religion dans les lieux qui seront conquis par leurs armes, si ce n'est pour y faire Texercice public de la leur, sans toutefois occuper pour cet effet aucune des églises qui appartiennent aux catholiques et sans pouvoir chasser aucuns religieux ni ecclésiastiques. El j'estime ce point si important qu'il faut nettement déclarer l'intention du Roi aux Anglais et les faire expliquer en mêmes termes de la leur ; car s'ils prétendaient, au lieu d'une guerre d'État contre l'Espagne, d'en faire une de religion contre les Flamands, je ne crois pas que le Roi pût jamais s'y engager, quelque avantage qui lui en pût arriver. D'ailleurs il faut réduire de bonne foi les conditions à celles qui peuvent être accordées et pratiquées de part et d'autre avec honneur sur toutes choses. Je n'estime pas qu'il faille rien accorder aux Anglais, par «n traité ni par écrit^ en faveur des religionnaires de France, pour ne les her pas ensemble, de notre propre consentement, par un intérêt si sensible (|ue celui (le la religion. 11 se faut contenter de les assurer de

bouche que le roi traitera toujours fort Inen ses sujets <le la religion prét^idue réformée^ et ne souffrira point qu'il soit fait dans son royaume^ à leur préjudice^ aucune contravention aux édits de participation.

Pour ce qui est du commerce, il faut bien prendre garde que toutes tes conditions qui seront accordées soient égales de part et d'autre^ non-seulement pour les paroles^ mais pour reffet.

Quant à Tarticle des princes d'Angleterre et autres sujets de cette République réfugiés en France , comme d'un côté ce serait une espèce de honte à un souverain de ne pouvoir pas donner retraite et sûreté à des princes malheureux qui sont ses parents^ et de ne pouvoir pas seulement exercer les droits d'hospitalité en leur endroit^ il faut aussi considérer que^ cet article contenant les principaux et plus justes sujets de jalousie des Anglais^ il ne serait pas juste que, pour un simple acte d'hospitalité, nous perdissions l'occasion d'avoir l'Angleterre avec la France contre l'Espagne. La prudence veut donc, s'ils se portent à cette union sincèrement, que l'on guérisse leur appréhension et que l'on mette leur esprit en repos sur ce sujet.

Le tempérament le plus honnête qu'on puisse pre&dre est d'assurer en particulier le Protecteur, de bouche, que, le traité étant résolu et toutes les conditions accordées, l'on trouvera moyen de faire passer le duc d'York, par quelque voie civile, auprès de son frère. Je crois même qu'on pourrait en ce cas ménager, .pour ne laisser point de prétexte de plainte et éviter que, si les Anglais envoient ici quelque ambassade, il n'arrivât point de différend entre leurs domestiques et ceux de la maison de la reine d'Angleterre, qu'on assignât quelque ville du royaume à ladite dame reine, par forme d'apanage, où elle se pourrait retirer avec le duc de Glocester, lequel dans son âge plus avancé, où ses desseins pourront donner quelque

ombragi-, sera reiivoyii auprès du roi son frère. Util poar les âulrM sujeti de Is République qui sont de moindre condition et des(]uelR on n'a pas lieu d'avoir la même apprAwnnOD, il semble que de quelque nation qu'ils loient , ou Anglaii, ou ËcoMais, ou Irlandais, on ne doit pas prirer Sa Majesté dn service qu'elle en peut recevoir dans ses années, et on se doit contenter des termes de l'article latin qui a ëté projeté, qui pounoit suflisamment à la sûreté des uns et des autres , empAcliant que ceux k qui l'on donnera retraite dans l'un des États entreprennent rien contre l'autre, et qu'en cas de plainte BU contraire bien jus tiSée, on soit obli^ de part et d'autre de les faire châtier, de les livrer, ou de les cluuser.

Il faut ajouter à tout cela qu'il ne serait pas juste, à toute eitrémiti^, d'accorder aucune condition ni sur le commerce, ni sur la religion, qui ne soit réciproque, c'est-à-dire qu'il n'en soit autant accordé en faveur du roi et de ses sujets que de la République d'Angleterre et de ses lujets. Encore faul-il observer soigneusement que l'égalité, qu'il faut conserver an toute chose, doit frtre pliitdt dans l'efTet que dans les paroles, parce qu'il y a des conditions qui paraissent bien égales, mais qui ne le sont pas.

Celle de n'obliger point les valsseaui de part ni d'autre à débarquer leurs convois est de cette nature, parca que lesAnglais n'ont point accoutumé de faire débarquer ceux des nOtres, comme nous ne faisons rien à l'égard des leurs ailleurs qu'en la rivière de Bordeaux, où nous ne pouvons aucunement nous départir de ce qui a été pratiqué de tout temps, sans nous exposer à de très-grands périli> les Borde' lais étant naturellement changeants et remuants, et leurs ports étant quelquefois remplis d'un nombre de vaisseaux anjçlais capables d'une grande entreprise, pour peu d'assii- [;inco qu'ils reçussent de ceux de dedans.

Olli; <li' dëfenilre Ici représailles sur la terro, cl non pa-^

UISTOHIQUKS. 183

sur la mer^ est encore de cette nature, et n'est proposée qu'à dessein de continuer les déprédations que font leurs vaisseaux de guerre, sans que nous puissions en tirer raison, par la saisie que nous pourrons faire de leurs effets en France, qui est une subtilité grossière^ à laquelle on aurait doublement tort de se laisser- surprendre.

481 l)0( TMENTS

(Page loi.]

M. de Bordtaux à M. de Brienne.

Luudres, 12 octobre 1654.

.••. Je ne doutais pas d^ayoir aujourd'hui une conférence, sans l'accident qui arriva le même vendredi à M. le Protecteur et au secrétaire dans Hydepark où ils s'étaient allés promener tous deux seuls. Le premier avait pris la place de cocher pour mieux reconnaître de jeunes chevaux attelés à son carrosse. Ils n'eurent pas sitôt i*econnu le changement de main qu'ils s'emportèrent^ et que le mouvement du carrostse jeta M. le Protecteur sur le timon^ puis en terre entre les chevaux qui le traînèrent quelques pas^ son soulier étant accroché aux harnais; et enfin^ s'en étant détaché^ il demeura sous la longueur du carrosse^ sans que les roues l'offensassent. Pendant ce désordre^ un pistolet de poche qu'il porte chargé à balle se débanda aussi, sans le blesser, et de tout cet accident il ne lui reste que quelques meurtrissures à l'estomac, qui l'ont obligé de se faire soigner et garder la chambre. Le secrétaire ne courut pas tant de danger; néanmoins il en reste plus incommodé, s'étant démis le pied en sautant hors du carrosse, et il fallut les ramener tous deux en chaise....

HISTORIQUES. 48ri

{Page 180.)

M. de Bordeaux à M. de Brienne.

Londrat, 21 déeembrc 16&4,

.... Il parait que les difficulté3 qui semblent nous arrêter ne sont pas les seules causes de tant de remises ; beaucoup de considérations particulières et domestiques y peuvent contribuer. Mais la plus vraisemblable est rintérèt qu'a le Protecteur de donner un amusement à ses troupes, et à soi un prétexte d^entrétenir une armée. C'est le raisonnement général dont on se sert pour appuyer sa conduite présente à notre endroit ; et quoiqu'on ne le croie pas assez établi ni puissant pour oser entreprendre la guerre, néanmoins je ne vois point que, du côté du Parlement, ses desseins puissent être interrompus, après que ce corps lui a remis la disposition de la flotte et de l'entreprise qu'il projetait, sans même en demander la communication ; et il ne faut pas prendre fondement sur la réduction des levées, ni sur les délibérations tendantes à la réformation d'une partie de la milice, puisque les députés du corps lui ayant depuis peu été envoyés pour en conférer avec lui, il leur refusa d'y consentir, et déclara que, si l'on n'augmentait les impositions, il donnerait des quartiers aux troupes ; même cette ouverture de réduction a été faite, à ce qu'on prétend, par ceux de sa faction, à dessein de brouiller le Parlement. avec l'armée.

tHti DOCrMENTS

(Pageia3.)

Olirarius Rtip. Angliœ, Scoixœ et Hibemiœ, etc., serenissimo potentissimoque régi Philippo IV"* , régi Hispaniarum, etc., salutem.

Serenisflime potentissimeque rex^ Quandoquidemnavigationis et commercii hujus Reipublicae populorumqueejus securitati ettutelae, classem navium bellicarum in mare Medilerraneum mittere necessarium duximuS; visum est nobis Hiyestatem Vestram bac de re certiorem facere; nosque id de aoimo minime fecisse, quo ullîs e coqfederatis et amicis nostris (in quorum numéro Majestatem Vestram babemus) quantamcumque molestiam exbibeamos. Verum e contra generali nostro Roberto Blake, quem classi pnefecimus, firmiter in mandatis dedimus uti cum omni gratià et benevolentià erga eos sese gerat. De reciproco vestro in nos favore nibilo secius dubitantes, ita ut quotiescumque classis nostra portas et stationes vestras appulerit^ coemendi commeatus alîAve nccessarià causât ea bonis omnibus officiis excipiatur. Quod Majestatem Vestram bis nostris litteris roga* muS| qaodque prœfecto genqrali nostro, quotiescumque Majestatem Vestram vel prœfectos vestros et ministros locorum quos adiré necessum habeat, compellandi vel per nunèios aut litteras alloquendi occasio erit, plenariam fidem adbibere yelitis. Deus opt. et max. Majestatem Vestram sospitet et tueatur*

Dab. ex albâ aulâWestmonasterii,

Quinto die Augusti, styl. \et.

An. 1654,

Vester bonus ami eus

Olivarius p.

lIISTORigrKS. 487

iPage 18(5..

I " }f. de hordeau.r à M, de ttrienne.

J.ondre«, 26 octobre i654.

Le Parlement ne donne point sujet de rien écrire. Il s'est occupé toute la semaine passée à des affaires de peu de conséquence. Seulement Tarticle de la succession à la charge de Protecteur a été mis sur le tapis. Les enfants de Son Altesse^ son beau-frère^ son gendre^ et le major général Lambert furent proposés ; mais avant que l'on Tint aux avis ^ un membre ayant requis pour l'intérêt de la ville^ qu'on délibérât sur les moyens d'avoir de l'huile de baleine^ il ne se parla plus de la succession; même l'on veut que cette question ne s'agitera pas de plusieurs jours^ crainte qu^elle ne soit décidée au préjudice de la famille de M. le Protecteur^ le corps se remplissant tous les jours de députés peu i^ffectionnés à ses intérêts^ et d'ailleurs l'armée n'étant point toute d'un même esprit sur ce sujet. Pour capter la bienveillance des soldats^ leur paye a été depuis peu augmentée : les officiers des troupes nouvellement levées pour être embarquées ont aussi reçu de l'argent^ et l'on veut que le départ de cette flotte s'approche : celle de Blake s'est remise en mer pour le détroit^ et il est échappé^ à une personne assez bien avec ce gouvernement , qu'il nous le ferait payer et vengerait les injures que l'Angleterre a reçues dans la mer Méditerranée^ de nos armateurs. Ce peuvent être des menaces^ mais nâmmoins^ il est bon que nos vaisseaux ne tombent pas entre l6w*6 mains* La voix publique a fait tous ces jours M. le

C^'iiir^u,nm tu * mari flta il.^mQom nmiir lir Miêimg orna tanu^iM '^^tifr-n ûmv «r.*^

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A <«4te «jecA^ioa. il le ocvite de Molina^ tun'f t la lettre *:'yw\fi*^ p4ir V. M. : elle est da Proteftenr, (|iii prîeV. M.

HISTORIQUES. ArU

que les Anglais soient reçus avec bonté dans les ports et autres États de V. M. *

Le conseil d'État ayant pris connaissance de tout cela, comme V. M. Tavait ordonné^ le marquis de Leganes^ le duc de San Lucar, le marquis de Valparaiso et les comtes de Peiiaranda et d'Oâate étant présents^ est d'avis qu'il faut remercier le comte deMolina de Tavis donné par lui de Tarriyée de la flotte anglaise^ mais qu'à ce sujet il n'y a rien à proposer à V. M.

Quant à la lettre du Protecteur à Y. M. que l'on joint ici^ le Conseil s'est arrêté un instant sur la forme de courtoisie qu^ se trouve au-dessus de la signature et qui est étrange ; mais en admettant même que l'état actuel des affaires exige qu'on dissimule ce que l'on peut penser à cet égards la seule chose qui paraisse convenable au Conseil est dé ne pas répondi*e pour le moment à cette lettre, mais plutôt d'ëcrirç à don Alonzo de Cardeâas sous quelque autre prétexte^ en l'informant en même temps qu'on a envoyé aux ports de mer des ' ordres qui enjoignent de bien recevoir la flotte anglaise et que la flotte était arrivée. Y. M. ordonnera ce qu'il lui plaira.

1 Documents historiques, n» XI.

4l>i OOrrMENTS

quo le soûl bruit do cotle entreprise est cause que de toute la campagne les Espagnols n'ont pu tirer un seul homme, ni argent^ ni blé dudit royaume pour envoyer à Taccoutimiée en Catalogne, en le Milanais^ en Flandres et ailleurs^ ce qui n'^t pas le moindre avantage que nous nous eussions proposé.

Je vous ai déjà mandé que la caution proposée par l'officier écossais, pour sûreté du prix de Balevée^ n'était pas suffisante^ et que, s'il en pouvait donner quelque autre, vous n'auriez qu*à conclure aussitôt. Je vous confirme la même chose, et l'on considère bien qu'en cas de rupture de l'Angleterre avec nous, ces gens-là ne nous seraient peut-être pas inutiles dans leur pays ; mais en ce cas là, si le bien de son service le requérait, le roi pourrait aisément y en renvoyer d'autres plus aguerris, et les faire soutenir par des forces bien plus considérables. Néanmoins, je ne désespère pas encore de l'accommodement, et ce n'est possible pas une conjecture trop hors d'apparence que ces délais du Protecteur puissent procéder en partie de ce qu'il attendait des nouvelles du succès du voyage de Blake , lequel il s'est imaginé devoir faire de grands exploits contre nos flottes, étant bien aise, avant de conclure, de faire par là sa dernière main et réserver ce morceau, comme l'on dit, pour la bonne bouche; car quelques bonnes paroles qu'on vous ait données à Londres sur le sujet dudit Blake , il s'est vanté partout qu'il allait exprès pour attaquer M. de Guise, ainsi que j'ai dit cy-dessus.

(Page 198.)

Don Alonzo de Cardenoê au roi d'Espagne Philippe I V.

Londres, 28 janvier 1655.

Sire,

Dans la lettre du 4 novembre qui est une réponse aux lettres adressée» par moi à don Louis de Haro, Votre Majesté me fait dire qu'après avoir réfléchi sur toutes ces dépèches, ainsi que sur les dépêches antérieures écrites par moi depuis la mort du résident anglais Ascham^ on y voit peu de conséquence^ et que cela vient de ce que je n'ai pas de bons renseignements ; que Votre Majesté ayant été le premier à reconnaître la Républiqued'Angleterre et à désigner un ambassadeur auprès d'elle au milieu de ses bouleversements^ il est surprenant que les Hollandais^ les Suédois, les Danois et les Portuguais aient conclu des traités de paix avec l'Angleterre , que les Français soient sur le point de s^arranger avec elle, et qu'il n'y ait que les intérêts de V. M. qui n'aient reçu aucune satisfaction, bien qu'ils fussent les premiers l'objet desnégocia« tions, et bien que la première négociation ne fût qu'un simple renouvellement de la paix existante entre le^ États de V.. M. et cette République. V. M. me dit que si , après que le Protecteur fut proclamé, on m'envoya des instructions à l'effet de conclure avec lui une alliance contre la France, ce fut d'après mon propre avis et sur mes propres instances^ que c'était par la même raison qu'on avait fait tant de frais, plus que nécessaires , de courtoisie et de prévenances envers le Protecteur et envers cette République, quoique j'aie ensuite,

dans mes deniiùrcs lettres , désappmuTé toul cela comme mi proc^^ préjudiciable et employé fort mal-i propos dans les négociations avec les Anglais.

Comme je crois de mon detoir de répondre i tous ces points, je me vois obligé, en premier lieu, de faire observer à V. H. que, si mes lettres n'ont pas eu de conséquence , non Keulement cela pouvait bcilemeut arriver dans un gouvernement aussi irrcgulier et aussi agité comme celui de l'Angleterre , mais cela devait nécessairement arriver, car mes avis changeaient selon les événements si nombreux et si variés qui ont eu lieu ici. Tout ce que je m'elTorcais d'atteindre, c'était que mes renseignements fussent exacts au mofilent où je les tiansmeltaisj or ils ne l'auraient pas été s'ils avaient eu quelque suite. Toutefois reconnaissant qu'ils ne pouvaient pas l'Atrc, j'ai appelé aussi l'attention de V. H. sur cette circonstance dans les différentes dépêches adressées au sujet de ces changements.

D'ailleurs tous les avis que je fournissais à V. M. étaient regardés comme certains par tout le monde ici ; le dessein sur les Indes a été le seul qu'on n'ait pas pu deviner, attendu que le Protecteur l'avait soigneusement caché b. ceux de qui je pouTUS l'apprendre, pewuadé que le secret faciliterait l'exécution du projet, qu'il tiendrait en suspens tous les princes, et inspii'erait au Parlement des craintes qui l'empëcheraJent de prendre des résolutions que le Protecteur pouvait redouter. Mais comme il était nécessaire de s'appuyer sur certaines présomptions pour deviner ce dessein, j'ai cru devoir les exposer toutes h Y. M. en rendant compte des opinions qui se produisaient au sujet de cette expédition.

Quant à ce que V. M. dit qu'ElIc a été le premier souverain qui ut reconnu cotte République et désigné auprès d'elle un auibassadeui', que celte République a fait la paix avec plusieui-s jii'inces et États, et que les Intérêts de Vi M; seuls n'ont pas

reçu de solution, je dois faire observer à V. M. que^ pendant deux ans depuis la mort du roi Charles , je ne pouvais pas traiter avec le Parlement^ que je n^avais accès auprès d^aucua des ministres du Parlement^ que je me trouvais sans lettres de créance^ supportant tous les désagréments qu'on me faisait subir, que je demandais à Y. M. de me les envoyer ou de m'ordonner de m'éloigner d'ici^ attendu que je ne pourrais pas rester à cette cour sans reconnaître la République* C'est ce que j'ai exposé à Y. M. dans presque toutes mes dépêches d'alors. Y. M. daigna me faire parvenir mes lettres de créance auprès du Parlement en laissant à ma discrétion de m'en servir^ ou bien^ dans le cas où je ne m'en servirais pas^ de quitter Londres, cooune Y. M. m'ordonnait dans ce cas. Il me parut nécessaire , par les raisons exposées dans ma dépêche du 23 janvier 1 651 ^ de reconnaître la RépubUque, et ^ de cette démarche, il est résulté des avantages dont parle la même dépèche ainsi que d'autres qui s'en suivirent plus tard.

Me trouvant nanti d'une autorisation pour négocier avec le Parlement, j'ai reçu de Y. M. l'ordre d'aborder le renouvellem'ent du traité de paix ; c'est ce que j'ai £ut malgré une vive opposition des presbytériens qui, prenant pour prétexte le meurtre du résident Ascbam, voulaient empêcher la République de traiter avec moi avant que les prévenus de l'assaisi-* nat ne fussent punis. Le Parlement se montra très-lent dans cette négociation , désirant qu'avant de la conclure on lui donnât satisfaction sur ce point; cependant la négociation était déjà bien avancée avec les commissaires du Parlement d'alors> car il ne s'agissait plus que des points auxquels je ne pduvais consentir et qui étaient celui du commerce des Indes, celui de l'inquisition et celui du paiement inégal des droits entre les sujets anglais et les sujets de Y. M. ; quoique sur ce troisième point on eût pu trouver un terme d'accommodement que les Anglais étaient disposés à accepter et auquel je pouvais cou'^

sentir^ si tels avaient été les ordres deV. M. En avril 1653 eut lieu la dissolution du Parlement^ et le général Cromwell créa un nouveau Clonseil d'État composé dliommes jouissant de sa confiance, plus favorables aux Hollandais et jaloux de mettre fin à une guerre qui coûtait déjà tant à l'Angleterre et qui causait tant d'embarras à Cromwell . Celui-ci s'étant élevé au gouvernement de la République avec le titre de Protecteur pressa l'arrangement avec la Hollande^ et conclut un traité de paix qui toutefois est si embrouillé qu'il n'y a presque personne qui y comprenne quelque chose, en sorte qu'il s'élève chaque jour des difficultés sur la manière dont on doit l'entendre^ et on croit que les explications qu'on donne de ses articles ne suffiront pas pour déterminer avec précision le sens du traité. En outre c'est un traité dé paix qui a causé un si grand désaccord entre les sept provinces qu'on ne croit pas qu'excepté la Hollande, les autres l'acceptent ; car les autres provinces prétendent qu'en le ratifiant on a commis une supercherie , attendu qu'on ne leur avait pas fait part de l'article secret pour l'exclusion du prince d'Orange y article auquel elles ne yeulent pas consentir.

La paix avec le Danemarck a dépendu de la Hollande^ et a été en quelque sorte un appendice de la paix avec celle-ci, les Hollandais ayant déclaré qu'ils ne pouvaient pas, sans cela, faire la paix avec la République d'Angleterre, car ils s'étaient engagés à cela avec le roi de Danemarck.

Quant à la paix avec la Suède, la République avait cherché à la conclure promptcment pour assurer le conunerce de la mer Baltique^ dans la crainte que la reine de Suède ne s'entendit avec le Danemarck et n^entravât le commerce, conune effectivement ce royaume y ti'availlait.

La paix avec le Portugal avait été conclue à l'époque du premier Parlement; mais comme les Portugais n'avaient pas payé certaines sommes qui^ selon l'Angleterre et les négo-

ciants anglais, (levaient être acquittées avant la conclusion définitive de rarrangement, la paix fut rompue^ et Juan de Guimaraez^ ambassadeur du tyran de Portugal, retourna à Lisbonne. Depuis il se décida à envoyer à Londres le comte de Peiiaguiona pour reprendre les négociations ; et comme les hommes du gouvernement actuel (d'Angleterre) tenaient beaucoup à recouvrer les sommes dues et attachaient beaucoup de prix aux conditions avantageuses que les Portugais leur offraient dans le commerce, la paix a été conclue et signée de la manière dont j'ai rendu compte dans le temps à y. M. La promulgation de ce traité ne doit avoir lieu que lorsqu'il sera ratifié par le Portugal et lorsque les sommes que TAngleterre réclame auront été payées. Quoique les six mois fixés dans la convention pour la ratification et le payement aient été écoulés le 2^ de ce mois^ on n'entend pas parler que l'une ou l'autre aient eu lieu ; au contraire, on assure que^ parmi les conditions de la convention, il s'en trouve une qui dit que les vingt-six pour cent payés lors de la rébellion seront réduits à vingt-trois pour cent , et que les Portugais ne veulent pas y souscrire^ mais demandent tout à raison de vingt-six; tout cela indépendamment de l'article de la nouvelle convention dont on se montre ici peu satisfait. Si par les prochaines lettres on n'apprend pas la ratification et le payement^ le traité sera rompu et les choses redeviendront ce qu'elles étaient auparavant.

Il n'est pas étonnant que les Anglais cherchent à conclure la paix avec la France^ puisqu'ils espèrent en tirer tant d'argent ; mais quoiqu'il y ait déjà quelque temps qu'on la dise conclue, jusqu'à présent elle ne l'est pas, et je ne néglige rien pour la faire manquer à l'aide de mes amis.

Quant à la paix à conclure avec V. M., on en a parlé plusieurs fois dans le Conseil. J'ai entendu dire que le Protecteur disait qu'il y avait guerre avec la Hollande et avec le T. II. 32

DaneiBU'k; qu'a>ec le Portugal et avec la France il n^y avait pas de paix ; mais que comme il existait une paix avec V. M., le retard (apporté au renouvellement de cette paix) importait peu. Le retard provient, dit-il| de ce que je ne veux pas consentir à ce que TAngleteire demande ; diffieulié telle que, si elle avait existé dans les ti'ailés de paix dont il vient d'âtre parlé plus baut, ils n^auraienl jamais été conclus ^ comme elle existe maintenant qu'il s'agit (seulement) de renouveler la paix avec y< M., il n'est pas surprenant que la conclusion en soit retardée, puisque je ne peux pas souscrire aux deux points que les Anglais demandent, savoir celui qui touche aux Indes et celui de l'Inquisition^ V. M. me l'ayant défendu* Le retard est d'autant moins surprenant que la négociation a été suspendue par suite de Teuverture des négociations secrètes relatives à l'^^liance de Y. M. avec la République d'Angleterre, dans le but de lui faire rompre ses relations avec la France, négociations qui étaient déjà assea avancées. Comme les moye^is prompts qu'on avait offerts (à l'Angleterre) ne se sont pas trouvés en Flandre, et que d'un autre côté la République (d'Angleterre) n'était pas assez disposée à remplir ses engagements, les négociations et la conclusion du traité ont été suspendus; or^ tant pour ce traité (contre la France) que pour le renouvellement de l'ancien traité de paix, j'avais sans cesse prié V. M. de me faire envoyer des instructions qui pussent me servir de gouverne. De tout cela il résulte que ce n'est pas sur mes in~ stances que ces négociations ont été entamées, mais que Y* M. m'ayant ordonné, dans différentes dépêches* de frayer laToie à un traité d'alliance, j'ai dû demander des instructions, afin de pouvoir mieux y réussir.

En présentant à Yolre Majesté un aperçu du caractère des Anglais^ je n'avais aucune intention de désappi*ouver ce qui s^était fait avec eux^ ou de trouver mauvais qu'on leur ail fait

des oujoieries et et» avances \ c'était parce que je croyais nécessaire que Y. M. se reddU bien compte du eàrftctère de ce peuple, aÉin de pouroir y aceenraioder la làaiiiit^ dont ou traiterait avec lui^ dès que les cirMistahtes eu Ëlpagne le permêttraientt Quoique le earàctëté de oe |letiple soit) en effets tel que je Tai dépeint dans ladite dépêche, je n6 trouvé pas potir Gela qu'on ait agi mal à propos en cherohàfit à Fam&-> douer, lorsque Tétat de nos effaites et les circonstances d^a-^ lors l'exigeaient» Celte manière d'agir e^t souvent la plus oof> venable^ et il arrive qu'un prince agit d'après sa coilvenance dans un cas d'une manière^ et d'une autre manière dans un autre cas. C'est ainsi que^ dans la manière dont On a traité avec les Anglais, on a plutôt tenu compte de nos besoins que du caractère de ce peuple» et cependant il m'a paru nécessaire d'infoi^mei^ Vi Mi de tout, comme je l'ai foit. Si mes dépêches sdnt Susceptibles d'être interprétées datid Un sens difféi-ent, le mien a été celui que je viens de dire, et la différence provient de ce qiie je h^ài pàs réussi à m'expliquer clairement.

QUailt au dernier point ié la dépêche de V. M., dans lequel V. M. trouve étrange que je demande un congé pour retourner en Espagne après quatre ans (encore que V. inl. n'ait pas daigné me l'accorder), ei après les dix-huit années de mou séjour dans ce pays, ce que je puis dire à cette occasion, c'est que mon intention n'était pas de quitter ce pays avant lo printemps; j ai pensé qu'à cette époque bn coniiaitrait déjà l'issue dé la paix à conclure avec là France , et le sort du Parlement actuel, ainsi que la situation dans îaquefie se trouverait le Protecteur; car alors, s'il ne voulait ou ne pouvait s'allier avec V. M. pour rompre avec la France*, et s'il s'obstinait à ne pas vouloir renouveler le traité, à moins qu'on ne lui accordât les points relatifs aux Indes et à l'Inquisition^ je ne vois pas quelle utilité il y aurait h ce que je restasse ici;

au contraire^ je crois qu^ii y en aurait à me faire quitter ce payS; car si la flotte qui s'est rendue aux Indes attaquait quelque point des possessions de Y. M., ce serait un grand déshonneur de solliciter la paix ou de conserver un ambassadeur dans un État dont le chef aurait agi avec tant de perfidie^ et en manquant à tant d'obligations contractées envers Y. M. Kt d'ailleurs^ la tristesse et la mauvaise sanlé m'obligent de prier humblement Y. M., comme je le fais, de me déchaîner des fondions que je remplis, par les raisons que je viens d'exposer ; je désire les plus grands succès possibles dans le service du roi , et c'est le seul but que j'aie en vue dans tout ce que je propose à Yotre Majesté, dont Dieu veuille garder la très-catholique et royale personne.

(Ci-incluse est une lettre antérieure du même don Alonzo à don Gerobîmo de la Terre, datée de Londres du 38 janvier ^ 655, et dans laquelle se trouve ce passage :)

.... On s'attend ici à des changements par suite du désaccord entre le Parlement et le Protecteur; d'où beaucoup de personnes concluent que le Parlement n'achèvera pas son temps^ bien qu'il ne lui manque plus que seize jours -, ou croit que le Protecteur le dissoudra auparavant, à cause des restrictions et des limites dont le Parlement veut entourer son autorité. Le Protecteur n'a donc d'autre ressource que de dissoudre le Parlement avant que celui-ci fasse passer dans un acte les résolutions qu'il a prises sur la formation du gouvernement, et avant qu'il le promulgue. Si le Protecteur dissout le Parlement, cette mesure sera mal reçue par le peuple et ne fera qu'accroître la haine qu'on lui porte déjà généralement. Que Dieu garde , etc. , etc.

, CPage 202.}

1" }L de Bordeaux à M. de Brienne.

Londrei, 19 octobre 16j4.

.... 11 reste à décider : premièrement , si M. le Protecteur^ dans ^instrument qui lui demeurera, se nommera devant le roi. Lesdits commissaires se fondent sur Texemple des traités faits avec la Suède , le Danemark et le Portugal , et le déshonneur que recevrait leur nation^ s'il en était usé autrement; et^ nonobstant les raisons et différences d'entre le roi de France et les autres princes dont j'aie pu me servir, ils sont demeurés fermes sur cette prétention, et je vois peu d'apparence pour les faire relâcher, ni d'autre expédient pour lever cette difQculté que de ne pas signer l'instrument qui me sera donné; aussi en voudront-ils user de même à l'égard du mien. • . .

(Et plus bas :)

.... L'article des rebelles fait la dernière difficulté. Ils ne veulent point passer dans les termes généraux, et se réduisent à l'éloignement du roi d'Angleterre sous le nom de ûls aîné du défunt roi, des ducs d'York, de Glocester et des autres dénommés dans le mémoire que j'ai envoyé à la réserve néanmoins d'Inchiquin , Preston et Montagne , mais avec des expressions désobligeantes à l'égard du roi d'Angleterre , et qui pourraient tous les jours exciter quelques nouvelles contestations sur la conduite des Anglais, Écossais et Irlandais qui servent Sa Majesté et la reine d'AngleteiTe. Après une

lonp^ue contestation^ je suis demeuré d'accord de réloignemeDt des deux premiers, du troisième dans dix ans, et de conœToir Tarticle en ces termes que^ pour faire cesser tous les sujets de soupçon d'entre la France etrAngleterre, je promets^ au nom de Sa Majesté, qu'Elle n'admettra point dans son royaume, et qu'elles n'y séjourneront pas quarante jours après la ratification du présent traité, les personnes dénommées dans le catalogue qui sera ajouté audit article ; et qu'il en sera usé de même, de la part de cette République, à l'égard des Français dont je donnerai les noms, et qu'encore que ledit article, qui sera réputé secret, ne soit point inséré au traité fait ce même jour, il ne laissera pas d'avoir jutant de force et sera ratifié dans le même temps et en la même manière. Quoique ces termes les dussent satisfaire, ils m'ont encore remis jusques à ce que Son Altesse en ait eu communication, etce qui semble les blesser est de ne voir point que cet article fasse partie dg l'autre traité. Ils veulent aussi que je déclare présentement les Qoms de ceux que Sa Majesté ne veut pas souffrir en AngleteiTe, et généralement le moindre changement de mots forme un grand obstacle....

(Et plus bas:)

.... Il ne faut pas s'attendre que, quelque révolution qui puisse arriver dans l'Angleterre, à moins du rétablisseiBeot du roi , apparemment tràs^éloigné, l'on puisse riaa obtenir (quant aui titre et rang dans le traité) la condition qui paraît la plus rude ayant été prétendue par le vieux Parlement.... même depuis que notre traité s'est réduit à une rëvooation des lettres de représaille, et ne se trouvant p^s moins à cœur aux espi its républicains qu'au Protecteur dont l'autorité est eùfû^ battue par eux seuls, quoi qu'en écrive et qu'en croie l'am" bassadeur d'Espagne qui se trompe dans ses conjectures el

HISTORIQUES. 5ai

dont les sontimonts sur cette matière m'ont été rapportés assez exactement. Les plus clairvoyants dans les affaires de cet Ëtat veulent qu'elle ne sera pas guères moindre qu'était celle des rois^qu'il aura de plus la disposition d'une ^rmée et4'une flotte considérables, et que^ sans Taliénation de l'une et de l'autrei ni les Presbytérien^, ni le Parlement ne seraient pa9 capables de l'ébranler. Ce dernier lui a bien lié les maips pour les levées d^argent qui n'étaient pas aussi permises au roi, et parle de réformer l'armée. Même quelques commissaires du corps ont entré en conférence avec M. le Protecteur. Elle n'a produit que la réduction du nombre des régiments, dont les soldats doivent être incorporés dans les aytrçs, et l'on prétend quMl l'a désirée pour avoir prétexte de ca9ser quelques colonels qui ont paru depuis peu fort contraires à son gouvernement. Ce n'est pas que je le voulusse garantir si bien établi que quelque changement ne puisse amver; mais il y a beaucoup plus d'apparence à sa conservation qu'à sa mine ; et comme cette dernière ne rétablirait pas le roi d'Angleterre, et qu'un traité desimpie alliance, auquel nous parviendrions dans un changement, ne nous serait guères plus avantageux que celui qui m'est proposé, principalement s'il est ratifié par le Parlement, de quoi mef commissaire» sont convenus, ma pensée serait d'en presser la fin, les remise» PC pouvant que continuer l'interruption du commerce. Ainsi, Monsieur, je ne puis enooje être touché d'aucun remords ie vfi^ conduite passée; et, même après avojr examiné toutes les lettres qu'il vous a plu de m'é» crire, je n'en trouve aucune jusqu'à )iuit jours devantle Parlc^^ ment, qui pe m'ait prescrit de presser M* le Protecteur à une dernière résolution; et lorsque la veille de fia séance les coro« missaires du Conseil m'apportèrent son acquiescement à l'arbitrage de Hambourg et me proposèrent la signatui'e du traité, je leur donnai des articles en des termes que je croyais devoir éloigner, afin que je pusse cependant savoir encore plus pré-

V» HOCL'MKNTS

cisL'inent les inlcntion^ du roi sur l'article des rebelles qui seul pourrait recevoir difBcullé. J'ai réussi dans ce dessein puisque, jusques à ce jour, il ne m'a été donne aucune répoase, et que, û les afiaires du dedans de l'Angleterre eussent changé de face, je serais en état de changer aussi de proposition. Hais je me trouve encore persuadé que la conjoncture n'y est pas favorable; et néanmoins je ne suis pas attaché d'inclination à ce gouvernement et assez informé des différents intérêts de tous ceux qui me voient pour savoir balancer les avis. Je pourrais même dire que l'on a de la peine k trouver dans l' Angleterre un homme qui souhaite grand bien i M. le Protecteur parce qu'il n'en fait k personne, et les résolutions du Parlement sont si publiques que l'on ne les saurait ignorer, surtout quand elles lui sont désavantageuses....

a- A.C même ot* même.

.... L'un des commissaires me fît dire que M. le Protecteur n'en userait pas autrement avec la France qu'avec les autres couronnes, et que traitant au nom de la République, quoique son titre ne fût pas si relevé que celui du roi, il ne laissait pas d'être obligé pour maintenir l'honneur de la nation, de prendre le même rang et les mêmes prérogatives dont elle a joui dans les précédents traités. Cette prétention, quoique injuste, ne surprendra pas si l'on considère qu'il écrii et traite le Parlement d'Anglet«rre comme faisaient les rois , et se fail i-econnaitre pour chef de la République.

^"^ Le même au m&me.

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