ARTICLE SECRET
Afin qu'une voie plus facile soit ouverte pour arriver à établir dans le monde chrétien une paix solide et durable; pour prévenir toute jalousie qui pourrait s'élever de Tune ou de l'autre part, et les discordes même que les ennemis s'efforceront sans doute de semer entre ^Angleterre et la France,
IIISTOIUQUES. GOÔ
en proposant à l'une ou à l'autre séparément un traité particulier, dans la seule intention de briser Tunion qui existe dès à présent entre ces deux puissances, et de mettre à profit le dommage qui leur en surviendrait, comme ils ont déjà réussi à le faire en usant des mêmes manœuvres envers la France et la Hollande; il a été convenu ce qui suit entre les susdits plénipotentiaires, par cet article secret, qui -aura la même force et les mêmes effets que le traité aujourd'hui conclu, pour ce qui concerne la guerre projetée, lequel article sera aussi mutuellement ratifié et échangé ; ni rAngleterie ni la France ne pourront conclure, sinon d'un commun accord, aucune paix ni trêve ni autre pacte, avec la cour d'Espagne, dans tout l'espace de cette année, l'an de grâce mil six cent cinquante-sept, à dater de ce jour, le 23 mars; en outre, dans tout l'espace de cette année, aucune proposition de paix ni de trêve avec les Espagnols ne pourra être entendue par l'une des deux puissances sans qu^elle y fasse participer l'autre tout de suite et de bonne foi; et si, dans le cours de ladite année, la France, sur les instances du souverain Pontife et de la république vénitienne, consent à entrer en pourparlers pour le rétablissement de la paix publique, sur les confins des Pyrénées, en Flandre, ou en tout autre lieu, elle exigera, comme condition, que le Roi Catholique donne ses sauf-conduits dans la forme voulue, et avec les marques d'honneur en usage, aux plénipotentiaires anglais, pour qu'ils puissent assister à ces conférences, et y être reconnus et accueillis par les autres envoyés avec les honneurs qui leur sont dus.
Fait à Paris, le 23 mars de l'an de grâce 1657.
m> DOCUMENTS
(Page 369.)
1» M' de Bordeaux à M. de Brienne.
Londres, 4 Août 1656. ■
li est aussi certain que les levées d'Anglais coûtent beaucoup plus qu'aucunes autres^ parce que ce peuple étant assez accommodé^ il ne s'engage pas si facilement dans la guerre ; d'ailleurs notre service passe pour être un peu rude^ et le présent régime paye bien plus régulièrement et donne bien moins de &tigues à ses troupes.
(El plus bas :}
1<> Quatre mille hommes seront levés pour le service de France et débarqués en lieu sûr et coinmode, dont il sera convenu, au !•' 3e septembre prochain, si la conduite d'officiers nommés et ayant commission de Son Altesse est jugée raisonnable.
2o Lèsdits Quatre thille hommes se joindront à l'armée du rot pour rexécutioh de tel desSein qui sera accordé dé part et â'&utrè, et obéiront aux ordi-es dû général de ladite àriiiéë; suivant la discipline de la guerre.
3« Léâditâ hôinmes ne seront J)6int séparés ou dispersés, et ne fé'rbnt qu'un corps ou brigade, si ce n'est du consentement du commandant en chef de ladite brigade^ qui sera commis par Son Altesse.
4° Le roi des Français payera ici en Angleterre trois liv. st. et douze schellings * par tête à chaque soldat pour la levée et
* En marge : « Moiinoiy de France, 47 liv. 10 sousi »
transport^ et treize schellings quatre pence par téte^ pour Tachât d'armes^ tambours et drapeaux^ et aux officiers un entretien ou paye raisonnable; et sera ledit argent mis es mains de l'officier que S. A. nommera pour commencer la levée et faire les provisions nécessaires pour le transport.
^° S'il arrive que Son Altesse ait besoin^ pour son propre service, desdits quatre mille hommes^ ou de partie d'iceux, il en pourra disposer en {)ayant le prix de la levée à proportion du nombre qu'il prendra^ sur le produit susdit de trois livres douze schellings par tête.
60 LesditshommeS; tout le temps qu'ils serviront en France, seront payés et entretenus sur le plus haut pied d'aucune des autres troupes qui sont au service de France, et auront mêmes privilèges et avantages que ceux de quelque autre nation que ce puisse être.
70 II sera fait une pa^e a un mois au débarqué, tant aux officiers qu'aux soldats. .
go Le roi dès Français venant à congédier ïesdits quatre mille hommes, ou partie d'iceux, il leur sera donné pai^ avance, lors dudit congé, un mois de paye pour leur transport.
ttODinCATION.
Au lieu de trois livres sterling douze schellings par tête, mentionnés en rarticlé 4i, pour la levée et transport de chaque soldat, oh se cohtehterâ de trois livres sterling par tête,
Et il sera âù choix des français d'acheter eux-mêmes ici des arihes, si bon leur seinble.
L'entretien ou jpaye raisonnable des officiers dont il est parlé dans le inême article, sera un mois de paye par avance, sur le pied qu'on les paye en Angleterre, et d'un jour pour le commandant en chef.
Au lieu d'iin mois de paye demandé par l'article 7, ou se contentera d'un demi à leur déban^ué*
008 noCUMKNXi
â^" Le niéme au même.
Loadres, 22 septembre 1656.
Après avoir attendu seize jours Taudience que j'avais demandée à M. le Protecteur, il me Fa donnée ce soir. Ma réception à Whitehall ne doit point changer l'opinion où j'étais que cette remise extraordinaire procédait de quelque mécontentement. L'on m'a, contre l'ordinaire, tenu dans une salle longtemps devant que de m'admettre à l'audience; aucun ministre du Conseil ne m'a reçu ni accompagné à la sortie^ quoiqu'il en ait été usé autrement depuis mon séjour en Angleterre; cette différence ne m'a pas tant surpris que de voir M. le Protecteur prendre le maître des cérémonies pour interprète, qu'on soupçonne être des pensionnaires d'Espagne, et en cette qualité^ éloigné de toute confiance; je n'ai pas laissé de faire les civilités qui m'ont été ordonnées^ le remerciant de sa bonne volonté, et l'assurant qu'encore que Sa Majesté ne s'en prévale pas pour la présente campagne^ elle ne se croyait pas moins obligée de lui donner^ en toutes rencontres^ des marques de sa reconnaissance et de son affection. Je lui ai ensuite demandé la continuation de cette bonne disposition qu'il a fait paraître depuis notre disgrâce, et l'ai prié de souffrir la levée d'infanterie dont Sa Majesté aura besoin pour la campagne prochaine, lui répétant que la puissance de nos seules troupes était capable de faire perdre à l'Espagne la pensée d'appuyer les entreprises que le roi d'Ecosse pourrait former sur l' Angleterre... . Ces considérations m'ont donné un prétexte de convier à prendre des mesures pour la campagne prochaine, et de songer aux entreprises qui se pourraient former à l'avantage de la France et de l'Angleterre, lui témoignant que j'avais ordre d'en conlcrer avec lui, et que la dis-
{Htsilion qu'il (rouverait en Sa Majesté contirmerait la vérité de ce qui a été dit au sieur Lockbart sur le voyage de H, Lyonne. Hondit sieur le Protecteur a répondu ^ tous ces poiutg, sur lesquels je me suis assez éteodu & différentes reprises, avec des expressions générales pleines de satisfaction de ce que notre armée se trouvait en état de résister aux ennemis sans le secours que nous lui avions demandé. Il a aussi professé d'être toujours dans les mêmes sentiments, et prêt h favoriser nos desseins, remettant à un autre temps la conférence que je lui avais proposée sans la presser, et a paru infermé de la mauvaise foi de l'Empereur; mais il a passé fort légërement sur la négociation de H, Lyonne, affectant néanmoins de croire ce qui a été dit à son résident. Nous avons après parlé des desseins du roi d'Angleterre, de l'ordre qu'a reçu le duc d'York de passer en Flandre, et des diligences que faisait le marquis d'Ormond pour assembler un corps considérable d'Anglais, Écossais et Irois ; j'ai pris sur ce sujet occasion de parlerdu sei'vice que quelques sujets des Pi-ovinces- Unies rendaient avec leurs vaisseaux à l'Espagne, sans l'avoir pu engager d'approfondir cette matière, ni les affaires de Pologne, quoique j'en aie fait ouverture en lui disant pour nouvelles que les dernières lettres de M.d'Avaugour donnaient espérance d'un accommodement; et ne voyant pas jour de m'éclaircir sur aucun autre point, j'ai fmi mon audience par le député de Bourdeaui, en donnant parole qu'encore que sa conduite méritât un châtiment exemplaire, néanmoins le roi lui pardonnait en sa considération. Devant que de me remercier, il a demandé au secrétaire d'État si ce n'était point le protestant; j'ai relevé cette parole pour lui dire que sa religion était encore une des raisons qui devaient apporter de la difficulté à cette grâce ; non que Sa Majesté considérât moins ses sujets qui la professent que les autres, ou fût moins assuré de leur obéissance, mais parce qu'il ne pouvait souD'rir
que les États étrangers affectassent de les protéger. Ce discours n'a pas empêché que M. le Protecteur, après quelques civilités sur la complaisance dont le roi usait, n'ait loué nos religionnaires de la fidélité qu'ils ont témoignée en ces derniers temps. )e suis néanmoins sorti persuadé^ tant par ses paroles que par sa contenance, que les affiiires du dedans de TAngleterre occupent plus son esprit que celles du dehors, et sa conduite depuis peu de jours confirme qu'il a grande alarme ou grand dessein. Il manda samedi les officiers de l'armée, et leur dit que le roi d'Ecosse faisait de grands préparatifs contre l'Angleterre, que celui d'Espagne lui donnait un corps de dix mille hommes, et qu'encore que ces forces ne fussent pas à craindre, ils se devaient tenir sur leurs gardes et aviser ensemble aux moyens de se garantir, tant contre les ennemis étrangers que domestiques. Deux jours après, le chevalier Vane, le major général Ludiow et quelques autres de même faction, qui ont refusé de se soumettre au- gouvernement^ furent envoyés prisonniers en différents endroits; le premier a été puissant dans le Long Parlement, et les autres avaient toujours servi dans l'armée ; en même temps plusieurs royalistes ont été arrêtés, et tous les autres du même parti ont eu ordre de s'éloigner de dix lieues do Londres. Il a aussi été expédié beaucoup de commissions pour de nouvelles levées d'hommes, outie les recrues des vieilles troupes, qui font une garde aussi exacte dans la ville que si l'ennemi était aux portes ; et le gouverneur d'une des places de la côte a été arrêté pour n'avoir pas révélé qu'il lui avait été fait des offres de la part du roi d'Angleterre. Ces précautions ont pour prétexte une conspiration des royalistes et la mauvaise volonté des républicains. Mais beaucoup croient, et avec fondement, que l'on se sert du nom des premiers pour donner quelques alarmes à l'armée, et empêcher qu'elle ne s'intéresse au mauvais traitement que reçoivent les autres qui pro*
fessent aae chaleur extraordinaire pour la conservation des privilèges du peuple^ et qui ont même contribué^ entre autres ledit chevalier Vane^ à l'élévation du Protecteur qu'il appelait son frère ; la différence des intérêts a rompu cette alliauce.
30 Le cardinal Mazarin à M. de Bordeaux.
Paria, le 6 décembre 1656.
M. le colonel Lockhart est parti d'ici pour s'en retourner en Angleterre sans qu'il y ait rien de conclu ; il sait seulement ce qu'il y a à faire pour une liaison étroite ; et comme il en rendra compte de delà^ s'il se résout quelque chose^ vous en serez averti aussitôt. Je lui ai envoyé quatre des plus beaux chevaux de mon écurie^ deux coursiers de Naples et deux barbes, pour M. le Protecteur ; néanmoins il n'en faut pas faire d'éclat, et je Tai prié mémement de les présenter comme une bagatelle que j'avais en quelque façon destinée pour ledit sieur colonel.
Je commencerai au premier jour à vous faire remettre de l'argent pour travailler aux levées ^ je vous prie d'y bien appliquer. Vous pourres aussi conférer avec ledit sieur colo* nel Lockhart des moyens d'y mieux réussir; il y contribuera en tout ce qui lui sera possible.
4<> M. de Bordeauœ à M. de Brienm.
Londre$f 28 décembre 1656.
Il passe pour constant dans le public, et quelques particu* liers m'assurent que le secrétaire de don Àlonsso de Cardeûas a été depuis peu à Londres, a même logé pendant trois jours à Whitehall et a conféré avec quelqu'un du Conseil; qu'il
s'en est retourné le 21* de ce mois, et que son voyage ne sera pas sans quelque succès ; cette négociation est désavouée par toutes les personnes de la cour ; néanmoins la plupart des royalistes ne laissent pas d'en avoir l'alarme, et de croire que le succès ruinera entièrement leur parti.
5o if. de Bardeaux au cardinal Mazarin.
Londr«s, 25 jaavier 1657.
Je ferai toute diligence pour découvrir la vérité de ce que Votre Éminence m'écrit du voyage qu'a fait le secrétaire de Cardeilas. Ceux qui m'en avaient donné l'avis veulent qu'un moine irlandais^ son confesseur, qui était revenu ici de Flandre peu auparavant, eût ouvert cette négociation^ dont j'ai douté longtemps, et que j'ai différé d'écrire, jusqu'à ce que l'on m'ait assuré d'avoir vu ledit secrétaire. Si White a fait quelque intrigue, ce doit être avec la participation du Protecteur, puisqu'on ne l'a relâché de la prison où il était détenu, pour avoir reçu des lettres de Cardeûas, que peu de jours devant le prétendu voyage dudit secrétaire, et qu'il ne demeure en Angleterre que par la permission qui lui en est renouvelée de temps en temps. 11 a discontinué de me voir durant sa prison, et depuis je ne l'ai pu attirer chez moi, quoique je l'en aie convié, pour l'entendre sur cette négociation. Je sais aussi que le raiuistre Stoupe s'est mêlé de faire les ouvertures d'accommodement, sous le nom de M. le prince de Condé, et que M. le Protecteur lui permet d'entretenir commerce avec ses gens. Cette conduite et les avis différents qui m'ont été donnés m'avaient fait croire le voyage et les conférences dudit secrétaire ; mais il m'a aussi paru que l'un et l'autre pouvaient avoir été recherchés pour faii-e perdre aux royalistes d'Angleterre la confiance qu'ils ont à TËspa-
gney OU même pour donner de la jalousie à la France, et disposer Sa Majesté à mieux recevoir les propositions que porte le colonel Lockhart.
6» M, de Bordeaux au cardinal Mazarin.
Londrei, 7 janvier 1658.
.... J'ose^ monseigneur^ me promettre de la justice de Votre Éminence qu'Elle n'aura pas eu désagréable de voir qu'en servant le roi, et exécutant ses ordres, ma conduite aupi*ès de M. le Protecteur ait été telle qu'il lui en soit resté une entière satisfaction, et si bonne opinion de moi qu'il me trouve capable de remplir l'une des principales places auxquelles les personnes de ma profession doivent aspirer, et que même il m'en veuille faciliter l'entrée. Je crois aussi qu'après un jugement si avantageux, et une recommandation si puissante, je ne puis être blâmé d'avoir des prétentions relevées. Ce n'est pas que je ne reconns^isse que M. le Protecteur, parlant pour la charge de premier président, ne se soit plus considéré que mon ambition, puisque j'avoue qu'elle ne s'étendrait pas au delà d'une charge de président au mortier, l'ayant toujours bornée aux choses qui me paraissaient sans difficulté, et que je pouvais attendre de la bonté de Votre Éminence. Mes sentiments ne sont point si fort changés que, si elle ne peut user de toute la complaisance qu'op désire M. le Protecteur, je ne lui fasse connaître qu'en me faisant proférer à Tune des charges de président au mortier, elle a donné à sa prière tout ce que la conjoncture des affaires de France permettait, et que je ne reçoive cette préférence comme un des plus grands bienfaits que je puisse souhaiter. Je ne laisserai pas aussi; pour lever fous obsta-
cics; de me porter à tous les accomoiodementfl que ma fortune présente permettra, s'il plait à Votre Émmence de me faire savoir, ou à quelqu'un des miens, sa volonté; et je la prie très-humblement d'être persuadée que, quand le secours d'autrui, mes services, et d'autres motifs auraient part à l'établissement que je demande, je ne m'en tiendrais pas moins redevable à ses bontés, ni moins obligé d'être^ avec autant de zèle et de respect que je l'ai été par le passé, etc....
(Page 371.)
1» M. de Bordeaux à M. de Brierme.
Londres, 23 août 16^7.
.... Il ne faut pas que M. le Protecteur ait su le dépérissement des Anglais, puisqu'il ne m'en a rien témoigné. J'ai pourtant appris que, pour faire voir leur déplorable condition, quelques-uns d'entre eux avaient envoyé de notre pain de munition un peu différent de celui que Ton consomme ici d'ordinaire. S'ils sont employés, tous ces dégoûts passeront^ et Ton ne laissera pas d'en tirer bon service. C'est ce que souhaitent les bien affectionnés d'ici à la France.
Londres, 27 septembre 1657.
Je n^accusai point, par l'ordinaire précédent, la réception de la lettre qu'il vous a plu de m'écrire lors. L'arrivée de M. Talon à Londres le même jour m'en ôta le temps. 11 est venu demander, de la part de M. de Turenne, quatre mille hommes et des munitions de guerre pour entreprendre l'at* taque de Mardyke. Le général Reynolds, qui avait passé la mer avec lui, ayant pris le devant et vu M. le Protecteur à Hamptoncourt^ il s'en retourna aussitôt ici^ et^ sur le soir, je lui allai présenter le sieur Talon, qui remit entre ses mains son instruction et le mémoire des choses nécessaires^ sans en retirer aucune réponse. Elle fut renvoyée au lende-
main matin , et étant retournes à Whitehall pour la recevoir^ nous n'y flmes qu'examiner la carte de la côte et les avantages que ce régime recevrait de la conquête de Mardyke^ M. le Protecteur ayant encore demandé du temps pour se résoudre jusqu'à hier. Cependant, le sieur Reynolds avait témoigné que la proposition était fort agréable^ et que même l'on surseoirait le détachement qui se devait faire^ pour le service de Suède^ de deux régiments de vieilles troupes. M. le Protecteur nous avait aussi paru, comme ses entours, être assez porté à se prévaloir de Toccasion. Néanmoins, je le trouvai hier tout changé dans l'air de son visage et dans ses discours. Il me fit une récapitulation de tout ce qu'il m'avait dit, depuis que l'armée du roi s'était écartée de la côte de mer^ touchant l'inexécution du dernier traité, laissant assez ouvertement entendre qu'encore que> de sa part, il 7 eût satisfait^ nous n'en avions pas usé de même ; que nous avions plutôt songé à prendre Cambrai ; que l'entreprise ayant manqué^ nous avions porté nos armes devant Montmédy et attaqué Saint-Venant ; tous ces sièges ayant mis notre armée hors d'état de former aucun dessein considérable, sur la fin de la saison , je lui apportais de nouvelles propositions qui ne lui étaient d'aucun avantage, Mardyke ne se pouvant conserver sans grands frais; que ses autres desseins ne lui permettaient pas d'employer ses troupes à cette entreprise, et que, Dunkerque ne pouvant pas être attaqué^ Mardyke n'était pas capable de le dédommager des frais qu'il avait faits toute cette campagne, tenant une flotte toujours en état d'agir; que d'ailleurs le traité obligeait le roi à fournir les choses que l'on lui demandait, et qu'enfin son Conseil ne jugeait pas à propos qu'il se départît du traité. Ce discours, en termes assez plaintifs, m'obligea de repasser par toutes les considérations qui avaient empêché l'armée de Sa Majesté d'entreprendre vers la mer au commencement de la campagne^ de
me servir^de Teiemple de ce qui s'était passé devant Cambrai pour lui faire connaître le peu de succès que Ton devait espérer devant Dunkerque, et de lui dire^ sur le siège de Montmédy^ qu'il n'avait été entrepris que pour y attirer les ennemis^ et laisser à M. de Turenne plus de liberté d'approcher de lajner; qu'après sa prise^ nous avions attaqué Saint-Venant, pour avoir un passage sur la Lys^ sans lequel notre armée ne pouvait venir^ et que, depuis, les ennemis ayant empêché de passer la Golme, il avait, avec beaucoup d'adresse et de tactique, gagné la tête des rivières et pris le poste de Bourbourg, pour ensuite attaquer quelque place maritime où il croirait réussir. Mais toutes les forces de Flandre étant derrière le canal de Beipies , et Dunkerque ayant un corps d'armée assez considérable, il n'était pas possible de s'attacher à celle-ci, non plus qu'à Gravelines, à cause du grand corps de troupes qu'ils y ont jeté, et que Mardyke étant un poste dont la prise est nécessaire devant que de songer à cette première place, il avait cru suivre les intentions du roi, et faire à Son Altesse un service agréable, s'il le lui mettait entre les mains ; que je reconnaissais bien que, suivant les termes du traité, nous n'avions pas droit de lui demander nouveau secours d'hommes ni de munitions, qu'en payant; mais que, la saison étant bien avancée, et le roi se trouvant à Metz, d'où l'on ne peut avoir des ordres ni les provisions nécessaires si promptement que d'Angleterre, d'ailleurs, notre infanterie étant fort diminuée par les marches qu'elle a faites, et ce corps, que nous avions toujours conservé, sans l'exposer à aucun danger ou fatigue, afin de s'en prévaloir du côté de la mer, étant affaibli d'un tiers, et l'entreprise qui se propose n'étant que de trois ou quatre jours, il semblait que M. le Protecteur ne devait pas plaindre les choses qui lui étaient demandées, et ne pouvait recevoir aucun préjudice d'envoyer des hommes pour si peu de temps ;
que, s'il y trouvait plus d'inconvënient que de p^fit et ne jugeait pas que racquisition de Mardyke lui pût être assez avantageuse, sans la prise de Dunkerque^ pour hasarder ses hommes^ M. de Turenne ne laisserait pas de faire ce que les lois de la guerre lui permettraient pour l'exécution du traité avec les forces qu'il commandait, et que ce n'était pas l'intention de la cour d'y rien innover, mais plutôt d'abandonner les conquêtes qui nous seraient les plus utiles, pour y satisfaire; qu'ainsi Son Altesse ne devait point prendre en mauvaise part le voyage du sieur Talon, ni ses demandes, mais plutôt y voir un effet de notre franchise et sincérité. Mon discours ne fut point sans réparties, toutes tendantes h nous accuser de Tinexécution du traité, et je ne manquai pas aussi d'apporter toutes les raisons qui nous devaient justifier de ce reproche. La fin de cette conversation de deux heures fut qu'il ne laisserait pas de continuer dans ses bons sentiments pour la France, ni de lui donner dans les occasions tout le secours qui serait en son pouvoir, et une offre de quelques canons qu'un commissaire de l'artillerie dans l'armée du roi avait vus dans l'amirauté d'Angleterre. Je reçus ces protestations d'amitié avec' des assurances d'une sincère correspondance de la part du roi ; et, sur son offk«, je lui proposai de dresser un état de ce qu'il pouvait fournir, ailn que M. de Turenne prit des mesures certaines, sans néanmoins lui donner ni ôter l'espérance d'aucun siège. Ne voyant pas qu'il offrit des hommes, ledit sieur Talon, qui était présent à l'audience, l'assura ensuite qu'il avait apporté des ordres très-exprès à l'armée de venir du côté de la mer, et qne c'était l'intention de Sa Majesté. Ainsi^ je le laissai avec un visage un peu plus satisfait qu'il n'avait paru d'abord; et, le soir même, le sccrétaii'e d'État m'envoya demander l'explication de quelques articles du mémoire que l'on lui avait mis entre les mains, et que je lui fisse savoir au juste ce qui serait néces-
saire. Après avoir communiqué au sieur Talon cette demande, et qu'il n'eut pas trouvé à propos d'entrer dans aucuue réduction^ quoique en effet beaucoup d'articles paraissent excessifs^ je lui ai fait savoir ce matin que je ne pouvais pas lui donner l'éclaircissement qu'il désirait sur le dernier points s'agissaot du fait de l'artillerie^ dont les officiers demandent quelquefois les choses plus amplement qu'elles ne leur sont nécessaires, crainte d'en manquer; mais qu'il devait croire que, m'envoyant un état de ce que nous pouvions tirer présentement d'ici, M. de Turenne obligerait de s'en accom'* moder^ s'il voyait jour à réussir dans l'autre. Il est demeuré content de cette réponse, et fait dresser un mémoire que le sieur Talon portera ou enverra à l'armée. Gomme il ne se parle point de faire passer des hommes, la peine pourrait bien être assez inutile. r<Jéanmoins j'ai jugé le devoir laisser faire, pour lui persuader davantage que nous souhaitons l'exécution du traité, que ledit sieur Talon n'est point envoyé ici à dessein de donner de belles paroles^ au lieu des e£Gets que M. le Protecteur attendait. Il m'a paru, dans la dernière audience^ assez disposé à prendre cette fausse impression, et qu'il doit avoir trouvé dans son Conseil des esprits ou peu affectionnés à la France, ou au moins bien enclins à prendre en mauvaise part tout ce qui n'est pas selon leur souhait. Sa froideur me surprend encore davantage lorsque je me représente les offres que m'a faites le secrétaire d'Ëtat de toutes les forces d'Angleterre pour favoriser nos desseins sur les places de la mer, et la réputation que lui donnerait l'acquisition d'une place en Flandre, dont je n'ai pas oublié d'exa* gérer l'importance. Contre toutes ces considérations, il n'ap^ porte que les grandes dépenses qu'il serait obligé de faire pour la conserver. S'il ne revient point, le roi aura eu au moins la satisfaction de donner des preuves de sa sincérité, et la liberté de porter ses armes où elles pourront agir pour son compte.
3o Le même au même.
Londres, 1 1 octobre 16^7.
Monsieur^
J'ai satisfait au principal contenu en la lettre qu'il vous a plu de m'ëcrire le 5 du présent, dans Taudience que me donna M. le Protecteur le 6. La nouvelle qu'il m'envoya, par un gentilhomme de sa chambre, de la prise de Mardyke, aussitôt qu'il l'eut apprise par les lettres de son amiral, me fit désirer de le voir, afin de le congratuler de cette acquisition, et, en même temps^ de reconnaître ce qu'il attendait du reste de la campagne, par les oflres que je lui ferais d'informer M. de Turenne de ses sentiments. Il reçut toutes mes civilités et les assurances que je lui donnai du désir qu'avait le roi que son armée pût, devant la fin de l'été, exécuter le dernier traité, avec des marques d'une entière satisfaction et confiance à la sincérité des promesses de Sa Majesté ; et, sans entrer plus avant dans la matière, il se mit à railler un des ministres du Conseil, qui lui servait d'interprète, lui reprochant que, commet pensionnaire des États généraux, il était fort affligé de la prise de Mardyke. Nous parlâmes ensuite de la situation de la place, de la facilité qu'il y aurait à la conserver, tant que l'Espagne n'aurait point de forces navales, du nombre d'hommes qu'il y faudrait mettre en garnison, et du peu de dépense qu'elle lui apporterait si le gouverneur savait aussi bien faire valoir la contribution que font ceux de Sa Majesté. Je tâchai de le satisfaire sur tous ces points, et crus y avoir réussi, le laissant persuadé de l'importance de cette conquête. Il ne s'ouvrit en aucune façon sur celles qui se pourraient faire le reste de l'année. Seulement me témoignat-il attendre avec impatience des nouvelles de Tarmée, dont il n'avait rien appris depuis la lettre de son amiral, et me pria
de lui en faire savoir, m'offirant communication de ce qui lui serait mande. Je n'ai point encore satisfait à cette correspondance, n'ayant rien entendu de M. de Turenne depuis dix jours. C'est une marque qu'il ne désire rien d'Angleterre....
4* Le même au même.
Loadrea, 5 novembre 1657.
(11 rend compte d*une conférence qu'il a eue avec le Protecteur.)
.... Je passai aux nouvelles de la côte, dont je lui représentai^ suivant les avis cjfue m'en avait donnés M. de Turenne^ les affaires en tel état qu'à moins d'un rafraîchissement de garnison^ d'une vigilance très-grande, et d'une continuelle assistance d'Angleterre^ il était difficile de conserver Mardyke lorsque notre armée serait éloignée. Il me dit que M. Lockhart était arrivé la veille^ et que son indisposition ne lui avait pas permis de l'entretenir; qu'il croyait savoir de lui, le lendemain, ce qui était nécessaire , et que je serais après informé de ses sentiments, auxquels je l'assurai que M. de Turenne se conformerai t.... Deuxjoursaprès,M. Lockhart me vint voir ; et , après m'avoir fait connaître , pai* une assez ample déduction de ce qui s'était passé depuis son arrivée à l'armée, qu'elle avait pu attaquer Dunkerque avec succès, les ennemis n'y ayant que deux mille cinq cents hommes de pied, sans fourrages pour y recevoir de la cavalerie des ennemis, si ruinée qu'à peine leur restait-il quatre mille cinq cents chevaux, qui n'étaient pas capables d'empêcher le siège. Il me déclara fort ouvertement que M. le Protecteur ne pouvait approuver la proposition que faisait M. de Turenne de démolir Mardyke; que, néanmoins, il ne l'empê-
en DOCUMENTS
cherâit pas^ et donnerait ordre aux Anglais d'en sortir, aussitôt qu'il leur serait commandé; mais aussi qu'il ne fallait plus, après, songer au dernier traité ; que notre procédé confirmerait le public et les ministres du Conseil dans la croyance qu'ils ont eue, dès le commencement, que le roi ne l'exécuterait point, et que toutes ces dernières démarches ne se faisaient qu'afin d'amuser M. le Protecteur ; que ce n'était point à lui de conserver Mardyke^ ni à s'en charger, à moins que Ton ne lui remît en même temps Gravelines ou Dunkerque; qu'encore que les Anglais fussent dedans, ce n'était qu'au nom du roi, et sous le commandement de quiconque y serait envoyé de sa part, pourvu qu'il eût assez de qualité pour commander à un colonel. Ledit sieur ambassadeur me voulut aussi faire voir, par la carte du pays, que la conservation de ce fort n'était point aussi difficile que l'on le représentait , et me laissa entendre qu'à moins d'un ordre de la cour, M. de Turenne n'aurait point changé la résolution qu'il avait prise de favoriser les travaux de cette place, et laissé dans le voisinage une partie de nos troupes en quartier d'hiver, pour la défendre en cas que les ennemis l'attaquassent. Je n'oubliai rien pour le désabuser, attribuant ce changement à la pure nécessité, et faute d'être informé des motifs particuliers qu'avait M. de Turenne en proposant cette démolition. La fin de tout cet entretien fut que M. le Protecteur s'en tiendrait désobligé, et ne croirait plus que nous fussions en état ni volonté de satisfaire au traité, si nous détruisions une place qui lui doit appartenir; et ledit sieur ambassadeur me témoigna que si, devant son départ, il ne me pouvait voir, M. le secrétaire d'Ëtat me viendrait communiquer la dernière résolution d*ici.... Il y satisfit la semaine passée, m'étant venu tenir les mêmes discours, de la part de M. le Protecteur, que j'avais déjà entendus de son ambassadeur, sur la conduite de notre armée et le changement de résolution de
M. de Turenae. 11 y ajouta cfue la flotte d'Angleterre n'ayant été mise sur pied que pour faYoriser l'attaque des places maritimes de Flandre^ aussi bien que la levée et le transport de trois mille Anglais qui sont à notre service dès le commen* cément de la campagne^ et de deux mille envoyés depuis peu à Mardyke, sans que néanmoins notre armée eût rien exécuté^ il n'était pas juste que M. le Protecteur supportât cette dépense, dont Sa Majesté seule avait profité par la prise de Montmédy et de Saint-Venant^ qu'il fallait voir comment on en userait la campagne prochaine ; que ce point devait être réglé devant que de prendre des mesures pour l'avenir^ n'y ayant pas grande apparence que nous trouvions plus de facilité que cette année aux sièges deDunkerque etGravelines^ les ennemis étant si bien informés du dessein commun ; et que M. Lockhart avait ordre de faire cette même déclaration à la cour. Je lui dis, sur le soupçon où il paraissait être que nous eussions eu une véritable intention de satisfaire au traité, tout ce qui me sembla devoir effacer cette impression, sans ou* blier que nous ne croyions pas pouvoir engager plus assurément l'Angleterre contre l'Espagne, qu'en remettant une de ces deux places entre les mains de M. le Protecteur^ et que rien ne pouvant plus avancer nos affaires que l'union de ses intérêts avec les nôtres, il n'était pas à présumer que nous eussions manqué de bonne volonté, mais qu'il fallait attribuer à l'impuissance l'inexécution du traité } quant à la conserva^ tion de Mardyke, qu'elle regardait plutôt M. le • Protecteur que Sa Majesté 3 que cette place était de son partage; qu'il l'avait même reconnu, lorsque je lui proposai l'attaque de cette place ; la seule considération des grandes dépenses qu'il faudrait faire pour se maintenir l'ayant fait hésiter sur l'envoi des choses que M. de Turenne désirait pour former le siège; que, néanmoins, le roi ne laisserait pas dé contribuer de sa part, autant qu'il lui serait possible, à la conservation de ce
fort; et qu'aussi, M. le Protecteur, quand même il serait constant que ce serait à la France seule de porter cette diarge, ne devrait pas refuser son assistance, sans laquelle la disposition du pays rendait tous n«>s soins et dépenses inutiles. Je lui communiquai, pour confirmer cette Tenté, une lettre de M. de Turenne qui demande que la garnison soit souvent rafraîchie, et, qu'à cet effet, M. le Protecteur tienne quelquesuns de ses yieux régiments sur la côte d'Angleterre avec des vaisseaux pour les transporter en cas de besoin. Je lui fis Toir aussi, par la même lettre, que Ton ne songeait plus à la démolition, et que les nouvelles fortifications étaient déjà en état de ne j)luf appréhender une surprise, ce qui a paru dans l'attaque que firent les ennemis la semaine passée ; et qu'enfin, il n'épargnerait rien pour satisfaire M. le Protecteur. J'affectai toujours d'être surpris de la proposition d'un remboursement des dépenses qu'il a faites, bien qu'elle ne me fîH pas nouvelle, et fis voir audit secrétaire que le roi avait bien plus perdu, pour s'être attaché à l'exécution du traité, puisque son armée s'y était ruinée, et avait laissé beaucoup d'autres entreprises dont le succès eût été certain et avantageux à la France ; que l'acquisition de Montmédy et de Saint- Venant ne pouvait récompenser cette perte, la première de ces places n'étant qu'un château plus recommandable par la longueur de son siège que par l'avantage que nous en retirerions, et la seconde n'étant qu'un passage dont se rendra facilement maître quiconque Tosera de la campagne ; que, si le traité dernier se renouvelle, comme il y a sujet de le croire. Sa Majesté étant toujours dans les mêmes sentiments à l'égard de l'Angleterre, M. le Protecteur sera bien dédommagé de toutes ses avances par l'acquisition de Dunkerque ou Gravelines, bien plus importantes pour maîtriser la mer que ne l'est Calais, dont les rois d'Angleterre ont auti'efois tant fait d'état, et la i*eine Marie tant regretté la perte. Je fus obligé de m'étendre
un peu sur Tavantage de. ces places^ pour répondre à ce que le sieur secrétaire d'État me disait que la plus grande partie du Conseil désapprouvait cette conquête^ et U regardait coQime une occasion d'épuiser l'Angleterre d'hommes et d'argent ; et^ après lui avoir donné toute espérance qu'elle se ferait l'année prochaine, je le priai de ne me point charger, ni M. Lockhart, d'aucune parole de remboursement. Il me protesta que c'était le désir de M. le Protecteur^ et me protesta, néanmoins, qu'il était autant que jamais porté à demeurer ami avec la France....
5o Le même au même.
Londres, 26 novembre 1657.
.... Je ne crois pas pouvoir rien ajouter à mes offices passés en faveur de la Suède, et ses plénipotentiairea me paraissent remplis d'espérance de recevoir enfin quelque fruit. S'il vous plaît, monsieur, me faire part de ce qu'aura obtenu le secrétaire Courtin, je serai en état de leur faire voir que je me suis aussi occupé de ce qu'ils ont désiré de moi, et
convierai par cet exemple M. le Protecteur à une semblable contribution. Il professe une grande impuissance ; et quoique son revenu soit considérable, les dépenses de terre et de mer en a^fant absorbé une grande partie, cette confession pourrait être sincère, au moins pour le présent... Aussi, ne désavoue-t-il pas qu'à l'avenir il ne puisse assister ses amis, et vivre avec une magnificence royale....; la voix publique et ses plus proches veulent qu'après la séance du Parlement, il prendi-a la couronne^ et que maintenant l'armée est disposée à le souffrir, quelques-uns des plus ennemis de la royauté ayant été réformés, et d'autres envoyés dans le
Mrrke de France et de Suède. ... Il parait aussi à Whitehall un autre esprit» les danses y ayant ëlé rëtabUes eea derniers jours^ et les ministres prèchaiita du Tieux temps 8*en retirant» pour être trouvés trop mélaneoliqnes. Las officient subalternes de l'armée en grondent ; mais leurs chefs étant gagnés» tout se passera sans bruit.... C'est aussi maintenant l'opinion de quelque»*ttns que la Chambre hante ne sera point convo» quée devant que l'autre ait rétabli entièrement la royauté, les principaux seigneurs faisant scrupule d'y venir, à cause que^ la famille royale ou les républicains rentrant au gouveiw nement^ ils seraient déclarés coupables ; au lieu que^ suivant un statut fait au commencement du règne de Henri septième» personne ne peut être recherché pour avoir obéi à celui qui a la couronne sur la tète» quand elle serait acquise injustement. Il serait aussi à craindre qu'en assemblant cette Chambre des Seigneurs, la Chambre des Communes ne se trouvât, par la promotion de ceux qui en auraient été retirés pour composer Tautre, remplie de membres peu affectionnés et ennemis de la royauté. Ce sont les présentes réflexions qui se font ici, sur les affaires du dedans.... I^s noces de la cadette de M. le Protecteur se firent le 23, sans éclat; et seulement, les trois jours suivants, il y a eu, matin et soir, grand festin pour les parents, les ministres du Conseil, et les autres amis. Il n'a point été fait de mention des ambassadeurs. Je ne laisserai pas de faire des compliments de congratulation, s'il me parait que l'on en veuille recevoir. L'autre mariage s'achèvera dans peu de jours, et toute la famille logera dans Whitehall. Le milord Richard doit occuper la maison de Saint-^ames, que les princes avaient coutume d'habiter. Mais, apparemment, ce changement et toute autre nouveauté seront remis ju»ques à la séance du Parlement....
6« if. de Bordeaux au cardinal Muxarin.
Loodres, 14 féTri«r 1658.
Je n'ajouterai rien à mes précédentes lettres^ toudiant les affaires étrangères^ et je me donne Phonneur d'écrire à Votre Éminence, seulement pouf Tinformer de ce qui s'est passé aujourd'hui. Le Parlement ayant continué de tenir une conduite qui fomentait le mécontentement de quelques sectaires ennemis du gouvernement monarchique, et quelques-uns d'entre eux ayante depuis peu^ pris la liberté de dresser une requête séditieuse, qu'ils prétendaient présenter au Parlement de la République d'Angleterre, à quoi ils étaient encore excités par leurs ministres qui parlaient hautement et ou- Tertement contre le gouvernement de M. le Protecteur, pour prévenir les suites de cette liberté, et empêcher quelque jonction de ces factieux avec les députés de la Chambre des Communes qui adhèrent à leurs sentiments, il a pris la résolution de dissoudre le Parlement^ et, sur le midi, il est sorti de son palais^ dans son carrosse, accompagné seulement d'un lieutenant-colonel, son neveu, et de six hallebardiers, et est allé dans la Chambre haute^ où il a mandé celle des Communes, et, adressant la parole à tout le corps, sous le nom de Seigneurs et Gentilshommes^ il a témoigné beaucoup de regret de se voir privé du fruit qu'il avait espéré de leur assemblée, a déclaré que quelques députés des Communes tâdiaient d'exciter un soulèvement dans la ville et dans l'armée, que ce corps lui avait donné jJus de peine en quinie jours de séance que tous les autres Parlements précédents ensemble, qu'il ne pouvait soufi&ir sa séance plus longtemps, sans un grand préjudice à la nation, et qu'il le diss(4vait. Après ces dernières paroles, toute la compagnie s'est séparée,
6i8 • DOCUMENTS
et il n'a paru aucune altération dans la ville ni parmi les troupes^ quoique Ton soupçonnât que Tentreprise de ces sectaires^ que Ton croit avoir donné lieu à cette dissolution^ ne fût fondée sur quelque correspondance avec la milice ; et, depuis 24 heures, il s'était pris toutes sortes de précautions pour empêcher leurs assemblées, qui se faisaient sous le prétexte de prières et de prêches, et sous le titre de congrégations d'indépendants. Leur requête^ qu'ils ont semée par.laville^ tendait^ entre autres chefs^ à ce que les officiers de l'armée ne pussent être cassés que par un conseil de guere^ afin de se les rendre plus favorables. 11 s'était aussi fait hier une délibération dans le Parlement, qui donnait sujet de mécontentement. La Chambre haute, pour hâter celle des Communes, lui envoya demander son consentement à un acte qu'elle avait résolu, pour éloigner tous les royalistes de Londres et de dix milles aux environs, comme il se pratique assez souvent, et dans les temps de soupçons. Après quelques débats, savoir s'il serait répondu, il passa, d'une voix seulement, que la Chambre des Communes enverrait, par ses messagers, une réponse à Ytndre Chambrey au lieu de la nommer Chambre des SeigneurSy ce qui décidait en quelque manière la question^ qui était encore sur le tapis, touchant sa qualification. Ces sujets de plainte accumulés doivent avoir contraint M. le Protecteur d'en user comme il a fait, bien que le Parlement lui parût nécessaire, pour en retirer de l'argent, les troupes n'étant pas payées de leurs six derniers mois. Tout le monde s'attend qu'il prendra d'autres voies^ et que, s'agissant de l'intérêt de l'armée, elle se portera facilement à tout ce qu'il en désirera. D'autres veulent que, suivant un usage quelquefois observé sous les rois, il fera une assemblée de notables, sous le nom de grand Conseil de la nation, dont il choisira les députés, pour autoriser ses actes et ordonnances. Pieu dé jours découvriront ses desseins. On peut cependant
reconnaître qu'il agit avec une grande confiance puisque, dans la présente conjoncture, il réforme ses troupes. J'ap* prends qu'en Irlande partie de l'armée doit être licenciée, tout y étant si tranquille qu'elle peut être gardée avec peu deforces....
7o Le même au même.
. ». Londru. 18 février 1658.
Depuis la dissolution du Parlement, il ne s'est rien passé ici de considérable. L'on a seulement mis dans la Tour de Londres deux ministres de ces sectaires qui avaient dressé la requête, dont l'un s'était fort emporté contre la famille de M. le Protecteur, et lui avait^ en chaire, reproché, comme un grand crime^ de n'avoir liaison qu'avec Votre Émînence^ qu'il qualifia jésuite, terme ordinaire à celte sorte de gens pour désigner les catholiques sévères^ ce qui le rend moins injurieux* Un major de Tarmée a aussi été arrêté, et M. le Protecteur manda, avant-hier, les officiers de Tarméè. Après les avoir traités assez rudement, et les avoir accusés de s'être mêlés avec des coquins, il leur mit à tous le marché à la main, offrant de reprendre leurs commissions s'ils n^étaient pas satisfaits du service. 11 attribua aussi à une véritable nécessité la dissolution du Parlement, qu'il accusa de représenter les mauvaises humeurs de toute la nation, aussi bien que la puissance, et que, même, il était devenu le Parlement de Haslerig, qui était un des plus factieux, et l'un des cinq membres que le dernier roi alla demander au Parlenient. Il se parle encore d'en appeler un autre, pour subvenir aux nécessités de rÉtat, que Ton prétend être en dette d'un million de livres sterling. Mais, n'étant pas certain que de nouveaux députés
aso DOCUMENTS
fonent plus faTorables que ces derniers^ il semble que toutes autres voies seront teatées^ devant que d'en venir à celle-ci, et qu'il sera plutôt osé de ménage, en réformant des troupes et mettant moins de vaisseaux en mer^ afin que le revenu ordinaire fournisse de quoi payer les arrérages dus aux sdr dats, qui ne sont pas accoutumés en ce pays à rien perdre, quelque nécessité qu'il y puisse être....
8« M. de Bardeaux à M>de Brienne.
Londreu, 4 mars 1658.
.... M. le Protecteur a, depuis peu, assemblé les officiers de l'armée, et, après s'être justifié de tant de cassations de Parlements, il leur a représenté sa nécessité d'argent, et exhorté à le seconder si, pour en tirer, il était contraint d'user de voies extraordinaires. 11 leur a, en même temps, fait payer une montre, et remis à son fik aîné son régiment de cavalerie. Il fut reçu à la tête du corps, la semaine passée. Dans la cérémonie, une balle de pistolet l'approcha. L'un de ses gentilshommes, sur le soupçon d'avoir tiré le coup, a été arrêté. Mais, au lieu de ce crime, il s'est trouvé coupable d'avoir falsifié la signature de M. le Protecteur, et d<»iné des passeports à des personnes suspectes. L'un de ses derniers gendres a aussi obtenu le régiment du sieur Lambert; et, présentement, il ne se parle que de faire beaucoup de diangements d'officiers dans l'armée. L'autre gendre, petit-fils du comte de Warwick, mourut, la semaine passée, d^une maladie dont il avait été attaqué peu de jours devant son mariage. M. le Pro^ tecteur même a été assez indisposé, jusques à être contraint d'user de remèdes soporifiques. Sa santé est maintenant rétablie} et il commence, dès avant-hier, à se laisser voir. Sa
HISTORIQUES. 6Sl
maladie n'a pas empêché que^ pour prévenir tous inc(«iv(>nientSy différentes personnel n'aient été arrêtées*»*.
9o Le même au même.
Loodret, 25 nuri 1658.
J'aurais mal jugé des affaires d'Angleterre si aucune de mes lettres y atait fait appréhender de la révolution^ et je ne puis, pour répondre à celle qu'il vous a plu de m'écrire le 9 dn présent, que confirmer ce que mes précédentes ont fait savoir de l'état du présent régime, et quHl y parait plus de disposition à la royauté qu'à la ruine de H. le Protecteur. Il manda, sur la lin de la semaine passée, le maii^ et le con-^ seil de la ville de Londres, et tâcha de remplir leurs esprits de défiance d'une descente du roi d^Écosse avec une armée de huit mille chevaux, la représentant à la veille d'être embar-* quée à Dunkerquê, dans vingt-deux vaisseaux plats qui étaient préparés pour ce service, et assurant que le marquis d'Ormond avait été depuis peu à Londres, pour y former des intelligences, que même quelques-uns d'entre eux l'avaient vu; et, après une récapitulation assez ample de l'état du pays^ et de ce qui s'était passé depuis son administration, il convia la ville de se tenir sur ses gardes, d'étabUr la milice, de la mettre entre les mains de personnes pieuses et bien intentionnées, et de concourir avec lui à la conservation du repos public, sans faire aucune demande d'argent, quoique cette compagnie crût être appelée pour ce sujet. Il parla aussi après aux officiers de l'armée en des termes fort semblables ; d'où beaucoup infèrent qu'il y a quelque dessein sur le tapis, près d'éclater, et celte croyance est augmentée par l'approche des' troupes, étant peu vraisemblable qu'il se fasse en Flandre aucun
Ui UUCUHENX::
embarquemeDt contre l'Angleterre; et celle alarme est uu moyen fort souvent pratiqué pour retenir l'armée , et tous ceiu qui ont été engagés contre la famille royale, plus attachés au présent gouTeroement. Il passe d'ulleurs pour très-constant que quelques régiments de l'armée d'Ecosse ont fait des dé> claratioDS très-soumises, que les principaux officiers de celle d'Angleterre sont devenus favorables à la royauté, ii des conditions qui ne s'accordent pas bien k l'établissement de M. le Ihtitecteur; mais, s'ils avaient fait une démarche contraire, ce ne lui serait pas une grande peine de lui faire reprendre son ancienne forme, le peuple s'y trouvant fort incliné, pour prévenir une seconde guerre civile. Il n'y a que la levée d'argent sans l'approbation du Parlement qui puisse le choquer; et, le revenu public étant double de celui dont les rois d'Angleterre ont joui, il semble que H. le Protecteur ne soit nécessité d'encourir la haine de toute la nation pour avoir de nouveaux fonds, sans lesquels, mettant moins de vaisseaux à la mer, il peut entretenir la guerre contre l'Espagne. Le bruit s'était bien répandu que, faute d'argent, il serait contraint de s'accommoder; mais personne n'a cru, que traitant avec celte couronne, il voulût se déclarer contre la France, et je ne vois pas que son intérêt lui permette, ni qu'il fût moins exposé aux dépenses pour l'une que pour l'autre guerre. Ainsi faisant, la paix se ferait, afin que, n'ayant rien à faire au dehors, il lui restât une entière liberté de travailler aux établissements du dedans. Le traité que H. Lockhart doit maintenant avoir renouvelé, guérit toutes ces sortes de défiances. Pour quelque temps, et pourvu que l'armée de Sa Majesté entreprenne un siège sur la cdte, elle peut attendre grande assistance d'Angleterre, nonobstant les soulèvements dont au dehors l'on publie qu'elle csl menacée....
iOo M. de Bordeaux au cardinal Mazarin.
Londres, 17 juin 1658.
J'ai reçu aujourd'hui la lettre que Votre Eminence m'a fait l'honneur de'm'écrire le 46.' Pour satisfaire au contenu^ je n'ai pas manqué d'envoyer sur Theure demander audience. Elle a été remise à demain, à cause de l'indisposition dange* reuse de l'une des filles de M. le Protecteur. Ce retard m'empêchera de rendre compte^ par la présente, des sentiments pai'ticuliers de Son Altesse sur tout ce que Votre Eminence a ordonné de lui faire savoir; mais je puis par avance l'assurer que la défaite des ennemis a causé ici une joie très-particulière. La nouvelle en arriva hier au matin à Londres. Aussitôt le capitaine des gardes de M. le Protecteur, accompagné d'un des gentilshommes de la chambre me l'apporta, et il fut mandé, aux ministres qui étaient lors en chaire, de l'annoncer au peuple. Le secrétaire d^État, deux heures après^ m'en envoya la confirmation, avec des démonstrations de joie extraordinaires. Il est vrai que, la veille, l'alarme était ici fort grande que les ennemis n'attaquassent et forçassent nos lignes. Cette crainte, et l'instance que j'avais faite pour l'envoi d'un renfort d'infanterie, avaient porté M. le Protecteur à commander encore 4700 hommes, dont partie fut embarquée au pont de Londres, avant-hier, et le secrétaire d'État m'avait mandé que Son Altesse enverrait encore plus grand nombre, mais qu'il fallait quelques jours pour les transporter, les troupes se trouvant éloignées des côtes d'Angleterie qui répondent à celles de Flandre. J'en donnai sur l'heure avis à M. de Turenne, par courrier exprès, et j'apprends qu'il les a, contremandées, n'en ayant pas présentement besoin. Toutes ces diligences et bonnes dispositions
confirmeront à V. É. que Paffaîre était ici fort à cœur. Je ne manquerai, après les congratulations^ d'en faire des remerciments à M. le Protecteur, et de prendre quelque autre temps pour en faire aussi civilité au secrétaire d'État. On ne doute point que Dunkerque ne se rende bientôt, ne restant plus à la garnison aucune espérance de secours; et^ sans doute, le roi se prévalant de la chaleur qui me parait ici pour appuyer ses desseins, il trouvera grande facilité à la con^ quêle dee autres places maritimes. Je ne puis pas dire qu'une si bonne nouvelle soit reçue ici de tout le monde avec même esprit. Il y a encore trop de factions pour attendre cette uniformité de sentiments; et il est vrai que, hors les personnes affectionnées au présent régime, peu d'autree voient avec joie les prospérités communes dont M. le Pro* tecteur tirera, outre l'acquisition d'une place estimée très-^ importante, cet avantage que le parti royaliste perdra l'es« pérance qu'il avait conçue d'une descente d'étrangers en leur laveur. Je ne manquerai pas d'annoncer la venue de M. la duc de Gréqui et de M. de Mancini. On ne s'attendait ici qu'au dernier } et l'honneur qu'il a d'appartenir à Votre Éminence tenait lieu d'un titre aussi considérable que celui de duc* Il recevra sans doute des marques de la satisfaction qu'a remportée de Leui*s Majestés et de Votre Éminence le milord Faulconbridge, arrivé à Londres avant-hier. Je ne l'ai point encore vu ; mais il m'en a fait des excuses^ accompagnées de démonstrations de reconnaissance du bon accueil qui lui a été fait. Il s'est absenté le lendemain de son arrivée pour n'être pas présent à l'exécution de son oncle, dont il n'a pu obtenir qu'un changement de supplice. Les deux condamnés doivent avoir demain la tète tranchée. — Je puis assurer Voire Éminence que je ne l'aurais pas importUQée de la priera qu'elle a reçue si la fille même de M. le Protecteur ne m'en eût fait instance } et quand je m'y rendis, ce fut aprètf
avoir fait connaître que^ si le milord Faulconbridge méme^ étant à la cour^ n'en avait point parlé^ difficilement le roi ou Votre Éminence s'engageraient à cette recommandation^ vu le crime dont il s'agit. La réponse que j'ai rendue aujourd'hui aux parents du condamné les a satisfaits^ et ils ont reconnu que difficilement cette grâce pouvait s'obtenir. Gonmie mon audience a été remise à demain^ peui->être pour éviter mes offices^ je serai dispensé de les rendre, et j'ai d'ailleurs reconnu qu'ils seraient inutiles* La eour de justice 86 rassemblera. Le témoin qui l'était sauvé ayant été repris, on pourra bien juger d'autres prisonniers.... Il ne s'est rien passé tous ces jours qui mérite d'être écrit.. .. Les officiers qui lèvent les trois régiments me sont venus dire aujourd'hui que le colonel Thompson leur avait enfin écrit que, son fils étant mort^ rien ne l'empêchait de passer bientôt en Angleterre, le ne leur ai pas encore déclaré que Sa Majesté se contenterait des 1500 hommes ; mais il y a lieu de croire qu'elle n'aura pas grand besoin du surplus qu'ils avaient ofEert....
(Page 378.)
1^ Le cardinal Mazarin à Cromwell.
Citait, 12] ain 1658.
Monsieur^
Je suis confus des termes obligeants dont il a plu à Votre Altesse Sërénissirae de se servir dans la lettre que j'ai reçue de sa part en dernier Heu^ et de toutes les civilités que M. le vicomte de Faulconbridge y a ajoutées de vive voix. Il pourra lui-même informer Y. A. S. de Taccueil que Leurs Majestés et toute la cour lui ont fait^ et de Tapplication avec laquelle on continue ici à faire tous les efforts possibles pour le bon succès du siège de Dunkerque.
Il serait à souhaiter que nous eussions plus d'infanterie^ quoique S. M. y ait envoyé généralement tout ce qu'elle a pU; sans retenir même auprès d'elle une seule compagnie de ses régiments des gardes^ aussi je ne doute point que Y. A. S. n'ait donné ses ordres pour nous envoyer le renfort qu elle a promis, et que nous n'apprenions d'un moment à l'autre son arrivée dans le camp. Elle agréera que me remettant du surplus à mondit sieur vicomte, je finisse, etc., etc.
2o Le cardinal Mazarin à M. Lockhart.
Calais I7juiii 1658.
Monsieur,
J'ai reçu la lettre qu'il vous a plu de m'écrire, et je suis très-obligé à V. Ex. des nouvelles assurances qu'elle me
donne de son amitié et des termes dont elle parle de Faction qui s'est passée en dernier lieu^ et de la personne de M. de Casteinau leqnel^ de son côlé^ relève^ comme il est obligé^ la généreuse et intrépide conduite de V. Ex.^ et la bravoure du corps anglais qu'elle commande.
J'ai envoyé un gentilhomme exprès pour me réjouir avec elle d'un si glorieux événement^ si avantageux aux deux nations^ et qui doit par plusieurs raisons satisfaire au dernier point S. A. S. M. le Protecteur, et confondre non moins les malintentionnés de Londres que ceux de Paris. J'ai écrit à M. de Bordeaux d'en féliciter S. A. de ma part^ et M. le duc de Créqui^ que le roi a choisi pour répondre au compliment que S. A. lui a fait, satisfera aussi à ce qui est de la réjouissance pour le gain de la bataille. Je fais état d'envoyer, avec ledit duc, mon neveu, pour assurer S. A. plus particulièrement de mon très-humble service. J'ai recours à V. Ex. pour avoir au plus tôt un bon vaisseau ici, avec ordre d'emmener ledit sieur duc et y attendre son retour pour le ramener ici.
3« Louis XIV à CromwelL
Calai.s 19 juin 1658.
Monsieur le Protecteur, ayant beaucoup de sentiment des témoignages que j'ai reçus de votre affection par le vicomte de Faulconbridge, votre gendre^ je n'ai pu me contenter d'y avoir répondu par son moyen, et j'ai désire de vous donner encore des marques plus expresses de la mienne^ en vous envoyant mon cousin, le duc de Gréqui, premier gentilhomme de ma chambre, auquel j'ai ordonné de vous faire particulièrement connaître quelle est l'estime en laquelle je tiens votre personne, et combien je fais d'état de votre amitié. Je
Pai aussi chargé de vous témoigner la joie que j^ai ressaiitie du glorieux succès de nos annes en Pheureuse journée du 14 de ce mois, et comme cette victoire et la rigueur avec laquelle Dunkerque continue à être pressée^ me font espérer la réduction de la place dans peu de jours ) à quoi je ne cesserai point de m'appliquer avec les mêmes soins que j'ai pris dès le commencement du siège. Et bien que j'aie informé mondit cousin^ le duc de Créqui) de mes intentions^ comme aussi du détail de cette action pour vous en faire le récit, je ne puis pourtant que je ne vous dise par cette lettre que le sieur Lockhart, votre ambassadeur vers moi, s'est signalé par sa valeur et sa conduite en cette rencontre, et que les troupes que vous ffl'avec envoyées y ont donné, à son exemple, des preuves de générosité et de courage extraordinaires. Du surplus, je me promets que vous voudres bien, ainsi que je vous en prie, prendre une entière créance en ce que mondit couân vous dira de ma part, et surtout qu'il n'y a rien que je désire davantage que de vous faire connaître par effet jusqu'à quel point vos intérêts me sont chers.
Pourquoi me remettant à lui de ce que je pourrais ajouter à la présente, je ne la ferai plus longue que pour prier Dieu qu*il vous ait, Monsieur le Protecteur, en sa sainte et digne garde. Écrit à Calais, le 19 juin 1658.
Signé: Louis.
A^ JU. de Brienne à M. de Bordeaux.
C«l«ii, 20 juin 1658,
Monsieur,
J'ai reçu ordre du roi de prévenir de cette lettre l'arrivée de M. le duc de Gréqui à Londres pour vous donner avis du sujet de son voyage, qui est que, sur l'envoi qui a
été fait par H. le Protecteur, de M. le Yicomte de Faulcon** bridge, son gendre, vers S, M. pour lui témoigner sa joie de son arrivée en cette frontière, et de Tavancement des desseins auxquels les armes communes sont employées, il a charge, de la part de S. M., de faire connaître son ressentiment à M. le Protecteur, comme aussi de lui faire part de la victmre que If. de Turenne a remportée sur les ennemis, aux Dunes de Dunkerque, et d'assurer mondit sieur le Protecteur de l'af<fection et de Festime particulière de S. M.; à quoi j^ai eu commandement exprès de S. M. d'ajouter que son intention est qu'aussitôt que vous saurez l'arrivée de M. de Créqui à Londres, vous l'alliez visiter; et que, comme il a ordre de vous donner la main droite au-dessus de lui dans son logis, S. M. désire que vous la lui donniez pareillement dans le vôtre, lorsqu'il vous rendra la visite.
Il ne me reste qu'à vous supplier, etc.
5<» Le cardinal Mazarin à Cromwelh
Mardyke, t5 jnin 1658.
Monsieur, je crois que Y. A. S. n'aura pas désagréable que je lui témoigne ma joie pour la prise de Dunkerque; la conquête est si considérable, et Y. A. S. y a tant d'intérêt qu'il serait malaisé que ceux qui font profession, comme moi, de s'intéresser à sa gloire et à ses avantages, se puissent taire en une semblable rencontre. Le roi dépêche le sieur Sanguin, pour se réjouir avec elle de ce succès qui, par soi et par ses circonstances, fera un grand éclat dans ce monde et sera fort décisif à l'égard des ennemis communs, qui ne s'attendaient pas de recevoir un tel coup. M. l'ambassadeur Lockhart entretiendra Y. A. S. plus en détail de cette action et de toutes choses, et je m'assure qu'il ne manquera pas de Fin-
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former avec quelle alfection et ponctualîtë m a salialait à tout ee iju'oii avait promis, et au delà, sans pardoimer ni à dépenses, BÎ i diligences, ni à aucun effort qui ait été dans mon pouvoir pour assurer l'acquisition de cette place qui sera, dès aujourd'hui, mise au pouvoir de V. A. S., laquelle je m'assure avoir la bonté de dminer tous les ordres nécessaires pour ^accomplissement de tout ce qui a été promis de sa part, afin que je puisse ainsi confondre les malintentionnés et mes envieux, faisant voir à toute la France que, si j'ai employé mes soins et apporté des facilités pour la satisfacticHi de V. A. S., je Yai fait dans l'assurance que ce royaume en retirerait aussi de solides avantages. Je supplie V.À.,etc.,etc.
ë*" M> de Bordeaux au cardinal Mazarin.
Londres, 27 j 0 in 1658.
.... Je ne doute point que M. le duc de Gréqui ne rende compte de sa réception ; elle a été^avec autant de cérémonie que celle des ambassadeurs; mais l'audience a eu quelque différence, M. le Protecteur ne l'ayant pas donnée dans le lieu ordinaire et étant demeuré découvert. Il m'envoie tous les jours le maître des cérémonies pour reconnaître s'il y a rien qui les puisse choquer; et je crois que M. de Mancini reconnaît que Son Altesse ne désire pas moins de. lui témoigner le ressentiment qu'elle professe avoir des civilités que Votre Éminence lui a fait faire; elle en sera encore plus particulièrement informée à son retour.
7<» Le même au même,
Londres, ier juitlel 1658.
.... Le retour de M. le duc de Créqui et de M. de Màndni
informera Votre Éminence des particularités de leur voyage et des civilités que Ton a continué de leur faire. J^espère aussi qu^elle saura que je n'ai rien oublié pour témoigner à Mi de Mancini le respect que j*ai pour ce qui lui appartient ; et si les occasions se fussent présentées de lui rendre quelque service^ je les aurais embrassées avec une joie très-particulière. J'ajouterai seulement que Ton a eu ici grand désir de faire paraître une entière satisfaction- de cet envoi et du traitement qu'a reçu M. de Faulconbridge.
[Archives des Affaires étrangères de France. '
(Page;397.)
i^' M. d$ Bardeaux à M.dêBrienne.
Londres, 22 août 1658.
.••.Je n'ai pas encore eu occasion d'entretenir sur ce sujet M. le Prolecteur ni le secrétaire d'État. L'un et l'autre sont toujours à la campagne, et le dernier s'est envoyé excuser la semaine passée^ deux fois^ de ce qu'il ne pouvait pas me voir. 11 ne paraît pas néanmoins présentement de grandes affaires au dedans^ ni qu'il y ait rien sur le tapis que la convocation du Parlement. Il se parle aussi de temps en temps de la royauté, mais avec si peu de certitude qu'il ne se peut pas dire que ce soit une résolution bien déterminée. Ce n'est pas qu'elle ne soit fort souhaitée par le général de la nation, et que l'acquisition faite en Flandre conciliant à M. le Protecteur l'affection du peuple, ce ne lui soit une démarche moins dangereuse que par le passé. Il a fait rendre des actions de grâces par toute l'Angleterre pour cette conquête ; et afin d'accommoder en quelque façon son ordre au rite usité, sans nous donner sujet de crainte^ au lieu de promettre qu'elle sera de grand avantage à la religion protestante, il ne parle plus que de la propagation de la religion chrétienne. Ce changement a été assez remarqué. L'on a eu même temps publié que l'une de ses filles^ qui est très-dangereusement malade^ refusait l'assistance des ministres protestants^ et voulait mourir dans TÉglise romaine, ce qui est peu vraisemblable. Pour balancer ces bruits, les presbytériens sont fort caressés. Le milord Henri
a paru les favoriser dans une assemblée qu^il a faite en Irlande des ministres de toutes les sectes^ pour aviser aux moyens d'une réconciliation. Une autre assemblée a été tenue dans le pays de Galles à cette même fin ; et^ dans la suite du temps^ les presbytériens pourront prendre le dessus des autres religions.... Les catholiques sont en repos^ et les prêtres prisonniers s'élargissent les uns après les autres.
â<» if. de Bordeaux au cardinal Mazarin.
Londres, 2 septembre 1658.
Depuis le retour de M. de Montgaillard^ il ne s'est rîeti passé qui m'ait donné sujet d'écrire à Votre Ëmiuence. L'indisposition de M. le Protecteur a toujours continué^ et il n'est pas encore tout à fait délivré de la fièvre tierce; mais les derniers accès ont été si faibles qu'elle ne cause aucune appréhension. L'on ne laisse pas de croire que l'alarme a été assez grande dans sa famille pour lui faire souhaiter la nomination d'un successeur^ et que M. le Protecteur a désigné son fils aîné^ que cette résolution sera publiée après que quelques mesures auront été prises^ et qu*à cet effet il retournera dans peu à Londres. 11 se parle aussi de la royauté^ et elle ne recevra plus d'opposition si la succession n'en trouve p<3int. Déjà même quelques provinces l'ont demandée, comme le seul moyen d^établir une ferme tranquillité dans la nation, et leurs requêtes ont été imprimées. Les personnes de condition ne souhaitent pas moins cette forme de gouvernement qu'ils appréhendent la puissance des républicains ; et c'est aujourd'hui une créance fort générale que la perte de M. le Protecteur aurait été source de beaucoup de désordres....
Ui DOCUMENTS
.> Le même au même.
Londres, 10 •eplembrê 1658, à S heoras aprèsHaîdi.
Je crois devoir donner en diligence Tavis qui me Tient d'Mre envoyé^ de la prochaine mort de M. le Protecteur. Elle est attendue d'heure en heure; et le mieux d'hier n'était qu'un affaihlissement de ses forces. Sa famille n'avait pas cru jusqu'à cette heure le mal si dangereux^ et n'a point usé d'aucune précaution pour l'avenir^ personne n'osant parler de la succession. Il ne s^en est aussi rien dit dans l'assemhlée des officiers de l'armée, le général Fleetwood ne les ayant entretenus que de matières de dévotion. Aussi, l'on ne peut encore dire certainement quel sera le successeur, ni si la République se rétablira après la mort. Milord Faulconbridge, qui m'a envoyé la confurmation de cet avis, me charge d'assurer Votre Ëminence de son zèle pour les intérêts de la France, dont il donnera des marques si la fortune veut que le gouvernement demeure dans la famille. Les républicains s'y pourront opposer, bien que Ton ne voie encore aucune altération, ce qui peut être attribué au peu de danger que Ton avait cru jusques à présent. Si la disgrâce arrive, j'agirai suivant les dispositions qui me paraîtront, en attendant les ordres dont il plaira à Votre Ëminence d'honorer celui qui est, avec respect
En fermant la présente, Ton me vient de mander que M. le Protecteur était aux abois de la mort.
4o Le même au même.
Londres, 11 Mptenbre 1658.
J'aTais reçu hier de si bonne part l^avis du grand danger de M. le Protecteur^ et même de sa mort^ depuis que le gentilhomme que je dépêchai fut parti, qu'il y avait lieu de la croire certaine. Mais, présentement, celui qui m'avait envoyé cette nouvelle me mande que, par un bonheur tout extraor* dinaire, lorsque Ton le croyait près d'expirer, la nature avait fait un effort, et que, maintenant, il y avait à espérer. Le même, et c'est le milord Faulconbridge, ajoute que la famille va se prévaloir de ce bon moment pour établir le milord Richard, et donner un ordre pour l'assemblée d'un Parlement, afin que, si le mal recommence, ce qui ne peut arriver sans causer la mort, tout soit disposé à conserver la puissance dans la famille. Cet avis m'élant confirmé d'ailleurs, je crois le devoir donner avec autant de diligence que celui d'hier, crainte qu'il ne fît prendre des mesures sur un fondement peu certain. Ce n'est pas que quelques-uns n'assurent encore la mort, et. ne veuillent qu'elle se dissimule, pour pouvoir faire des établissements devant que les républicains se mettent en campagne et n'agissent dans l'armée, dont les officiers ne se déclarent point. Us se contentent de prier Dieu dans leur assemblée pour la santé de M. le Protecteur. Il est néanmoins difficile de cacher longtemps un si grand événement, y ayant tant de personnes curieuses et intéressées à le savoir. La poste de demain pourra donner un entier éclaircissement, et, si elle ne passait point, ce serait une confirmation de la mauvaise nouvelle. Je suis, avec respect....
L'on me vient encore de confirmer la bonne santé de M. le Protecteui-, Jusqu'à l'assurer hors de danger, la fièvi-e l'ayant
quitté ; et il se parle d'une révélation qu'il eut, il y a trois jours, que Dieu le garantirait de cette maladie.
5o Le même au même.
Londres, IS leptembre 1658.
Lorsque j'écrivis hier mes lettres, les médecins assuraient la santé de M. le Protecteur; mais, peu d'heures après, il tourna à la mort, et le milord Faulconbridge me mande qu'il vient d'expirer. U a eu le temps de nommer son fils aîné pour successeur, et toute la famille espère que l'armée ne l'aura pas désagréable, après les dispositions où ils parurent avant bierj et les précautions qui ont été prises dans les armées d'Ecosse et d'Irlande^ dont l'on espère bien. Je n'ai pas manqué de faire tous les jours , tant audit sieur milord qu'au secrétaire d'Ëtat, toutes sortes d'offres de la part du roi, même des troupes, s'il en fallait pour le nouvel établissement* Ils ont témoigné se sentir particulièrement obligés de cette bonne volonté, et le secrétaire d'État me mande qu'ils me viendront remercier et communiquer l'état de leurs affaires. Présentement, les ministres du Conseil sont assemblés, et, comme la mort n'est pas encore sue que des particuliers amis , il ne paraît aucune altération , ni dans la ville ni dans les troupes, de l'union desquelles dépendent la tranquillité du pays et l'établissement de milord Richard. Le lieutenant général Fleetwood fait un peu de peine, et l'on n'est point encore assuré qu'il ne se détachera point des intérêts de la famille pour établir la République , auquel cas le secours des alliés pourrait être nécessaire, pour abattre dans le commencement le parti qui se pourrait former. Je donnerai toutes bonnes paroles, persuadé que si, suivant les appa*
rences^ le milord Richard réussit^ il en aura de lareconnais* sance, et que, quand il succomberait, elles ne seraient d'aucun préjudice. L'argent pourrait bien aussi être désiré, pour faire d'abord un donatif aux troupes, et il n'y aurait rien à perdre en le prêtant, si elles ne se séparent des intérêts de la famille de M, le Protecteur. Je me conduirai, dans cette conjoncture, suivant les dispositions qui me paraîtront. Je tiendrai Votre Excellence exactement informée de ce qui se passera. 11 lui plaira aussi de m'envoyer ses ordres, et de me croire, avec respect.....
J'avais oublié qu'il m'a été aussi mandé que l'on était fort assuré de la flotte. Quelques heures donneront lieu d'écrire avec plus de certitude.
60 Le même au même.
Londres, 15 septembre 1658, 1 8 heures du soir.
Je viens présentement d'être averti qu'après la mort de M. le Protecteur, le Conseil s^est assemblé, et, sur la relation de cinq d'entre eux, qui ont assuré qu'hier au soir M. le Protecteur, par un testament nuncupatif, avait nommé son fils aîné son successeur, le Conseil l'a reconnu pour Protecteur, et Ta, sur l'heure, fait savoir aux officiers de l'armée qui étaient aussi assemblés. Ils l'ont tous unanimement agréé, avec démonstrations de joie, et demain, il sera proclamé. Comme la ville est disposée à s'y soumettre, l'on peut attendre que les malintentionnés à cette forme de gouvernement n'oseront pas se déclarer, et que l'on ne verra ici aucun changement. Je crois devoir donner cette nouvelle avec autant de diligence que j'en ai usé pour faire savoir la mort, puisque celle-ci doit diminuer le déplaisir que Tautre peut avoir