‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 139 sur 150 · XX · texte numérisé non relu

XX

Pages 935 et 238.;

1" Mémoire pour renvoyer M- de Bordeaux à Londres, dicté par le cardinal Mazarin,

P^ris, 9 février 1656.

TraTailler incessamment et faire toute diligence pour avoir les mémoires des prises qui ont été faites par les Anglais depuis Tannée i647^ sans oublier celle des vaisseaux du roi qui ont été pris allant au secours de Dunkerque; mettre aussi leJule qui fut pris sur les côtes de Portugal.

Il faudra ajouter tous ces mémoires à ceux que Ton a déjà réunis sur les prises faites par les Anglais jusques à Tannée 1647.

11 faut considérer que^ si on ne fait cela au plus tôt^ toute la peine que nous nous sommes donnée ne servira à rien^ et il anivera que nous serons contraints de trouver de grandes sommes pour satisfaire aux demandes des Anglais, lesquels ont leurs mémoires tout prêts des prises que nous avons faites, et bien justifiés.

Les conseillers qui devi*ont assister M. de Bordeaux de la part du roi, pour faire Tévaluation des prix, seront les deux marchands de Rouen et de Saiut-Malo et le secrétaire de M. de Bordeaux.

Il faut faire des présents aux conseillers qui ont traité avec M. de Bordeaux, lequel les portera avec lui pour les faire de la part du roi.

Les conseillers sont trois, auxquels il faut donner à chacun un présent de 500 pistoles en bagues que Ton achètera ici au meilleur prix. Outre cela, il faudra faire un présent secret au

M) nOCl'MENTS

garde des sceaux de 800 pistoles d'une boite de diamants , en sorte qu'il faudra faire une ordonnance de comptant de 23,000 liv. en tout que S. E. fera lui-même payer.

Une réponse civile du roi à H. Cromwell.

Dépêcher l'affaire d'Augier sans aucun délai, ainsi qu'on lai a promis, et M. de Brienne saura de M. de Bordeaux l'expédient qu'il faut prendre pour sortir de cette affaii-e. Et en ce qui dépendra de MM. les surintendants, il sera bon que M. de Brienne leur fasse savoir que c'est l'intention du roi de le dé|)êchcr prompteraent, afin qu'ils se rendent faciles. Il faut restreindre tout ce qu*on doit à M. de Bordeaux pour les troi^ années à 36,000 écus, plus pour trois années du Conseil^ 23^600 liv., plus SOOO écils pour ramcubicment ; ce qui lui devrait être payé entièrement , s'il n'a eu quelque assignation. Plus, il lui faut faire bon 4200 liv. données aux ministres, et à d'autres 5000 livres.

Il faut faire un mémoire de ce que nous avons perdu en Canada, le droit que nous avons dans la possession de ce pays4à, et généralement tout ce qui appartient à cette afiait^.

2* M. de Bordeaux à 3t. de Brienne,

Lftndre», 10 avril 1656.

J'arrivai à Londres le 5« do ce mois et le 8e je vis M. le Protecteur. Les commencements de cet entretien se passèrent en civilités et assurances que je lui donnai de la disposition dans laquelle le roi était d'entretenir religieusement le dernier traité, et d'appuyer de sa puissance les desseins que cet Ëlat pourrait former contre notre ennemi commun. Je fis aussi espérer que dans peu de jours nos commissaires arriveraient, et attribuai la remise de leur départ au grand nom-

bre de mémoires des prises que les provinces maritimes de France avaient souflfërtes. Le duc d'York fut le dernier point que nous traitâmes^ et sur lequel il me fut dit, sans que je le demandasse, que le Conseil prendrait aujourd'hui une réisolution. J'aurais pu me dispenser d'entrer si avant en matière, dans une audience qui semblait ne devoir être que compliment, étant plus de notre intérêt de tie rien presser, si je n'eusse reconnu, par les avis qui m'ont été donnés dès mon arrivée et par le discours que le secrétaire d'État et quelques auti'es ministres avaient tenu peu de jours auparavant à mon secrétaire, que le régime a besoin d'être confirmé dans l'engagement où il est entré contre l'Espagiie, par l'espérance de n'être point abandonné de la France, et que tous les ministres qui sont contraires à cette rupture veulent persuader que nous n'exécuterons point le traité tant que nous le verrons engagé dans une guerre ; et les mêmes ne manquent pas d'insinuer qu'il se traite secrètement de la paix entre la France et l'Espagne ; et soit pour en être plus particulièrement informé et de ce qui se passe dans notre cour, ou pour' donner un dernier dégoût à la famille royale d'Angleterre, et établir, par la résidence d'un ambassadeur auprès du roi, la créance d'une parfaite et entière liaison entre Sa Majesté et ce gouvernement, on a résolu de faire passer en France un ministre du Conseil d'Ecosse, ci-devant colonel, qui a pris alliance dans la maison de M. le Protecteur. Je faisais état, s'il m'eût été parlé, dans mon audience, de cette légation, de Téloigner avec toute la bienséance possible. Ne m'en ayant rien été touché, quoique j'en donnasse sujet, je ne laissai pas, pour en faire cesser le prétexte, de dire au Protecteur que, sans qu'il fût obligé d'envoyer personne en France, j'étais en état de le satisfaire sur tous les scrupules qu'on pouvait lui avoir donnés et sur les ouvertures qu'il qu pourrait faire. Ce discoui'S ne fut point relevé ; seulement fit-il paraître, en termes gêné-

f 584 iMMnMKNfvN

l'jiiA, de la dJ»pu>ition à iigir désormais de concert, et avec

plus de relation que nons n'asions fait pai* le passé. J'attendrai, sans le solliciter néanmoins^ l'effet de ses paroles ; et si Ton continue dans le dessein de faire partir ledit colonel^ dont réquipage est déjà prêt, j'en parlerai ouvertement au secrétaire d'État, et tâcherai de rompre le voyage. Ce ne sera pas sans causer du chagrin, quelques raisons dont je me puisse servir pour y parvenir. Il ne m'en parait point qui nous puissent dispenser d'envoyer nos commissaires le plus tôt qu'il se pourra; mais la guerre s'échaufîant entre l'Espagne et l'Angleterre, Ton peut espérer quelque accommodement, pourvu que nous produisions grand nombre de procès-verbaux de prises faites sur les sujets de Sa Majesté. La proposition s'en pourra faire avec succès, s'il m'est parlé de quelque liaison étroite. L'on n'affecte point encore de la souhaiter beaucoup, et je ne remarque pas que les esprits et les affaires d'ici soient dans un état différent de celui auquel je les avais laissés auparavant mon départ. Les sentiments y sont fort partagés sur la continuation de la gueiTC, à laquelle le Protecteur n'est porté que par un principe d'ambition, et l'on n'est point bien persuadé qu'il se puisse faire une grande conquête dans les Indes, où l'on n'a point encore envoyé quelques femmes qui y sont destinées. «

:i° M, de Bordeaux au cardinal Mazarin,

Londres, 10 avril 1656.

La lettre que j'écris à M. le comte de Brienne informe Votre Éminence des discours généraux que j'ai tenus à M. le Protecteur, de la part du roi. Il me reste à lui rendre compte de ce qui s'est passé sur les civilités dont elle m'aurait chargé. M . le Protecteur les reçut aussi bien qu'il se pouvait attendre,

HlSTORIgrKN. 585

et témoigna, par les mouvements de son visage, les réflexions secrètes qu'il faisait avec le secrétaire d'État sur les points que je traitais^ et parles réponses qu'il me rendait^ y prendre une entière créance et avoir déjà reconnu la vérité de la plupart; entre aut]:es le dessein d'exciter un soulèvement dans la flotte^ dont quatre capitaines avaient rendu leurs commissions. Il parut aussi averti des négociations qui étaient en Flandre^ •des menées de Sexby ; mais il m'avoua qu'il n'avait aucune intelligence en Espagne et n'en savait les nouvelles que par les lettres de Paris^ et que Votre Éminence lui ferait grande faveur si elle lui communiquait les avis qu'elle en reçoit touchant les affaires d'Angleterre; je lui fis espérer. Après m'avoir fort prié de remercier Votre Émineiice, il passa de soi-même^ devant que j'eusse le temps d'en parler^ au duc d'York^ et me dit qu'il ferait prendre aujourd'hui une résolution dans le Conseil sur son sujet. Cette avance me donna lieu de lui marquer les inconvénients que sa sortie de France produirait^ les diligences que les ministres d'Espagne faisaient pour l'attirer en Flandre, et l'avantage que le gouvernement d'Angleterre recevrait de son séjour en France^ en ce qu'il nous conserverait des troupes considérables , mais aussi en ce que c'était diviser la famille royale d'Angleterre et l'affaiblir par l'attachement qu'elle prendrait à des intérêts différents. Je ne manquai pas aussi de le convier à prendre désormais une entière confiance en l'amitié du roi et de Votre Éminence, et à ne pas juger de nos inclinations par des démarches dé civilités, dont la bienséance ne pouvait nous dispenser, désignant par ces expressions générales les caresses qu'a reçues la princesse royale.

5M nocrMENTs

4o M. de Bordeaux à M. deBriermê.

Londrei, 24 avril 1056.

Le grand lilence de M. le Protecteur^ après tantd'assurancet qu'il m'arail données que dans peu de jours j'aurais de ses nouvelles, me fait croire que le colonel Lockhart sera chargé des propositions et des réponses que j'attendais^ afin que son voyage ait plus de préteite, ou que sa personne soit mieux reçue en portant des mai*ques de la déférence du Protecteur au désir de Sa Majesté. Sur le séjour du duc d'York en France, j'avais témoigné^ en des termes qui ne pouvaient choquer, qu'il était à propos de différer cette légation pour quelque temps ; mais toutes les raisons dont j'ai pu appuyer ma proposition n'ont pu changer le dessein pris devant mon retour en Angleterre. Les minisires d'État auxquels je m'étais adressé ont eu ordre de me dire que^ si nous avions des considérations pour l'éloigner, ce régime en avait pour Tavanccr; ils ont même passé jusqu'à se servir du prétexte de la l'eligion.

(El plus bas:)

L'envoi dudit colonel à Paris a sans doute d'autres motifs, et quoique l'on professe publiquement de le vouloir tenir auprès du roi pour agir en faveur des religionnaires, il est plus vraisemblable que l'espérance d'éloigner de la cour, par sa présence, les restes de la famille royale d'Angleterre, et la curiosité d'être à Tavenir plus informé des affaires de France auront fait passer par-dessus toutes les considérations que j'ai mises en avant, sans autre fruit que celui d'empêcher que M. le Protecteur ne donnera la qualité d'ambassadeur à son ministre, jusqu'à ce que la réception ait confirmé les avis

HLSTOKigrKS. 587

d'Augiev et de Petite qui le font attendre avec de grandes impatiences, pour les désavouer et ôter la pensée de donner un litre plus relevé audit colonel. Il est plus nécessaire que les civilités dont on a accoutumé d'user envers les ministres des États étrangers soient accompagnées des embarras que j'éprouve souvent en ce pays, oîi les esprits sont plus disposés à s'enorgueillir de l'honneur qui leur est fait qu'à la reconnaissance.

5û Le cardinal Mazarin à M. de Bordeaux,

Pari^ le 26 avril 1656.

Monsieur,

Vos dépêches des iO* et M* de ce mois m'ont été rendues; je suis bien aise de la bonne réception que l'on vous a faite dé delà^ et vous remercie de vos nouvelles; celles que nous avons sont qu'il n'est arrivé que quatre vaisseaux de la flotte, sur lesquels mêmement il y a fort peu de chose pour le roi d'Espagne, et que l'on croit l'amiral perdu, lequel était demeuré derrière ; nous savons aussi de bonne part qu'en Espagne comme en Flandre ils se flattent fort de l'espérance de quelque grande révolution qui doit arriver en Angleterre et y mettre, par leurs soins et leurs intrigues,' les affaires au point qu'ils peuvent souhaiter; il est certain aussi que le roi d'Angleterre a fait et signé son traité avec les Espagnols, et que Scxby lui-même en a été bien aise, croyant que l'union de son parti avec celui dudit roi le mettra en état de faire quelque chose de plus considérable en Angleterre; et c'a été le but des Espagnols, afin que formant un parti de ces deux et y joignant encore les intelligences qu'ils peuvent avoir en ce pays-là, ils puissent mettre d'autant plus d'affaires sur les bras de M. le Protecteur. Je sais d'ailleurs qu'ils ont promis

.V4« IMM'I .MK\J\S

audit ïioi, pdi' le Irai té, de lui douuer dans cette campagne 3000 chevaux et 6000 hommes de pied et de quoi les payer pour trois mois, afîn qu'il s'en puisse servir à quelque descente en Ecosse ou en Angleterre, espérant que par ce moyen il pourra former tout aussitôt une armée dans le pays de plus de 20,000 hommes, fondés sur les assurances qu*ils prétendent avoir que, ce corps étant une fois débai*qué, il sera grossi à l'instant par quantité de troupes de gens de leur intelligence. On me mande aussi qu'ils croient être assurés de quelque port pour faire ce débarquement; mais je ne doute pas que M. le Protecteur n'ait l'œil ouvert et n'ait été prévenu à temps pour rendre inutiles ces desseins des Espagnols. En donnant part de ces avis à M. le Protecteur, tous pourrez lui communiquer aussi, et même lui remettre ès mains les deux lettres ci-jointes que nous avons interceptées.

Il verra, par celle qui n'est pas en chiffres, de quelle façon Barrière s'explique ; elle est toute écrite de sa main et s'adresse à CardeAtts; il y a apparence que l'autre contient quelque secret d'importance puisqu*elle est en chiffres, et il me semble que, si Barrière est encore à Londres^ rien n'empêche que M. le Protecteur ne puisse l'obliger à la déchiffrer; mais il faut témoigner à M. le Protecteur qu'il importe extrêmement, pour son avantage propre, qu'autre que lui ne sache que ces lettres et ces avis viennent d'ici, et qu'au contraire il faut qu'il fasse semblant, pour ce qui est des lettres, qu'elles ont été interceptées de delà.

Je ne m'étonne pas des bruits que vous me mandez qui comment, au lieu où vous êtes, pour faire croire que nous avons quelque négociation secrète pour la paix, car ce sont les Espagnols qui les répandent eux-mêmes, afin de jeter, s'ils pouvaient, de la défiance dans les esprits; mais il n'y a nul fondement et l'on ne songe ici qu'à réduire l'Espagne en tel état que son inimitié ne nous puisse pas faire grand mal.

UIISTOKlQUtS. 589

Vous ferez bien de détourner^ si vous pouvez, M. le Protecteur de TeiiToi d^un ambassadeur en cette cour; ce n^est pas que Sa Majesté n^en fût bien aise; mais comme il y a ici beaucoup d^ Anglais et d'Irlandais, il s'en pouiTait rencontrer, parmi les uns ou les autres, d'assez désespérés pour entreprendre quelque méchant coup ; et quelque châtiment qui pût suivre, ce serait toujours un grand malheur; joint que, si l'envoi de cet ambassadeur n'est que pour être informé de ce qui se passe ici, vous pouvez répondre à M. le Prolecteur qu'il le sera bien plus exactement par votre moyen que par celui-là. Néanmoins, s'il voulait envoyer ici quelque personne de confiance pour y demeurer sans autre titre, il le peut faire librement, ne lui représentant rien là-dessus que dans l'appréhension que ceux qui ne l'aiment, ni lui ni nous, ne prennent de là occasion d'entreprendre quelque chose qui puisse exciter des défiances. Je presse tant que je puis M. le comte de Brienne pour l'expédition des commissaires, et l'on travaille aussi à ramasser le plus qu'on peut de procès-verbaux. Nous attendons de savoir la résolution qui aura été prise touchant M. le duc d'York ; je vous dirai cependant qu'on le sollicite fort, de la part du roi son frère et de celle des Espagnols, de se retirer en Flandre, lui offrant emploi et assistance proportionnée à sa condition ; et puisque les Espagnols le recherchent de la sorte et le pressent de sortir d'ici, c'est bien une marque infaillible qu'il» ne croient pas que ce soit le bien ni l'avantage de M. le Protecteur. On a déjà donné les ordres nécessaires, à tous les capitaines et officiers des navires du roi, de garder une entière correspondance avec ceux de la flotte d'Angleterre, et assurément il n'y sera rien oublié de notre part.

Pour ce qui est d'une liaison plus étroite et des entreprises maritimes dont on vous a parlé en termes généraux, vous pouvez écouter les propositions qui vous seront faites là-des-

sus eteudouiior dsis ici, d'où Ton fera savoir les intentions de Sa Majeslé; mais à vous parler franchement^ ce qui nous pourrait empêcher de nous porter avec tant de chaleur à ce qui regai'de à ce point- là est que nous n'avons pas seulement l'argent nécessaire pour l'entretien des troupes que le roi a sur pied, et exécuter les choses qui ont été résolues pour cette campagne. Je n'ai rien à vous répliquer sur le fait des pré* scnts; et quant aux personnes en faveur desquelles vous avez pu me parler à votre départ y il sera bon que vous m'en en* voyiexun mémoire, car j'ai eu tant d'autres affaires depuis ce teraps-Ià que je ne me souviens plus d'eux.

Le roi sera bien aise d'avoir deux mille hommes, la plupart anglais ou écossais et le reste irlandais; mais il ne peut don* ner rien davantage que douze écus pour chacun, à condition qu'ils seront ici dans les deux mois après l'argent reçu; vous pourrez donc traiter sur ce pied-là, mais je vous prie toujours de vous souvenir que vous devez prendre vos précautions et vos sûretés, en sorte que l'argent du roi ne coure aucun risque.

Quand vous nous aurez mandé ce que souhaiterait le beau-» frère de M. Lambert, pour s'attacher au service du roi^ j'en rendrai compte à Sa Majesté et vous ferai savoir ses intentions. Quant àWhite, je n'en fais nul cas, étant toujours perr soadé que c'est un esprit double à qui on ne saurait se fier; néanmoins il n'y a point de mal de Ten tendre et de lui dire que, s'il rend quelque service considérable, on le récompensera largement ; mais auparavant que de rien donner on veut voir des effets.

J'aurai soin de vos intérêts, et vous témoignerai toujours très- volontiers en toutes les choses qui dépendront de moi, que je suis, etc*

HlSToUigiKS. r,9i

<)o M, (le Bordeaujr à M. de B vienne.

Londre*, ter miti 1650.

La lettre qu'il vous a plu de in'écrire le 22 est arrivée assez à temps pour me faire faire encore une tentative contre le (lëpart du colonel Lockhart. Tous les ofiîccs que j'avais ^ passes sur ce sujet par la voie de mes commissaires n'empêchent point qu'il ne se dispose à suivre son équipage, qui était déjà sorti de Londres; et n'y ayant plus sujet de craindre que son voyage pût être avancé par les diligences que je ferais pour l'arrêter, je crus en devoir parler ouvertement au secrétaire ; je l'allai voir à cet effet il y a deux jours, et après lui avoir fait savoir que nos commissaires étaient sur le point de passer en Angleterre, je lui dis que la légation dudit colonel Lockhart m'avait obligé de lui demander cette conférence, pour le prier de faire savoir à Son Altesse que sans doute elle avait déjà entendu parler, des ministres de son Conseil, que le roi prendrait sans doute en bonne part le dessein qu'elle avait d'envoyer en France, et surtout du choix dudit colonel; que la réception du sieur Dov^ningetde l'autre envoyé en Savoie, lorsqu'ils passèrent par la cour, ne laissait pas lieu de douter qu'il n'y fût fait favorablement accueil à tous ceux de cet État qui seraient revêtus d'un caractère public; qu'enfin toutes nos démarches passées et mon retour devaient tout faire attendre à M. le Protecteur de l'estime du roi ; qu'aussi Sa Majesté se promettait de trouver de la correspondance, et que ce serait la confirmer dans cette confiance si le voyage du colonel se remettait à un autre temps : j'en exagérerai tous les motifs, sans oublier celui de la religion, dont on s'était servi, pour persuader qu'il n'était pas présentement nécessaire, et qu'un agent, durant mon

59ii DOCUMENTS

séjour en ce pays, suffirait pour solliciter les intérêts particuliers des Anglais^ même pour donner avis de ce qui s'y passerait ; et sans entrer dans les considérations qui nous obligeaient de désirer cette complaisance, je tâchai seulement de prévenir la pensée que l'on pourrait avoir, que nous refusassions de reconnaître les ambassadeurs d'Angleterre, ou qu'il y eût quelque négociation en France dont nous appréhendassions que le Protecteur eût connaissance. Ledit sieur secrétaire, après une attention fort tranquille, me dit que cette légation n'avait point d'autre cause qu'un désir de confirmer à Sa Majesté les sentiments que M. le Protecteur m'avait ici témoignés et de passer des offices en faveur des Vaudois ; que la bienséance ne permettait pas de changer la résolution qui avait été prise, que comme Ton avait eu ici de la joie de mon retour, ledit colonel trouverait sans doute la même disposition, et qu'il ne prendrait pas présentement qualité d'ambassadeur. Je ne laissai pas d'insister encore, et après avoir fait connaître les avis qui représentent les habitants des vallées de Savoie en condition de n'avoir besoin d'aucune recommandation auprès de leur prince, je fis connaîti*e aussi que Sa Majesté ne prendrait point en bonne part que M. le Protecteur, sous prétexte de les assister, voulût se faire de fête auprès de nos religionnaires, et que si l'amitié avait seule part |i cet envoi, il devait se remettre, puisque je témoignais que nous le souhaitions ; j'accompagnai cette proposition, de soi peu agréable, de toutes les expressions et civilités capables d'en adoucir Pamertume, et ledit sieur afiectant aussi de n'en être point choqué, me promit d'en faire sa relation.

(Et plus bas:)

Les civilités personnelles mirent fin à notre conférence, depuis laquelle le voyage dudit colonel avait été différé jusqu'à ce matin, qu'il a reçu ordre, après l'aiTivée des lettres, de

pat-tir sur Theure. Nous nous étions visités la semaine passée sans ])arler d'aflhires; seulement m'avait-il dit qu'il passerait comme particulier^ et que le temps de son séjour était encore incertain. L'un de ses amis m'est Tenu prier d'écrire de lui en bons termes afin qu'il fût mieux reçu en France; pour m'y convier davantage^ il me dit que M. le Protecteur était résolu d'en user désormais avec les ministres étrangers plus civilement que par le passé. Il est vrai que^ si les siens étaient traités de même^ les ambassadeurs ne seraient à leur entrée reçus^ visités et présentés à l'audience que par le maître des cérémonies, et ceux de caractère moins relevé ne le verraient qu'à la première audience. Les uns et les autres ne recevraient nulle réponse s'ils faisaient quelque proposition indifférente^ ils éprouveraient de grandes longueurs dans toutes expéditions et peu de civilités personnelles; seulement jouissent-ils de l'exemption de tout droit d'entrée et sortie pour tous les meubles qui leur appartiennent. C'est ce dontj'ai cru devoir informer^ afin que si la loi du talion se doit mettre en usage^ celui de ce pays soit connu , quoiqu'il soit de la générosité ordinaire de notre nation de vaincre les autres en civilités. Il semble que le Protecteur, envoyant ledit colonel^ nonobstant ce que j'en avais témoigné, sans même me faire rendre réponse^ Sa Majesté pourrait se régler sur cet exemple, crainte qu'un autre traitement passe pour un désaveu de mes insistances et agrément de l'ambassade, à laquelle sans doute les proposi-^ tions d'amitié éti'oite se remettent.

(Et plus bas :)

S. M. ne sera pas en peine de le garantir (le colonel Lockhart) contre les ennemis de ce gouvernement, sa famille, qu'il a composée de soldats de l'armée, étant capable de le mettre à couvert de leurs entreprises, et sa personne en reputalion de valeur; il est Ëcobsais cl l'on prélend qu'il a été r. II. âH

.vu DOCUMENTS

choisi de cette nation peut faii'e voir la coiiiiauce que M. le rrotccleur y prend ; il Tavait d'ailleurs assez témoigné^ le recelant dans sa famille.

7» Le même au même,

Londres, 8 mai 1656.

J*al reçu les deux letti-es qu'il vous a plu de m'écrire le 20* du passé ; ma dépêche de la semaine passée servira de réponse au principal point dont elles parlent, et le départ du colonel Lockhart accusera mon peu d'adresse ; ce n'est pas que je n'aie dit tout ce qui me semblait capable d'arrêter son voyage, et sans doute le Protecteur aurait usé de complaisance en cette rencontre si quelque considération bien puissante ne s'y opposait. Quoiqu'il allègue le motif de religion, que, comme j'apprends, le colonel Lockhart ait ordre d'être fort assidu à Charenton, et qu'en effets il soit de la même sorte que nos prétendus réformés, je ne laisse pas d'attribuer sa légation à la vanité qu'a M. le Protecteur de tenir un ministre en France, et en présence de la famille royale d'Angleterre, afm de lui causer quelque dégoût qui l'éloigné de la cour, et d'ôter à ceux de son parti toute espérance d'en pouvoir jamais être assistée ; que si le titre d'ambassadeur peut contribuer à l'un et à l'autre, il ne faut pas douter ({ue ledit colonel n'en soit revêtu, pour peu qu'il trouve d'agrément, ni aussi que, pour l'introduire et le rendre à l'avenir Considérable, l'on ne fasse passer par lui touteè tés ouvertures et propositions qui seront jugées devoir être agréables; c'est ce qu'un de ses amis m'a déclaré, et dotit j'ai été confirme pai- ce qui se passa dans l'audience que je demaiidai, il y à trois jours, aii Protecteur pour lui faire des plaintes de ce que

les armateurs anglais continuaient leurs déprédations sur len sujets de Sa Majesté, et aussi pour parler du duc d'York. Après avoir traité le premier point, et reçu les réponses qui s^en pouvaient attendre, je passai au dernier et demandai la résolution qui m'avait été promise dans ma première audience. Le secrétaire d'État, pour prévenir, ce semble, la réponse que le Protecteur m'allait rendre, l'avertit tout bas que c'était un des chefs de l'instruction dudit colonel Lockhart ; il ne laissa pas néanmoins, se voyant presse, de me dire que Sa Majesté en pouvait user comme bon lui semblerait. Je pris ce discours pour un exprès acquiescement au séjour du duc d'York en France, et témoignai que le roi recevrait en fort bonne part cette complaisance.

(Et plus bas :)

Les civilités personnelles succédèrent aux nouvelles^ et entre autres caresses^ le Protecteur me convia d'aller désormais à Hamptoncourt pour avoir ma part de ses divertissements 3 je n'en suis pas tellement touché que, pour l'entretenir dans cette belle humeur, je voulusse conseiller de traiter de même son ministre qui est en France^ si son séjour n'y est pas souhaité.

B*) Le même au inéme.

Londrec, Ib mai 1666.

Je n'ai plus rien à dire du colonel Lockhart, si ce n'est que le roi ne sera point responsable des mauvaises rencontres qui lui pourraient arriver, après les déclarations que j'ai faites sur son voyage, tant aux ministres d'État qu'à lui-même. Sa générosité ou la confiance qu'il prend en ses domesliqucsy et la joie de se voir dans un emploi qui le relève plus que

n'a fait Taliiance du Protecteur, ont prévalu sur la crainte que lui devrait donner le désespoir de tant d'Anglais, Écossais et Irlandais ruinés par le régime d'Angleterre. Je les ai représentés en état de tout entrepi'endre, quoique le succès des meurtres faits en Espagne et en Hollande dût étouffer la pensée d'une semblable action, quand même elle ne serait pas ca|)able d'exciter une réconciliation entre le roi d'Espagne et le Prolecteur,

1)0' Le ménie au même.

Londres, 29 mal 1656.

Je vois, par la lettre qu'il vous a plu de m'écrire le 20e du présent, que le colonel Lockhart a écrit et parlé uniformément de sa réception, mais bien différemment de son séjour, puis qu'il fait passer en France quelques personnes dont il ne s'était pas voulu charger devant que d'être assuré d'une longue résidence, et en remet d'autres à la fin de la campagne, où il prétend suivre la cour. Si les autres ministres étrangers demeurent à Paris, cette distinction persuadera le Protecteur que nous avons plus de déférence pour ses désirs qu'il n'en a témoigné pour ceux de Sa Majesté par l'envoi de son ministre. On peut souffrir qu'il se flatte d'une telle créance pourvu qu'elle produise quelque avantage.

IirSTOUIQTîES. 5î)7

[Và'^c mi.)

Traité fait avec le Protecteur et la République d'Angleterre pour la campa^gm de 1657, signé à Paris le 23 mars 1657, ratifié par Louis XTV le 30 avril, et par Cromwell le 4 mat suivant.

Considërant qu'il est prouvé par des faits certains que les Espagnols ont pour but d'entretenir^ dans le inonde chrétien, des discordes perpétuelles; considérant que^ de tout temps, mais surtout durant Tannée qui Tient de s'écouler, ils ont rejeté des offres de paix qui leur ont été faites aux conditions les pins honorables et même les plus conformes à leurs intérêts, par Tinitiative de Louis XIV, roi Très-Chrétien de France et de Navarre, mû d'un singulier amour poiir la tranquillité publique, et transmises par le sieur de Lyonne, membre de son Conseil secret, au roi Catholique et à sa cour ; considérant que, après cet indigne refus, il ne reste aucun espoir d'arriver jamais à la paix par une négociation amicale, sans avoir d'abord forcé les Espagnols, par quelque fait d'armes éclatant, à changer de sentiments et à entrer dans des desseins plus modérés et mieux accommodés à la tranquillité publique; Sa Majesté Très-Chrétienne ne voulant rien omettre de ce qui est en son pouvoir pour donner à un projet aussi pieux l'issue désirée, et le sieur William Lockhart, chevalier et conseiller pour l'Ecosse du sérénissime et très-puissant lord Protecteur de la République d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, commissaire légat, procurateur et député dudit lord Protecteur, ayant

appris à S. M. Très-Cli retienne que S. A. Je lord Protecteur est aussi dans l'intention de forcer l'ennemi commun des deux puissances à souffrir que le monde chrétien puisse enfin jouir de la paix ardemment souhaitée^ et qu'à cette fin ledit lord Protecteur a donné audit sieur William Lockhart toute sorte de pleins pouvoirs pour délibérer^ négocier et traiter avec les délégués que S. M. Très-Chrétienne aurait choisis pour s'entendre sur les moyens de combiner^ dans la prochaine campagne, les armées de France et d* Angleterre de telle sorte que l'union de leurg' forces et l'accord de leurs desseins puissent^ par la crainte d'un plus grand échec, faire naître dans l'esprit des Espagnols le désir de la paix auquel on n'a pu encore les amener par aucun nioyen^ et aussi pour renouer les deux États par une amitié plus étroite, selon l'intérêt des deux gouvernements, des peuples et des sujets^ et selon les conditions utiles à l'établissement de la paix publique ; Sa Majesté Très-Chrétienne a choisi à cette fifi e^ a commis M. le comte de Brienne, copamandeur de ses ordres^ membre de tous ses Conseils, premier secrétaire des commandements et du Conseil privé, ainsi que M. de Lyonne, marquis de Fresne, seigneur 4e Berny, préfet et maître des cérémonies et desdits ordres, et mem})re du Conseil privé ; et S. M. leur a pareillen^ent donné ses pleins pouvoirs pour négocier et traitei: sur les matières susdites. Lesdits plénipotentiaires, après s'être réunis plusieurs; fois, ont enfin fixé^ par Tefifet de leurs pouvoirs, les articles suivants, don^ les présentes, jusqu'à la fin, sont la copie :

D'abord, au printemps de cette année 1657, au mqis d'avril, s'il se peut, les places fortes de Gra vélines, Mardyke et Dunkerque seront successivement assiégées, par terre et

HISTORIQUES. :m

par mer, à frais communs^ et par les forces réunies^ de la manière sujvante :

L'Angleterre fournira à ses frais, pour chacun des sièges successifs ci-dessus énumérës, de Gravelines^ de Mardyke et de Dunkerque, une flotte de grands navires, suffisants en nombre et en forces pour fermer les ports des susdites places fortes, tant que les sièges dureront j plus le nonibre d'embarpations et de petits vaisseaux qui semblera nécessaire, tant pour porter toute sorte de secours à la susdite flotte, que pour intercepter les secours que tâcheraient d'introduire, dans les villes assiégées, soit Tennemi lui-même, soit tout autre se prétendant compromis par ces sièges ; la France fournira un effectif de vingt mille hommes, tant de pied que de cheval.

De plus, l'Angleterre fournira, pour lesdits sièges, un effectif de six mille hommes de pied, en six légions ou régiments, dont chacun aura dix cohortes ; chaque cohorte aura, outre un centurion ou capitaine, un sous-centurion et un portedrapeau, cent soldats, dont cinquante armés de mT^usquets et cinquante armés de lances, tous Anglais, sans admission d'Écossais ou Irlandais. Sur ces six mille hommes, trois mille seront enrôlés par commission de Sa Majesté Très-Chrétienne, et seront transiportés en France aux frais dudit roi , à savoir : au prix de 37 livres tournois et 10 sols (monnaie française), pour l'enrôlement et le transport de chaque soldat ( mousquets, lances et bandoliers non compris, et S. M. s'engageant à fournir ces objets auxdits soldats). Les autres trois mille hommes seront enrôlés, équipés et transportés en France aux frais de l'Angleterre ; de son côté, S. M. promet d'avoir soin

(|uo leur pajv leur soit romplée ot que les aliments leur soient fournis, lorsqu'ils auront débarqué sur les côtes de Calais ou de Flandre, et tant que dureront les susdits sièges; et pendant ce temps, après avoir prêté serment selon Tusage, ils combattront à la charge et sous la discipline militaire de S. M., obéissant aux ordres de ses généraux ; et ils seront licenciés d'après le mode dont lesdits plénipotentiaires seront convenus par une stipulation spéciale ; en outre, S. M. s'engage à leur compter d'avance, lors de leur débarquement, la moitié d'une année de solde, qui sera, par la suite, déduite de la totalité.

Lorsque les généraux et les officiers de guerre, désignés pour ce soin par le lord Protecteur, auront reçu l'argent que S. M. s'engage à payer pour l'enrôlement et le transport des .'MKK) soldats ci-dessus mentionnés, au taux de 37 livres 10 sols par homme, S. A. se chargera de prendre rengagement de faire transporter, soit en France, soit en Flandre, tant les 3000 soldats ci-dessus mentionnés que les 3000 autres, que S. A. doit lever, équiper et transporter à ses frais : « ce qui sera fait en la saison dite, et même, s'il est possible, à jour ixe, selon les stipulations plus spéciales qui seront faites. En outre, ledit lord Protecteur s'engagera à envoyer sa flotte, ses embarcations et ses petits navires en vue des susdites places fortes et pour en fermer l'entrée par mer, au jour qui sera fixé, selon les plans d'attaque convenus de part et d'autre.

Dans le cas où les préparatifs faits |)ar S. M. Très-Chrétienne pour l'enti^etien des armées seraient insuffisants, et où, pour obtenir et affermir le succès de l'entreprise, S. M. aurait besoin de quelque secours qu'elle pourrait tirer d'Angleterre

ITISTORTOITKS. OUI

plus facilomenl, ou à meilleur compte, soit par oxomplo uuo partie des fourrages pour la cavalerie, de Tavoinc, du blé ou des armes, des boulets, de la poudre, des fusées incendiaires, des grenades et autres munitions- nécessaires ou utiles au succès des sièges, ledit lord Protecteur s'engage à prendre soin de les faire fournir à l'armée française en quantité suffisante, et au prix juste, sans augmentation extraordinaire.

Au cas où iesdits sièges réussiraient, ce qu'on est en droit d'espérer, Dunkerque et Mardyke appartiendront à PAngleterre, Grayelines à la France ; et dans le cas où Dunkerque serait contraint à se rendre, S. M. s'engage dès à présent à y faire entrer les troupes anglaises, non les siennes, et à remettre la ville aux mains de S. A. ou de ceux que S. A. aurait chargés de la recevoir.

Comme il semble très-diflicile de commencer par le siège de Dunkerque, de telle façon que l'honneur des armées unies ne fût pas compromis ( difficile entreprise qu'il serait cependant fort désirable d'accomplir, vu que les communications seraient par, ce moyen coupées entre Gravelines elles autres places, de sorte qu'un siège unique semblerait réduire les deux villes], si pourtant la prudence et les raisons de l'art militaire mettent en évidence qu'il n'y a pas sûreté à pénétrer aussi avant, du premier coup, dans le pays ennemi, en laissant derrière soi et en négligeant une place forte aussi importante que Gravelines, sans parler des autres positions que les ennemis occupent sur divers points dans ces contrées, et d'où ils pourraient facilement couper les communications qu'il faut maintenir h tout prix entre la France et les armées

afisidgeantes ; S. M. Très-Chrétienne, désireuse de montrer audit lord Protecteur sa sincérité et sa confiance, par toutes les preuves qui sont en son pouvoir, s'engage dès à présent^ dans le cas où les motifs ci-dessus énumérés ou d'autres causes l'obligeraient à assiégef d'abord Gravelines, et si la ville tombe entre ses mains, à livrer audit Protecteur ladite ville, avec ses citadelles et les châteaux forts environnants que les ennemis occupent aujourd'hui, en attendant que la prise de Dunkerque permette de remplir les engagements contenus dans Farticle qui précède immédiatement celui-ci, et qui réserve D.un)ierque et Mardykeà l'^ogleteiTe, prayeliqes à la France; et cet ëcb^ge de Dupkerque pour Qravelines se fera de bonije foi et de bonne amitié, gpand les deux villes auront été prises, toutes sécurités ayant ajors été données, selon les usages 9*eçus. Si donc la ville de Grave)ines est d'a))ord assiégée et prise, S. ^. y fera entrer |es troupes anglaises, non les siennes, et les y laissera jusqu'à ce que |a prise de Punkerque permette d'effectuer l'échange susdit.

Ledit lord Protecteur, pour composer l^. garnison de la ville qui lui sera remise suivant la convention ci-dessus conclue, pourra se servir, s'il lui semble J)on, des officiers et des soldats qu'il voudra choisir, à cette fin, parmi les trois mille Anglais qu'il doit lever et équiper à ses frais.

Sa Majesté Très-Chrétienne emploiera selon son bon plaisir ot aussi longtemps qu'Elle le jugera bon, les 6000 hommes susdits, exception faite de ceux que S. A. le lord Protecteur aura choisis pour garnir la ville prise, selon ce qui a été réglé par l'article précédent; S. M. s'engage seulement^ à quelque moment qu'il lui plaise de ne plus employer ces

troupes^ à leur faire comiiter |a moitié d'une année de solde, comme indemnité de congé^ et pour qu'ils puissent payer leur passage et les frais de leur retour dans leur patrie.

S. M. après Taccomplissement desdites expéditions, pourra faire entrer les soldats anglais ci-dessus énumérés dans celle de ses armées qu'il lui plaira de désigner^ et user de leurs services^ dans quelque troupe qu'EUe les ait incorporés ; pourvu qu'il lui soit agréable, cependant^ de ne jamais les diviser^ mais plutôt de les maintenir toujours unis, par preuve de bienveillance.

Gomme S. M., malgré le pieux motif qui la décide, et qui est la tranquillité du monde chrétien, n'aurait jamais voulu consentir aux propositions même les plus avantageuses pour contribuer par ses armées à établir, dans une ville de Flandre, des troupes anglaises si elle n'était assurée, par les garanties les plus complètes, les plus certaines et les plus saintes, que la religion catholique sera à l'abri de toute attaque, de tout détriment, de toute molestation, et sera conservée dans son intégrité, ledit lord Protecteur promettra, par un serment solennel^ et en outre par une convention particulière avec S. M., que Dunkerque, Mardyke ou Gravelines une fois remises entre ses mains, il y laissera toutes choses en l'état où il les aura trouvées, en ce qui concerne la religion catholique ; les ecclésiastiques, tant réguliers que autres, qui n'auraient rien tramé contre le gouvernement établi dans ces villes, y jouiront en sécurité de leurs revenus et de la possession de leurs églises, dont aucune ne pourra être détournée à l'usage de la religion protestante ; enfin rien ne pourra être changé, sous aucun prétexte, en ce qui concerne la religion catholique.

I^it lord Protecteur s'engage dès à présent à ne prétendre rien autre à l'ai^enir en Flandre que la possession desdites places fortes, Dunkerque et Mardyke^ et de la seule yille de Gravelines, en attendant que les deux autres puissent être remises entre les mains de S. Â. ; S. A. se réserve seulement le droit de contraindre à lui payer une contribution les pays ennemis qui entourent lesdites places fortes. Mais ce droit accordé à S. A. de lever des contributions n^empêchera pas S. M. Très-Chrétienne d'entrer et de s'établir dans les susdits pays, si ses intérêts l'exigent, et même dans les villes de Bergues et de Fume^ ou dans les autres places que les ennemis occupent sur le littoral ou dans le voisinage de la mer. Dans le cas où ces places tomberaient au pouvoir des Français, elles seront aussitôt libérées des sus*dites contributions.

11 est en outre convenu que le présent traité, toutes les conventions et tous les détails qui y sont contenus, seront ratifiés et confirmés, dans le mois qui vient^ ou plus tôt s'il est possible, par lettres patentes, de part et d'autre, scellées du grand sceau, et rédigées selon la forme due et authentique ; et il sera fait échange de ces pièces dans le délai cidessus convenu.

Page 1