ETAT DES ESPRITS APRES
Cromwell avait seul décidé et seul accompli, de sa personne, ce grand coup. Une multitude d'adresses de félicitation lui arrivèrent, dictées, quelques-unes par cet empressement servile qui se précipite autour du vainqueur, la plupart par l'enthousiasme mystique des sectaires qui se promettaient, de la chute du Parlement, le règne du Seigneur. D'autres adresses, plus importantes, vinrent de l'armée d'Ecosse qui approuva sans restriction ce qui venait de se passer, de l'armée d'Irlande qui se borna à se soumettre et à recommander la discipline, sans adhésion politique, de la flotte enfin, que le Parlement avait soignée avec tant de prédilection^ mais où dominait, en l'absence de Blake, l'influence de Monk depuis longtemps enclin à chercher sa fortune dans la grandeur de Cromwell qui, avant d'éclater, s'était assuré de ses dispositions. Soit hasard, soit dessein, Blake avait été, quinze jours auparavant, envoyé en croisière vers le nord de l'Ecosse; ce fut là, en rade devant Aberdeen, qu'il apprit la chute du Parlement; il réunit aussitôt à son bord ses capitaines; quelquesuns, comme lui républicains sincères, le pressaient de se déclarer contre Cromwell : « Non, » dit-il, « ce n'est « pas à nous à nous mêler des affaires d'État; empê- « chons les étrangers de nous humilier ; » et renonçant de ce jour à toute politique, il ne s'inquiéta plus que de vaincre pour sa patrie, quel que fût son maître \
1 Carlyle, CromwelV$ Letters, t. II, p. 181;— PorZtam. Hist., t. XX p. 143-147;— Mil ton, S tate-Pajp ers [in-îo. Londres, 1743), p. 90-97;—