‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 59 sur 150 · HENRI CROMVVELL EN IRLANDE · texte numérisé non relu

HENRI CROMVVELL EN IRLANDE

ignorant à qui elle devait être remise. Soit que Cromwell l'eût, ou non, découvert, il écrivit à Monk, quelque temps après : « On me dit qu'il y a en Ecosse un certain « rusé compagnon, appelé George Monk, qui n'attend « que le moment pour y introduire Charles Stuart; a faites, je vous prie, vos diligences jwur le prendre et « pour me l'envoyer*. » Mais ces précautions mutuelles ne nuisaient point aux rapports de ces deux hommes ; Monk savait servir fidèlement, sans lui Uvrer tout son avenir, le pouvoir qu'il croyait fort, et Cromwell savait se servir des hommes capables sans s'y confier. En Irlande, le Protecteur avait affaire à des difficultés plus compliquées; prescjue toute la imputation, indigène et catholique, lui était ennemie ; l'armée y comptait beaucoup de républicains; Ludlow y résidait encore. Cromwell avait là une double tâclie à accomplir : il fallait, d'un côté, déposséder et transplanter, dans la province de Connaught, la plupart des propriétaires irlandais; de l'autre, satisfaire les prêteurs de Temprimt de 1641 et les officiers ou soldats anglais à qui les terres confisquées avaient été promises. Décrétée avant le Protectorat, cette terrible opération, qui mettait également en jeu les passions des vainqueurs et des vaincus, n'était pas encore exécutée, et Cromwell en chargeait un jeune homme encore non éprouve, qui n'avait d'autre autorité que celle de son nom. 11 ne lui remit que graduellement ce grand et difficile pouvoir; il l'envoya d'abord

* Mouk, Etude hislorique, p. 5U.

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en Mande connue simple observateur*, puis comme major général de Tai-mée % à côté de Fleetwood, gouverneur; et toujours hardiment fidèle à ses habitudes de ménagement hypocrite, il écrivait à Fleetwood » : a Le bruit court que vous serez rappelé et que Harry « deviendra gouverneiu', ce qui n'est jamais entré dans tt mon cœur; le Seigneur sait que, pour lui et pour son c< frère, mon désir était qu'ils vécussent à la campagne, a en simples gentlemen ; UarrY sait très-bien cela, et a avec quelle peine je me suis décidé à lui donner sa « commission actuelle. Ce sont là de malicieuses invena tions, comme le bruit que j'ai été couronné, a 11 ajoutait pourtant en finissant : « Si vous avez dessein de venir a ici avec votre chère femme, prenez le meilleur moa ment pour le bien public et pour votre propre conve- « nance. » Fleetwood rentra en effet en Angleterre , et Henri Cromwell resta seul investi de l'autorité en Irlande, où il prit officiellement, quelque temps après , le caractère de gouverneur*. Il justifia la confiance de son père : ses mœurs privées et la tenue intérieure de sa maison laissaient pourtant beaucoup à désirer ; le scandale alla même assez loin pour que sa sœur Marie, qui devint plus tard lady Faulconbridge, crût devoir l'en avertir : « Mon cher frère, lui écrivait-elle *, je ne

1 En février 1654.

« En juin 1655.

5 Le 22 juin 1655.

* En novembre 1657.

5 Le 7 décembre 1655 j— Thurloe, State-Papers, t. IV, p. 293.

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a puis me dispenser de faire quelque allusion à une i>er« a sonne qui est auprès de vous et qui^ vos amis le crai* a gnent beaucoup, deviendra^ si vous n'y prenez garde, « une cause de déshonneur pour vous et pour ma chère a sœur. On dit qu'elle gouverne tout dans votre maison « et qu'elle en éloigne les gens de bien. Ne prenez pas « mal, mon cher frère, ce que je vous en dis; si je ne « vous aimais pas vraiment, vous et votre honneur, je a ne vous aurais pas parlé d'elle, d II ne parait pas que Henri Cromwell tint grand compte des conseils de sa sœur; mais sa bonne conduite politique couvrit les torts de sa vie privée; il atténua [>our les Irlandais dépossédés l'extrême rigueur des mesures qu'il était appelé à exécuter; il se concilia les presbytériens, et même beau* coup de royalistes; il écarta de l'armée la plupart des anabaptistes et des républicains décidément hostiles ; enfin, sur une obscure et incomplète promesse de tranquillité, il fit partir Ludlow pour l'Angleterre; et Cromwell put dire, en parlant de son flls, avec la satisfaction de l'orgueil paternel : « Voilà im gou- « verneur de qui j'ai moi-même quehiue chose à a[)a prendre'. »

Le 12 décembre 4655, Ludlow venait à peine d'arriver

1 Thurloe, s tate-Papei's, t. III, IV et V, voir toutes les lettres de Henri Cromwell à Thurloe et do Thurloe à H. Cromwell ; — Mark Noble, Memoirs of the Protectoral Honte, t. I, p. 197;— Carlyle , Cromwell's Letters and Speecha, t. II, p. 367, 393, 397;— Leland, Hist, ofireland, t. III, p. 401; — Godwin, His/. of the Commonwealth, t. IV, p. 427, 403.

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