CONVERSATIONS DE CROMWELL
à Londres; le Protecteur renvoya chercher et le reçut sur-le-champ, dans sa chambre à coucher, à Whitehall, entouré de plusieurs de ses officiers généraux : « Vous a n'en avez pas usé loyalement avec moi,» lui dit brusquement Cromwell ; « vous m'avez fait accroire que « vous aviez signé un engagement de ne rien faire con- « tré moi, en vous réservant une explication qui le ren-
« dait vain. Pourquoi n'avez- vous pas voulu vous en- « gager à ne point agir contre le gouvernement établi ? « Quand même Néron régnerait, il serait de votre de- « voir de vous soumettre. »
LUDLOW : « Je suis prêt à me soumettre, et je n'ai, je « vous assure, connaissance d'aucun dessein contre « vous; mais si la Providence ouvre une voie et donne « occasion de se montrer pour le peuple, je ne puis « consentir à me lier les mains d'avance, et m'obliger « à ne pas profiter de la conjoncture. »
CROMWELL : c( Gomment donc t Est-il raisonnable de « soufl'rir qu'un homme dont je me méfie entre dans « ma maison avant de m'avoir promis qu'il ne me fera c( point de mal? »
LUDLOW : « Ce n'est point ma coutume d'aller dans « aucune maison à moins que je n'espère y être bien « venu. Je ne demande qu'un peu de liberté de vivre « en plein air. J'y ai le même droit que les autres c( liommes. Je ne puis aller, en fait d'engagement, plus c( loin que celui que j'ai pris. Si on n'en est pas con- « tent, je suis résolu, avec l'assistance de Dieu, à souf- « frir tous les maux qu'on voudra me faire subir. »
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CHOHK'EtL : « Nous coQuaissons assez votre fermeté, et « nous avons rie quoi être aussi tenace que vous. Hais, « je vous prie, qui vous a parié de vous faire soufTrir?»
LLDLOW : « Si je ne me trompe, Monsieur, vous avez « parlé de vous assurer de moi. »
CROMWELL : « J'en aurais bien des raisons. J'ai honte s de voir l'engasiement que vous avez pris, et qui sié- « rait mieux à un général prisonnier, ayant encore en a campagne une armée de trente mille hommes, qu'à ■ un homme dans votre situation. J'ai toujours été prêt fl à vous rendre tous les bons offices qtie j'ai pu. Je « vous souhaite autant de bien qu'à qui que ce soit de u mon Constnl. Choisissez ((uelqtie lieu salubre pour y « fixer votre résidence. »
LLOLOW : « Monsieur, je vous assure que mon mécona lentement ne vient d'aucune animosité contre votre « personne; si mon propre jùre était en vie et à « votre place, mes sentiments seraient absolument les « mêmes. »
CBONWELL ; « C'est vrai ; vous en avez toujours usi'r « ouvertement et loyalement à mon égard ; mais je ne d vous ai jamais donné juste sujet d'on user autren ment. »
La conversation s'arrêla là ; on fit passer Ludiow dans une pièce voisine où Flectwood vint bientôt le trouver, le conjurant encore de s'engager comme le Protecteuilesouhaitait, ne fût-ce que |H)ur une semaine :(iPas]>our « une heure, » réi>ondil Ludiow; et il retourna chez lui, où Crnmwell le laissa en paix. Six mois après, en