‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 61 sur 150 · CONVERSATIONS DE CROMWELL · texte numérisé non relu

CONVERSATIONS DE CROMWELL

août 1656, Gromwell venait d'ordonner la convocation d'un nouveau Parlement; il voulait en écarter les républicains influents; il fit rappeler Ludlow devant son Conseil : « Je n'ignore pas, lui dit-il, les complots trace mes contre mon gouvernement, et je veux que vous « sachiez que ce que je fais ne procède d'aucun motif « de crainte, mais d'une prudence qui sait à temps pré- « voir et prévenir le danger. Si j'avais fait mon devoir, « je me serais assuré de vous aussitôt après votre arft rivée en Angleterre; je vous demande à présent cau- « tion de ne point agir contre le gouvernement. »

LtDLow : « Dispensez-m'eiî, je vous prie ; vous savez c( les raisons sur lesquelles j'ai fondé mon refus. Je suis « en votre puissance ; vous pouvez me traiter comme « vous le jugerez à propos. »

CROMWELL : c( Je vous prie, que vous fâut-il donc? « Chacun n'a-t-il pas la liberté d'être aussi bon qu'il « veut? Que pouvez-vous souhaiter de plus que ce que « vous avez? »

L€DL0W : c( 11 serait aisé de vous dire ce qu'il nous a faudrait. »

CROMWELL : (( Dites-moi donc ce que c'est. »

LUDLOW : (( Ce pour quoi nous avons combattu : que (( la nation soit gouvernée de son consentement. »

CROMWELL : « Je suis autant que personne pour cette (c forme de gouvernement; mais où trouver ce consenc( tement de la nation ? Chez les évêques, chez les pres- « bytériens, chez leà indépendants, cheîs les anabap- « tistes? »

UW.IIV : • Clifz t«»n5 ct-ni <i»n uni ai:i |H>ur le piiMu • a^ec fidélité el alTt»ction. »

cmowwELL : « Mon ::oiivornoinenl ]>n^tôin^ tout lo « nK»nde : si»iis mon aiiloritô, la nation jouit du Ix^pt>:^; « je suis résolu dVnii»txli«T *|uVîle no $oit de nouveau « iilonirèe dans le saii::. »

LTDLOw : « n n y a déjà eu que tmp de sang n^ivindu « si Ion n'en retire nul aTantace. »

ciOMKTLL : « C'est Mon à vous de n^jeter sur nous le « crime du sang ! Mais nous |>ensons qu on est bien « payé de celui qui a été répandu; et nous savons qull « y a, àriieure qu'il est, di*s corn*s[x>ndances secrèti*s « entre lesilspagnols et ceux de % otre iKirti qui se servent « de votre nom, assurant que vous leur donnerez assisce tance. »

LiDLOw : a Je ne sais ce cpie vous entendez par mon « parti, et je puis dire avec vérité que, si quelques-uns « sont entrés en traité avec les Espagnols, ils ne Tout « pas fait par mon conseil ; mais s1ls veulent se si»rvir a de mon nom, je ne puis les-en empêcher. »

CRoxwELL : « Je ne vous veiuc pas plus de mal quïi « moi-même; j'ai toujoui'S été prêt à vous rendre tous a les bons offices qui ont dépendu de moi, et je n'ai en « vue dans tout ceci que le repos et la sûreté du « public. »

LUDLow : « Au fait. Monsieur, je ne sais pourquoi vous « seriez de mes ennemis, à moi qui vous ai été fldolo « dans toutes vos traverses. »

CROMWELL : « Je ne sais ce que vous entendez par mes

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« traverses; je suis sûr que ce n'étaient pas lant mes « traverses à moi que celles du public ; car pour ma con- « dition extérieure^ je ne Tai pas fort améliorée, comme « ces messieurs le savent bien. »

Les membres du Conseil se levèrent de leurs sièges, en signe d'adhésion. Ludlow reprit :

c( C'est précisément ce que je dois à ce public, pour « lequel vous témoignez tant d'égards, qui ne me perce met pas de donner la caution que vous me demandez; « je la regarde comme contraire à la liberté du peuple « et aux droits de l'Angleterre. Voici un acte du Parle- « ment qui ne permet au Conseil d'emprisonner aucun (( des libres citoyens anglais, et qui porte que, s'il le fait, « les juges du haut Banc, sur la plainte de la partie lésée, a lui accorderont un writ d'habeas corpus et lui adju- « geront des dommages considérables. Vous avez sans « doute concouru de bonne foi à cet acte, et pour mon « compte je ne me permettrai rien qui tende à le violer.»

CROMWELL : « Mais l'armée et le conseil d'État ne font- «. ils pas arrêter les gens? »

LLDLow : « Le conseil d'État le fait en vertu du pouce voir que le Parlement lui en a donné ; et si l'armée (( l'a fait quelquefois, c'était en temps de guerre et unice quement pour traduire en justice les personnes arrêcc tées. Mais on prétend faire la même chose aujourc( d'hui que nous sommes en paix et que nous devons « être gouvernés par les lois du pays. »

CROMWELL : ce Comment? Un juge de paix peut faire ce arrêter, et je ne le pourrai pas? »

AVKC LVDLOW (JCôô-lOÔO.. 177

LiDLow : « Un juge de paix est un officier autorisé imr « la loi, et vous ne pourriez l'être, fussiez-vous roi, a parce que, si vous agissiez injustement à ce litre, il « n'y aurait point de recours contre vous*. »

Evidemment, des deux parts, la discussion était vaine ; (^romwell ne la poussa pas plus loin, et renvoyaLudIo>v sans le faire arrêter. 11 était moins surpris qu'il ne voulait le paraître de cette résistance et de ce langage. Il pensait lui-même au fond du cœur que l'Angleterre ne pouvait être tranquillement ni longtemps gouvernée que sous certaines conditions de légalité et avec le concoui*s d'un Parlement, et l'expérience, plus forte que les arguments de Ludlow, le confirmait chaque jour dans cette conviction. Tout lui avait réussi ; il avait abattu tous ses ennemis et surmonté tous les obstacles; il restait seul maître; et les obstacles reparaissaient, les ennemis se relevaient devant lui; partout et constamment vainqueur, son gouvernement ne se fondait point; ni la défaite de tous les partis , ni le rétablissement de Tordre , ni l'activité salutaire de son pouvoir au dedans ne suffisaient à lui assurer ce qu'il cherchait, le droit et l'avenir. De grands succès au dehors, de brillantes et utiles aUiances, la puissance de l'Angleterre et la gloire de son propre nom portées au loin y réussiraient-ils mieux? En s'étendant et s'illustrant dans le

' Ludlow, Mémoires dans muCullection, t. II, p. 317-310, J^IZ- 327,340-348; — Études biographviuvs sur la Révolution d'Angleterre, p. 68-77.

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