‹ Histoire de la révolution d'AngleterreChapitre 80 sur 150 · PRONOSTIC D'UN NOUVEAU PARLEMENT · texte numérisé non relu

PRONOSTIC D'UN NOUVEAU PARLEMENT

blîl au sein des trois nations*. De telles cérémonies étaient alors si fréquentes qu'elles passaient souvent inaperçues, comme des manifestations d'une piété ordinaire et officielle. Mais le plus éminent des chefs républicains, Vane ne se méprit point sur le sens de celle-ci. Depuis rétablissement du Protectorat, il vivait retiré dans sa résidence favorite du Belleau, dans le comté de Lincoln, étraaiger, en apparence du moins, aux complots de son parti et à toute opposition active. Quand il vit le Protecteur s'adresser au peuple et annoncer, bien que de loin, l'intention de provoquer son concours, il résolut de rentrer lui-même en scène, et il publia aussitôt • un pamphlet intitulé : « Question de guérison « proposée et résolue à l'occasion de l'appel public et (L opportun fait récemment à un acte de pieuse humilité « pour ramener l'amour ot l'union dans le parti des « gens de bien; écrit dicté par le seul désir d'appliquer « le baume sur la blessure avant qu'elle devienne « incurable. »

C'était un exposé court, ferme et clair des principes essentiels du gouvernement républicain, tel que Vane et ses amis l'avaient conçu : la souveraineté complète et absolue du peuple, source unique de tout pouvoir; un Parlement, assemblée unique, seul représentant du peuple et seul en possession du gouvernement; la

* Forster, Statesmen of the Commomveàlth, t. ÎÎI, p. 164 j — Godwin, Hist. oftheCommonwealthf t. IV, p. 260.

* En avril ou en mai 1656.

PAMPHLET DE VANE (avril 1656). 243

liberté de conscience, droit sacrè, posé en maxime fondamentale^ sans y comprendre pourtant explicitement les catholiques ni les épiscopaux^ et sans les exclure formellement ; les droits politiques exclusivement réservés, pour un temps indéterminé, aux seuls partisans de la bonne cause, c'est-à-dire de la révolution ; sous Tautorité du Parlement et par son cboix^ un conseil d'État à vie, et peut-être, si les circonstances l'exigeaient, un seul homme investi du pouvoir exécutif; tel était le plan de conciliation que Vane proposait à l'Angleterre et au Protecteur. Pour le faire accepter de ceux dont l'adhésion lui était évidemment indispensable, il y par^ lait bien de l'armée a placée comme elle rest> 0 disait-il^ «t dans les mains d'un sage et honnête général et d'office ciers modestes et fidèles ; 0 et il les exhortait à s'unir intimement « avec le parti des honnêtes gens, et à sou* « tenir la même cause, dans leur esprit de simplicité et « d'humilité primitive. » Mais à côté de ce langage hypocritement caressant, se rencontraient des paroles amères sur le péril que courent les libertés publiques « quand on les établit sur la base d'un intérêt pri^é «t et égoïste, vice radical du gouvernement créé par la « conquête normande, n Bizarre mélange de sentiments élevés et d'idées étroites, de sincérité patriotique et d'aveugle entêtement de théorie et de parti. Vane prétendait fonder le gouvernement de l'Angleterre en en excluant tous les grands pouvoirs, anciens ou nouveaux, vainqueurs ou vaincus, qui avaient fortement régi la société anglaise; il mettait les royalistes hors la loi.

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