POUR SE FAIRE ROI
au but, restant toujours en mesure de les arrêter ou de les démentir.
Le bruit de ce travail du Protecteur se répandit bientdt, non-seulement en Angleterre, mais sur le continent. Ce n'était pas, en France surtout, un fait nouveau ni inattendu. Dès Tannée précédente, un bourgeois de Paris qui tenait note avec assez de soin des événements contemporains, grand ennemi d'ailleurs des révolutionnaires anglais et de Cromwell, écrivait dans son journal : « Un bruit bizarre a été semé dans Paris durant le mois a où nous sommes; Ton disoit que Cromwell, ne se « contentant pas de cette souveraine autorité qu'il « s'étoit arrogée en Angleterre, Ecosse et Irlande, sous « le nom de Protecteur de ces trois nations, aspiroit « secrètement à se copserver sous celui de roi ; et que, « pour y parvenir avec l'approbation de toute la chréa tienté, il avoit envoyé deux catholiques anglois à <K Rome qui négocioient sous main de sa part avec a Sa Sainteté, et tâchoient de lui persuader qu'en douce nant son consentement au desseing ambitieux de cet « usurpateur, il ramèneroit assurément dans le giron a de TÉglise ce nombre in&ni d'âmes qui recognoisa soient sa puissance et son nouvel établissement sur « elles. Le temps nous fera voir si cet illustre imposa teur estoit capable d'une si belle pensée, et si, d'ung « si méchant principe, il pouvoit naistre ung si grand a bien à tous ces parricides insulaires ^ »
^ Ce Jowmalf qui va de 1648 à 1657, se trouve parmi les manu-
rr» TRAVAIL DE CROMWELL
Le Parlement était à peine assemblé que Bordeaux écrivit au comte de Brienne : « H. le Protecteur m'a a donné ce soir l'audience que j'avais demandée.... Je « suis persuadé; tant par ses paroles que par sa contec< nance^ que les affaires du dedans de l'Angleterre (f occupent plus son esprit que celles du dehors^ et sa a conduite depuis peu de jours confirme qu'il a grande « alarme ou grand dessein.» Il ajoutait un mois après: a M. le Protecteur fait toujours profession de ne vouloir « rien changer; néanmoins le bruit public veut que le a Parlement fera quelque innovation en sa faveur, a après que les moyens d'entretenir la guerre avec le c< roi d'Espagne auront été résolus. » Puis, au cornce menccment de décembre 1656 : « C'était la créance « commune que le Parlement traiterait aiyourd'bui de a la succession, et que nonobstant les oppositions appa- « rentes de quelques officiers de l'armée, elle serait « résolue; j'apprends néanmoins qu'il ne s'est rien dit « ce matin. Quelques-uns veulent que la proposition « soit remise après que toutes les autres atTaires seront « conclues; d'autres que la répugnance des officiers de a l'armée T éloigne pour plus longtemps; et quoiqu'il a soit plus raisonnable de croire que M. le Protecteur « doive réussir dans son dessein, n'ayant que des esprits « peu élevés à réduire, je ferais néanmoins difficulté « d'en parler si liardiment que fait le colonel Lockhart,
scrits de la Bibliothèque impériale, supplément français, sous lo n'» 1238 lis. Il se compose de cinq volumes cotés a, h, c, d, e.