POUR SE FAIRE ROI
servile et dévoué. Hors du Parlement, Tétat des esprits et des partis semblait propice à ses espérances. Parmi iesCavaliers, beaucoup étaient découragés^ et ne croyant plus au retour du roi^ se montraient disposés à se contenter de retrouver la monarchie ; quelqqes-uns^ plus obstinés et plus téméraires, se flattaient que, si la royauté était une fois rétablie, le pays ne pourrait supporter de voir la couronne sur une autre tête que celle du roi légitime, et ils trouvaient bon que Cromwell relevât le trône, dans la confiance qu'il en tomberait bientôt. Les Presbytériens avaient surtout désiré le triomphe de leiu* système religieux dans TÉglise et du régime constitutionnel dans< l'État; Cromwell traitait bien leur clergé, les soutenait dans leur prédication, leur accordait la plupart des bénéfices ; c'était à eux que, dans les atfaires de religion, appartenait la prépondérance; si Cromwell, en devenant roi, pouvait être amené à rentrer dans Tordre légal et à gouverner de concert avec le Parlement, pourquoi la nation n'accepteraitelle pas un changement de prince qui servirait en définitive la cause de sa foi et de ses libertés? Les sectaires. Indépendants , Anabaptistes , Millénaires , Quakers , étaient plus rebelles à toute perspective monarchique ; cependant, beaucoup d'entre eux commençaient à se lasser de leurs efforts politiques si vains, et ne se souciaient plus guère que du libre exercice de leur croyance et de leur culte ; Cromwell les y protégeait, autant que le permettait l'intolérance générale, et plus, à coup sûr, que ne l'eût fait tout autre pouvoir. Enfin, depuis
trois ans^ il gouvernait en maître; tout lui avait réussi ; les derniers coups qu'il avait frappés prouvaient que son audace serait sans limites : amis^ ennemis ou indiffé^ rents, presque tous croyaient que sa fortune irait aussi loin que la voudrait pousser son audace^ et se môn^ traient enclins à s'y confier ou à s'y résigner.
Averti par un instinct sûr de ces dispositions publiques, Cromwell recommença à aborder, avec ses àffidés^ la grande question : il en avait d'origine très-dlverse et dlntimité très- inégale : le royaliste lord BroghiU^ homme de guerre, d'intrigue et de cour, qui se plaisait à prendre part à la fortune d'un grand homme; le presbytérien Pierrepoint, esprit judicieux et libre, prêt à soutenir tout gouvernement qu'il espérait faire tourner au bien du pays; les Jurisconsultes Whitelocke, Widdrington, Glynn, Saint-John, Lenthall, zélés à servir le pouvoir pourvu qu'il ne leur demandât pas de se dé* "vouer ; et plus avant que tout autre dans la confiance de Cromwell, Thurloe, chargé de toute sa police et de sa correspondance intime d'affaires ou de famille, serviteur fin, actif et discret, et sans prétention d'indépendance ni de gloire, ce qui le rendait aussi commode qu'utile pour son maître. Avec ces divers confidents, avec Thurloe lui-même, Cromwell ne s'ouvrait pas nettement de ses desseins; quoique naturellement aussi fougueux que menteur, l'âge et l'expérience lui avaient enseigné plus de réserve ; mais en excitant par ses entretiens tantôt leur curiosité, tantôt leur zèle, il les poussait.de jour en jour dans la voie qui devait le conduire