‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 111 sur 254 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La fête de V Etre-Suprême à Paris et à Bourg. — Brutalités de F agent national du district de Bourg; le patriote Convers détenu aux Claristes, mis au secret par son ordre. — Méaulle s effraie des rassemblementsfanatiques, c'est-à-dire de l'observation des fêtes et dimanches; arrêté du district de Chatillon-sur-Chalarùnne. — L'agent national du même district et les vestiges d'emblèmes monarchiques et féodaux sur les édifices publics; ridicule circulaire du Comité de Salut public. — M. de la Bévière détenu à Ambronay ; lettre sage et touchante qu'il écrit à ses enfants le 25 messidor an U. — Séance orageuse de la Société des Sans-Culottes de Bourg, 14 messidor. Retour et réception à Bourg des officiers municipaux relaxés. — Comment Arnar et Jagot se comportaient au Comité de sûreté générale. Lettre de Bonnet à Jagot. — Fête du 14 juillet célébrée à 'Bourg le 26 messidor ; programme.^ discours du citoyen Faguet. compte-rendu ampoulé. — Un prêtre bugiste, François- Marie Revenais décapité à Grenoble.

Robespierre, qui dominait la Convention et les Comités avec Saint-Just et Couthon, et qui aspirait secrètement au pouvoir souverain (i), avait compris qu'à tout gouvernement il fallait une base solide, c'est-à-dire la croyance en un Dieu rémunérateur et par conséquent à l'immortalité de l'âme. Par soumission, mais à contre-cœur, les philosophes, ses collègues, avaient voté la fête de

(i) On lit A l'article de Masse dans le Tableau indicatif des crimes commis dans le district de 13elley: « Il a connoissance par l'intcrmcdiaire de l'ami Jagot du plan de Robespierre, et dit qu'il ferait un bon Roi. »

rÊtre suprême, le 18 floréal, et en avaient fixé la célébration au 20 prairial (8 juin 1794).

Un autel ou plutôt une montagne fut élevée sur le Champ de Mars pour Tinauguration du nouveau culte. « Le jour venu, Robespierre se rendit à cette fête à la tête de la Convention, qui semblait n'être là que pour Tescorter; il prononça un discours dans lequel il déclara que jamais plus beau spectacle que celui de cette solennité n'avait été offert à la Divinité; puis, saisissant une torche, il alla brûler des figures représentant l'athéisme, la discorde, Tégoïsme, tous les vices que la Révolution se vantait d'extirper, et qu'elle avait en réalité déchaînés sur la nation pervertie par ses doctrines empoisonnées. Des chants, des jeux populaires terminèrent cette cérémonie, qui exalta jusqu'au plus haut degré l'ambition et l'orgueil de Robespierre. En effet, la plus grande part de l'encens brûlé sur les autels de la Divinité semblait n'être décernée qu'à lui seul. Mais les conventionnels, outrés de sa vanité, mécontents des hommages dont le peuple avait entouré Robespierre et du rôle subalterne qu'ils avaient rempli dans la solennité, plus mécontents encore de voir réveiller l'idée de Dieu, qu'ils espéraient être à jamais détruite, et qui leur rappelait toutes leurs infamies, éclatèrent pour la première fois en murmures suspects, et lancèrent des sarcasmes amers contre l'étrange

Page 1