CHAPITRE PREMIER. i
Agent National.
Delilia^ Joseph-Bernard, de Montréal.
Secrétaire-Général du District.
Vuillars^ Charles, de Nantua(i).
Le despote républicain visitait son petit royaume avec sa garde et sa cour. Les ennemis de Pancien régime ne détestent pas le rôle de prince; cela se voit encore aujourd'hui. Albitte, du reste, ne se serait pas aventuré sans escorte; et l'on remarquera qu'il s'éloigna du pays de ses principales victimes, précisément à la veille de leur supplice : il sentait que l'indignation publique serait à Bourg plus vive qu'ailleurs et pourrait armer corrtre lui le bras d'un vengeur de la société.
Parmi les gens de sa cour, on distinguait le fameux Blanq-Desisles, agent national de la commune de Bourg (peut-être bien que sa femme était de la partie), et deux des intrigants les plus enragés de Belley, Torombert et Bonnet, qu'il avait tirés des prisons de Grenoble, et qu'il avait appelés près de lui, sous prétexte de les confronter avec ses accusateurs, mais en réalité pour se servir de leur fanatisme révolutionnaire.
De Nantua qu'il n'honora pas longtemps de sa présence, il se rendit à Belley. Ici nous allons
(i) Arrêté du 26 pluviôse, daté de Nantua, couché sur le registre du Directoire de l'Ain, séance du i*»- ventôse.
transcrire une plainte bugiste sur la conduite publique et privée de Javogues, Albitte et Méaulle. Cette plainte présente d'intéressants détails et ne manque pas d'exactitude, quoique écrite après le 9 thermidor ; nous en fournirons la preuve quand nous reviendrons sur la période qu'elle embrasse.
Le 28 pluviôse, disent les habitants de Belley, Albitte arrive en cette commune sur les trois heures du matin. Ses janissaires l'avoient précédé de quelques heures. Torombert et Bonnet avoient pris les devans ; et tandis que le sybarite dort et s'enivre, que les autorités constituées font antichambre en attendant son réveil, cinquanteneuf citoyens, presque tous pères de famille ayant leurs fils sur les frontières, et attachés à la révolution par état et par caractère, sont jetés dans les fers ; administration, municipalité, tribunaux, recette, tout est désorganisé sur l'heure.
Le détachement révolutionnaire qui forme la garde du tyran, s'arme et parcourt les rues pour seconder les porteurs de hstes.
Les citoyens sont forcés de rentrer dans leurs maisons ; ceux de la campagne qui, manquant d'asile, cherchent à se retirer, sont poursuivis à coups de sabre ; toutes les avenues sont gardées, la commune de Belley ressembleà une ville prise d'assaut.
La masse des détenus s'accroît d'un moment à l'autre, et s'élève déjà au nombre de cent cinquante et un, dans une commune de trois mille âmes, y compris les femmes et les enfans. Les prisons contiennent le tiers environ de la population active.