CHAPITRE V
Indécision du nouveau régime. Nos terroristes retenus à Paris obtiennent leur acquittement ; à peine revenus, nouvel ordre d'arrestation ; Méaulle les laisse en liberté sous la surveillance municipale. La commune, le district et le département font leur soumission thermidorienne. Agitation à 'Bourg le ly thermidor. Arrêté du Comité de surveillance contre la citoyenne 'Bochard. Arrestation du citoyen Rousset revenant de Paris. Projet de massacre. Départ de Méaulle le i g. Le
lendemain matin, arrivée des 3oo bons b du pays de Gex; le soir,
arrivée de Boisset. Pièces relatives au projet de massacre, extraits de manuscrits. — Mémoire justificatif du docteur Vaulpré. — Arrêtés de Méaulle datés de Gex; la mission de ce représentant jugée par un écrit
du temps.
Le régime qui suivit la Terreur ne s'établit pas du jour au lendemain. « Après avoir abattu le monstre, dit Pabbé de Montgaillard, les Thermidoriens (on donnera désormais ce nom aux adversaires de Robespierre) enverront pendant quinze jours encore des victimes à l'échafaud ; leur patriotisme indécis flottera pendant quinze jours encore entre Passassinat et la justice, entre la révolution et la contre-révolution, et ce n'est qu'à la dernière extrémité et comme forcés par Tentraînement général des esprits, par Télan que le supplice de Robespierre a imprimé aux habitants de Paris, que ses collègues en tyrannie et en cruauté feront
remiser la guillotine, selon l'expression de Tallien, et se décideront enfin pour le système de modération (i). »
Cette hésitation entre le bien et le mal va se manifester soit à regard de nos Sans-Culottes retenus à Paris, soit dans la manière dont la municipalité de Bourg accueillera le 9 thermidor.
Tandis qu'Albant reste enfermé à la Conciergerie, ses complices profitent si bien des premiers moments de trouble qu'avec Pentremise de Jagot, ils obtiennent du Comité de Salut public un arrêté d'acquittement daté du 11 ou 12 thermidor. Ils partent aussitôt et arrivent à Bourg, sauf Martine, dans la nuit du 1 5 au 16. A peine ont-ils quitté Paris que le Comité de Salut public, se ravisant, ordonne leur mise en arrestation jusqu'à l'arrivée du successeur de MéauUe, c'est-à-dire de Boisset, qui statuera sur leur sort. Un courrier extraordinaire apporte cet ordre le 17.
Examinons maintenant l'attitude municipale. A la nouvelle de la chute de Robespierre, elle songe à se tourner du côté des Thermidoriens. Le 14, elle s'apitoie sur les détenus dont les prisons « regorgent » au point de faire craindre « une maladie épidémique, » et elle nomme des commissaires pour vérifier l'état desdites prisons, dresser la
(i) Hist. de France depuis rassemblée des Notables. 7» édition, t. IV, p. 256.