‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 132 sur 254 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

nistration, dans les lois, dans l'enseignement public, et pgr là dans les idées et dans les mœurs de la Nation. C'est ainsi qu'elle est venue jusqu'à nous, traînant après soi les discordes, les inquiétudes, les catastrophes qu'elle promet au peuple en retour du culte dont il l'entoure (i).

Ces réflexions datent de i852. Depuis lors, nous avons vu massacrer les otages, incendier les édifices, crocheter les portes des couvents et décrocher les crucifix des écoles. La Révolution poursuit de plus en plus son œuvre antisociale et antipatriotique.

Les ambitieux sont comme les végétaux ; ils se tournent volontiers du côté du soleil. Gauthierdes-Orcières, qui était lié avec Robespierre, s'empressa d'applaudir à sa chute et de se prosterner devant les Thermidoriens, ce qui lui valut bientôt une nouvelle mission dans Tlsère et le Mont- Blanc. Voici la lettre inédite qu'il écrivit à son père, le surlendemain de la mort de ses vingt-deux collègues :

Paris, le 12 thermidor.

Gauthier fils a son père (2),

Enfin nous respirons; nous ne sommes plus sous la tyrannie de quelques hommes prêts à tout sacrifier à leur

(i) Tableau populaire de la Révolution et de la Terreur^ par M.Tcrrier ae Loray, p. 3t)i.

(2) Gaathier-des-Orcières commençait habituellement ses lettres par 1 iniication : Gauthier à un tel. On remarquera que dans le corps de celle-ci, éviiemmeni destinée au public, il s'abstient de nommer son père. On remarquera aussi qu'il ne se permet pas de le tutover, quoique ce ti"it alors l'usage général.

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humeur inquiète et à leur ambition. Je ne vous parlerai pas de la révolte du Conseil général de la commune de Paris et de l'adhésion des corps administratifs ; je vous dirai qu'on s'occupe sérieusement d'éteindre la cause du mal. Il a été décidé cette nuit que le Comité de salut public seroit toujours au complet de douze, que tous les Comités seroient renouvelés par quart chaque mois.

La Convention n'a pas cru devoir laisser à son Comité d^ salut public l'indication des membres qui dévoient compléter les différents Comités...

Le tribunal révolutionnaire éprouvera aussi un changement presque total dans ses membres; plusieurs juges et jurés sont déjà en état d'arrestation. La manière scanda-' leuse avec laquelle se comportoit une partie de ce tribunal m'empêchoit de répondre au vœu de quelques détenus qui ne cessoient de m'écrire de provoquer leur mise en jugement (i).

Je savois bien que l'état de contrainte dans laquelle nous étions ne pouvoit pas se prolonger long-temps, mais dans l'intervalle je pouvois périr avec d'autres députés aussi fidèles à leur mission que moi.

Tout va changer de face; la justice et la vertu ne seront pas seulement dans les rapports et dans les décrets ; on veillera à ce que la pratique réponde à la théorie. Combien de gens auront à répondre des vexations qu'ils ont fait éprouver aux bons patriotes ! Car il est bien remarquable que dans plusieurs événements l'aristocratie a été moins comprimée que les bons citoyens (2). Nous serons toujours sévères pour les ennemis du peuple ; mais

(i) Mauvaise excuse. Il pouvait s'adresser à son collègue et compatriote Jagot qui était tout puissant au Comité de sûreté générale.

(2) Allégation singulière; il paraît que la Terreur n'avait pas assez tué, emprisonné et dépouillé la noblesse.

l'on ne souffrira pas que l'on répute tels ceux qui auront une bonne conduite à opposer à leurs délateurs (i).

J'ai bien rc:u vos différents envoys; il est inutile maintenant que vous envoyez vos lettres dans les bureaux voisins ; il suffira, lorsque vous aurez quelque chose d'important, de faire charger vos lettres : soyez sûr que les fonctionnaires publics ne s'aviseront plus de les intercepter; en tout cas, ils n'auront pas d'appuy et ils subiront une punition exemplaire.

J'aime à croire que la secousse heureuse que nous venons d'éprouver, produira partout un bon effet, et que la joie, le contentement et l'espérance renaîtront dans tous les cœurs patriotes.

Vous recevrez successivement par des courriers 5oo exemplaires de mon mémoire (2), que je désire faire distribuer à toutes les communes du département.

Adressez-vous à Féréol pour vous procurer les moyens d'envoy.

Il ne faut pas qu'aucun citoyen croye que je puisse m'occuper, de quelques jours, de leurs affaires particulières ; la Convention, les Comités et les Représentants sont tout entiers à la chose générale ; mais il est sûr que la Convention prendra les mesures les plus fortes pour faire cesser l'oppression des bons citoyens.

Je soutiendrai et je prouverai qu'on a voulu faire éclater une contre-révolution dans le département de l'Ain ; je démontrerr.î qu'il a été un des plus attachés à la Révolution, et je finirai d'arracher le masque aux intrigants et aux ambitieux (3). Qu'on aye seulement soin de m'infor-

(i) Avis à ses adversaires et justification de lui-mcme.

(2) Celui dont nous parlons au commencement de ce chapitre.

(3) Blanq-Desisles et autres Terroristes traites de contre-révolutionnaires ; c'était plus lacilc à dire qu'à prouver.

mer de tout ce qui se passe , d'obéir à tous les ordres qui émanent des autorités constituées, enfin de ne me témoigner de l'intérêt que pour ceux qui en sont dignes par leur attachement à la République, et je réponds que j< n'agirai pas sans succès; mes collègues m'aideront, et celuî d'entre eux qui a paru s'éloigner de nous changera d'< pinions, parce qu'il ne peut vouloir comme nous que h justice.

Je vous embrasse, et je suis plus content que je n'étois il y a quelques jours.

Gauthier, représentant du peuple (ij

Nous verrons dans le chapitre suivant quelh fut rinfiuence de la lettre de Gauthier; terminons celui-ci par la mention de quelques actes de fana^ tisme révolutionnaire.

Le 10 thermidor, le Comité de Surveillance de Bourg ordonne au capitaine de gendarmerie de faire prendre et conduire « à la grande prison » le maire et dix habitants de Fleyriat, qui ont « bravé les lois en travaillant les jours de décade. » Le lendemain, le même Comité fait arrêter pour le même crime vingt-cinq habitants de Buellas, et, le 14, il donne des ordres pour l'arrestation de plusieurs habitants de Polliat et de Saint-Denis.

De leur côté, les théophobes de la municipalité burgienne acclament une motion contre les confessionnaux du temple de la Raison [église Notre-

(j) Lettre inédite. — C^e D.

Dame. Etait-ce une protestation contre la procla- I mation de Texistence de TEtre Suprême ? Quoi qu'il en soit, voici ce qu'on lit sur le registre, séance du 24 thermidor :

« Un membre a représenté qu'il existoit encore ' au temple de la Raison plusieurs signes fanatiques, I tels que confessionnaux, autels, etc. ; que ces I signes sont encore dans le cas d'influer sur les i esprits des habitans des campagnes qui assistent ^ aux fêtes décadaires. Il a demandé que, pour déf: truire entièrement les vestiges de la superstition et ï du mensonge, le district fût invité de faire vendre : tous ces boisages avant la fête du loaoust.

Sur quoi, le Conseil général, ouï l'officier municipal faisant provisoirement les fonctions d'agent national.

Considérant qu'il est instant d'éteindre en entier les traces ravageantes du fanatisme, que l'existence des prétendus confessionnaux, qui sont encore au temple, pourroit laisser aux fanatiques, s'il y en a, la folle espérance de voir renaître la religion du mensonge ;

Arrête que le district demeure invité de faire vendre avant la fête civique qui se célébrera dans cette commune le 10 aoust prochain, vieux style, tous les confessionnaux, autels et autres boisages qui se trouvent encore dans le temple de la Raison . »

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