CHAPITRE V
de pistolet. » Je quittai ensuite Merle qui me dit que l'on sauroit bien me faire obéir.
Quelques jours après, et le jour même que le repre'sentant du peuple Boisset arriva à Bourg, je retournai auprès de Merle pour lui demander de nouveau la permission d'aller à Dijon, en lui disant que le de'partement et le tribunal criminel ne s'y opposoient pas, que le département m'avoit même fait une avance de 400 1. sur mes gages (i); Merle m'accorda enfin la permission, et j'obtins un passeport de la municipalité.
Comme les intrigans tenoient tous les esprits dans la terreur, et que la frayeur qu'ils avoient inspirée a duré long-temps, même après leur arrestation, je n'ai pas osé faire plus tôt cette déclaration, dans la crainte qu'ils me fissent couper le cou. J'en ai seulement dans le temps fait la confidence à des déserteurs (2), dont l'un est capitaine, un autre sergent, qui sont présentement à Mâcon ; mais ils me conseillèrent de n'en parler à personne. Le capitaine s'appelle Strasser et le sergent Strubel (3).
Signé ^ Carl Freyg, exécuteur (4).
Lettre de Juvanon à Jeannet. — Chézery, le 1 5 thermidor an II de la République, etc. — Juvanon à son ami Jeannet. — Je suis venu auprès de Méaulle (5) lui répandre un
(i) Avance de 400 fr. au « Vengeur du peuple », arrêté du 16 messidor an II, consigné sur le registre du Directoire du département.
(2) Le bourreau était lui-même déserteur des troupes étrangères.
(3) Un autre sergent des déserteurs, Jean Lincombat, reçut la même confidence. Sa déclaration se trouve dans les Anecdotes à la suite de celle du bourreau.
(4) Anecdotes tirées des mille et un brigandages exercés dans le département de l'Ain. 12 p. in-8. ■— Ph. L. D.
(5) Méaulle, en tournée dans le pays de Gex, rentra le lendemain, 16, à Bourg.
baume bien salutaire dans le sang ; le récit que te fera Mathieu te causera sans doute une bien grande joie.
Tu vas nous choisir trois cents bons bougres ; tu auras surtout bien soin des officiers.
Il est essentiel pour notre affaire du patriotisme contre l'aristocratie à Bourg, et même pour la chose publique, que tu m'envoies, ainsi que Petit (i), une espèce de déclaration du propos que vous avez entendu tenir à Bourg au café : Ils ont pour eux le Comité de sûreté générale^ mais nous avons pour nous Robespierre et le Comité de salut public. Je fais un grand usage de ce propos dans un mémoire auquel je travaille ; c'est ce propos qui peut répandre les plus grandes lumières, et si tu en connais quelques autres, rapporte-les moi aussi.
Adieu, mon cher; les Sans-Culottes triomphent (2), et vive la République. Ton ami Juvanon. — J'embrasse tes deux adjoints.
Pour copie certifiée conforme :
Pâté, secrétaire-greffier.
Nota. Jean net dit n'avoir jamais été l'ami de Juvanon; c'est lui qui a livré sa lettre après lui avoir refusé sa demande, à la-uelle il a été obligé ensuite de déférer en vertu de l'arrêté du représentant Méaulle, lequel arrêté Jeannet assure être en son pouvoir i3).
Ordre de l'adjudant-général Jeannet. — Liberté , Égalité. — Dans le départ de trois cents hommes qui partent pour Bourg, sous la conduite du citoyen Mathieu, adjudantmajor, j'avois omis les officiers et sous-officiers qui sont au nombre de seize. L'étape leur sera fournie d'après la loi.
L'adjudanl-général chef de brigade commandant la
(i) Petit étoit alors aide-de-camp. (Note de l'imprimé.)
(2) Il ne po'ivait connaître la décision du Comité de salut public qui ne parvint à Bourg que le 17 thermidor.
(3) Anecdotes tirées des mille et un brigandages p. 7.