‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 140 sur 254 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la journée du 20, non seulement parce que tout projet sanguinaire aurait été réprimé par les autorités qui n'étaient plus jacobines, mais encore parce que la guillotine ne devait travailler que la nuit; — 3° que Boisset retint trois jours les Gessiens pour les laisser reposer, attendu qu'ils étaient arrivés à marche forcée \ — 4° que des troupes spéciales n'étaient pas nécessaires pour maintenir Tordre public, et que si des Gessiens furent cantonnés à Belley, ce ne fut pas pour ce motif, car nous verrons plus loin que les Jacobins de cette ville avaient aussi préparé leur septembrisade (i .

Trois écrits contemporains déjà cités : Tableau analytique...^ Dénoncïaîïon..., Anecdotes.. , témoignent que tout le monde à Bourg croyait à l'existence d'un projet de massacre qu'auraient

favorisé les trois cents bons b à poil du pays

de Gex. Que cela soit traité d'invention thermidorienne par les Jacobins, c'est tout simple : mais il n'en est pas moins acquis que le complot, prétendu imaginaire, était la conséquence logique des horribles propos tenus à la séance populaire du 14 messidor (voir ci-dessus p., 198 , et que sa réa-

(1) Le registre du district de Belley nous apprend qu'une compagnie de grenadiers gessiens traversa Belley le 6 thermidor pour aller au fort de Pierre-Chatcl, alors dégarni de troupes, et que vingt hommes furent retenus à Kelley sous le prétexte de soulager le service de la garde nationale.

lité ressort suffisamment des documents qui sui vent :

Déclaration du bourreau^ du j i floréal an III. — Je d^ clare qu'environ huit à dix jours avant l'arrivée à Bourj dans le courant de thermidor an II, de trois cents homm< de gardes nationales de Gex, vulgairement appelés par 1< intrigans les trois cents bons bougres àpoil^ j'allai trouv< Merle, alors accusateur public près le tribunal crimim du département de l'Ain, pour lui demander la permission^ d'aller à Dijon pour m'y marier avec la fille de mon collègue ; Merle me refusa cette permission en me disant qu'il avoit besoin de moi à Bourg, et m'ordonna de revenir le lendemain pour savoir de quoi il s'agissoit. Y étant retourné , Merle, qui avoit du monde avec lui, me renvoya encore au lendemain ; enfin, cette troisième fois, Merle s'étant trouvé seul, me fit asseoir et me dit : a Ah ça, il ne faut pas que tu penses à aller à Dijon ; j'ai un autre ouvrage à te donner ici dans quelques jours ; mais nous attendons l'arrivée des gardes nationales que nous avons demandées ; alors on t'avertira, tu monteras la guillotine dans la cour du département (i) ; et la nuit, à onze heures, minuit ou une heure, on t'enverra chercher; tu feras l'ouvrage et l'oa te paiera bien. » Ayant répondu à Merle : «^Non, je ne veux pas, jamais je ne travaillerai la nuit ; la nation ne me paye que pour travailler le jour; » Merle me dit : « L'on te donnera un ordre , et il faudra bien que tu obéisses. » Alors je lui répétai : « Non, je n'obéirai pas, ce seroit commettre un assassinat, et quand un gendarme, un maire, un représentant du peuple même viendroit me chercher pour cela et voudroit m'y forcer , je leur tirerois un coup

(I) Cette cour touchait la prison des Claristes.

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