‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 145 sur 254 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

-Montpellier et de Paris, il y a environ six ans. Mon ambition se bornoit à me perfectionner dans la médecine, surtout dans la botanique. Il ne convient pas de me donner des éloges : je dirai cependant que je suis connu avantageusement de plusieurs maîtres dans les sciences médicales, que je compte parmi mes amis les Jussieu^ les Gouan, les Lamark. Je ne cacherai pas non plus que partout où j'ai voulu pratiquer des connoissances acquises par un travail assidu, j'ai facilement obtenu la confiance. Je puis justifier de mes travaux sur la topographie médicale de la Bresse marécageuse, où j'eus plus d'occasions de voir des malades. Souvent on a cherché à m'attirersur le théâtre d'une grande ville ; j'ai même été sollicité en 1788 d'accepter à Madrid une place distinguée et lucrative; mais mon amour pour ma patrie, mon goût pour l'étude et la vie solitaire, m'ont fait préférer la campagne. Et lorsqu'on parvenoit à m'arracher quelques consultations, on me rendra le témoignage que la préférence étoit accordée à la classe indigente, à la chaumière de l'agriculteur ; que je voyoisdes malades pour voir des maladies, et non pour gagner de l'argent; qu'enfin je n'ai jamais accepté d'honoraires.

Mon patrimoine, considérablement altéré par la dépense de mes études, est cependant bien médiocre : mon revenu ne suffit que difficilement h mes besoins, quoique très limités.

C'est dans un vignoble , héritage paternel , assez agréa- ' lement situé dans la commune de Clémencia, que j'avois ;é ma demeure; je m'y étois ménagé une petite chambre au-dessus du vigneron ; une mauvaise échelle étoit le seul ^calier pour monter à cette retraite humble et philoso- :iique. J'avois cherché à la rendre plus commode; mais la pénurie de fonds que j'éprouve depuis six ans, m'a force ^'interrompre cette entreprise

Je me livrois pendant la journée a des recherches botaniques ; je grimpois le soir par mon échelle, et j'étois content. J'avois vu avec indifférence et même avec pitié le plaisirs bruyans des villes ; mais je ne pus rester spêctaj teur oisif des premiers mouvemens de la Révolution. Il a entre l'esprit philosophique et l'esprit de liberté une al finité naturelle.

La destruction des abus qui pesoient sur le penpl m'exalta ; j'annonçai avec enthousiasme le bonheur pn chain de mes amis, les habitans des campagnes. Ils remarquèrent mes sentimens, et ils me proclamèrent malgré moi premier maire de la commune , au mois de mars 1790. Dans le mois de mai suivant, le vœu des électeurs me porta, quoique absent, à la place d'administrateur du département de l'Ain ; je ne tardai pas à être choisi membre du Directoire ; je fus continué à la seconde élection, en septembre 1791, et mes fonctions ont duré jusqu'en septembre 1792.

J'ai fourni cette carrière pendant deux ans et demi à Bourg, et au bout de ce temps on m'y connoissoit à peine. On ne me voyoit ni dans les cercles, ni dans les bals, ni dans les assemblées tumultueuses. Mon bureau étoit le seul endroit où l'on fût sûr de me trouver. On m'a fait un reproche de n'avoir pas fréquenté les sociétés populaires. , Cet éloignement trouve son explication et son apologie dans ce penchant à la vie solitaire que je n'ai jamais pu vaincre (i).

Une fois libre, le docteur Vaulpré engagea une

(i) Mémoire justificatif pour Jean-Marie Vaulpré, médecin, domicilié à Clémencia. district de Chatillon-sur-Chalaronne. 20 p. in-8. — Ph. L. D.

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