CHAPITRE V
fut le fauteur du tumulte qui eut lieu à la Société populaire le 18 thermidor; les Sans-Culottes du complot avaient « proscrit cent têtes qui dévoient aller à la guillotine ; » et, cause non moins vive d'alarme, ils avaient envoyé à la Convention un courrier pour déclarer que la ville de Bourg était en état de rébellion.
Le mémoire de Faguet affirme que Chaigneau, dans la séance du 18, « insulta les tribunes qui le lui rendirent. » « La nuit, dit encore Faguet, le Conseil de la commune s'assembla. Bon et moi, en fûmes exceptés... Les postes de la garde nationale attestèrent que tout étoit dans le plus grand ordre. » Le lendemain 19, étant à la commune, on Taccusa de trahison et on le menaça de le faire incarcérer.
M. de Lateyssonnière complète ces détails par les suivants qu'il a recueillis de vive voix :
J'ai dit quelque part que le projet des Terroristes étoit de faire périr, le 21 thermidor, les détenus aux Claristes; que M. Tardy m'avoit dit avoir vu la fosse creusée dans le jardin. Aujourd'hui (5 décembre i83i), lui et deux autres anciens (MM. Bergier et Cabuchet) ont ajouté àcela que l'on devoit les faire sortir par une petite porte ou brèche que Ion auroit pratiquée pour les introduire dans le jardin, où la guillotine devoit être dressée. Cette opération devoit se faire la nuit.
On lit encore dans les notes manuscrites de La-
lande : « Le 1 5 thermidor, Juvanon écrit à Gex pour faire venir 3oo bons b à poil^ que Mathieu amène pour tuer, Boisset arrive lo heures après. Ils espéraient piller la ville. » Enfin de bel-^ les strophes contemporaines, que nous verronî plus loin, font allusion au projet de massacre comme à un fait généralement admis.
Cent têtes de détenus étaient donc promises à h guillotine, et Texécution, fixée au 21, aurait peutêtre commencé dans la nuit du 20 au 21 sans Tari rivée de Boisset.
Un de ces détenus^ le docteur Vaulpré ne se doutait pas, le i5 thermidor, du danger qu'il allait courir, et, confiant dans le nouveau régime, il signa, ce jour-là, le mémoire justificatif qu'il fit imprimer pour obtenir sa délivrance. Ce mémoire présente d'intéressants détails sur la vie d'un homme qui a laissé en Bresse un nom estimé ; ceux qu'on va lire ont échappé à son biographe (i) :
Le malheur qui m'accable, on en convient à présent, tire sa source unique de mon caractère peu communicatif. Je suis né dans la petite ville de Chatillon, et on ne m'y connoît pas. Constamment éloigné de ma patrie pour mes études, j'y ai fait à peine apparition à mon retour de
(i) Mgr Depéry : 'Biographie des hommes célèbres du départ, de l'Ain, t. II, p. 46.