CHAPITRE V
MÉAULLE. Son arrivée dans le département de l'Ain fut pour nous le signal de nouvelles oppressions ; il prit I Albitte pour son modèle ; il se renferma comme lui dans le cercle étroit des intrigans terroristes qui, depuis et jusqu'à son départ, ne le quittèrent plus. Il passoit avec eux les jours et une partie des nuits dans une insolente crapule. La pêche aux anguilles, les orgies sur le pré, étoient les 1 passe-temps de cet homme chargé des intérêts de la Ré- , publique ; et son travail de plusieurs décades ne produisit qu'un arrêté qui défendit aux femmes ^enf ans ouparens de détenus de lui présenter des pétitions et de solliciter sa
I justice.
\ Nous accusons aussi ce Méaulle d'avoir constamment repoussé de sa présence les citoyens recommandables par leurs mœurs et leurs vertus, pour n'écouter que les hommes pervers qu'il protégeoit jusqu'à l'indécence ;
D'avoir, comme Albitte, cherché par la plus insolente tyrannie à faire détester la révolution, et à porter les citoyens au désespoir et à la révolte ;
D'avoir donné aux scélérats qui l'entouroient le champ libre pour se livrer aux plus cruelles vexations contre les bons citoyens, et d'avoir soutenu de tout son pouvoir les agens de la Terreur ;
De s'être livré, pendant son séjour à Bourg, à la plus scandaleuse débauche, avec des femmes sans pudeur ;
D'avoir montré une froide et stupide insensibilité en voyant de son balcon tomber un malheureux ouvrier, qui périt en démolissant le clocher de notre commune , sans qu'il daignât s'informer si cet infortuné avoit encore besoin de secours (i).
D'avoir enveloppé sa mission d'un continuel déni de justice ;
(i) Voir le récit de cet accident, p. 69 du présent volume.
25o DIX-SEPTIÈME ÉPOQUE.
D'avoir sacrifié ses devoirs et le bonheur du peuple qui lui étoit confié, au ridicule plaisir de plaire à cette horde de brigands qui l'environnoi^înt sans cesse et étoient ses commensaux ;
D'avoir, sur la fin de sa mission, annoncé, par le plus impudent mensonge, que notre commune étoit en rébellion, tandis que jamais elle ne fut plus paisible ;
D'avoir, dans le même temps, fait venir à Bourg, par une marche forcée, trois cents hommes d* la garde nationale du district de G Qx^ pour faire égorger les détenus et autres 'citoyens de notre commune^ ce qui est prouvé par la déclaration de l'exécuteur des jugemens du tribunal criminel de l'Ain , et d'autres pièces qui seront produites.
D'avoir enfin suspendu les séances de la Société populaire de Bourg, sous prétexte qu'elle avoit différé d'entendre la lecture d'un discours de Robespierre, et d'avoir composé le noyau d'une nouvelle Société en partie d'hommes corrupteurs ou corrompus, de terroristes, dilapidateurs ou chargés de l'exécration publique (i).
(i) Dénonciation des citoyens de la commune de Bourg contre Amar, Javogues, Albitte et Méaulle à la Convention nationale. i8 p. in-8. — Ph. L. D.
DU 7 AOUT AU 8 DÉCEMBRE 1794 Mission de Boisset.