CHAPITRE IlL
Les Bugistes, avec leur vivacité naturelle, sont enclins à Tenthousiasme. A peine Boisset eut-il quitté leur ancienne capitale qu'ils remercièrent la Convention de l'avoir envoyé dans notre département, et que, pour mieux accentuer leur gratitude, ils présentèrent le tableau de Thorrible despotisme de Javogues, Albitte et Méaulle. Nous avons à plusieurs reprises cité cette philippique ; il ne nous reste plus qu'à en faire connaître Pexorde et la conclusion :
Citoyens Représentans,
La Terreur a eu ses apôtres et ses e'chafauds. Le sang innocent a coulé dans le département de l'Ain, département vierge au sein des orages inséparables d'une grande révolution, département fidèle au milieu des horreurs même qui Font si longtemps désolé, et qui s'est contenté d'élever sa voix plaintive et d'étendre vers le sanctuaire des lois ses innocentes mains; lorsque des scélérats, revêtus de pouvoirs usurpés, ne cessaient de le provoquer à la révolte, pour la faire servir de prétexte à leurs violences. Les familles couvertes de deuil, les maisons pillées, les édifices publics démolis et abattus, ceux qui ont été épargnés tombant en ruines, le commerce dépouillé, l'agriculture découragée, tous les moyens de subsistance épuisés ou envahis, les marchés déserts, la morale publique obligée de lutter sans cesse contre les maximes féroces et anarchiques du brigandage, attestent encore dans nos contrées la présence du Vandale qui, sacrifiant le sentiment et le devoir de sa mission à l'ambition d'une commune conspiratrice ou au génie usurpateur de la dictature et des dé-
cemvirs, est venu y organiser le règne du crime, et y commander, au nom de la loi, les dévastations, le pillage et les assassinats...
Boisset, fidèle à l'objet de sa mission, Boisset, sensible aux plaintes de l'innocence, a versé sur nos malheurs les larmes de l'honnête homme, et s'est armé contre le crime de la massue des lois; et les mangeurs d'hommes attendent enfin dans les cachots où il les a jetés, que la justice nationale vienne leur présenter le code de leurs forfaits, et cherchent en vain à se soustraire au déchirement intérieur d'une conscience rongée d'ulcères dévorans.
Voilà la vérité, citoyens représentans, toute la vérité. Nous ne vous demandons ni supplices ni échafauds contre les délégués du peuple qui nous ont opprimés, quoique vous ne les eussiez revêtus de la toute-puissance que pour faire le bonheur de notre pays, et non pas pour le démoraliser et le détruire ; nous savons respecter la représentation du peuple jusques même dans les élémens impurs que les erreurs de l'humanité ont pu introduire dans son sein... (i).
Pendant que Boisset se rend à Gex, revenons un instant au chef-lieu de PAin.
Le 7 fructidor, le district de Bourg, moins expansif que les habitants de Belley, s'était contenté de deux pages pour exprimer à la Convention sa joie de la venue de Boisset. « Qu'il est doux, s'était-il écrié à Teridroit le plus pathétique, qu'il est doux de voir l'épanchement de la satis-
(i) Les Citoyens de la commune de 'Belley réunis en Société populaire à la Convention nationale. Tableau succinct de la conduite publique et privée qu'ont tetiue les Représentons du peuple en mission dans le district de 'Belley, p. i et 19.