‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 194 sur 254 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Un discours prononcé, le même jour, à la Société populaire de Bourg nous ramène à Paris et à la Convention.

A la fête célébrée le 27 thermidor, pour Panniversaire du 10 août, on donna aux Parisiens le spectacle des rois suppliciés, que nous connaissons déjà. La mise en scène fut superbe : un camp au Champ de Mars et des simulacres de combat firent Padmiration des Jacobins. « Là, dirent les députés témoins de la fête, les six tyrans de Rome, d^Autriche, de Prusse, de Turin, de Madrid et d'Arîgleterre furent faits prisonniers; on les conduisit au pied de l'arbre de la liberté, où ils firent amende honorable;, à Tinstant un bûcher fut dressé, et les six mannequins royaux y furent précipités aux cris de vive la République. »•

Cette indécente simagrée révolta le bon sens du peuple et, par suite, on agita dans le sanctuaire des lois la question du maintien ou de l'abandon du gouvernement révolutionnaire. Barrère dit que le gouvernement t^épolutiorinaire étoit la justice du peuple. Lôuchet ajouta qu'zV ne fallait poser la massue i^évolutionnaire qu après avoir écrasé l'aristocratie et quil n existait pour cela d'autre moyen que de jnaintenir la Terreur à lordre du jour. Aucun parti ne fut pris ; le gouvernement resta révolutionnaire de nom*, mais Pindignation publique ne permit pas la restauration du régime

sanguinaire. « Les démagogues, dit Bertrand de Moleville, se vengèrent de n'avoir pas remporté une victoire complète, en célébrant une nouvelle fête en Thonneur de Marat et en assassinant Tallien. La fête insolente du prétendu Ami du peuple eut lieu pour la translation de ses cendres abjectes au Panthéon ; la Convention y parut tout entière avec les autorités constituées et les sociétés populaires, précédée de quatorze drapeaux, emblème de nos quatorze armées : le cercueil de Marat fut substitué au mausolée de Mirabeau. Tallien se retiroit chez lui sur le minuit*, un inconnu le rencontrant au Marais, vis-à-vis du palais Cardinal, lui dit : Ah ! scélérat^ il y a long-temps que je fattendois, lui tire un coup de pistolet et s'évade (i). Comme ce député sembloit avoir trahi la cause des désorganisateurs, qu'il s'étoit montré avec quelque vigueur contre quelques chefs de bande des Jacobins, et qu'il avoit été rayé de la liste des membres de cette Société populaire, il ne fut pas difficile de remonter à la source de cet assassinat ; mais comme la personne de cet ingénieux transfuge étoit odieuse à la masse de l'assemblée, on se garda bien de donner à la vengeance l'éclat qu'on avoit donné quelques mois auparavant à

(i) Il y a ici une erreur de date. Tallien fut frappé dans la nuit du 23 au 24 fructidor, tandis que l'apothéose de Marat n'eut lieu que le 5« jour des Sans-Culottides (Bûchez et Roux; t. XXXVI, p. -jb et ii3).

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