CHAPITRE V
celle qu'on avoit tirée des ennemis de Collotd'Herbois et de Robespierre. La blessure de Tallien se trouvant légère, le délit d'avoir attenté à sa vie fut bientôt oublié (i). »
L'intéressant discours, auquel ce préambule nous a paru nécessaire, commence par déplorer le danger qu'a couru le célèbre thermidorien.
Un grand attentat, dit l'orateur, vient d'être commis dans la personne de Tallien, représentant du peuple... Les scélérats menacés par Tallien avoient le plus grand intérêt à ce qu'il ne leur tînt pas parole. Je ne crains donc pas de leur faire injure et ne pense pas me tromper en les chargeant d'un assassinat qui excite l'indignation et la douleur dans l'âme de tous les bons citoyens ; mais ce qui doit nous consoler, c'est que le coup porté à Tallien n'est pas • mortel ; il pourra toujours déchirer le voile épais avec lequel ils s'efforcent de couvrir leurs forfaits aux yeux du peuple, qui est partout juste quand on l'éclairé.
Ces derniers mots servent de transition à l'orateur, C.-G. Bergier cadet, pour arriver à l'objet principal de son discours, qui est de réfuter les bruits malveillants portés à la tribune des Jacobins et à celle de la Convention, par les protecteurs de nos Terroristes. D'une part, d'après Bassal et MéauUe, les patriotes de 1789 de notre département gémissaient dans les cachots depuis le 9 thermidor, tandis que les aristocrates obtenaient
(0 Hist. de la Révol. de France, t. XIII p. 17.
leur élargissement. D'autre part, le département de TAin était un des plus grands partisans du fédéralisme. Nous ne nous arrêterons qu'au premier grief, à propos duquel la réfutation nous fournira de curieux détails :
Quoi ! s'écrie l'orateur, ce sont les patriotes de lySg qui gémissent dans les cachots depuis le 9 thermidor! Des fripons^ des brigands^ des immoraux^ des intrigans^ des avilisseurs de la Convention^ des monstres qui ont provoqué l'assassinat de la députation de l'Ain^ en proposant à la tribune où je suis de demander son extrait mortuaire à la Convention (Jagoz excepté), des assassins de leur commune^ des scélérats aux crimes desquels nos arrières-neveux auront peine à croire, peuvent-ils être qualifiés du titre honorable de patriotes de lySg?... (i)
Ils s'agitent en tous sens pour resaisir le poignard ensanglanté avec lequel ils ont déjà assassiné plusieurs de leurs concitoyens; mais, frères et amis, resserrons-nous davantage, s'il est possible, pour déjouer tous leurs efforts. Courage, ô mes amis, courage ! Il me semble voir l'ombre d'une de ces malheureuses victimes errer dans cette en-
Ci) On lit dans un article de la Galette française du 3o fructidor an II. contre les calomnies de Bassal, signé J. M,, citoyen du département de l'Ain (probablement Joseph Mandrillon, déjà cité p. 10 du i"- volume) :
« Les hommes qui se plaignent de l'oppression, ont l'impudence de s'annoncer comme des patriotes de 89. Ils ne se sont Jamais montrés dans les grandes circonstances où la tyrannie étoit aux prises avec la liberté ; ils n'ont Jamais paru sur la scène que lorsque l'orage cessoit de gronder sur la tête des patriotes, semblables à l'écume impure que la mer vomit sur ses rivages après la tempête. Quand on examine de près leur conduite, lorsqu'on a quelque idée de leur ignorance et de leur fureur persécutrice, on doit l'avouer, il faut donner à leur patriotisme une origine plus ancienne que celle qu'ils lui donnent eux-mêmes ; ce ne sont pas des patriotes de 89, mais des patriotes du xiv« et du xv« siècle. »