CHAPITRE VI
Enquête sur la conduite des sei^e Terroristes de 'Belley. — Un Terroriste par peur. — Trois écrits réfutant les plaintes des Sans-Culottes détenus. Détails sur la Terreur dans le district de Trévoux. — A/emoires justificatifs de quatre Terroristes : Vie révolutionnaire de Blanq-Desisles et lettre de sa belle-mère., la citoyenne Hurviile ; Albant à ses concitoyens, aveu de sa participation au pillage de 'Bourg sous Javogues; Réponse de Torombert à une adresse de Belley, spéci' mens demphn^e sentimentale ; Alexandre Ruf à ses concitoyens, son horreur i,, étendue de la délation^ démenti qu'il se donne à luimême.
L'enquête faite à Belley incrimina seize oppresseurs de ce district. Les commissaires réunirent contre eux près de quatre cents pièces ou témoignages, qui furent portés à Paris avec l'information par un délégué de la commune et de la Société populaire. Le citoyen Brillât, marchand de bois, chargé de cette mission, voulut présenter « au peuple français » le résumé de l'enquête, et le fit imprimer sous le titre de : Tableau indicatif des crimes commis dans le district de Belley (i).
Nous allons extraire de cette enquête, comme de celle de Bourg, les traits les moins connus et les plus caractéristiques.
I) i8 p. \n-^°, sans date. — C^* D.
Antoine Bonnet, limonadier, de Belley, administrateur, puis agent national du district. Quatorze griefs (i). — ^ Bonnet incarcère de son autorité privée. — Devient fabricateur, conseil et complice d'un faux matériel, donne avis de la manière adroite dont il faut s'y prendre pour corriger un registre municipal. — Ordonne et préside, avec le maire Jacquier, une visite nocturne, avec force armée, dans la maison de détention, oii l'on commet toutes espèces de vols. — Enlève de son autorité privée au citoyen Kindelem son imprimerie. — Bonnet, administrateur, se retient partie du produit de la vente du mobilier d'un émigré et quelques effets.
Pierre Thorombert, huissier, puis notaire de Belmont. Quin^çe griefs. — Met de son autorité privée deux fonctionnaires publics hors la loi, ordonne de leur tirer dessus. — Arrête deux citoyens, les conduit en prison, ordonne à sa troupe de leur tirer dessus, extorque à ces malheureux 62 livres, les force de payer ses satellites, au nombre de vingt-cinq, ainsi que leurs dépenses. — Séduit deux citoyens par offre d'argent, les engage à assassiner son voisin avec lequel il avait un procès. — Thorombert se ligue avec les intrigans de Bourg et fabrique des dénonciations calomnieuses. — Il obtient une protection ouverte du représentant Jagoz, et influe par cet intermédiaire sur les décisions du tribunal de Paris.
Pierre-Joseph Charcot, officier de santé, de Virieu-le- Grand. Quinze griefs. — Cet homme, flétri par jugement de 1777, pour assassinat sur les grandes routes, étoit l'homme à toute main de la bande. — Il nomme les autorités constituées par la violence et la force armée, menace
(i) Chaque grief forme un alinéa dans l'imprimé. Des numéros placés en note indiquent les pièces ou déclarations qui les justifient. Ici nous séparons par des tirets les griefs groupés sous le même nom.
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de la prison les nombreux réclamans, prêche ouvertement la loi agraire et provoque le de'sordre. — Recèle les effets des émigrés, et s'empare de leurs propriétés. — On le voit parfaitement instruit des menées des Jacobins de Paris, il proclame partout que ceux-ci sont plus que la Convention.
— Il a connoissance par l'ami Jagoz du plan de Robespierre et dit hautement qu'il faut le soutenir^ qu'on sera bien récompensé.
Masse, homme de loi de Culoz, administrateur. Six griefs. — Grand dénonciateur, convaincu d'émigration... Arrête arbitrairement et enlève toute espèce de comestibles chez difïérens citoyens.
Carrier, officier de santé, de VciMys. Six griefs. — Après avoir trompé un représentant du peuple avec son complice Bonnet, il force le Comité de surveillance d'incarcérer Verset, capitaine de gendarmerie, citoyen recommandable par son patriotisme, ses longs services et ses infirmités ; a l'impudeur de s'emparer .de sa place. — Prêche partout la loi agraire. — Déclare dans le courant de messidor, qu'il faut égorger quarante mille personnes, dont cent à Belley.
George Dupont, perruquier, de Belley. On^e griefs. — S'est gorgé dans tous les cabarets de la volaille qu'il voloit journellement. — A formé le projet avec ses complices d'égorger tous les détenus. — Dénonce, incarcère plusieurs citoyens, malgré ses collègues du Comité de surveillance.
— Propose une levée de bougres à poil pour seconder leurs projets de massacre.
Melchior Lavigne, propriétaire, de Belley. Six griefs.
— C'est dans son domicile que se sont tenus les conciliabules où ont été fabriquées les listes de proscriptions nombreuses contre les patriotes du district. — Prêche ouvertement la loi agraire... — Provoque au désordre et au
meurtre dans un discours. — Recommande aux Jacobins, à Saint-Justet à Robespierre ses complices mande's en floréal au Comité de salut public.
Anthelme Garnier, administrateur et agent national provisoire. Quatre griefs. — Extorque i3 livres à un citoyen en le faisant incarcérer deux fois ; traite avec la dernière brutalité les femnies qui réclament la justice de l'administration.
BÉRA.RD dit Provençal, André Gravin, Raisin Chevalier, tous trois de Belley et ^du Comité de surveillance. Cinq griefs. — N'ont cessé de voler tous les comestibles arrivant à la ville ; se sont qualifiés de Brigands et en ont parfaitement rempli le rôle. — Gravin extorque de l'argent d'un citoyen rencontré sans cocarde, et le conduit de son autorité privée en prison. Son complice, Chevalier, vole un vieillard de 76 ans. — Bérard, mêmes excès, même vols, projeté de mettre le feu aux maisons, et d'égorger les détenus.
Manjot, curé de Ceyzérieu. Un grief. — Fait des listes de proscription, délations fausses, abuse de la foiblesse des habitons de la commune, veut faire rétabUr le culte public, et par là provoquer la guerre civile.
Peysson, prêtre, de Belley (i). Quatre griefs. — Comprime par la terreur les habitans de la commune de Belmont, aidé de son beau-frère Thorombert, en disant que celui-ci étoit le maître de faire incarcérer tout le monde... — Commet toutes sortes de violences dans la commune,
(i) Ce prêtre astucieux fut de tout temps professeur de l'intrigue et de la cabale. L'année dernière, de concert avec Bonnet, Charcot, Thorombert, etc., il eut l'adresse de faire placer au tribunal Peysson, médecin,— au directoire du département Peysson, homme de loi, — au collège Peysson, prêtre ; se réserva pour lui la cure de Belmout, et le tout dans la même assemblée. (Note de Brillât).