CHAPITRE X
chargé de vous demander justice contre les sce'le'rats qui l'ont opprimé; je lui ai déclaré, en votre nom, que la Convention ne transigeroit jamais ni avec le crime, ni avec la royauté. J'ai vu à Lyon mon collègue Tellier, qui travaille d'une manière infatigable à remplir l'importante mission que vous lui avez confiée. La, ville de Lyon commence à sortir de ses débris; les séquestres sont levés, et les objets de première nécessité sont rendus à la circulation; la confiance, mère du commerce, renaît de toutes parts ; le peuple lyonnais a reçu vos décrets avec les transports de la reconnoissance. L'anéantissement du maximum (3 nivôse), les mesures que vous avez prises pour rétablir le crédit public, vous font partout proclamer comme les pères et les bienfaiteurs de la patrie. A Châlon, le marché qui suivit immédiatement le rapport de cette loi du maximum, fut des plus brillans; tout y abondoit; et le bled, dont la disette se faisoit sentir peu de jours auparavant, y arriva de toutes parts, y diminua, et il y en eut de reste. Il en fut de même des autres denrées de première nécessité (i).
Dès que ce discours fut connu à Bourg, l'agent national du district, M. Rousset, écrivit à Boisset la lettre suivante, exprimant la plus vive sympathie et donnant quelques particularités sur les scélérats de notre pays :
Enfin, notre père, notre ami, je respire; tu me tenois en peine. Je n'attendois que le moment où j'apprendrois
(i) Discours prononcé à la Convention par Boisset, représentant du peuple, au retour de sa mission dans les départemens de VAin, Saôneet-Loire et l'Allier. Imprimerie nationale, pluviôse an III, 8 p. in-8. — CwD.
ton retour au sein de la Convention. L'on étoit venu chagriner tout le bon peuple de Bourg, en re'pandant le bruit que tu e'tois tombe malade en route. Nous ne savions que dire, que penser. Chaque jour le courrier étoit assailli; on parcouroit les papiers-nouvelles, et l'on finissoit par se retirer tristement, en re'pétant : point de nouvelles de Boisset. Il étoit temps que les journaux vinssent nous apprendre que, le 29 nivôse dernier, tu avois paru à la tribune de la Convention. Comment t'exprimer la joie générale? L'on dévoroit les feuilles publiques; j'avois le Bulletin de correspondance^ où se trouvoit en entier ton discours à la Convention ; c'étoit un concours perpétuel pour en prendre lecture. Mais, par-dessus tout, l'on avoit de tes nouvelles, l'on étoit content.
L'on exigea que je portasse ce Bulletin à la Société ; l'on en fit la lecture qui fut couverte par les plus vifs applaudissements, et il fut arrêté qu'il te seroit fait 'une lettre de remerciement.
Tout ce que j'ai lu m'apprend que tu es arrivé à Paris; mais je ne vois pas en quel état est ta santé, délabrée pendant ton séjour parmi tes enfants; donne-m'en des nouvelles.
(Ici la lettre entretient longuement Boisset d'un cahier d'Albitte, oublié par mégarde et précieusement recueilli, sur lequel les dix-huit détenus, envoyés à la fois au tribunal révolutionnaire de Lyon, étaient désignés par le chiffre j5, et où vingt-six autres, destinés à un prochain convoi, étoient désignés par les mots poste restante.)
Nous avons encore découvert, ajoute Rousset, bien des papiers qui prouvent matériellement les horreurs et les dilapidations qui ont été commises ; nous sommes occupés à faire un travail sur toutes ces pièces, et nous l'enverrons au Comité de sûreté générale. Tout ce que tu sais sur nos