CHAPITRE V
Les habitans de la ville de Bourg supportèrent les premiers l'effet des arrêtés d'Albitte. Les travaux de démolitions et de quelques constructions qui en furent la suite sous le nom d'ateliers de charité, commencèrent le 14 pluviôse an II et finirent le 10 germinal.
On démolit tous les clochers de la ville, celui de l'église de Brou (i), une tourelle à la maison Montburon, d'autres à diverses maisons, une tour au quartier de Bourgneuf, et le château de Bouvens. Les démolitions des clochers allèrent d'abord lentement à cause du danger que cette opération présentait aux ouvriers (2) On construisit un toit plat sur le clocher de l'église de Bourg (3). L'horloge fut enlevée. Deux milliers de plomb furent extraits de la flèche de Brou (4). Aux UrsuHnes on démolit deux clochers; on
(i) La flèche seulement.
(2) Un ouvrier tomba du haut du clocher de Notre-Dame de Bourg. Il avait tenu à honneur, dit M. Baux, de monter le premier sur le faîte et, parvenu à la croix de fer surmontant le dôme, il se mit à l'ébranler; mais au même moment, « soit par l'effet du vertige, soit comme le crurent plusieurs, par l'effet d'un châtiment de Dieu, on le vit tomber et son corps se briser sur le parvis du temple. » {Notice sur N.-D. de Bourg, p, 177).
Suivant le manuscrit d'un contemporain que nous avons déjà cité, M. Chambre-Germain, i'ouvrie.- ne périt ni de cette manière ni au début de la démolition. Il tomba, entraîné par une corbeilles de pierres qu'il lançait et qui accrocha son tablier de peau. Cet accident, dont Mcaulle fut témoin (Voir chap. V de l'Epoque suivante), arrêta la démolition du clocher de Notre-Dame et même la démolition de celui de Brou. Le premier fut réduit de deux étages, et le second ne perdit que sa flèche.
Une adresse à la Convention, consignée sur le registre municipal (séance du 8 messidor an III) met d'accord MM. Baux et Chambre-Germain en nous apprenant que plusieurs ouvriers périrent. L'un d'eux se nommait Charles Lecteur; Boisset accorda un secours de 5oo livres à sa veuve, Marie Mignaton, par arrêt, du 10 brumaire an III.
(3) Plus tard, on a refait le dôme, mais non l'étage démoli. Un legs de 20,000 francs, fait en 1846 par M. Alfred Bon, et un autre de 40,000 fr., fait plus récemment par M. Amédée d'Escrivieux, sont destinés à la restauration complète.
(4) On les envoya, le 22 ventôse, à la fonderie de Pont-de-Vaux. Quelques mois avant, les administrateurs du département avaient en-
les remplaça par des toits plats ; on démolit les cloisons des cellules, et, pour transformer ce couvent en caserne, on employa des mate'riaux pris à la tour de Bourgneuf, au château de Bouvens et à quelques châteaux voisins (i).
Les travaux à la tour de Bourgneuf furent considérables ; c'étoit une ancienne tour ronde, sur laquelle étoit bâtie une tour carrée plus petite, et à côté se trouvoit une petite porte de ville. On la rasa ; on démolit un rempart attenant; on combla un fossé qui fut, je crois, volé à M. de Feuille, et on ouvrit un large chemin à travers ce quartier (partie macadamisée de la rue Bourgneuf)- Tous ces travaux coûtèrent 22,787 livres et durèrent sept décades.
20 pluviôse an II, demande des habitans d'Attignat de commissaires pour venir organiser la démolition des châteaux de Crangeac et de Jalamondes ; le premier étoit une maison de plaisance moderne ; il a été démoli si complètement qu'on n'en reconnoît plus la place.
23 pluviôse an II, requête de la veuve Genevier, fermière du château du Saix^ pour qu'on ne démolisse pas ce château, parce qu'elle n'avoit pas d'autre logement. Le 29, les deux experts nommés pour le visiter, déclarèrent
voyé à la fonderie de Lyon les trois statues de bronze, de grandeur naturelle, qui ornaient la chapelle de Gorrevod.
Les statuettes et les délicates sculptures de la grande porte furent aussi brisées, mais après la Terreur.
Enfin notre belle église de l^rou perdit, après le 9 thermidor, deux génies d'une beauté parfaite; ils tenaient un écusson sur le lombeau de Marguerite de BourDon. Le représentant du peuple Boisset eut la fatale idée de fair«- graver sur l'écusson la Constitution nouvelle et d'en décbrer la salle de la Convention. Le précieux groupe fut encaissé maladroitement et arriva tout brisé à Paris.
(i) L'église des Ursulines était à l'angle de la rue et de la ruelle des Ursules. Dans notre enfance elle servait d'écurie à la gendarmerie installée sur l'emplacement actuel de l'Ecole normale primaire des filles.