‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 65 sur 254 · chapitre vi · texte numérisé non relu

chapitre vi

Arrête du Directoire du district de Bourg régénéré

relatif à l'entière destruction du fanatisme^ clochers^ châteaux^ etc.

Le Directoire du district de Bourg assemblé, l'agent national a dit qu'en parcourant différentes communes, ilavoit vu avec la plus grande surprise que les habitans, foiblesou égarés, célébroient encore lesci-devant dimanches et fêtes, que dans ces jours proscrits par la raison, ils se livroient à la débauche et rappeloient par ce moyen les temps d'ignorance et de superstition incompatibles avec l'opinion publique et générale;

Qu'il avoit appris que ces cultivateurs portoient la momerie religieuse au point d'aller se marier dans les communes du département du Jura, frontières de ce district, d'y assister aux messes, vêpres et célébrer les singeries dévotieuses encore professées dans ces lieux et qu'enfin ils y faisoient baptiser leurs enfans;

Que plusieurs prêtres de ce district, qui avoient abdiqué leurs erreurs, se rendoient dans ledit département et, parjures à leur serment, ils exerçoient audacieusement les fonctions de l'imposture ;

Que la caste sacerdotale du Jura, feignant d'ignorer la destruction des préjugés religieux opérée dans notre département, envoyoit des émisssaires dans les communes de ce district pour arracher à la raison les cœurs que lui a conquis le représentant du peuple Albitte ;

Il a conclu à ce que l'administration prît sur-le-champ des mesures rigoureuses pour arrêter les maux dont le fanatisme voisin menace ce district.

Le Directoire du district, considérant que de tous les

maux que les ennemis ont préparés à l'Etat, le plus grand Tome V. 6

est imputable à la scélérate fourberie des prêtres ; que ce n'est pas assez que le représentant du peuple Albitte ait délivré notre département des préjugés et folies enfantés par les tyrans pour soutenir leurs injustes dominations, qu'il faut éviter tout ce qui peut rendre illusoires les mesures prises par ce représentant; que le fanatisme expirant fait encore des efforts pour se relever du néant où il est rentré, et qu'il est important d'y opposer une barrière insurmontable ;

Arrête ce qui suit :

Art. le»". — Défenses sont faites à tous hôteliers, cabaretiers, traiteurs, etc., des communes de ce district, de donner à boire et à manger les ci-devant fêtes et dimanches, excepté aux voyageurs et étrangers, sous peine d'être déclarés suspects et traités comme tels (les jours seuls de décade étant pour le repos) (i).

Art. II. — Les prêtres de ce district qui cherchent à fuir dans le département du Jura, seront saisis et traduits à la diligence des officiers municipaux, à Bourg, en la maison dite Bicêtre^ et tout citoyen a le droit de les arrêter, en par lui les amenant devant la municipalité du lieu de l'arrestation.

Art. III. — Tout prêtre du département du Jura, qui osera souiller le sol du district de Bourg, que les arrêtés du représentant du peuple Albitte ont purifié, sera saisi et traduit en ladite maison de Bicêtre, à la diligence de la

(i) Malgré les recommandations les plus sévères, cet article ne fut pa^ complètement observé. RolJet-Marat s'en plaignit aux officiers municipaux de Bourg, le 11 germinal, en disant : « Hier, 3o mars (vieux style) et jour de la ci-devant Notre-Dame, les cabarets étoient remplis de citoyens de campagne qui auroient du être à leurs travaux ; ce qui rappelle ces temps inventés par la superstition et proscrits par la raison, dont il ne doit pas rester le moindre souvenir. » (Registre du directoire du district, p. 107).

Page 1