‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 64 sur 254 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les sociétés populaires nous reçoivent à bras ouverts ; mais il semble que nous faisons peur aux municipalités. Et pourquoi donc ces mines?... Voyons ces registres : nous y lisons de beaux discours en style de procureur, blasphèmes contre la Convention, restriction à notre bonne constitution. Je dis à un luron d'officier municipal : Est-ce toi qui as griffonné ces verbiages de chicane ? — Non, citoyen, c'est le citoyen de... — Comment, s...é n.. d'un Dieu, vous avez des nobles dans vos municipalités 1 Que signifient ces tripotages, de faire garder les brebis par des loups?...

Je reviens à Trévoux visiter la maison d'arrêt; ne voilàt-il pas que je rencontre une bande de bouquins noirs qui puoient le fanatisme à s'en boucher le nez. — Eh bien, s...é mille millions de gangrène, êtes-vous toujours incurables ? — Ah père Duchesne ! nous ne demandons que la liberté des cultes. — Comment, jean-f..... vous n'êtes pas las de tromper les hommes, d'engueuser les femmes et de faire des b....ds? — Ah citoyen ! nous pouvons, comme les autres hommes, commettre des erreurs ; mais vous êtes chrétiens comme nous, et notre sainte religion prêche la charité et la miséricorde de Dieu. — La miséricorde, mâtin ! il y a trop longtemps que vous faites croire à des imbéciles que Dieu n'a créé des millions d'enfans que pour en faire rôtir à son plaisir plus des trois quarts, pendant une éternité. Il faudroit que la République eût perdu la tête pour laisser courir les champs à des loups-garoux qui ont inventé un butor de cet acabit.

Plus de prêtres, n.. d'un Dieu; soyons frères, et le Père Eternel sera content; plus de menteurs, plus de paresseux, ce sont des citoyens qu'il nous faut pour cultiver et embellir le sol de la liberté et des soldats républicains pour

allerf. .... en réquisition les royaumes des marmottes et du Saint Père de Rome (i).

Le zèle des suppôts d'Albitte passait toute limite. M. de Late3^ssonnière cite le fait suivant :

Dans un rapport au représentant, V. et C. (Vauquoy et Convers) disent que, le 19 ventôse an II, une foule d'hommes et de femmes de la campagne parcouroient les rues de Pont-de-Veyle et affichoient dans les cafés et cabarets l'incivisme et l'oisiveté (c'était dimanche). V. et C, de concert avec les officiers municipaux, font arrêter cent trente six personnes tant hommes que femmes, les font conduire dans deux maisons différentes, et ensuite au temiple de la Raison, leur font une morale républicaine et les invitent à rentrer dans leurs foyers, et à rester à leurs travaux le ci-devant dimanche, comme proscrit sur le sol de la Hberté. Leur détention avoit duré cinq heures.

Un autre document montre jusqu'où allait la rage des âmes damnées du proconsul ; c^est un arrêté du district de Bourg, du 23 ventôse, élaboré par Juvanon et RoUet-Marat. Cet arrêté, fort curieux par son langage blasphématoire et ses mesures tyranniques, témoigne d'ailleurs jusqu'à révidence que le Jura ne fut pas aussi maltraité que l'Ain par la Terreur.

(i) N» i"'', 17 ventôse, l'an II. Je suis le cousin du Père Duchesne,

f. ! Commune-Affranchie, imprimerie de P. Bernard, 8 p. in-8. —

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