CHAPITRE VII. ! l
Voici un paragraphe de son rapport qui peut donner une idée de ses vues.
« J'ai remarqué dans mes différentes courses, partout, « à la ville et à la campagne, que l'on désire ardemment « de voir les décades consacrées à l'Éternel par des ins- « tructions utiles. L'idée de l'immortalité de l'âme fait la « plus grande sensation. Les gens de la campagne et les « ouvriers de la ville disoient en général : il faudroit que a quintidi partageât la décade par une instruction utile et « consacrée à l'Être suprême. Dans les grands jours sura tout, ni nous ni nos bestiaux ne pouvons travailler pence dant neuf jours de suite. »
Ici Baron-Challier semble se faire déiste et ne dissimule pas que le peuple a raison de regretter le repos du dimanche. Mais le but de sa mission, nous allons le voir dans la lettre suivante, était bien réellement de chasser Dieu de ce monde.
Besançon, le 27 germinal, l'an II de la République, une, indivisible et démocratique.
Baron dit Challier, administrateur, à ses frères les Sans- Culottes de Mont-Ferme.
Frères et amis, j'aspire ardemment au bonheur et au plaisir d'être parmi vous et de combattre les ennemis de la chose publique par notre union qui fera notre force. Quoique je ne sois pas parmi vous, je suis avec vous et l'idée de votre patriotisme et de votre fermeté enhardit la
n'avait à s'occuper officiellement que de la question des subsistances relativement aux districts de Gcx et de Nantua; mais il avait sans doute une mission verbale plus étendue.
mienne et m'encourage conjointement avec Lejeune, à combattre les fanatiques du Doub's et du Jura.
Citoyens, j'ai quitté le brave Albitte le 20 germinal à Gex. J'ai couché à Condat-Montagne, ci-devant Saint- Claude. Là, ça va; j'y ai développé mes maximes républicaines pendant deux heures ; de suite l'impression en a été votée à l'unanimité au nombre de 4,000 exemplaires et pour être distribués dans le district dudit lieu et, de suite encore , j'ai été reçu membre de la Société. Le fanatisme est entièrement détruit et l'on n'y veut ni connaît plus de prêtres (i).
Je me suis de là rendu à Salins. Ils ne sont pas à la hauteur ; mais ça viendra ; le noyau de la Société est très bon.
Besançon, où je suis arrivé le 24, est lent à venir. La Société y est bonne. Le fanatisme reçoit tous les jours des échecs. Le ci-devant suaire a été dévoilé, et le peuple à cet égard est parfaitement désabusé ; il est déposé au district pour être envoyé à la Convention. Le lendemain de mon arrivée, je fis part de mes maximes au représentant Lejeune et à la Société qui était fort nombreuse. Je les développai pendant deux heures, et l'impression en fut votée à l'unanimité de la Société et des tribunes; le fanatisme fut terrassé. L'on m'a demandé pour demain une nouvelle explication ; j'ai promis de parler trois heures et plus, s'il le faut ; le peuple est en conséquence convoqué dans un espace plus vaste, et, morbleu, ça ira, ou j'y périrai. Le plaisir de combattre les fanatiques redouble mes forces et mon courage. Le lendemain ou le jour de la décade, Lejeune parlera dans le même sens, et j'espère que ça ira bon train . ^
Je suis convenu avec Lejeune de partir le lendemain de
(i) Mensonge : plus loin il dit que les croix commencent à tomber.