CHAPITRE VII
Il5
la décade, de me rendre et de parler à Dole, à Lons-le- Saunier, Arbois, Orgelet et Franc-Amour.
Aujourd'hui les croix ont commencé à tomber de dessus les clochers, et j'espère que d'ici à huit jours les saints seront dénichés et que les églises feront place aux temples de la raison. Le représentant Lejeune paraît vouloir marcher du même pas que son collègue Albitte.
Je vous aime tous à tort et à travers.
Vive la République ! Vive la Montagne !
Baron dit Challier.
Vous voudrez bien, camarades, faire part de ma lettre à ma mère, à ma femme et à mes enfans que j'embrasse tous. J'espère vous revoir dans le courant de la seconde décade de floréal ; je vous ferai passer mes maximes d'ici à ce temps-là (i)
L'apôtre bugiste de Pincrédulité fut sans doute applaudi dans les clubs ; mais il est à croire que ses maximes n'eurent pas grande influence sur des populations qui jusqu'alors n'avaient touché ni à leurs croix ni à leurs saints. Sa mission, en effet, ne laissa pas de traces durables dans le Jura^ elle n'est pas même mentionnée dans l'histoire du républicain Sommier (2).
Le nom de Bourg, malgré l'appendice de régénéré dont il jouissait depuis le 28 octobre lygS
(i) Lettre autographe. — O* D.
(2) Hist. de la révolution dans le Jura, par Antoine Sommier, déjà citée.
Il6 SEIZIÈME ÉPOQUE.
(voir page 47 du tome IV), n'était pas digne du chef-lieu d'un département qui se distinguait par les mesures révolutionnaires les plus violentes. D'ailleurs le nom de Bourg rappelait le passé qui était supprimé; l'histoire, pour les énergumènes d'alors comme pour ceux d'aujourd'hui, ne devait commencer qu'à 1789.
Les ultra-patriotes se creusèrent la tête pour trouver un nom pittoresque. Blanq-Desisles, le plus intelligent de la bande, proposa, le 6 germiminal, le nom de Bledvin^ qui fut adopté par le Conseil général de la commune , mais qui sonnait assez mal et ne fut pas accepté du public.
Quelques jours après, nous voyons paraître sur plusieurs registres et sur un compte imprimé le nom d'Épidor, qui ne dura que jusqu'au 28 germinal.
Ce jourjà, Rollet-Marat soumit à la Société des Sans-Culottes « quelques observations sur le nom d^Épidor, que l'on veut donner à la commune de Bourg. Ce nom, dit-il, annonçant la richesse et l'abondance, peut donner une idée trop avantageuse de notre sol, qui n'est fertile que par le travail opiniâtre des cultivateurs. Il en conclut qu'il attirerait sur le district des réquisitions de grains dont l'extraction multipliée ne laisse d'autres perspectives que la disette. » Le registre des