CHAPITRE VIII
Discorde dans la Société populaire de Bourg. — Nos Hébertistes délèguent Merle et Duclos pour les défendre auprès du Comité de salut public; instructions qui leur sont données. Arrestation des officiers municipaux de Bourg; leur départ pour Paris; lettre qu'ils écrivent de Tournus le 2 floréal an II [21 avril 17.94); adresse de la Société populaire à la Convention en leur faveur ; Dorfeuille et Millet écrivent aussi pour eux au Comité du salut public ; résultat de ces démarches. — Arrestation des officiers municipaux de Belley. — Lettre de Rollet- Marat au général de Bourg. — La disgrâce de nos Hébertistes entraîne celle d'Albitte;fin de sa mission dans l'Ain. — Deux prêtres de Pont-de-Veyle, Chanorier et Bertrand^ et un prêtre de Ceyiérieu, Marin Rey, victimes de la Révolution.
La Terreur continuait ses violences. Tous les jours, Pagent national du district ordonnait de nouvelles arrestations (i). Heureusement qu'à l'exemple des Conventionnels, nos Sans-Culottes
(I) Le 17 germinal, il fit enfermer à Bicctre cinq prêtres non abdicataires.
Le même jour, quarante-six religieuses, détenues à la Charité, imploraient dans une pétition la pitié de leurs bourreaux; elles manquaient de tout, même de pain.
M. de Lateyssonnière. dont le manuscrit nous fournit ces détails, dit dans une autre note qu'à Bourg, dont la population était alors de 6,000 âmes, il y avait encore, le 14 florcal, 273 suspects en prison et qu'au moins 25o familles étaient réduites à la pauvreté par le séquestre.
La persécution n'était pas moindre à Belley : nous lisbns sur le registre du Comité de surveillance que, le 27 germinal an II, ce comité décerna un mandat d'arrêt « contre la citoyenne Anne Guillet, veuve Bal, » mandat motivé « sur ce qu'elle a été plusieurs fois surprise à porter des denrées et autres choses aux détenus. »
bressans commençaient à se déchirer. Le 14 germ.inal, Convers lit à la Société populaire une lettre anonyme, écrite contre Vauquoy et lui au représentant Albitte par des Sans- Culottes de Bourg.
Vauquoy est accusé dans cette lettre d'être un homme crapuleux, débauché, coupe-jarret ; Convers y est dénoncé comme un patriote hypocrite, n'agissant que par intérêt et songeant à profiter du moment qu'il est en faveur pour édifier sa fortune. Cette lecture excite de grands débats. Desisles et Juvanon sont désignés comme auteurs de la lettre. Juvanon est absent. Desisles présent est irrité de l'imputation et d'autant plus vivement que Convers joint à cette imputation les épithètes de fourbes, de scélérats et d'hommes qui, pour se faire craindre, ne parlent que de guillotine et d'incarcération (i).
Le procès-verbal ajoute que Desisles, Albant, Convers prennent tour à tour la parole, que le renvoi de la lettre au Comité de surveillance « occasionne de grands débats entre Paccusé et les accusateurs, qu'il s'élève dans l'assemblée un murmure général et un grand tumulte. »
Le supplice des Hébertistes et des Dantonistes tempère l'ardeur révolutionnaire de quelques Sans-Culottes; mais les fougueux Hébertistes s'imaginent qu'ils n'ont rien à craindre parce
(i) Registre de la Société des Sans-Culottes de Bourg, séance du 14 germinal an IL