‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 163 sur 291 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

La seconde lettre, adressée au maire Albant, confirme ce que la lettre du député Merlino, insérée à la fin du précédent volume, nous avait appris, à savoir que le citoyen Albant, se croyant un personnage politique et dégoûté de son état de serrurier, aspirait à servir la République dans une bonne position lucrative. Pour arriver à ses fins, il frappait à la porte de tous les députés. Deydier entre poliment dans ses vues, mais il ne se gêne pas pour lui dire qu'il a donné dans le travers fédéraliste et qu'un vrai montagnard ne dévie jamais.

Paris, le iS nivôse aa II de la République française, une et indivisible.

Deydier, député de l'Ain, à Alban, maire de Bourg.

C'est probablement, Citoyen maire, l'erreur du bureau de la guerre, par la lettre que tu as eu la bonté de me renvo}"er, qui a fait croire que j'étois adjoinf à mon collègue Goaly dans le département de l'Ain.

Quelque flatté que j'aurois été de faire ta connoissance ce voir tous nos frères républicains, je n'aurois pu me décider à accepter une mission de cette importance dans le département qui m'a député. Ce n'est pas que dans 110:1 pays plus qu'ailleurs je dévie jamais des principes ; nais l'on pourroit mal interpréter mes intentions, ce dont 'ai l'expérience depuis ma carrière politique. Je n'ai point vu de lettre de toy, la députation n'en a

Iioiiit reçu, je m'en suis informé. Pour mon compte, je éponds à toutes celles qui ont trait aux affaires publiques

Tu me dis que tuas opté pour une place à laquelle il n'y a aucun émolument d'attaché, comme y pouvant mieux faire le bien ; que cependant tu es père de famille peu fortuné. C'est un beau désintéressement de ta part ; mais ne pourrois-tu pas aussi bien servir la République dan? une autre place qui te procureroit en même temps et à ta famille ton honnête nécessaire ? Car ce seroit un crime de presser ton existence par des besoins puisque tu pourrois la prolonger autrement et par là être plus longtemps et aussi utile à ton pays.

Je feray ta commission auprès de Jagot et de mes autres collègues.

Je connois très bien les fédéralistes, et sois bien persuadé que, quelque part j'en rencontre, ils ne séduiront pas mon patriotisme ni n'altéreront en rien la haine que j'ai vouée aux aristocrates et à ceux qui ont voulu perdre la République ou la diviser. Je ne crois cependant pas que nous ayons beaucoup de contre-révolutionnaires dans notre département ; certes, ceux-là il faut les poursuivre jusqu'à extinction totale. Il peut ou plutôt il a pu y avoir des gens qui n'aimoient pas le nouvel ordre de choses et qui avoient l'air de l'adopter, — d'autres qui ont resté dans l'apathie et attendoient à couvert les événements, — d'autres enfin que l'on a séduit ou surpris leur bonne foy, et tu es de ce nombre. Car j'appris avec peine que tu as signé l'infâme adresse du 2 juin dernier de la société des citoyens de la ville et qui n'est cependant rien moins que contre-révolutionnaire à mon sens, ainsy que l'arrêté du département du 6 du même mois. Ces actes sont certainement bien pis que certains autres qui ont été rétractés dans le temps prescrit par les décrets et effacés pour ainsy dire par la conduite que les administrateurs ont tenue depuis, aux dires de mes collègues.

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