CHAPITRE PREMIER
la queue. De temps en temps on lui donnait à boire du vin dans le calice qu'il tenait (i). »
Dans toutes les villes du département et dans tous les chefs-lieux de canton, Tàne servit aux mêmes profanations. A Meximieux deux fanatiques d'impiété parodiaient le clergé sur la monture de Sancho. A Pont-de-Vaux le sans-culotte qui figurait le prêtre a longtemps survécu à la révolution ; ce sobriquet de Fane lui était resté.
Dans son récit de la journée du 3o nivôse, Dor-
feuille a omis le sinistre prélude de la fête : Tenvoi de six détenus au tribunal révolutionnaire de Lyon par ordre d'Albitte. Une note manuscrite de Tun d'eux (l'avoué Debost) nous permet de combler cette lacune :
Une fête impie et scandaleuse est annoncée la veille d'une décade pour le lendemain, 3o nivôse an II ou 19 janvier 1794. Entre trois et quatre heures du matin, Chambre (ex-procureur) et Bonnet (homme de loi) sont enlevés de la maison des Claristes de Bourg et dirigés sur Lyon. A midi, cinq gendarmes arrivent à Ambronay et enlèvent Chaland (ex-magistrat), Cochet (homme de loi) et Debost. Un des gendarmes va chercher Duhamel, resté malade à Beiley.
(]es six détenus, arrivés à Lyon le i" pluviôse ou 20 janvier, furent interrogés le soir par une première commis-
(i) Souvenirs de M. Chambre-Germain, fils de l'un des six détenus dont nous allons parler. Manuscrit de 4 pages. — C»» D.
sion temporaire sur la part qu'ils avoient prise au fédéralisme, et ils furent, par un heureux hasard, envoyés à la prison dite de Roanne, et non à la maison commune où siégeoit une commission de juges à laquelle ils avoient été recommandés par leurs ennemis. Ceux-ci avoient adressé aux juges l'extrait d'une délibération prise par la société populaire de Bourg en juin 1793, par laquelle o« félicitoit les sections de Lyon d'avoir culbuté au 2g mai précédent les chefs de l'anarchie. Cette délibération étoit signée de Chaland, Cochet, Chambre, Debost, secrétaire; Bonnet, comme officier municipal, l'avoit visée. Duhamel, procureur-général-syndic du département, étoit accusé d'avoir ■ excité et concouru au fédéralisme avec Lyon et le Jura.
Nous demeurâmes dix-huit jours dans la prison de Roanne, confondus avec cinq ou six cents détenus successifs dont la moitié périt. Nos épouses, nos amis, nos parens s'occupèrent de nous soustraire à la mort ; ils avoient heureusement obtenu des passeports pour nous suivre... (i).
Le récit de M. Debost ne s'arrête pas là ; nous le reprendrons en temps opportun. Alors nous verrons comment furent sauvés cinq de ces détenus et comment le sixième fut livré au bourreau.
Ajoutons seulement qu'Albitte et ses complices dissimulèrent leur initiative à Tégard de ces mal- j heureux sous une complaisante réquisition du président de la Commission révolutionnaire de Com.mune-Affranchie, ainsi conçue :
(i) Note écrite en 1820 sur un Extrait du registre du Comité central de surveillance. — C'« D.