‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 197 sur 291 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des hommes, plus brutes que des ânes, avaient paru et dansé devant elle, revêtus d'habits sacerdotaux. Cette saturnale, d'autant plus étrange qu'elle se passait dans le sanctuaire des lois, est ainsi rapportée par MM. Bûchez et Roux d'après le Moniteur :

La section de l'Unité défile dans la salle ; à sa tête marche un peloton de la force armée; ensuite viennent des tambours suivis de sapeurs et canonniers revêtus d'habits sacerdotaux et d'un groupe de femmes habillées en blanc, avec une ceinture aux trois couleurs; après vient une file immense d'hommes rangés sur deux lignes et couverts de dalmatiques, chasubles, chapes. Ces habits sont tous de la ci-devant église de Saint-Germain-des-Prés; remarquables par leur richesse, ils sont de velours et d'autres étoffes précieuses, rehaussés de magnifiques broderies d'or et d'argent. On apporte ensuite sur des brancards des calices, des ciboires, des soleils, des chandeUers, des plats d'or et d'argent, une châsse superbe, une croix de pierreries, et raille autres ustensiles de pratiques superstitieuses. Ce cortège entre dans la salle, aux acclamations des spectateurs, aux cris de : Vivent la Liberté, la République, la Montagne ! aux fanfares des instruments guerriers. Un drap noir, porté au bruit de l'air : Malborough est mort et enterré^ fgure la destruction du fanatisme. La musique exécute ensuite l'hymne révolutionnaire; on voit tous les citoyens revêtus d'habits sacerdotaux danser au bruit des airs de Ça ira, la Carmagnole, Veillons au salut de l'empire, etc. L'enthousiasme universel se manifeste par des acclamations prolongées.... Dubois, orateur de la députation, termina ses lieux communs sur le fanatisme par cette phrase :

« Nous jurons de n'avoir d'autre culte que celui de la raison, de la liberté', de l'égalité', de la République. » Le président Laloi répondit à la députation : « En un instant, vous faites entrer dans le néant dix-huit siècles d'erreurs. Votre philosophie vient de faire à la raison un sacrifice digne d'elle et digne des vrais républicains. L'assemblée reçoit votre offrande et votre serment, au nom de la patrie (i). »

L'approbation donnée par la Convention à ces scandaleuses parodies les encouragea partout. L'âne affublé de vêtements d'église fut de toutes les fêtes révolutionnaires.

A Belley, ville épiscopale, les Sans-Culottes ne manquèrent pas d'exprimer leur haine religieuse par une pareille profanation. Ils firent monter à rebours sur un âne un individu costumé en évêque. Bans ses vers patois : On boccon dé mo sovenirs d'infance (2), l'artisan poète Anthelme Greffe raconte qu'il fut témoin de la « procession sans prière, » et que le baudet se livra aux incartades les plus grotesques avec son écuyer mitre.

A Bourg, le rôle de l'écuyer grotesque était rempli par un nommé Flamant, maître d'école, ancien chantre de l'église, homme très gros à figure rubiconde. « On l'habillait en prêtre officiant, dit un manuscrit, et on le promenait dans les rues à cheval sur un âne, la tête tournée vers

(0 Hist. pari, de la Rév. française, t. XXX, p. 269.

2) Publié par le Journal de Belley du 12 novembre i865.

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