‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 202 sur 291 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le 2 pluviôse an II ou 21 janvier 1794, jour anniversaire du supplice de Louis XVI, les Jacobins de Paris défilèrent devant la Convention avec les drapeaux des quarante-huit sections, tandis qu'une musique militaire jouait des airs patriotiques, et Torateur de la bande dit aux députés :

Représentans d'un peuple libre, c'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort légale du tyran. Un si beau jour, qui retrace aux âmes re'publicaines un acte ordonné par la raison et par la nature, comme le premier pas du bonheur pour l'humanité entière, doit être célébré par tout homme qui sait apprécier sa dignité.

La Société des Jacobins, remplie d'âmes brûlantes pour la liberté, a voulu en masse consacrer ce beau jour à féliciter de nouveau les braves Montagnards du courage avec lequel ils ont été l'organe du peuple français, en anéantissant le monstre qui le dévorait.

La Société vous invite, Montagnards, à décréter que cet anniversaire sera célébré tous les ans, et consacré à la liberté...

Point de liberté, point d'égalité avec un roi ; point de bonheur sans égalité, sans liberté. Vous avez détruit un roi, vous avez donc voulu l'égalité et la liberté, c'est-àdire le bonheur du peuple ; vous avez bien mérité de la patrie.

Le président Vadier répondit :

Citoyens, l'anniversaire de la mort du tyran est un jour de gloire- pour le peuple français, et un jour de terreur et de deuil pour les tyrans et leurs suppôts. La massue révotionnaire est prête à écraser ces jnonstres \ et l'arbre glo-

rieux de la liberté ne périra point quand leur sang impur en aura humecté et fortifié les racines. Citoyens, la fête que vous allez célébrer doit électriser le courage des Sans- Culottés, comprimé pendant trop longtemps, apaiser les mânes des victimes égorgées sous les drapeaux de la tyrannie, et venger le genre humain des outrages qu'il a reçus pendant quatorze siècles de tyrannie. C'est aujourd'hui, c'est à la même heure que la tête du tyran est tombée, c'est devant la statue de la liberté que va sonner la dernière heure des brigands couronnés et de leurs infâmes satellites... (i).

La Convention décréta la fête du régicide, fit brûler au milieu de la salle quelques portraits du roi de France et du roi de Prusse, et suivit les Jacobins sur la place de la Révolution. Au moment où elle approchait de l'arbre de la Liberté, quatre victimes de la Terreur montaient sur l'échafaud. Il sembla qu'elle était venue pour se repaître de la vue de leur supplice.

Albitte, qui avait sans doute le mot d'ordre des Jacobins, voulut aussi fêter l'anniversaire de la mort « du lyran, » et témoigner à cette occasion que le meurtre de Louis XVI, auquel il avait participé, n'avait pas encore assouvi sa rage contre la royauté.

Il fit guillotiner en effigie les rois d'Angleterre, d'Espagne, de Prusse, de Sardaigne, l'empereur,

(i) Bûchez et Roux, Hist. pari, de la Rév. fr., t. XXXI, p. 246.

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