‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 255 sur 291 · RÉCIT DE LA FÊTE DU 20 PLUVIOSE · texte numérisé non relu

RÉCIT DE LA FÊTE DU 20 PLUVIOSE

Cette décade vient d'être célébrée ici avec autant de patriotisme et d'intérêt pour la chose publique, qu'on mettoit autrefois de folie et de fanatisme à chômer les fêtes et les dimanches.

Les républicains étoient levés avec l'aurore, au son du canon; la garde nationale, le bataillon des Basses-Alpes, un détachement de hussards du premier régiment, les canonniers, la gendarmerie, les vétérans et les jeunes élèves de la patrie se sont rassemblés en armes au Champ de Mars autour de l'autel de la patrie, que pressoit de tous côtés la masse des bons citoyens, dont la réunion formoit plusieurs tableaux aussi intéressans que nouveaux. Ici l'on distinguoit, au respect général qui leur étoit porté, un groupe de femmes enceintes couronnées de lierre et de fleurs.

La Liberté et le Génie révolutionnaire s'élevoient du sein du peuple, portés en triomphe par des guerriers; auprès d'eux étoient YÉgalité, les Mceurs^ la Vérité^ la Raison, la Nature. Venoient ensuite des agriculteurs avec leurs femmes, leurs enfans, leur charrue et les instrumens de leur honorable métier, le premier de tous, puisqu'il nourrit les hommes.

Tous ces groupes, après avoir parcouru les différentes rues en chantant les hymnes patriotiques, se sont arrête's sur la place Marat ; un grand bûcher, allumé à côté de sa tombe, achevoit de consumer quelques saints gothiques, quelques emblèmes superstitieux, devenus très rares aujourd'hui dans cette- commune.

Desisles éleva la voix et dit : a Citoyens, nous venons a d'arracher des arbres élevés dans le temps du fédéra- « lisme, ils étoient morts comme lui : la liberté démocra- « tique a planté ceux-ci, ils vont prendre racine comme « elle. Arbres sacrés 1 le peuple vous bénit ; croissez sous « les auspices du peuple. »

Des mouvemens d'armes, des évolutions militaires s'effectuent avec précision. Le Représentant du peuple Albitte s'adresse à la garde nationale^ aux volontaires, aux hussards, aux canonniers et au peuple environnant. Tour à tour il les félicite, leur retrace leurs devoirs et les grands intérêts que la patrie leur a confiés, en leur déléguant le soin de la défendre.

On se met en marche, et on achève de planter six peupliers autour de l'autel de la patrie. On se rend ensuite au temple de la Raison. L'enceinte est remplie, la foule est immense. Les jeunes élèves de la patrie demandent la parole, on les écoute avec intérêt, et leur discours prouve que chez eux la raison a devancé l'âge. Un citoyen leur succède et prononce un discours énergique.

On procède ensuite à la lecture des loix, et le peuple en masse jure de mourir pour elles.

Le citoyen Desisles fait un discours sur la raison et la vérité, dans lequel il prémunit les patriotes contre ce système de diffamation et ces qualifications d'ultra-révolutionnaires inventées par la malveillance pour paralyser la vertu et figer le patriotisme.

Page 1