‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 256 sur 291 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

A l'instant paroissent à la tribune quatre-vingt-trois prêtres qui avoient fixé les regards du peuple pendant toute la fête. Ils abjurent successivement les erreurs qu'ils ont professées. lis abdiquent le caractère prétendu sacerdotal et les fonctions relatives Ils annoncent au peuple et à la terre entière qu'ils reconnoissent leur ancien métier comme illusoire, imposteur et anti-social. Le peuple applaudit à l'hommage un peu tardif, rendu par les citoyens, à la raison et à la vérité ; cependant, sensible à l'expression de leur repentir, il les admet dans son sein, où il ne leur reste qu'à reconquérir par des vertus l'estime qu'ils avoient perdue, ou qu'à subir sur l'échafaud la peine réservée aux traîtres, s'ils faussent leur nouveau serment.

Le Représentant voit avec plaisir le peuple détrompé et jouit du fruit de ses travaux ; tous les citoyens sont convaincus qu'il a pris et va saisir la véritable marche pour atteindre tous les imposteurs ; qu'il a su exciter cette classe d'hommes si gangrenée à se démasquer elle-même, et qu'il a prouvé que ceux qui cherchoient à les ménager, ne faisoient que nourrir les préjugés, retarder la lumière et faire rétrograder la révolution.

Quand tous les soldats désertent, le général ne peut tenir la campagne. Le pape, figuré par un citoyen revêtu des habits fanatico-pontificaux, se jette aux genoux du peuple et demande à abdiquer ; on le met sur la sellette, on lui fait son procès, et le peuple crie à la guillotine le pape ! à lu guillotine le père des menteurs! Le jugement se prononce, et le pape sera guillotiné. Plus de prêtres, plus de pape, plus d'imposture.

La fête se termine par l'élargissement de plusieurs citoyens des campagnes, incarcérés avec justice sans doute, mais dont l'erreur étoit involontaire et a paru digne d'indulgence aux yeux du Représentant du peuple, qui

avoit envoyé dans les prisons Dorfeuille, Millet, Vauquoy et Bonnerot pour les visiter et les interroger.

La musique, qui n'avoit cessé de remplir les intervalles de la fête, en, termine la célébration, et l'assemblée se sépare pour aller voir Guillaume Tell et l'Offrande à la Patrie, et l'on entend les cris mille fois répétés de Vive la République ! Vive la Convention et la Montagne ! (i).

Autre récit de la fête du 20 pluviôse. La fête de la Raison, dit le chanoine Cattin, est donc arrêtée à Bourg par les autorités démagogiques, et exaltée par la présence du proconsul et de ses horribles assesseurs. Le programme en est déterminé et il s'exécutera avec toute l'impiété servilement basse et rampante d'agents secondaires, disposés à tout oser pour complaire au pouvoir, La procession a donc lieu, comme à Lyon, mais avec cette différence que sur l'âne, affublé grotesquement d'ornements sacerdotaux, était assis un malheureux, revêtu d'une chasuble, ayant la face tournée du côté opposé de la tête de l'âne, que conduisait un autre énergumène. A chacune des oreilles de l'animal pendaient le calice et le ciboire, et à la queue l'ostensoir. Des démons, hommes et femmes, excités par la garde nationale, hurlaient dans les rues des blasphèmes atroces et des hymnes républicains, impies et sanguinaires. Les prêtres qui devaient apostasier marchaient en groupe à la suite. La marche était terminée par les autorités en grand costume. « Au moment où cette procession démoniaque entra dans « la rue Clavagris, où j'étais alors caché, dit M. Ruivet, « j'étais à célébrer la sainte messe à laquelle assistaient un « bon nombre de fidèles et entre autres un membre du tri- « bunal civil, le pieux M. Chesne. Les cris affreux des (i) Récit de la décade du 20 pluviôse, célébrée dans la commune de Bourg-régénéré. (An II), 4 p. in-4<>. — Ph. L.D.

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