‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 258 sur 291 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Nous nous bornons à constater le nombre des renégats ecclésiastiques de l'Ain ; nous ne les nommerons pas. La plupart de ces prêtres ou religieux agirent sous l'influence de la détention ou de la peur, et rentrèrent plus tard dans le sein de l'église. Il en est aussi qui signèrent par surprise la formule d'Albitte. L'un d'eux, dont nous raconterons bientôt le pseudo-mariage, a expliqué comment on avait procédé dans la prison de Brou pour obtenir leur abjuration.

Pendant que j'étais détenu avec beaucoup d'autres prêtres, dit-il, l'agent national du district de Bourg et celui de la municipalité, suivis de gens en armes, vinrent une nuit dans notre prison, et à la faveur d'une faible lumière qui permettait à peine de distinguer le papier, ils nous firent signer des tètes d'arrêtés qui ressemblaient beaucoup à des états de présence que nous signions tous les soirs. Ces têtes d'arrêtés furent ensuite remplies d'une formule impie. Aussitôt que'^nous eûmes découvert la supercherie, nous nous présentâmes par devant la municipalité de Bourg, afin de protester contre cette surprise ; mais notre protestation ne fut point admise dans les registres, parce que, dominé par le comité de salut public, le corps municipal de cette commune, ainsi que tous ceux de France, ne se dirigeait que par les ordres de la Convention. Alors lej misérables qui le composaient firent imprimer et afficher des listes portant les signatures obtenues par ce moyen. C'est d'après des listes aussi frauduleuses et apocryphes, que tel et tel prêtre a passé pour apostat (i).

(i) Note manuscrite de l'abbé Mermet. insérée dans la iVofice consacrée à cet abbé par M. Désiré Monnier. Dole, 1826, 24 p. in-8.— Ph. L.D.

Quelques prêtres, nous supposons que ceux-là furent en petit nombre, abjurèrent sciemment, volontairement. Tel fut sans doute Tex-vicaire cathédral Peysson (Jean-Louis), qui ne se contenta pas de la formule d'Albitte, et prononça le discours suivant dans le temple de la Raison de Belley, à la fête décadaire du 3o pluviôse :

Citoyens, je viens abjurer les préjugés, les erreurs et le charlatanisme d'un culte dont j'ai été le ministre, et je vous prends à témoin que je n'en ai jamais été le ministre hypocrite. Dès longtemps j'aurois fait cette abjuration si je n'avois craint que le culte abandonné par les prêtres, avant que de l'être par le peuple, n'eût donné lieu à des dissensions fatales à la patrie.

Citoyens, le temps est enfin venu de vous dire une grande vérité. La raison est démocrate; elle se trouve dans la grande masse et non dans les fractions du peuple, et non à plus forte raison dans tel ou tel homme, vêtu de telle ou telle manière. La raison est démocrate; elle appartient à tous et non à quelques-uns ; aussi la raison, en régulatrice universelle, n'a besoin que d'elle-même pour arriver à ses fins.

Ne croyez donc pas, Citoyens, ne croyez pas ceux qui vous disent que l'homme a besoin d'un autre homme pour intermédiaire entre lui et l'Éternel. Ne croyez pas au patriotisme de ceux qui ont la manie de vouloir vous persuader qu'ils sont nécessaires, que la République ne peut exister sans eux.

Aimons l'Éternel, aimons-nous les uns les autres ; voilà , voilà la véritable religion ; aimons nos familles plus que nous-mêmes; aimons la patrie plus que nos

Page 1