‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 260 sur 291 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le pseudo-mariage de l'abbé Mermet, curé de Pressiat. — Le député Ferrand dénoncé par la Société populaire de "Bourg. — Nouvel arrêté d'expulsion contre le directeur de la Comédie. — Incarcération de Thomas Riboud sur les réquisitions de Rollet-Marat ; il est écroué par le menuisier Duclos, président de la Société populaire; note sur sa captivité. — Le menuisier Bellod. du Grand-Abergement, raconte sa détention et donne la liste de ses co-détenus d'Ambronay ; détails sur h persécution religieuse et la misère du peuple.

Par son arrêté du 21 pluviôse, dans lequel il enchâssa, comme nous Tavons dit précédemment, sa fameuse formule d'abjuration, Albitte ne rendit la liberté aux prêtres qui « rétractaient leurs erreurs, » qu'à la condition d'avoir soixante ans ou d'être mariés. Quant aux autres, « ils sont tenus, porte l'arrêté, de rester dans le chef-lieu du district, et de se présenter tous les deux jours à la municipalité ; ils ne pourront en sortir que lorsque les effets des impostures religieuses seront entièrement détruits dans les départemens de. r^Vin et du Mont-Blanc, ou qu'après s'être mariés ou avoir pris un métier utile à la République. »

Malgré leur humiliante soumission, les prêtres âgés de moins de soixante ans et non mariés, qui

devaient être internés, surveillés, restèrent par le fait, détenus comme suspects, et un mot du dictateur pouvait les renvoyer au tribunal révolutionnaire, c'est-à-dire à la mort.

Cette situation du clergé apostat donna lieu au pseudo-mariage dont nous avons promis le récit.

L'abbé Mermet (Louis-François-Emmanuel), héros de cet épisode, avait alors trente et un ans. Né dans le Jura, au hameau de Désertin, commune des Bouchoux, il avait été, après de brillantes études et quelques années de professorat, pourvu, à vingt-cinq ans, de la cure de Pressiat, paroisse qui dépendait du diocèse de Saint-Claude. Entraîné par les illusions libérales du temps, il avait prêté serment à la constitution civile du clergé ; ce qui ne l'avait pas préservé de la persécution.

En 1793, — dit son biographe, M. Désiré Monnier, — un détachement de l'armée révolutionnaire, sous la conduite de Ronsin, parcourut l'arrondissement de Bourg-en- Bresse, pillant les presbytères, les églises, brisant les images sacrées, profanant les tabernacles; attachant les prêtres à des arbres, tandis qu'ils enfonçaient leurs secrétaires pour y chercher de prétendues correspondances avec des émigrés. Le curé de Pressiat n'eut que le temps de soustraire sa personne à de pareils outrages ; ses lettres de prêtrise, ses diplômes de gradué furent ravis par la horde sacrilège , et ne lui furent jamais rendus. A la fin le fugitif tomba lui-même au pouvoir des suppôts de la Terreur,

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