‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 261 sur 291 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

et fut incarcéré à l'ancien couvent de Brou, converti en maison d'arrêt.

Nous avons vu dans le précédent chapitre comment il signa par surprise la formule d'abjuration -, nous allons voir maintenant par quel subterfuge il sortit de la prison de Brou, dans laquelle il était retenu contrairement à l'arrêté du 21 pluviôse :

Un jour, rapporte son biographe, le médecin RoUet- Marat, agent national du district de Bourg, vint trouver le prisonnier, et lui dit : « Tu n'ignores pas que j'ai la o confiance du Représentant du peuple Albitte. Il m'a « chargé de te prévenir que si tu ne te maries pas, tu ne « seras pas élargi; que tu cours même le risque de perdre « la vie. » Au même instant, il lui montre un numéro de la gazette de Perlet, qui contient une motion pour guillotiner tous les prêtres qui ne se marieraient pas.

L'abbé résiste à cette vigoureuse attaque, et sans doute il y eût constamment résisté, s'il n'eût pas eu à combattre en même temps le désespoir de sa mère.

Cette mère était veuve : il était l'unique fruit de ses entrailles, l'unique appui de sa vieillesse. Orgueilleuse d'avoir donné le jour à un homme qui fixait l'attention publique par son savoir et par son malheur, elle ne pouvait vivre sans lui ; il fallait qu'il vécût pour elle : tendresse aveugle, qui n'avait rien de comparable à l'héroïsme de ces premières chrétiennes, dont la voix encourageait leurs enfants au martyre, et dont le cœur n'était rassuré sur leur sort que lorsqu'elles avaient vu leur dernier soupir monter vers le suprême rémunérateur. Et nous -même, si quelqu'un des amis de cet infortuné venait nous dire :

45o QUINZIÈME ÉPOQUE.

Que voulie^Ç'VOUS qu'il fit contre tous? oserions-nous répondre avec le vieil Horace : Qii'il mourût ?

M . Venin, maire de Courmangoux (village de la paroisse de Pressiaf), étant venu voir en prison son ancien pasteur, se trouvait par hasard présent à l'entrevue dont nous venons de parler; il en a fourni une attestation : « De « retour dans ma commune, ajoute-t-il, je fis part à « Madame Mermet du danger que courait son fils. Cette 0 bonne mère, fondant en larmes, me pria de le sauver. « Ma réponse fut qu'il n'y avait d'autre moyen de le tirer « d'embarras qu'un prompt mariage. A cet effet, je me « chargeai d'en faire la proposition à M^'^ Vuillemenot, « fille d'un notaire de ma commune. J'assurai cette perce sonne que sa vertu ne devait pas s'en alarmer ; que ce « lien serait ignoré de tout le monde, qu'il n'aurait aucune « suite. Ces premières ouvertures ne furent pas accueillies « d'abord; elles ne le furent qu'après quinze jours des « plus vives sollicitations de la part de Madame Mermet, « et sous la condition expresse que le mariage ne serait « ni publié ni affiché, qu'il ne serait révélé à personne, et « qu'il ne serait jamais consommé. Je fus chargé de por- « ter la nouvelle de cette décision à M. Mermet qui la « rejeta d'abord, dans la crainte qu'un tel acte, tout mys- « térieux qu'il serait, ne fût à la fin divulgué, et qu'il n'en « résultât un grand scandale. » On lui représenta également qu'à la faveur d'une loi récente on pourrait, dans six mois, dissoudre cette fausse union. Enfin, les larmes d'une mère, jointes aux instances d'un ami, ayant ébranlé M. Mermet^ il consentit à souscrire à ce simulacre de mariage.

Sous l'escorte de deux gendarmes, et sous la caution, du sieur Richard, habitant de Bourg, qui avait répondu de lui, il arrive, le 29 ventôse an II, au village de Chevignat,

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