RÉCIT
De la fête civique en mémoire de MARAT, de l'inauguration de son buste et de celui de PELLETIER (i), à la Société des Sans-Culottes, fait par le citoyen Blanq-Desisles, maire.
Un coup de canon parti à l'aurore, a fait lever tous les Sans-Culottes. Chacun s'est rendu à son poste.
Cent jeunes filles, la tête couverte de guirlandes de chêne, ont entouré un char sur lequel étoient placés cinq vieillards vénérables entrelacés et soutenus dans les bras de quinze vierges nubiles, s'empressant de les réchauffer de la pureté de leur haleine {2), et chargées de les soigner pendant toute la fête.
Un bataillon des jeunes élèves de la patrie, qui n'avoient point dormi de toute la nuit, de peur de ne pas se réveiller assez matin, suivoit le char.
La garde nationale, cinquante hussards du premier régiment à cheval, ainsi que la gendarmerie, la compagnie des vétérans, celle des invalides, veilloient à la tranquillité et formoient deux haies.
Les mères de famille patriotes, les autorités publiques, les membres de la société des Sans-Culottes, tout étoit confondu, et marchoient cependant avec cet ordre que dicte la simple nature.
Les uns portoient le buste de notre ami Marat ; d'autres celui de Pelletier, tous deux couverts de chêne. Par-
(i) Voir sur Lepelletier de Saint-Fargeau et sur Marat notre précédent volume, p. i55 et 357.
(2) Blanq-Desisles avait-il lu VHermippus redivivus du docteur Cohausen ? Hermippus, instituteur de jeunes romaines, vécut jusqu'à u5 ans, puellarum anhelitu.